Archives mensuelles : avril 2017

Celle dont j’ai toujours rêvé, De Meredith Russo

celle dontCelle dont j’ai toujours rêvé est un roman pour ados, qui reprend des éléments classiques : la jeune fille qui déménage et entre dans un nouveau lycée, les amitiés qui se forment, l’amour qui naît pour un garçon…

Sauf qu’Amanda, le personnage principal, est transgenre. Elle a déménagé chez son père après s’être faite agresser, et veut commencer une nouvelle vie où personne ne sait qui elle est. Par des flash-backs, on en apprend un peu plus sur son parcours, et sur tous les moments douloureux qu’elle a traversés.

Une vraie adolescence s’offre à elle, dans cette ville et ce lycée, où elle découvre les joies  de l’amitié, de l’amour, bref, de la vie, tout simplement, en se demandant tout de même régulièrement s’il faut ou non dire ce secret, et si tout ça n’est pas trop beau pour être vrai.

J’ai vraiment été emportée dans ce roman, j’ai aimé découvrir la vie d’Amanda, et la vie des personnages qui l’entourent. Ils sont dans l’ensemble plutôt bien travaillés, et j’ai trouvé beau tous ces adolescents qui se cherchent, n’ont pas toujours des vies faciles, et font comme ils peuvent pour avancer. A noter qu’on trouve également des personnages lesbiens, plutôt bien écrits aussi.

J’ai néanmoins quelques petits bémols, tout paraît presque trop «simple » : Amanda a un passing parfait, personne ne met en doute le fait que ce soit une fille un seul instant, et elle a pu se faire opérer sans problème et très jeune. En gros, elle a un parcours presque « facile » (j’en rajoute, évidemment, vues les épreuves qu’a traversées Amanda),  presque « idéal ».

Ceci mis à part, je ne trouve pas que les personnages soient trop clichés (Amanda est fan de science-fiction par exemple, et relève qu’il s’agit plutôt d’une passion habituellement réservée aux garçons), et le point très très positif, c’est la note de l’autrice en fin d’ouvrage, qui admet justement que ce n’est pas forcément (voire pas du tout!) un parcours type, et que c’est totalement romancé. Sa note est d’ailleurs partagée entre un message aux personnes cisgenres, et un autre aux personnes trans. Dans les deux, elle explique que les cases font du mal, et que toutes les identités ont le droit d’exister, et n’en sont pas moins valables que d’autres. Un beau message, et c’est ça qu’il faut retenir de ce joli roman.

Bien sûr, j’ai peur que vous n’ayez pas aimé ce roman, mais plus encore, j’ai peur que l’histoire d’Amanda devienne votre référence, d’autant qu’elle est écrite par une femme trans. Cette idée me terrifie ! Je suis une conteuse, pas une éducatrice. J’ai pris des libertés. J’ai romancé les situations afin de les intégrer à l’histoire. J’ai en quelque sorte suivi les stéréotypes et même contourné les règles afin que la transsexualité d’Amanda corresponde autant que possible aux idées normatives : elle est exclusivement attirée par les garçons, très féminine et a priori personne, en la croisant, ne se pose la question de son genre. Elle a aussi bénéficié d’une opération que les revenus de sa famille, en réalité, n’auraient pas pu couvrir. Mais je veux insister sur le fait que son identité et ce qu’elle traverse seraient les mêmes si elle s’en était rendue compte bien plus tard, si elle était garçon manqué, bisexuelle, homosexuelle ou asexuelle, si elle était moins féminine ou… si elle avait fait un choix différent concernant son opération.

 

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