Archives mensuelles : décembre 2017

A la place du cœur Saison 1, d’Arnaud Cathrine

518CmDcGWFL._SX195_Quand j’ai entendu parler de ce livre, j’ai été intriguée par le sujet, les attentats de Charlie Hebdo dans un livre pour ados, ça me semblait prometteur. Ma collègue m’a ensuite un peu refroidie quand elle m’a dit qu’elle n’avait pas réussi à le lire. A voir donc, pour me faire mon propre avis.

J’ai été un peu gênée dès les premières pages. Le personnage principal, Caumes, fête ses 17 ans, entouré de ses potes. On est dans un univers hyper masculin, et là je me rends compte que ces derniers temps j’ai surtout lu des autrices, et que ça m’allait très bien. Surtout quand il est autant question de la bite d’un ado de 17 ans… Que ce soit clair, je n’ai pas envie de lire un roman qui tourne autour de ça, surtout si c’est un livre autour d’attentats (on n’est pas sur la découverte de la sexualité, quoi). Pour moi ça limite la portée du roman, est-ce voulu ? Je ne comprends pas.

La suite n’est pas inintéressante. On suit les amours de Caumes avec Esther, mais tout va très vite, en deux temps trois mouvements c’est l’amour fou, et le sexe vient aussi très rapidement. J’ai du mal à y croire et à adhérer du coup.

Et là, les attentats surviennent, le choc et la stupeur. Et tout ça vient se mélanger à une histoire d’amour naissante. L’idée n’est pas mauvaise mais je l’ai trouvée mal traitée.

Le personnage est pourtant intéressant, et sur plusieurs plans. Par exemple, on sent tout l’intérêt qu’il a pour ses cours de théâtre, où sa prof, lesbienne (c’est su de tous manifestement, et ne cause pas de remous, soit…), leur fait jouer L’éveil du printemps. Même sans être un adepte de la littérature, il comprend la portée des textes qu’ils peuvent jouer.

Sa relation avec son copain Hakim est aussi riche et complexe. Il sent bien que son pote a des attirances pour les garçons et plus particulièrement pour lui, ça le met franchement mal à l’aise mais ne l’empêche pas d’être présent pour son ami, quoi qu’il arrive. Mais le sort du personnage de Hakim est plutôt bâclé, il y a pas mal d’archétypes et le roman peine à aller plus loin. C’est vraiment dommage, mais du coup, j’avoue que ça ne me donne pas du tout envie de lire la suite…

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Girlhood, de Cat Clarke

35061143Souvenez-vous, j’avais adoré Opération pantalon et beaucoup aimé A kiss in the dark (malgré la fin beaucoup trop rapide et facile à mon goût), c’est donc avec enthousiasme que je me suis plongée dans le dernier roman de Cat Clarke, Girlhood. Bon, évidemment quand on a beaucoup d’attentes c’est quitte ou double, et là je dois avouer ma déception.

Alors d’accord, j’ai dévoré le roman en une soirée, parce que c’était prenant et que les personnages étaient attachants mais franchement, après mes deux précédentes lectures qui avaient des sujets pour le moins originaux (un jeune transgenre qui veut arrêter le port obligatoire de la jupe dans son lycée, et une fille qui un peu malgré elle se fait passer pour un garçon auprès de sa petite amie), j’avais des attentes un peu poussées quoi…

Harper et son groupe d’amies cohabitent dans un pensionnat au fin fond de l’Écosse. Elles sont très soudées, et connaissent le passé douloureux d’Harper, dont la sœur jumelle est décédée après avoir sombré dans l’anorexie.

Un jour, une nouvelle élève arrive, Kristy, et tout va changer.

Et voilà, nous avons donc la situation déjà vu mille fois du groupe de copines dans un pensionnat, sympathique certes, mais déjà vu, et on en rajoute encore dans le cliché avec la nouvelle un peu creepy qui arrive et sympathise avec l’héroïne, la manipule allégrement sous le regard effaré des autres. Kristy coupe Harper de son groupe d’amies petit à petit et lui ressemble de plus en plus (nan mais le cliché du changement de coupe de cheveux qui fait comprendre qu’on est face à une nana psychopathe ça suffit quoi ! c’est vu, revu et rerevu !).

Voilà voilà, donc ce n’est pas très original, vous l’aurez compris. Le roman n’est pas mauvais pour autant, mais j’attendais beaucoup plus de la part de cette autrice.

Niveau visibilité, on a un personnage lesbien et un personnage bi, et c’est accepté par tout le monde. Le message sur l’amitié est plutôt chouette aussi.

Silence radio, d’Alice Oseman

51XctqmdGuL._SX195_Silence radio, qu’est-ce que c’est ? Un roman pour ados, et un bon !

Frances est la lycéenne parfaite et studieuse, représentante des élèves, qui rêve de rentrer à Cambridge. Sans véritables amies, elle est toute à sa tâche et à ses études.

En parallèle à cette identité assez fade, Frances est passionnée de dessins, et fait des fan arts d’une émission radiophonique plutôt méconnue sur Youtube, Universe City. Jusqu’au jour où le Créateur (dont l’identité est secrète) la contacte pour illustrer l’émission, après avoir vu ses œuvres sur son Tumblr.

Frances va également se rapprocher d’un garçon timide et réservé, Aled, frère jumeau d’une fille dont elle a été l’amie et qui a disparu.

Et là, bonne nouvelle !

Mais avant d’aller plus loin, je voudrais préciser une chose.

Vous vous attendez probablement à ce qu’Aled et moi tombions amoureux. Vu que c’est un garçon, et moi, une fille.

Alors sachez une chose.

Ça n’arrivera pas.

C’est comme ça.

Et ouais, et ça c’est franchement cool ! Parce qu’on assiste à la naissance d’une super amitié entre une fille et un garçon, qui ni l’un ni l’autre n’osent vraiment être ce qu’ils sont et ce qu’ils aiment ailleurs, mais qui ensemble, rapprochés par de nombreux points communs, peuvent se libérer et se lâcher. Et sans sentiments amoureux d’aucun côté !

Pour le reste, que dire, j’ai dévoré ce roman, et je l’ai adoré, mais je n’ai pas vraiment envie de vous en dire trop, parce que j’ai aimé découvrir des choses par petites touches, et sans trop en savoir.

En tout cas, c’est un roman qui aborde des thématiques hyper intéressantes, comme la construction de l’identité (pas toujours évidente à trouver, engoncés que nous sommes dans des cases préétablies), le cyber harcèlement, la dépression, l’asexualité (un sujet si peu traité !). On trouve également des personnages racisés et lgbt (pareil, je ne veux pas trop en dévoiler).

C’est prenant, touchant, et ça pose de bonnes questions sur l’identité et la pression que l’on peut nous mettre ou se mettre et les difficultés à devenir qui l’on est.

 

Foyer, d’Ariane Sirota

image.htmlJ’en parlais il y a quelques temps dans mon bilan lectures et surtout mon bilan attente de lectures, et j’ai enfin pu me plonger dans Foyer, d’Ariane Sirota. Je suis très heureuse de venir vous en parler ici, et touchée de bien des façons par ce roman qui fait écho en moi, et qui m’a été personnellement adressé et dédicacé.

Tout commence à Modere, en Haute-Savoie, dans une communauté féministe où la vie semble très dure, et surtout très isolée du reste du monde. Jusqu’au jour où l’Internationale féministe leur lance un ultimatum, et où plusieurs membres se voient contraints d’aller visiter d’autres communautés. Tout d’abord réfractaires, certain.e.s finissent par découvrir à quel point Modere les a embrigadé.e.s dans une pensée unique et un labeur toujours plus dur.

Foyer, c’est avant tout une expérience de lecture. Chaque communauté a son langage et sa façon propre de lutter contre le sexisme, et c’est très intéressant de voir par quels biais ça peut passer. Et cela se reflète bien évidemment dans les façons de vivre des communautés, très différentes les unes des autres, et que j’ai adoré découvrir, notamment par le regard des membres de Modere, tour à tour méfiant, étonné ou agréablement surpris.

Foyer évoque des sujets et des problématiques vraiment passionnants, sur les communautés et ses dérives, sur le genre, le sexisme, le langage, le corps, genré ou non, le couple, la famille et j’en oublie certainement.

Ce livre fait écho à un autre, lu récemment, Les sentiers de l’utopie (d’Isabelle Fremeaux et John Jordan, aux éditions La découverte), où les auteurs parcouraient l’Europe pour visiter différentes communautés. Dans les deux ouvrages, la vie dans ces microcosmes permet de mettre à jour des problématiques et évoque des façons de vivre qui semblent à la fois lointaines et proches des nôtres.

C’est le genre de livre en tout cas qui fait réfléchir, qui peut permettre de remettre en cause les évidences, d’aider à s’affranchir des diktats qu’on nous impose, et de s’ouvrir à l’autre, à soi.

Les 5/5, d’Anne Plichota et Cendrine Wolf

Plichota_Wolf_5sur5_T1_couverture-681x1024A priori, Les 5/5 n’est pas du tout le genre d’ouvrage qui m’attire. Notamment parce qu’il parle d’ados qui font du sport de rue (type skate, BMX ou art du déplacement comme les Yamakasi). Mais comme j’ai entendu qu’il y était question d’un transgenre, je me suis laissée tenter, et j’ai franchement bien accroché, et maintenant je veux la suite, et ouais !

Les 5/5 sont des ados qui ont entre 12 et 17 ans, chacun passionné par un de ces sports, donc. Au début, rien ne les réunit, et on découvre les spécificités de chacun : une jeune Pakistanaise venue en France avec sa famille qui essaie de la garder sous sa coupe, des jumeaux déscolarisés vivant dans une cité, un jeune garçon qui rêve de devenir acrobate et dont le père trouve ce hobby ridicule et peu lucratif, et donc, le personnage qui nous intéresse particulièrement ici, John, 12 ans, choyé par sa famille et accessoirement transgenre.

Ils sont un jour réunis par le frère de l’un deux, Lip, pour faire justice à leur manière, auprès d’hommes puissants, tels de nouveaux Robin des Bois.

Je ne vais pas vous mentir, j’ai vraiment bien accroché, mais ce livre à des défauts. Les personnages sont un poil archétypaux et surtout, les méchants sont bien des méchants de cinéma, des hommes riches et puissants, des ordures de première sans demi-teinte. Ça ferait une excellente série télé cela dit, les personnages sont malgré tout attachants, et tous les ingrédients sont là pour que ça prenne.

Pour en revenir à John, le personnage est vraiment développé, et plutôt bien je trouve. C’est encore un enfant, c’est le plus jeune de la bande, et son innocence est assez touchante pour le lecteur comme pour les autres membres du groupe.

Sa famille le soutient totalement, et c’est beau à lire, mais ça n’empêche pas la transphobie de l’entourage, du bête et méchant d’une voisine qui a peur que cela déteigne sur son fils, aux maladresses de chacun, ne sachant pas toujours comment réagir.

Sa relation avec Tom, deuxième plus jeune de la bande, est aussi touchante, Tom étant clairement attiré par John. J’espère que la suite sera à la hauteur, entre le passage de John dans l’adolescence (il sent que son corps est sur le point de le trahir) et justement, l’attirance entre les deux garçons.

J’ai beaucoup aimé que cette thématique soit abordée dans un roman d’aventures, où ce n’est absolument pas central à l’histoire, et c’est assez rare pour être signalé.