Archives mensuelles : juillet 2016

Lumberjanes

J’aurais pu titrer cet article : la BD que j’aurais rêvé de lire quand j’étais gamine ! Mais même à l’âge adulte, je me suis fait bien plaisir.

Lumberjanes_CoverLumberjanes a été créé par un collectif d’auteures : Noelle Stevenson, Grace Ellis, Brooke Allen, Maarta Laiho et Shannon Watters.  Je vous conseille par la même occasion Nimona de Noelle Stevenson, autre BD d’aventure avec un chouette personnage féminin.

Lumberjanes décrit l’été de cinq adolescentes dans un camp de vacances. Les Lumberjanes sont des sortes de scouts, ou jeannettes en l’occurrence. Elles doivent savoir vivre et se débrouiller au plus près de la nature, et gagnent des badges au fil de leurs activités et des compétences acquises.

Le livre s’ouvre avec Un message du grand conseil des Lumberjanes :

C’est au camp des Lumberjanes que nous avons découvert notre désir d’aider les jeunes filles à grandir pour devenir des femmes fières et fortes.

Que vous soyez petite ou grande, féminine ou garçon manqué, populaire ou solitaire, vous avez une place au sein du camp, peu importe à quel point vous vous sentez différente.

Cette entrée en matière me plait déjà beaucoup et annonce un beau programme. Et on sent vraiment que les auteures se sont fait plaisir, et ont su le partager. Car les aventures de nos jeunes héroïnes sont loin des vacances lambdas, elles croiseront de nombreuses créatures maléfiques et fantastiques qu’il faudra vaincre, dans une ambiance parfois très Indiana Jones.

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Ces adolescentes ont chacune un sacré caractère, du courage et leurs propres qualités. J’ai apprécié aussi la diversité des représentations, des filles plus ou moins garçons manqués, ou totalement « fille » avec le personnage d’April. Qui est d’ailleurs loin d’être en reste pour vivre des aventures, c’est par exemple elle qui vaincra une statue lors d’une épreuve de force, un bras de fer, alors qu’elle est la plus petite des cinq amies.

On a également des personnages de couleur, et de multiples références à des femmes importantes dans l’Histoire (précisant à chaque fois en astérisque qui elles sont).

tumblr_n65sut5yVg1st1i11o1_500D’un point de vue féministe, je trouve déjà ça super intéressant, mais on a en plus deux des filles qui sont clairement attirées l’une par l’autre : Mal et Molly. J’avoue que Mal avait fait vibrer mon gaydar avec ses chemises à carreaux et ses cheveux rasés sur les côtés. Mais je ne m’attendais pas forcément à ce que ce soit explicite, et si ! Les deux adolescentes sont très proches physiquement, très attentionnées l’une pour l’autre, rougissent en se regardant (notamment après une scène de bouche à bouche pour réanimer Mal). Bref, c’est très clair. Et pour couronner le tout, on a droit à quelques bonus à la fin de l’histoire, avec des couvertures alternatives, des croquis préparatoires, et également des fiches sur chaque personnage. Sur celle de Mal, on lit :

Après s’être fait couper les cheveux (rasés sur les côtés, avec des mèches frisées sur le dessus), elle a annoncé qu’elle était lesbienne à ses parents. Ils l’ont envoyée au camp en attendant d’en reparler. Mal se sent à l’aise dans ses chemises écossaises et ses jeans troués. Elle aime aussi dessiner. Sa peur des araignées n’a d’égal que son gigantesque béguin (mutuel) pour Molly.

Yeah, on a même droit au mot en L ! Leur relation est toute mignonne et désignée comme telle dans une BD d’aventures pour enfants/ados avec des personnages féminins qui envoient du pâté, que demander de plus ? Un tome 2 peut être. Ça tombe bien, il est prévu pour courant 2016 et c’est une bonne nouvelle.

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Fairyland, d’Alysia Abbott

J’ai du mal à ne pas entrer dans une librairie quand j’en croise une, et à me laisser porter par ce que je vois. Une fois n’est pas coutume, je suis rentrée dans une chouette librairie que je ne connaissais pas, et portée par la magie du lieu, j’en suis ressortie avec deux livres sous le bras. Celui qui nous intéresse ici s’appelle Fairyland, et avec les lettres de son titre au couleur de l’arc en ciel, je me suis doutée qu’il pouvait m’intéresser.

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Et j’avais bien raison, parce qu’une fois commencé, j’ai eu du mal à le lâcher. Dans Fairyland, Alysia Abbott nous raconte son enfance et sa vie de jeune adulte auprès de son père, le poète Steve Abbott. Orpheline de mère à 2 ans, c’est son père, homosexuel, qui l’a élevée. Sa fille raconte donc son enfance à San Francisco dans les années 70, puis l’arrivée du sida dans les années 80.

Son enfance a été peu banale, tout d’abord parce que l’homosexualité à l’époque n’avait rien d’évident, et l’homoparentalité encore moins. Alysia alternait entre des moments entourée d’homosexuels se travestissant, et vivant leur homosexualité de façon flamboyante et sans se cacher, et d’autres moments à l’école ou dans la famille de sa mère où elle préférait et/ou devait le taire.

Son père, poète donc, avait une vie de bohème, et vivait dans un monde entouré d’artistes. Même si sa fille était très importante, l’art et l’écriture étaient tout pour lui, et pas toujours conciliables avec la paternité.

Alysia Abbott raconte donc tous ses souvenirs, aidée pour cela par le journal que tenait son père. Le livre est également ponctué de quelques poèmes illustrés, et de photos. Les souvenirs de petite fille et le journal dans un premier temps, puis leur correspondance lorsqu’elle était jeune adulte et que son père était alors atteint du sida, permettent de se faire une idée de leur relation très forte, même si souvent compliquée. On sent toute la tendresse et l’amour qui existaient entre les deux, et la difficulté pour Alysia d’avoir un père « hors normes ».

Mais Fairyland, en plus d’être un portrait d’un père et de sa fille, est aussi un portrait du San Francisco des années 70 et 80. On y est plongé comme si on y était, au milieu de noms et de faits qui nous sont familiers. J’ai parfois eu l’impression et le plaisir de me retrouver dans les Chroniques de San Francisco, d’Armistead Maupin.

Très beau livre donc, que j’ai regretté de fermer après avoir lu les dernières pages, après avoir assisté comme Alysia a la fin prématurée de Steve Abbott, et de tant d’autres comme lui.