Archives mensuelles : mars 2017

Le vrai sexe de la vraie vie, de Cy, et Corps Sonores, de Julie Maroh

Ces derniers mois, deux BD importantes sont sorties. Et les thématiques et la façon de les traiter se recoupent, à mon sens, c’est pour ça que j’ai décidé d’en faire un seul et même article.

Commençons avec Cy, qui a publié aux éditions Lapin Le vrai sexe de la vraie vie. A la base, on peut trouver ses BD sur des thématiques sexuelles sur le site de Madmoizelle. Le tout a été repris, retravaillé, augmenté, pour en faire ce chouette ouvrage (donc oui, même si vous avez déjà tout lu sur Madmoizelle, ça vaut quand même le coup de l’acheter).

La préface donne le ton :

Parlons de sexe, montrons le sexe, et surtout découvrons des sexualités au pluriel, accordées à tous les genres ou à aucun, selon une palette infinie et sans se limiter à seulement cinquante nuances.

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Et c’est là que je trouve ça révolutionnaire, c’est une BD qui parle de cul, très clairement, qui appelle un chat un chat (et une chatte une chatte, bon, bref…), qui laisse à voir des vulves, des pénis en érection, des pénétrations, mais surtout qui montre un large panel de sexualités, de pratiques. Le livre est certes court, mais appelle à l’ouverture, à la discussion, au consentement évidemment, mais aussi au rire, ça dédramatise allégrement. Y sont donc montrées des sexualités hétéros, homos, des corps trans, des corps handicapés, et abordées des thématiques pas si fréquentes (le fait de ne plus avoir envie, un trio qui finalement tombe à l’eau parce que ça ne fonctionne pas, ou les ratés sexuels qu’on a tous connus). Bons points également, les rappels disséminés sur la protection, le consentement, le sexe et le handicap…

Bref, une BD à faire lire à tous, pour sortir un peu de tous les stéréotypes qu’on connait, et qui envahissent les écrans.

Autre BD à lire et à faire découvrir, Corps Sonores, de Julie Maroh, aux éditions Glénat. J’ai parlé du Bleu est une couleur chaude il y a quelques temps, et de l’avis que j’en avais après quelques années. Corps Sonores est plus abouti, plus ouvert, et vraiment une pépite.

Encore une fois, le livre sort du lot, je trouve, par son ouverture, et son discours à contre-courant de l’univers mainstream dans lequel nous évoluons…

L’intro me fait penser à du Virginie Despentes, c’est dire !

La danse quotidienne des normes et des stéréotypes nous rappelle à quel point le corps est politique. Tout comme nos états amoureux. Le couple hétérosexuel monogame, blanc, beau et à l’éternel sourire de dentifrice, reste dans l’inconscient collectif le schéma souverain de l’état amoureux. Où sont les autres réalités ? Où est la mienne ?

Courtes-pattes, grassouillets, colorés, androgynes, trans, scarifiés, malades, handicapés, vieux, poilus, hors-critère-esthétique… Pédés, gouines, travelos, freaks, inconstants, cœurs d’artichaut, multi-amoureux et aventuriers, nous écrivons nos propres poèmes, vibrons à travers nos propres romances.

Nous ne sommes pas une minorité, nous sommes les alternatives.

Car il y a autant de relations amoureuses qu’il y a d’imaginaires.

Corps Sonores est une succession de rencontres, de personnages, qui en peu de pages, nous emportent avec eux à chaque fois.  Julie Maroh a choisi de centrer ses histoires dans la ville de Montréal, qui d’une part, est plus ouverte que par chez nous (comme on peut le constater sur les discussions au sujet du polyamour par exemple), et d’autre part est intéressante, du point de vue culturel et linguistique. L’ouverture des possibilités, des sexualités, me semblait tout à fait dans le cadre avec ce mélange des langues.

L’autrice nous fait rencontrer des personnages, qui nous ressemblent ou qui nous sont opposés, mais qui tous, sont crédibles, touchants, sensibles. Son dessin m’a transportée au milieu de tous ces couples ou de ces solitudes, avec ces corps désirants, et désirables. Un corps pouvant parfois littéralement s’enflammer, un cœur sortir de sa poitrine, les émotions et les sentiments sont palpables.

Une telle variété de désirs, de couples, de corps, d’orientations et d’identités sexuelles est tellement rarement représentée que c’est réellement une bouffée d’air frais de pouvoir se plonger dans un tel livre.

Et c’est d’autant plus plaisant de se retrouver avec deux livres aux thématiques similaires (même si l’un plus axé sur la sexualité, et l’autre sur les sentiments amoureux) à peu de temps d’intervalle. Plus qu’à espérer que ce sera le début d’une longue série, que chacune et chacun puisse se reconnaître dans ses lectures, et ne pas se sentir en permanence en marge.

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Les papas de Violette

J’ai tendance à m’intéresser particulièrement à la représentation de l’homosexualité dans les livres à destination des plus jeunes, donc quand Les papas de Violette m’est tombé entre les mains, j’avais vraiment l’envie de le défendre.

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Bon, malheureusement, après lecture, il n’en ressort pas grand-chose de positif.

Graphiquement, je n’adhère pas spécialement, mais ça c’est une affaire de goût, et ça n’engage que moi. A vrai dire, je trouve un côté un peu rétro au dessin, mais avec des couleurs actuelles et flashy, l’ensemble ne me parle pas du tout.

Pour ce qui est du texte, c’est une petite fille qui parle, et dès le début, et pendant tout l’album, j’ai eu l’impression de lire un discours d’adulte plaqué dans la bouche d’une enfant, ce qui m’a beaucoup gênée.

Passons à l’histoire, proprement dite.

Tout commence comme ça :

A l’école, j’ai zéro copine.

Un jour, Cécile m’a dit que c’est parce que je suis trop bizarre.

« Ma mère m’a dit ton secret et moi je vais le répéter !

Hé ! Tout le monde, devinez quoi ? Violette a deux papas !

Ils se tiennent par la main et ils se font des câlins ! »

En soi, ce n’est pas un mal de montrer l’homophobie et l’intolérance à laquelle peuvent être confrontés des enfants de couple homos, mais ici, rien ne vient contrebalancer. Pas d’instit, pas de parents, et même les parents de Violette n’abordent pas le sujet avec elle. Seuls les enfants sont présents, et tous stupides et bornés, soit.

S’ensuivent plusieurs pages qui expliquent à quel point ses papas sont des parents comme les autres, qui finalement n’apportent pas grand-chose, avant de passer à la tristesse de Violette de ne pas pouvoir profiter de ses deux parents au grand jour (et encore une fois, jamais, et sans un regard autre que le sien).

Et là, le summum à mon sens, tout change le jour où cette fameuse Cécile (la méchante de la première page donc) arrive à l’école en pleurant, et est fuie par toutes ses amies

« Mon papa est parti. Hier soir, il m’a dit bonne nuit, mais ce matin il avait disparu. Maman dit qu’il ne reviendra plus… »

Ok, donc le père disparait du jour au lendemain comme ça, sans laisser de traces, c’est hyper rassurant pour les enfants. On ne parle pas de séparation, de divorce, ou même de décès, non, il a juste disparu, sans explication.

Et les autres enfants, les vilains, ne veulent plus approcher la pestiférée Cécile pour la peine… Et Violette, trop gentille, s’empresse d’en faire sa nouvelle et seule amie, qui d’un coup :

Mais ce qu’elle préfère entre tout ça, ce sont mes deux papas.

D’accord… Donc bien sûr, en primaire, on a des copains en fonction de leurs parents et pas des jeux qu’on va faire avec eux.

Et en 2017, dans une école lambda, on essaie de nous faire croire que les enfants ont tous un papa, une maman ?! (C’est la Manif pour tous qui finance le livre peut être…) Aucun n’a des parents séparés, divorcés, juste une maman ou un papa, pour diverses raisons ? Est-ce une blague ?

Je ne peux même pas défendre ce livre, parce que je n’arrive pas à y voir une ouverture, un dialogue, une amorce de réflexion de tout ce qu’on peut aborder sur le sujet avec des enfants de cet âge là.