Archives mensuelles : mai 2017

Normal(e), de Lisa Williamson

Normale-HDCes derniers mois sont parus dans la littérature  jeunesse nombre de romans avec des personnages transgenres. Après George, Celle dont j’ai toujours rêvé et la réédition de La face caché de Luna sous le titre Cette fille, c’était mon frère, voici donc Normal(e).

Je ne peux que saluer cette recrudescence de titres abordant le sujet pour les plus jeunes, mais je dois avouer que le titre me faisait déjà un peu peur avec ce « e » entre parenthèses (mais qui n’apparaît pas dans le titre original, The art of being normal). Force est de constater que le roman pèche sur un certain nombre de points.

Je vais dévoiler une partie de l’intrigue, donc si vous ne voulez pas être spoilés, je vous conseille d’arrêter votre lecture ici.

Normal(e) alterne entre deux personnages qui vont dans le même lycée. David, 14 ans, est le souffre-douleur de ses camarades depuis qu’il a écrit à 8 ans que quand il serait grand, il voudrait être une fille. David a deux amis, Essie et Felix, qui l’acceptent totalement.

D’un autre côté, Leo, 15 ans, arrive dans ce nouveau lycée après un passé trouble, et a immédiatement une réputation de fou furieux. Assez solitaire, il prend un jour la défense de David en frappant un de ses harceleurs.

On se doute assez rapidement que Leo n’a pas toujours été Leo, mais les indices sont révélés au compte-goutte.

Ce qui m’a le plus gênée, c’est le côté cliché des deux personnages. Ils sont certes attachants, chacun à leur façon, mais David est passionnée de mode, timide et introvertie, et Leo est solitaire, ténébreux, sait jouer des poings, et est bon en maths. Chacun rentre parfaitement dans des cases très hétéro-normées, renforcées par le fait que Leo est attiré par les filles, et David par les garçons.

Un certain nombre de choses m’a dérangée tout au long du roman : des maladresses (par exemple, quand David apprend que Leo n’est pas la personne qu’il croit, il lui dit que c’est une fille ! Alors qu’il est un minimum concerné par le sujet, et lit des d’informations sur le net) ; le coming-out trans de David auprès de ses amis n’est jamais évoqué, ils sont au courant, mais comment ça s’est passé et comment ils l’ont vécu, on ne le saura jamais ; Leo a un passing parfait, et comme par hasard, quand David sort enfin en Kate, personne ne doute de sa féminité non plus… Autre détail qui n’en est pas un, David est « il » quasiment tout le long du roman, alors que par exemple, ses amis pourraient lui parler au féminin et utiliser Kate comme prénom…

Globalement, je dirais que l’autrice a voulu trop en dire, trop en faire, avec ces deux personnages, qui au final, auraient peut-être mérité chacun une histoire à part entière (David raconte a un moment que chaque établissement comporterait forcément deux élèves trans, manière sans doute de justifier cette simplicité scénaristique). Cela n’excuse pas les maladresses, j’ai trouvé Cette fille, c’était mon frère et Celle dont j’ai toujours rêvé plus crédibles, plus fins et au final plus touchants.

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Collaboration horizontale, de Navie et Carole Maurel

collaborationHorizontaleCarole Maurel, encore et toujours ! Et oui, je vous ai déjà dit que j’aimais son travail, et voilà que deux BD qu’elle illustre sont sorties coup sur coup, pour mon plus grand plaisir.

Collaboration horizontale relate la vie d’un immeuble en 1942, et plus particulièrement, la vie des femmes qui l’habitent. Tout part de Rose, puisque c’est de ses souvenirs qu’il s’agit (la BD commence sur elle, âgée, discutant avec sa petite fille qui a un chagrin d’amour). Son mari est prisonnier en Allemagne, et elle vit seule avec leur fils en attendant son retour. Au quotidien, elle croise la gardienne de l’immeuble, son mari aveugle, leur fille étudiante qui porte des pantalons et veut que le sort des femmes évolue, mais aussi une dame âgée acariâtre et sénile, une femme battue qui attend un enfant, une autre qui s’en sort comme elle peut. Rose aide aussi une femme juive et son fils, qui ne peuvent plus sortir de chez eux. C’est en les protégeant qu’elle rencontre Mark, un soldat allemand, et contre toute attente, pour l’un comme pour l’autre, c’est le coup de foudre et le début d’une passion interdite. Bien entendu, on est en temps de guerre, et tout ne finira pas bien…

On a ici un beau portrait des femmes de l’époque, chacune avec son courage, ses espoirs, ses attentes, ses mesquineries aussi.

Je vous parle de cette BD  pour un personnage en particulier, Simone, celle qui veut s’affranchir des lois des hommes,  résister, et qui tombe amoureuse d’une femme. C’est un beau personnage, et qui trouve sa place au milieu des autres.

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On connait l’Histoire, mais malgré tout Collaboration horizontale touche et émeut, et encore une fois, le trait de crayon de Carole Maurel fait mouche.

Moi, Simon, 16 ans, homo sapiens, de Becky Albertalli

Moi-Simon-16-ans-Homo-SapiensMoi, Simon, 16 ans, homo sapiens est un roman pour ados. Je ne vais pas vous le cacher, le début de ma lecture a été assez difficile et décourageant, tant je trouvais de clichés dès les premiers chapitres… Le garçon qui écoute Tegan and Sara (bon, même si c’est plutôt un truc de lesbiennes…), et qui se déguisait en fille quand il était gamin. J’ai eu une impression de situations et de choses plaquées sur un personnage. Ça m’a un peu dérangée je dois dire.

Au final, j’ai laissé le roman de côté un certain temps, avant de m’y replonger plus sérieusement  Simon est un adolescent de 16 ans, fan d’Harry Potter et d’Oréo, et accessoirement gay dans le placard. L’histoire commence alors qu’un de ses camarades vient de tomber sur ses échanges de mails avec un certain Blue, et lui fait du chantage, lui demandant de lui arranger une rencontre avec Abby, l’une de ses meilleures amies, sous peine de dévoiler son homosexualité  à tout le monde.

Blue fréquente le même lycée que lui, et ils échangent régulièrement des mails, mais sans connaître leurs identités respectives. Ils sont tous les deux  gays, ce que personne ne sait encore, et une relation très forte s’est nouée entre eux.

Que dire ? J’ai passé un bon moment de lecture, mais dans le même genre, j’ai vraiment préféré Will et Will, que j’avais trouvé plus original et surtout plus touchant. Je ne sais pas si c’est moi qui suis sans cœur (mais je ne crois pas), mais même si j’ai été emportée dans l’histoire (qui reste sans surprises malgré tout), je n’ai pas ressenti toutes les émotions auxquelles sont pourtant confrontés les personnages puisqu’il est question de coming-out, d’homophobie, d’amitié, d’amour…

Le roman reste très classique dans le fond et la forme, et même si c’est toujours chouette de voir des personnages gays positifs (Simon ne fait pas une maladie d’être homo, et au final vit plutôt bien tout ce qui lui arrive, même un peu trop bien je dirais…), je ne garderai pas un souvenir impérissable de ce livre.

Écumes, d’Ingrid Chabbert et Carole Maurel

Couv_299621Je vous ai déjà parlé de Carole Maurel pour sa BD Luisa, ici et là. J’aime beaucoup son trait de crayon, et elle assure ici le dessin du scénario d’Ingrid Chabbert, inspirée de sa propre histoire.

Une femme essaie désespérément d’avoir un enfant avec sa compagne, et commence à ne plus y  croire. Le jour où elle tombe enfin enceinte, c’est la joie et le soulagement. Ce sera de courte durée. La grossesse se passe mal, et le bébé meurt. Le couple est dévasté.

Écumes parvient à nous raconter cette histoire en peu de mots, mais tout en force, en émotions, en subtilité. Le graphisme accompagne parfaitement l’histoire, passant de scènes oniriques à la réalité, jouant sur les couleurs, et le noir et blanc.

La douleur de ces femmes est palpable, et poignante, et leur retour à la vie n’en est que plus beau. Le noir et blanc à la mort du bébé va peu à peu se teinter de couleurs, et celle qui a perdu le bébé va retrouver goût à la vie grâce à l’écriture, et l’envie de partager ses histoires.

En bref, une très belle histoire magnifiquement mise en images, totalement universelle, sur la perte d’un enfant. Et j’ai apprécié qu’on nous montre un couple lambda sans s’attarder un seul instant sur le fait que ce soit deux femmes.