Archives mensuelles : novembre 2016

Peau, de Dorothy Allison

peau-couvPeau, dont le sous-titre est A propos de sexe, de classe et de littérature, est un recueil de textes de Dorothy Allison. Je ne connaissais pas cette autrice féministe américaine avant cela, et c’est bien dommage. Il s’agit en fait d’une réédition augmentée d’un livre publié en 1994 en France dans la collection Rayon Gay (créée par Guillaume Dustan). Cette réédition a été possible grâce à la très belle collection féministe, Sorcières, chez Cambourakis.

Ça fait quelques temps que j’ai lu cet ouvrage, et je ne sais pas par quel bout le prendre pour vous le présenter. Très honnêtement, je l’ai adoré, et trouvé vraiment très intéressant, et le sous-titre résume très bien le contenu du livre. Mais que vous dire de plus ?

Dorothy Allison est née en 1949 en Caroline du Sud. Peau démarre avec ses textes sur la classe sociale, et toute la violence qu’elle en a ressentie en grandissant dans un milieu extrêmement pauvre, dans le regard et le mépris des gens. Elle y parle également de sa relation à sa famille et à son beau-père qui l’a violée.

A cela s’ajoutent d’autres textes sur l’homosexualité, le féminisme, la pornographie, le sexe, mais aussi, beaucoup, la lecture et l’écriture. Tout ceci se mélange et s’imbrique en un témoignage poignant et très intéressant sur le militantisme et sur ce qu’était être en marge dans les années 70 et 80.

En repensant à ma lecture, j’ai plein d’images qui me reviennent, et qui sont fortes, dures, émouvantes. Finalement, on sent bien dans ses textes que c’est la lecture et l’écriture qui ont sauvé Dorothy Allison, et sa force et son courage son impressionnants lorsqu’on la voit militer, parfois envers et contre tous.

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Rôles de composition, de Jimmy Beaulieu

J’ai un peu honte de l’avouer mais la première fois que j’ai vu une bande dessinée de Jimmy Beaulieu dans une librairie (A la faveur de la nuit, si mes souvenirs sont bons), j’ai passé mon chemin. J’ai supposé qu’un homme hétéro qui parlait des lesbiennes ne serait pas capable de le faire correctement… Fort heureusement, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, et quelques années plus tard, j’ai découvert son Tumblr, et je suis immédiatement tombée sous le charme de ses dessins. Il y a une « patte » Jimmy Beaulieu, et en même temps, j’aime la variété de ses dessins, des couleurs qu’il peut utiliser, passant de tons très pastels à des tons très vifs, et le tout est toujours très sensuel.

2014-07-16-cJe me suis donc empressée d’aller découvrir ses œuvres papiers, et ce fut avec beaucoup de plaisir. Autant vous prévenir tout de suite, si vous vous attendez à une BD avec un scénario trépidant, des rebondissements et des retournements de situation, passez votre chemin. De même si vous cherchez quelque chose de purement érotique. Mais si vous avez envie de vous laisser emporter tranquillement, doucement, dans un monde fantasmagorique et sensuel, alors foncez.

Jimmy Beaulieu aime les femmes, et cela se sent. J’ai beaucoup apprécié Le temps des siestes, un beau recueil de dessins, accompagné de notes.  Cela se feuillette, et on navigue entre des portraits, des femmes nues, seules ou à deux, dans différents univers graphiques. C’est tendre, joli, plein de sensualité.

9782756024615J’ai un peu moins accroché avec A la faveur de la nuit, qui reste un joli objet, mais un peu trop disparate à mon goût. C’est l’idée puisque l’auteur a en fait repris différents éléments pour en faire une seule et même histoire.

Comédie sentimentale pornographique m’a emporté avec ses personnages. J’aime être entrainée dans les fantasmes de l’auteur, qui joue aussi avec le côté mise en scène. Il n’hésite pas à suivre ses envies, ses personnages jouent à être des super-héroïnes, ou profitent d’un décor de théâtre pour se mettre en scène. Il y a un côté assez ludique et sexy dans tout ça qui me plait beaucoup.

J’arrive donc à son dernier en date, que je viens de lire, Rôles de composition. On y retrouve les dessins et les couleurs qui font tout le charme de Jimmy Beaulieu. Je dois lui reconnaitre qu’il arrive toujours à faire naitre la sensualité, et jamais la vulgarité, et j’apprécie vraiment.

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Côté histoire, on est dans du cent pour cent lesbien ! On suit un couple, Noémie, jeune actrice qui peine à gagner sa vie, et Colette, militantiste angoissée par la vie. Les deux peinent à joindre les deux bouts financièrement. Leur vie leur convient-elle vraiment ? C’est la question qui peut se poser quand Noémie est attirée par une autre actrice.

Jimmy Beaulieu parvient très bien à transmettre les doutes, les questions et les atermoiements qui peuvent arriver au sein d’un couple. Le tout avec le charme habituel des expressions québécoises et la sensualité de ses dessins.

Player One, d’Ernest Cline et autres réflexions

Quand j’ai ouvert ce blog, je me suis simplement dit que j’avais envie de parler de mes lectures lgbt, probablement parce qu’à certains moments de ma vie j’ai recherché des sites qui recensaient tout ce qui traitait du sujet. En avançant un peu dans mes lectures, je me suis dit que j’avais aussi envie de parler du féminisme et de la question du genre, même si ça ne rentrait pas directement dans le sujet.

Mais je suis régulièrement confrontée à d’autres interrogations, à partir de quel moment parler d’un livre sur ce site ?

Dans ma vie, je n’ai pas que des lectures à caractère lgbt, loin de là. Je me laisse porter selon mes envies, et même si nous vivons dans un monde hétérocentré et à dominance masculine, force est de constater que même sans chercher aller vers des lectures queer, j’ai plutôt tendance à me tourner vers des auteures ou vers des thématiques avec des personnages en marge.

Tout ça pour vous dire quoi (mais qu’est-ce donc que tout ce blabla ?!) ? En gros, que dans ma pile de lecture, on trouve des livres dans lesquels je sais qu’il y a un ou des personnages lgbt, et d’autres qui m’intéressent pour d’autres raisons. Ces derniers temps, je me désolais que dans ma pile ne se trouve aucun livre à caractère lgbt, avant de me rendre compte que dans presque tous, il y en avait. Signe sans doute positif d’une évolution de la société. Mais je reviens à ma question, à partir de quel moment parler d’un livre sur ce blog ? Quand j’étais enfant, je lisais tout ce qui se trouvait dans ma bibliothèque de quartier et je n’ai souvenir que d’un seul livre avec un personnage lesbien (je serais d’ailleurs bien incapable de me rappeler du titre). Super la représentation et l’identification…

(Je ne parle pas du Club des cinq et du personnage de Claude, auquel je me suis bien identifiée, mais sur lequel aucune étiquette n’est posée)

Après ça et dès que j’ai pu (bien plus tard à vrai dire), j’ai eu envie de lire tout ce que je pouvais avec des personnages lgbt, mais en général, je ne cherchais pas des personnages secondaires. Bon évidemment, maintenant je suis moins en quête de représentation, et j’aime beaucoup trouver des personnages lgbt naturellement inscrits dans une histoire, même si c’est très secondaire. Donc pour moi, c’est important d’en parler ici aussi, mais ça reste parfois délicat quand c’est vraiment accessoire d’une part, et quand d’autre part, ça en dévoile beaucoup trop sur l’histoire.

Du coup, une fois tout ça exposé, si je vous parlais de Player One ?

9782266242332Player One est ma dernière lecture en date, roman de plus de 600 pages qui m’a tenu en haleine pendant deux jours (j’en ai presque oublié de  nourrir mes chats).

Nous sommes en 2044, la planète ne va pas bien du tout. Pour pallier à ça, chacun s’absorbe dans l’OASIS un univers virtuel absolument énorme. Jusqu’au jour où le créateur de l’OASIS, Halliday, décède, et n’ayant pas d’héritier, décide de léguer sa fortune à qui découvrira les trois clés ainsi que l’œuf de Pâques qu’il a caché dans le système.

Petit détail, Halliday était un gros geek fan des années 80 dans lesquelles il a grandi, et sa chasse au trésor est directement inspirée de ses centres d’intérêt.

Pendant plusieurs années, des tas de gens partent en quête, mais sans succès, et on finit par se demander si l’œuf existe bien. Jusqu’au moment où Wade, un jeune homme de 17 ans, trouve la première clé. La chasse est alors lancée et tous les coups sont permis.

Très prenant, Player One nous plonge dans la culture pop des années 80, passant des jeux d’Arcade aux Monthy Python, de Ricky ou la belle vie à Donjons et Dragons. Pas besoin d’être un expert, ni en jeux vidéo, ni en années 80 pour apprécier ce roman, qui arrive à nous tenir en haleine dans un monde presque totalement virtuel (les moments dans le monde réel sont finalement assez rares).

Pourquoi j’en parle ici me direz-vous ? Et vous vous poserez sans doute cette question pendant presque tout le livre si vous le lisez, et n’aurez pas la réponse avant au moins 500 pages. Est-ce que le côté lgbt du roman est la raison pour lire ce livre ? Clairement non. Mais vous passerez un très bon moment, et je trouve que ça ajoute quelque chose qui n’est pas inintéressant.

Trees, de Warren Ellis et Jason Howard

trees-tome-1-33955J’avoue ne pas être une experte en comics, mais surtout ne pas aller spontanément vers ce genre-là.  Heureusement, j’ai de bons conseils dans mon entourage (spéciale cace-dédi pour Jojo au passage) et je me suis donc plongée dans Trees.

Scénarisé par Warren Ellis (l’auteur de Transmetropolitan), Trees est un comics de science-fiction d’où mon peu d’intérêt au départ (personne n’est parfait).

Tout commence dix ans auparavant, les extraterrestres débarquent sur terre et partout dans le monde déposent des sortes d’arbres gigantesques.

 Il y a dix ans. Ils ont atterri. Dans le monde entier. Comme s’il n’y avait personne. Et ils n’ont rien fait. Aucune communication. Comme s’il n’y avait jamais eu personne ici. Et rien en dessous d’eux. Dix ans depuis que nous avons appris qu’il y a une autre vie intelligente dans l’Univers mais qu’elle ne nous reconnaît pas comme des êtres intelligents ni même vivants. Ils sont plantés à la surface de la Terre comme des arbres exerçant leur pression silencieuse sur le monde comme s’ils y étaient seuls.

Ce point de départ posé, nous suivons ce qui se passe autour des « Arbres » dans plusieurs régions du monde : un candidat à la mairie de New York, un jeune chinois qui vient faire ses études d’art dans une cité construite autour d’un Arbre, une équipe de recherche du côté du Groenland qui découvre d’étranges fleures noires manifestement liées à l’Arbre, une jeune fille aux dents longues en Sicile…

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Ce qui nous intéresse ici (en plus de l’histoire qui vaut vraiment la peine, même si je n’en suis encore qu’au tome 1), c’est la cité de Shu et le jeune  Tian Chenglei. Venu tout droit de sa campagne, il vient dans le but de découvrir cet endroit et sans doute un peu plus. Timoré et timide, c’est grâce à Zhen qu’il va finir par sortir et s’épanouir un peu. Petit détail, Zhen est transgenre, et a des amis qui le sont. Shu est un endroit à part, où les gens en marge peuvent s’épanouir. Chenglei découvre tout ça, et son entourage lui explique avec beaucoup de bienveillance.

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Sur une planète saine, le genre est un continuum, il est fluide. Les besoins avec lesquelles nous naissons ne rentrent pas nécessairement dans les boîtes orthogonales de l’hétéronormalité.

Montre-toi. Sois ouvert. Sois celui que tu veux vraiment être. Cela ne fait jamais aussi mal que de priver d’oxygène ta propre humanité.

Beau message, et pas encore assez présent dans nos lectures mainstream. Plutôt agréable de trouver ça dans un comics, qui est une belle réussite à tous les niveaux.

Batwoman, chez Urban Comics

Ça fait un moment que j’entends parler de Batwoman, héroïne ouvertement lesbienne, et que je me dis qu’il serait bon de s’y plonger pour m’en faire mon propre avis.

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J’ai donc commencé avec le tome 1 et n’ayant pas le tome 2 sous le coude, j’ai enchainé avec le tome 0 pour combler ma frustration. Car oui, on peut le dire, j’ai adoré.

Le tome 1 commence avec une observation de Batwoman par Batman, qui veut s’assurer que l’identité civile de la super-héroïne est bien Kate Kane. Après seulement quelques pages, on apprend que cette dernière a été renvoyée de l’armée à cause de la fameuse loi « Don’t ask, don’t tell ». Aucun doute n’est donc permis sur l’orientation sexuelle de la jolie rousse, dont on suivra les rencontres amoureuses en plus de ses aventures de justicière.

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Au niveau action et scénario, rien à redire : des méchants à combattre, des innocents à sauver, des alliances possibles, un passé qui resurgit… Tout ça se lit très bien et tient en haleine. Le tome 0 nous en apprend plus sur le  triste passé de Kate Kane, et comment elle en est arrivée à devenir Batwoman après son renvoi de l’armée (avec deux très beaux coming out, auprès de son supérieur hiérarchique, puis de son père).

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Personnellement, j’ai beaucoup aimé les dessins et le découpage hyper dynamiques. Je suis loin d’être une experte en comics de super-héros, mais je me suis sentie complètement immergée dans l’histoire.

En bref, je lirai avec grand plaisir tous les tomes de la série.