Archives mensuelles : septembre 2016

Dans la peau d’un jeune homo, d’Hugues Barthe


51bbhvxljrlDans la peau d’un jeune homo est une BD de 2007 qui parle de la découverte de son homosexualité à l’adolescence. Je la relis de temps en temps et franchement je la trouve toujours aussi bien faite, juste et drôle.

Hugo a 14 ans, se sent différent des autres garçons, a plein d’amies filles (ce qui, paradoxalement, fait rêver les autres garçons, et rassure sa naïve de mère) et se pose pas mal de questions. Il cherche à définir ce qu’est un homosexuel, sans forcément se reconnaître dans les clichés qu’il voit dans les journaux ou à la télé, ou prenant parfois peur à l’idée de se transformer subitement.

Il est confronté à la difficulté d’en parler à quelqu’un et fait quelques tentatives plus ou moins fructueuses. Il a une amie, Chloé, qui a tout du garçon manqué et de la lesbienne, mais qui n’avance pas au même rythme que lui, ce qui va créer une sorte de rupture dans leur amitié (après avoir couché avec elle, mais en fermant les yeux et en pensant à un garçon !). Il tente aussi de discuter avec un prêtre, ami de la famille, avant de se rendre compte qu’il veut tout faire pour le remettre dans le « droit chemin ».

Bref, pas évident pour Hugo de gérer tout ça, comme pour beaucoup d’adolescents qui découvrent leur homosexualité.

albdanslapeaudunjeunehomo_20102007_034008Cette BD  reprend donc avec humour tous les points par lesquels on passe : le fait de se sentir différent des autres sans comprendre pourquoi, entendre des insultes homophobes à l’école à longueur de temps, ne pas se reconnaître dans les clichés sur les homosexuels, croire que ses parents ont enfin compris alors que comme d’habitude ils sont totalement à côté de la plaque , faire des tentatives ratées de coming-out… Tout ça fait avec humour et c’est très parlant qu’on soit une fille ou un garçon. Et c’est agréable de voir ce sujet traité avec légèreté, surtout que comme le rappelle l’avertissement au lecteur en première page, les tentatives de suicide chez les adolescents gays sont plus élevées que chez les hétéros.

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Moi non plus, d’Emilie Plateau

Moi non plus est une toute petite BD au format presque carré. Pas de cases ici, et un dessin tout simple, des traits noirs, et du vert. En peu de moyens, Emilie Plateau nous décrit l’après rupture avec sa copine, une personnalité toxique, et la difficulté à revivre après ça.

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On est totalement immergé dans cette période difficile en la suivant dans ses crises de larmes, accompagnée de ses amis, chez un psy…  L’idée est simple et très efficace, l’ex est présente par la couleur verte, et se fait plus ou moins présente selon les moments, avant de disparaitre complètement et de laisser une Émilie enfin apaisée.

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Une BD toute en délicatesse et en émotions, qui par petites touches nous plonge complètement dans l’intimité post rupture.

Comme un garçon, de Jenny

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Comme un garçon est une BD jeunesse. Le dessin ne m’a pas franchement tapé dans l’œil, mais vu le sujet (une jeune fille qui se fait passer pour un garçon), j’ai voulu me faire ma propre idée.

Bon, dès le début (la quatrième case, ça aura été vraiment rapide), je me suis méfiée, on retrouve une petite fille, Charlotte, déguisée en princesse dans une chambre toute rose, et qui refuse de jouer aux billes avec le fils du nouveau compagnon de sa mère, Xavier.

Les deux vont devoir apprendre à cohabiter, et pour se faire, ils vont régulièrement faire des paris, souvent à l’initiative de Charlotte, qui perd pourtant systématiquement. Ça ne l’empêche pas de continuer. Le temps passe et Xavier se lasse de ces petits jeux. Espérant faire capituler Charlotte, il la défie de se faire passer pour un garçon pendant toute sa première année de fac. Après quelques tergiversations, elle finit par accepter (et vas-y la psychologie de comptoir « Mon père est parti parce que j’étais faible, blablabla, du coup je fais des paris stupides pour montrer que je suis forte »).

e9d8552fa9a8283b07429084f2bb1de6-_sx1280_ql80_ttd_Tout ça commence déjà assez mal, mais on peut enfin rentrer dans le vif du sujet. Charlotte commence donc la fac, où elle doit vivre dans une chambre étudiante avec un autre garçon (merci l’administration qui ne vérifie probablement pas ce genre de choses). Le travestissement se fait en deux temps trois mouvements, c’est-à-dire une perruque aux cheveux courts, la poitrine bandée, et des vêtements de garçon. Rien de plus, trop fastoche, et tout le monde s’y laisse prendre c’est beau ! Aucun questionnement sur l’identité homme/femme, ce serait trop en demander. Et allons-y dans les gros clichées, elle part pour cinq jours mais emmène des tonnes de valise, qui étonnement sont remplies de soutien gorges et de produits de beauté, très utiles quand on se fait passer pour un garçon.

Le scénario est totalement téléphoné et plein d’inepties : les douches sont collectives ce qui met bien évidemment Charlotte dans l’embarras, mais ça ne l’empêche pas d’accepter une partie de strip-poker avec d’autres étudiants. Elle doit se faire passer pour un garçon pendant toute une année, mais elle met une perruque au lieu de se couper les cheveux, alors que je le rappelle, elle dort dans la même chambre qu’un garçon (qui du coup découvre très vite son secret).

Aucun questionnement non plus sur l’orientation sexuelle, ça aurait pu pourtant, vu qu’une fille tombe follement amoureuse de Charlie/alias Charlotte.

Bref, je ne m’attendais pas à un chef d’œuvre, et je n’ai eu aucune bonne surprise en lisant cette BD pleine de clichés, dépourvue de psychologie et pas spécialement bien dessinée…

Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires), de Lizzie Crowdagger

41VCAxeZ0ELQuand j’étais ado, j’étais fan de Buffy. Franchement, des personnages féminins qui envoient du pâté, de l’action et des bastons, de l’humour, une psychologie des personnages travaillée, et des lesbiennes, c’était la classe ! J’ai essayé de continuer à retrouver ce cocktail dans les comics, suite de la série, mais sans y retrouver ce que j’aimais.

Et un jour, Lizzie Crowdagger est arrivée. Je ne me sens pas une experte en littérature avec des personnages lgbt, mais j’ai l’impression que sur toute la production de romans lesbiens, on a beaucoup de romances un peu gnangnans. Je n’ai rien contre de temps en temps, mais globalement on va dire que je m’en fous. Et je ne suis pas contre lire des histoires pas prise de tête avec des personnages féminins forts et pas justes limités à leur histoire d’amour.

Bref, Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires), c’est un peu l’esprit Buffy, avec un personnage trans. Déjà le titre pète sa mère, il faut bien le dire ! Ensuite, les deux citations mises en exergue au début du roman sont de Paul B. Preciado et d’Anne Rice, beau mélange, même si totalement improbable.

Cassandra est une étudiante en informatique, et accessoirement transsexuelle. Nouvelle sur Lille, elle rencontre une certaine Valérie, qui peut lui procurer des hormones, et qui s’avère faire partie du gang des Hell Butches. S’ensuit une rencontre avec des vampires, des loups garous etc…

Au début, Cassandra a une certaine tendance à se justifier à tout bout de champ au sujet de sa transsexualité, en répondant à côté des questions qui lui sont posées. Le décalage est plutôt bien trouvé, et on finit par passer d’un personnage qui s’excuse un peu sur tout à une badass qui aime bien tabasser voire buter les méchants (ou autres créatures démoniaques).

Le ton est léger, drôle, les personnages sont chouettes et le livre est découpé en épisodes, ce qui pourrait laisser présager une suite (ou une adaptation télévisée mais ne rêvons pas).

Lizzie Crowdagger a un site Internet où elle propose ses livres, en version papier ou en e-book. De quoi passer de bons moments en perspective.

Cette fille c’était mon frère, de Julie Anne Peters

1540-1Ce roman pour ados est une réédition d’un titre paru en 2005 sous le titre La face cachée de Luna. J’avoue que je l’avais déjà repéré mais je crois que j’avais un peu peur de la façon dont le sujet pouvait être traité, mais avec cette réédition je me suis dit que c’était enfin l’occasion de le lire.

Regan est une adolescente de 15 ans, pas forcément super bien dans sa peau. Son frère, Liam a 17 ans et semble être le garçon idéal, bon à l’école sans même avoir à s’en soucier, petit génie en informatique, beau et populaire, bref il a tout pour lui. Sauf que, chaque nuit, Liam se glisse dans la chambre de Regan et se transforme en Luna. C’est la seule à être dans le secret, et elle voit bien combien Liam souffre de la situation et rêve tout simplement de pouvoir vivre sa vie de femme.

Très honnêtement, je ne m’attendais pas à voir cette histoire depuis le point de vue de la sœur, et c’est une très bonne idée. Elle vit vraiment dans l’ombre d’un frère qui a tout pour lui, tout en sachant qu’il est malheureux. On a une très jolie relation entre les deux, elle fait tout pour l’aider, même si ce n’est pas toujours évident pour elle.

Le roman est vraiment poignant par moments, et est sans doute encore plus fort d’être raconté par une tierce personne. De nombreux  flash-backs nous plongent dans des souvenirs d’enfance et nous montrent que Liam n’a jamais été le petit garçon que tout le monde voyait et voulait qu’il soit.

Cela dit, Cette fille c’était mon frère connait aussi des moments plus joyeux, notamment avec Regan. Les moments où elle découvre les joies des rendez-vous amoureux sont à la fois touchants et très drôles (on pourrait l’appeler Miss catastrophes).

Julie Anne Peters nous fait naviguer entre les émotions, le tout avec beaucoup de finesse et d’intelligence. Elle aborde la transidentité de façon très juste, et le personnage de Regan en parle avec beaucoup de maturité pour son âge (même s’il est clair qu’elle a du mal à le gérer). Le roman aborde cette thématique mais également les rôles assignés aux filles et aux garçons, la question du féminisme, de l’homosexualité (le père de Liam est persuadé que son fils est gay, et le pousse à faire du sport et à se conduire comme « un homme, un vrai »).

Au final, ce que j’ai beaucoup apprécié dans ce livre, c’est que l’on n’assiste pas seulement à l’épanouissement de Luna, mais aussi à celui de Regan. On a là un très beau livre, plein d’émotions sans être plombant, qui nous montre le chemin et l’éclosion de deux jeunes femmes.