Archives mensuelles : mai 2016

Les nombrils, de Delaf et Dubuc

J’aime bien me laisser porter par mes envies dans les lectures, et j’avoue que Les nombrils n’est pas du tout le genre de BD vers laquelle je me serai spontanément orientée. Fort heureusement, on m’a soufflé l’idée d’aller quand même y regarder de plus près.

Les nombrils est une BD jeunesse, sur trois copines : Jenny, Vicky et Karine. Jenny est l’archétype de la bimbo sans cervelle, Vicky a la « difficile » place de deuxième plus jolie, et est tout aussi superficielle que son amie, et enfin, Karine est la très (trop) bonne copine, bonne poire, « moche » et sans style. Dans les trois, quatre premiers tomes, les deux premières font tout pour séduire le beau gosse du lycée (John John, jamais sans son casque, on finira par comprendre pourquoi), au détriment de Karine qui leur sert de faire valoir, et est toujours là pour faire leurs devoirs, ou les servir. Elles feront d’ailleurs tout pour l’empêcher de sortir avec Dan.
Bon autant l’avouer tout de suite, ces premiers tomes sont sympathiques, mais on tourne rapidement en rond. On a des planches d’une page avec des gags, et cette Karine se fait vraiment martyriser par ses soit disant amies, ça n’avance pas des masses.

Et puis finalement, un jour Karine s’émancipe (bon grâce à un mec à la base, certes), et prend sa vie en main. Elle change de look, et ne se laisse plus marcher sur les pieds. A partir de là, les personnages gagnent petit à petit en profondeur, et les histoires sont travaillées sur la durée. Karine tout d’abord, prend confiance en elle, et commence une vie en dehors de ses amies et du lycée. Jenny est un personnage vraiment comique, parce que vraiment très très cruche (j’assume les ricanements que j’ai pu avoir au moment de la lecture, même si j’ai passé l’âge du public visé). Elle n’envisage pas de sortir avec autre chose qu’un canon de beauté, mais tombe petit à petit amoureuse d’un petit gros, qui n’est qu’attentions pour elle, et l’aime au-delà de son apparence physique.

Et enfin, Vicky, le personnage qui nous intéresse ici. Toujours en deuxième position après Jenny, cherchant à séduire les mêmes beaux garçons, Karine lui fait un jour remarquer qu’elle n’est jamais tombée amoureuse et que tout changera pour elle quand ce sera le cas.

Et là paf, elle a des nouveaux voisins, qui ont un fils qui serait le gendre idéal, et une fille rebelle et tatouée… Et petit à petit, les deux jeunes filles vont se rapprocher, et Mégane la voisine, ira même jusqu’à embrasser Vicky. Celle-ci la rejette, et va même sortir avec son frère pour se prouver qu’elle est « normale ». Tout en rougissant et bafouillant dès qu’elle voit ou pense à Mégane.

Mégane finira par faire son coming out devant ses parents, après avoir été surprise en train d’embrasser Vicky. Cette dernière n’est pas encore prête à assumer et à vivre ses sentiments, même si elle a avoué à Mégane qu’elle pensait tout le temps à elle. Il faut dire que ses parents lui ont clairement fait comprendre qu’avoir une fille lesbienne était tout sauf envisageable.

J’attends donc le tome 8 avec impatience, cette histoire méritant amplement d’être développée. J’ai trouvé toute l’histoire vraiment bien traitée, de la découverte des sentiments au rejet des parents. Et j’aime beaucoup aussi que l’homosexualité soit abordée dans une BD très grand public, dont ce n’est pas du tout le sujet de base (je découvre à l’instant que les auteurs sont québécois, et bizarrement, je suis moins surprise de voir ce sujet abordé que s’ils avaient été français).

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Corps et âme

Commençons par le commencement, la première fois que j’ai entendu parler de Corps et âme, BD sur un tueur à gages qui se retrouve transformé en femme par vengeance, j’ai corps_et_ame_pdf_hd_0immédiatement pensé à La piel que habito, le film d’Almodovar. Film que j’ai beaucoup aimé, à l’atmosphère sombre et malsaine. Ce dernier était une adaptation d’un roman noir de Thierry Jonquet, Mygale. Je m’interrogeais donc sur une version BD qui se rapprochait de ces deux œuvres, ici il s’agit d’une adaptation de Walter Hill.

Je ne suis pas forcément fan des polars, mais bon, là je dois dire on a une intrigue de base assez classique. Le tueur à gages qui fait bien son boulot, mais qui un jour honore un contrat qu’il n’aurait probablement pas accepté s’il avait su tout ce qui allait s’en suivre. Il est donc piégé et capturé, et quand il se réveille a laissé sa plastique dieu du stade pour actrice de film porno (ça c’est la partie moins académique, je vous l’accorde).  S’ensuit donc la poursuite et le dézingage de tous les coupables, la femme fatale coupable de trahison, la chirurgienne folle qui passe le temps en faisant des opérations chelou etc etc…

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Vous l’aurez compris, je n’ai pas plus apprécié cette BD que ça. Certes ce n’est pas ma tasse de thé, aussi bien graphiquement que niveau scénario, je l’admets bien volontiers, mais ce qui me pose le plus problème dans tout ça, c’est surtout la représentation trans.

Nous avons donc un homme opéré en femme contre son gré, qui pète un peu les plombs, mais pas trop, la vengeance ça aide. Mais surtout qui n’a aucune difficulté pour parler de lui au féminin, pas plus que pour choisir des vêtements féminins de goût et marcher avec des talons aiguilles de 10 centimètres. En plus c’est une belle femme, la classe ! Et oui, le beau tueur à gages ténébreux se retrouve transformé en archétype de la femme fatale qui sait en découdre, cliché, quand tu nous tiens.

Allons-y gaiement, toujours dans les clichés, avec en plus une certaine vulgarité. Notre héro(s)ine, un peu amouraché d’une jolie fille qu’il a rencontrée juste avant son opération, la retrouve en tant que femme. Passée la surprise (on peut la comprendre), leur relation reprend plus ou moins, nous laissant devant des scènes acrobatiques entre femmes, dignes des meilleurs films porno (sous-entendu, fait par et pour des hétéros)…

Bref, on peut s’en passer. Je découvre à l’instant qu’une adaptation cinématographique de l’ouvrage de Walter Hill est prévue, avec Sigourney Weaver et Michelle Rodriguez. Espérons que celle-ci saura éviter les écueils dans lesquels la BD a plongé tête la première.

Luisa ici et là, de Carole Maurel

J’ai eu plusieurs occasions de voir le travail de Carole Maurel, j’en ai déjà parlé sur ce blog pour sa participation aux Chroniques mauves, mais j’ai aussi lu Comme chez toi, et L’apocalypse selon Magda. Pour ce dernier, j’avoue avoir été déçue, trouvant que l’idée de base était très bonne (la fin du monde est annoncée, et on suit l’évolution de Magda, 13 ans, qui veut vivre sa courte vie autant que possible), mais pas assez exploitée à mon goût.

9782849532263-large-luisa-ici-et-la-luisa-ici-et-laLuisa ici et là est sorti peu de temps après, et j’hésitai un peu à me plonger dedans et finalement, j’ai franchi le pas, et je n’ai pas regretté.

Luisa est une trentenaire un peu désabusée, qui collectionne les aventures sans lendemain avec les mecs et qui photographie des pizzas surgelées pour gagner sa vie.

Parallèlement à cette dernière, on suit une adolescente qui a l’air perdu et qu’un bus vient de déposer à Paris. Elle a un walkman, une carte téléphonique et des francs… Bref, elle semble tout droit sortie des années 90, et s’appelle également Luisa.

Une jeune femme, Sasha lui vient en aide, qui s’avère être la voisine de la Luisa adulte, le hasard fait bien les choses.

On s’en doute donc, les deux Luisa forment une seule et même personne, l’une de 15 ans et l’autre de 33, et si l’une débarque soudainement dans la vie de l’autre, c’est bien pour qu’il y ait du changement. On découvre qu’à 15 ans, Luisa a embrassé une de ses amies, Lucie, qui était rejetée à cause de son homosexualité, aussi bien de la part des camarades que de la famille de Luisa. Cette dernière n’a pas osé la défendre, et a tu ce secret comme quelque chose d’honteux.

La rencontre entre les deux Luisa est intéressante, dans un premier temps parce que la plus jeune ne comprend pas la vie que mène la plus adulte : le fait qu’elle soit toujours célibataire, et que sa passion pour la photo ne l’ait pas amené à un travail plus intéressant et artistique.

Dans un deuxième temps, les deux Luisa commencent à fusionner, aussi bien physiquement (c’est la plus jeune qui doit porter des lunettes), que psychologiquement. Ainsi, le caractère passionné de l’adolescente déteindra sur l’adulte. Pour que les choses rentrent dans l’ordre, il faut que Luisa se rende à l’évidence et commence à accepter qui elle est vraiment,  son attirance pour les filles, et qu’elle soit prête à le vivre.

Luisa ici et là est donc une très jolie BD sur l’acceptation de soi, touchante et drôle (les échanges entre les deux Luisa sont franchement énergiques, vu son caractère bien trempé), qui évoque des sujets importants comme l’homophobie et le coming out. Avec une mignonne histoire d’amour en plus, ce qui ne gâche rien.

Super Rainbow, de Lisa Mandel

Bon, il serait peut-être temps que je vous parle de Super Rainbow, vu qu’elle illustre ma bannière de blog.

album-cover-large-26944J’ai déjà parlé de Lisa Mandel ici pour Princesse aime Princesse, mais j’en profite pour vous la conseiller en règle générale.  Son côté déjanté est assez présent, j’ai donc pu aussi bien apprécier Nina Patalo côté jeunesse, que Sociorama :La fabrique pornographique (elle est d’ailleurs directrice de la collection) ou encore HP, chez l’Association (moins délirant dans la forme, vu que le sujet l’est déjà bien assez).

Bref, tout ça pour dire, que si j’aime beaucoup cette auteure, c’est parce que je la trouve totalement folle ! (Lisa, si tu nous lis, coucou !) Mais ne vous méprenez pas, dans le bon sens du terme, je trouve ses idées totalement délirantes, loufoques, abracadabrantes, mais aussi géniales, même si parfois profondément crétines (mais très, très drôles).

Super Rainbow est à l’origine une BD publiée sur Professeur Cyclope, une revue en ligne, et est découpée en plusieurs épisodes.

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Comment vous résumer Super Rainbow ? Pas si facile en vérité. Pour faire court, disons qu’il existe des combinaisons Super Rainbow, qui donnent de supers pouvoirs, le tout à une condition, que les deux personnes concernées se fassent jouir. Nous suivrons donc Lisa Mandel elle-même dans  diverses péripéties, changeant régulièrement de copine, peinant d’ailleurs parfois à en trouver. Trouver quelqu’un à son goût pour sauver le monde n’est pas toujours facile, cette apparition d’Ellen Page le confirmera.

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On croisera donc ici des lesbiennes à toutes les pages, des gays parfois, mais aussi un caniche géant, des coupes de cheveux bizarre, des femmes non épilées, des situations absurdes à gogo, des ruptures, des trahisons, un commissaire Vayan (qui passe par trop d’état pour tous les décrire).

Bref, lisez Super Rainbow. Si vous voulez affichez un sourire niais et rire bêtement, ce livre est fait pour vous. Si vous voulez faire plaisir à une amie, offrez-le ! Si vous voulez faire votre coming out à votre grand-mère, heu, attendez peut-être un peu avant de lui offrir.

Marre du rose

marre-du-roseJe ne suis pas totalement dans le sujet lgbt mais combattre les préjugés sexistes me semble tout aussi important, j’ai donc envie de vous parler d’un album jeunesse qui fait parti de ma bibliothèque : Marre du rose de Nathalie Hense, illustré par Ilya Green (illustratrice que j’aime beaucoup). Une petite fille raconte qu’elle aime le noir et que le rose ça lui sort par les yeux, de même que tous les trucs de princesse. Elle aime des choses considérées comme des choses de garçon et se fait traiter de garçon manqué et ne comprend pas pourquoi on critique son copain, considéré comme trop sensible parce qu’il coût et dessine des fleurs. Je le trouve très touchant cet album. Avec des questions d’enfants, il montre bien l’absurdité de cette répartition cloisonnée entre ce qu’une fille est censée être et ce qu’un garçon est censé être. Et les illustrations sont très chouettes et servent très bien le propos. A l’heure où les librairies sont envahies de livres « pour les filles », de rose et de paillettes à tout va, ça fait du bien!

Je ne peux pas résister, j’ai envie de vous en mettre un extrait :

« Moi, j’aime le noir.
D’habitude, les filles, elles aiment le rose, ça me sort par les yeux! Et c’est pareil pour les princesses, les tralalas de princesse, les rubans et aussi les poupées. Mais quand en plus c’est rose, là, ça me sort par les trous de nez!
Maman dit que je suis un garçon manqué. Ca veut dire que je suis comme un garçon mais pas un garçon quand même.
C’est comme dire « étoile d’araignée » au lieu de « toile d’araignée », ça ressemble mais c’est pas ça. Moi, je suis une étoile d’araignée, je ressemble, mais c’est pas ça… »