Archives mensuelles : juin 2016

Les carnets de Cerise, de Joris Chamblain et Aurélie Neyret

Les carnets de Cerise est une très chouette BD jeunesse. Déjà j’aime beaucoup le graphisme, qui change un peu de ce qu’on peut voir dans ce rayon. Et en général, c’est une série qui plait autant aux parents qu’aux enfants.

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Cerise est une petite fille qui vit seule avec sa mère. Elle écrit son journal (dont on retrouve régulièrement des pages qui nous font part de ses pensées), et rêve de devenir écrivain. Pour accéder à son rêve, quoi de mieux qu’enquêter sur les personnes qu’elle croise ?

Chaque tome nous fait donc découvrir des personnages et leurs histoires, que la curiosité et la ténacité de Cerise finissent toujours par démêler. C’est toujours bien réalisé, autant graphiquement que scénaristiquement, les personnages sont crédibles et touchants, et on a une véritable évolution au fil des tomes.

C’est le tome 4 qui nous intéresse ici (cinq sont prévus en tout). Cerise fête ses douze ans, et pour l’occasion, sa mère l’emmène une semaine en vacances dans un manoir où chaque participant doit résoudre une énigme. Parfait programme donc pour notre romancière en puissance.

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Mais les choses ne se passent pas exactement comme prévu, et Cerise finit par découvrir que l’énigme que sa mère et elle doivent élucider ne fait pas partie du jeu habituel.

Pour en dire plus, je suis obligée de spoiler donc à vous de voir si vous voulez allez plus loin.

Il faut savoir que Cerise est très amie avec une vieille dame de son village, Annabelle Desjardins, romancière, avec qui elle a beaucoup de choses à échanger. Il s’avère que c’est cette même personne qui a suggéré à la mère de Cerise de lui faire ce cadeau, et qui a fait les échanges d’énigmes, et ceci pour retrouver quelqu’un de son passé.

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Cette personne est une femme, et même si rien n’est jamais dit clairement, on comprend bien qu’elles ont été amantes (un prétendant d’Annabelle s’est rendu compte que son cœur était pris ailleurs, par cette fameuse Eva). Alors évidemment, c’est très clair pour un regard adulte, les deux femmes étaient très proches, et se retrouvent après toutes ces années (après un mariage raté et sans amour pour Eva), mais j’aurais aimé malgré tout que le mot amour soit mis sur ce couple. Je ne demande pas des grands discours ou un baiser passionné, mais juste une clarification. Que la banalisation aille jusqu’au bout, et que l’on puisse montrer aux enfants que l’amour est possible, pour tous les genres, et tous les âges d’ailleurs, ce n’est pas si souvent montré pour les personnes âgées.

Petit bémol pour moi donc sur ce point-là, mais je reste quand même ravie que ce sujet soit traité dans une série jeunesse qui a beaucoup de succès. J’attends juste qu’on puisse mettre des mots sans se poser de questions (volonté de pudeur ? peur de choquer les parents ? les grands parents ?), surtout que les enfants ne sont pas stupides…

Enfin je vous conseille cette BD de toute façon, j’ai été très émue par la relation entre Cerise et sa maman dans ce tome ci, et j’attends avec impatience de voir comment ça évolue dans le tome suivant.

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Sunstone, de Stjepan Sejic

Sunstone est un comics qui traite du BDSM, de façon plutôt soft. Mais ce n’est pas pour autant qu’on se rapproche du fameux Fifty shades of Grey (dont je n’ai vu que l’adaptation cinématographique, qui m’a semblé bien ridicule, et loin du BDSM).

Le premier tome met l’accent sur la rencontre entre les deux personnages principaux : Ally et Lisa, et sur leur histoires respectives.

Les deux femmes ont commencé par discuter sur Internet, avant de se décider à franchir le pas pour une vraie rencontre. Hétérosexuelles, elles ne voient aucun inconvénient à partager leurs fantasmes avec une femme.

Ally est une dominatrice, qui a déjà un matériel impressionnant, fabriqué par son ami et ancien amant Alan. A part avec lui (dominant également), elle n’a jamais eu l’occasion de jouer les dominatrices.

Lisa rêve de BDSM depuis longtemps, n’hésitant pas à faire du self bondage, mais n’a jamais rencontré personne avec qui elle aurait pu le vivre (ce qui a probablement mis fin à sa précédente relation).

Très franchement, ce premier tome m’a à moitié convaincu, même si la rencontre entre les deux personnages reste assez mignonne (les scènes de sexe sont suggérées, ça reste très soft comme je le disais précédemment). J’avais envie de lire la suite, tout en trouvant plein de défauts : le scénario assez léger (si on enlève le côté BDSM, l’histoire est en fait assez classique), les dessins pas toujours très travaillés, voir peu réalistes et semblant tout droit sortis d’un film porno…

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Mais c’est mignon, léger et rigolo, donc j’ai continué avec le tome 2, qui gagne un peu en épaisseur, et qui semble plus travaillé (à vrai dire, l’auteur explique lui-même qu’à la base, Sunstone était juste un passe-temps sur Deviantart, qui a pris de l’ampleur, et qu’il a donc approfondi, on comprend donc mieux certains défauts).

Ce deuxième tome continue donc avec la relation entre Ally et Lisa (amies ? amantes ? elles ne savent pas trop, ce qui leur posent question), mais on découvre aussi d’autres personnages qui évoluent dans le milieu BDSM, et par la même occasion, le passé d’Ally, ainsi que ses vieux démons.

Franchement, ce n’est pas la BD du siècle, mais ça reste très plaisant à lire, et je sais d’ores et déjà que je me plongerai dans le tome 3 en septembre pour découvrir la suite de l’histoire.

La favorite, de Matthias Lehmann

favoriteVoici un de mes gros coups de cœur de ces derniers mois. La favorite était d’ailleurs dans la sélection officielle d’Angoulême, et c’est bien dommage qu’il n’ait pas eu de prix.

J’aime beaucoup le graphisme, ce noir et blanc nous plonge dans un passé qu’on imagine lointain. J’avais peur d’avoir un peu de mal à rentrer dans l’histoire, mais on est tout de suite happé, et plongé dans une atmosphère un peu étrange.

Tout commence dans un huis clos. Constance raconte son enfance, auprès de ses grands-parents.  Dès les premières pages, on est enfermé avec elle dans cette maison, entre sa grand-mère, imposante et effrayante, et son grand-père, incapable de s’imposer face à sa femme. Il est question de martinet, de punitions dans le grenier, et de ne jamais sortir plus loin que le jardin. Petit à petit, les éléments mystérieux s’accumulent : Constance ne sait rien du tout de ses parents, à part qu’ils sont morts, et ses grands-parents ont eu une autre fille, morte à l’âge de 10 ans.

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Et là, j’ai envie de vous dire, si vous êtes tentés, n’allez pas plus loin et foncez lire cette BD ! Malheureusement, on trouve sur Internet beaucoup d’articles qui dévoilent une partie importante de l’histoire, et je trouve ça un peu dommage. Pour ma part, même si j’ai adoré cette lecture, j’aurais aimé avoir cet effet de surprise.

Donc pour ceux que ça ne dérange pas, je m’apprête à dévoiler un élément important de l’histoire…

MEP FAVORITE OK.inddLa force de La favorite, c’est de distiller des éléments au compte-goutte. On imagine au début voir une petite fille dans une maison totalement isolée dans un autre temps, pour peu à peu se rendre compte qu’on a affaire à un petit garçon travesti par sa grand-mère totalement tyrannique (et un peu dérangée sans doute), dans un passé pas si lointain.

Constance va petit à petit découvrir le monde extérieur, d’abord en sortant acheter du pain dans le village, puis avec les enfants du gardien. Ces échanges avec le monde extérieur vont dérégler cette machine bien huilée mise en place par la grand-mère. Constance est en effet un petit garçon avide d’aventures, qui ne demande qu’à sortir explorer d’autres horizons, et qui rêve de pirateries et de détective privé, les livres et les films étant ses seules distractions.

Avec la présence d’autres enfants, il découvre aussi d’autres choses, notamment une attirance pour une fille un peu plus âgée. Le travestissement causant pas mal de quiproquos…

Quelques extraits :

En découvrant l’altérité, l’enfant, qui avait grandi sans trop se poser de questions, prit conscience de l’anormalité de sa situation…

… vivant chez ses grands-parents, sans rien savoir ni de sa mère, ni de son père, sans aller à l’école, travesti en petite fille.

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A cet instant précis, je sus avec acuité que je serais capable de m’adapter et de devenir Maxime. Longtemps, je m’étais senti comme un garçon dans un corps de fille ; désormais, je serais un peu fille dans un corps de garçon.

Pas de personnage lgbt ici, mais la question intéressante du travestissement, de notre part à tous de masculin et de féminin, de ce qui fait de nous une fille ou un garçon (après tout, Constance s’habille en fille selon les désirs de sa grand-mère, sans que cela remette en question le fait que ce soit un garçon).

Justin, de Gauthier

tumblr_o3l1fs3MoP1sqfii4o1_1280J’ai découvert Gauthier sur Yagg où elle tenait un blog, puis avec L’enterrement de mes ex, dont je viendrai parler à l’occasion.

J’aime bien la simplicité de ses dessins, et sa façon d’aborder des sujets importants de façon très juste et sensible, la découverte de son homosexualité dans L’enterrement de mes ex, et le parcours de Justin, jeune trans ftm dans la BD du même nom.

Les premières pages nous montrent Justine, petite fille qui aime grimper aux arbres et qui n’a aucune envie de porter une robe. S’ensuivront en grandissant toutes les étapes d’incompréhension de son entourage, le décalage permanent entre la vision que Justin a de lui-même et celle des autres, les camarades d’école, la famille, et même certains psys, puis le parcours pour devenir enfin l’homme qu’il est, à ses yeux et pour la société.

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Tout en subtilité, par petites touches, cette BD montre toutes les difficultés qu’a Justin à s’épanouir et à trouver sa place, et réussit à retranscrire les émotions qu’il peut ressentir, du rejet à l’acceptation, et c’est très beau de le voir enfin trouver sa place.

Un petit extrait :

Mais en fait, je sais très bien à quel moment j’en ai pris conscience.

Je jouais avec des copains dans le parc. J’avais 4 ans.

Ce fut très fugace…

Une seconde, peut-être deux.

Tout le monde sait que je suis un garçon…

Tout le monde… SAUF papa et maman.

Bref, un thème assez peu exploré (et souvent mal), que ce soit en BD, ou même ailleurs, je vous recommande donc vivement cette bande dessinée !

Beyond the lipstick. Chroniques d’un coming out, de Muriel Douru

imagesMuriel Douru est un nom que je vois régulièrement passer depuis quelques années, elle a écrit des livres pour enfants sur l’homosexualité et l’homoparentalité, et j’ai lu son livre Deux mamans et un bébé il y a fort longtemps (pour ne pas dire dans une autre vie) où elle raconte son parcours avec sa compagne pour avoir un enfant.

J’ai donc été curieuse en découvrant qu’elle avait sorti un BD (qui est un média qui me plait beaucoup, vous l’aurez noté).

Je ne vais pas vous mentir, je doute d’être le public visé, ce n’est clairement pas le genre de BD que je lis habituellement, mais je trouve bien qu’elle existe.

CRq9jkPWoAABnvoJe suis déjà bien embêtée pour vous la décrire, parce que, je n’aime pas du tout le terme « girly », et j’ai tendance à l’employer plutôt de façon ironique, mais on va dire que ce livre rentre quand même bien dans cette catégorie… Mais ce que je trouve positif, c’est qu’on ne s’attend pas forcément à trouver une BD sur l’homosexualité et l’homoparentalité dans ce type de rayon, et qu’au final, ça peut permettre à un public très large de se rendre compte que la lesbienne est une femme comme les autres (ce qui peut sembler une évidence, mais pas forcément pour tout le monde).

Beyond the  lipstick évoque donc l’homosexualité, l’homoparentalité, le mariage pour tous et ses chers détracteurs. Encore une fois, j’aime que l’homosexualité soit abordée dans des livres tout public, pour toucher le plus grand nombre, et je pense que c’est le cas ici.

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Est-ce que je la conseillerai pour autant ? Pas forcément… Sauf si vous êtes adeptes de Pénélope Bagieu et Margaux Motin. A vous de voir !