Les porteurs T.1, de C. Kueva

Attention, gros gros coup de gueule ! Et même alerte rouge !

MattLes porteurs, de quoi ça cause déjà ? Dans un monde pas si éloigné du nôtre (puisque les ados écoutent encore Nirvana), il y a eu une irradiation et les enfants naissent neutres. La procréation n’est plus possible naturellement et à 16 ans pour chaque personne a lieu la Seza, où chacun choisit son sexe définitif, qui sera attribué grâce à des hormones.

On suit trois personnages, Matt, qui n’a pas encore eu sa Seza, mais qui sait qu’il veut être un garçon. Gaëlle, sa petite amie, qui a choisi d’être une fille. Et Flo qui passe sa Seza sans trop savoir quoi choisir et qui devient Floriane, un peu par défaut…

Matt apprend peu de temps avant sa Seza qu’il est ce qu’on appelle un Porteur, avec une maladie qui l’obligera à rester neutre pendant des années, et à suivre un lourd traitement médical. Sauf que, il apprendra grâce à des personnes naturalistes, que tout n’est pas si simple, et que l’état veut imposer ses choix sans remise en question possible.

Bon, alors je ne sais même pas par où commencer tellement rien ne va dans ce livre… En fait, j’en ai entendu parler pour la première fois sur ce site, et ça avait l’air vraiment très mauvais. Mon côté maso a fait le reste, j’ai eu envie de m’en faire ma propre opinion.

Pourtant, le concept de base pourrait être intéressant et prometteur hein ! Mais dès le début, ça sent mauvais. Donc on est dans un monde où les personnes sont neutres jusqu’à 16 ans, mais le masculin est de mise. Heu… Pourquoi ne pas utiliser le neutre, à base de « iel » ou d’inventions propres à l’auteur ? Les personnages ont des « demi » prénoms jusqu’à leur Seza, moment où ils choisissent leur sexe, et leur prénom. Ainsi Flo deviendra Floriane. Qu’est-ce à dire ? Jusqu’à cet âge-là ce sont des « demi personnes » ? Pourquoi ne pas créer des prénoms non genrés de base ?

On est également dans un monde totalement sexiste et genré, ainsi Flo ne sait pas vraiment quel sexe prendre parce que ses parents seraient trop « neutres » dans leurs comportements. Comprenez, la mère travaille dur, et le père est père au foyer… Waouh !!!

Pourtant…

Chaque fois qu’on abordait ce sujet, en cours, à la maison, ou entre amis, ça nous faisait halluciner d’imaginer comment c’était avant. Penser qu’on ne pouvait pas choisir son sexe mais qu’il était déterminé dès la naissance, par le hasard, nous semblait digne de la préhistoire. Ça devait être étrange de n’avoir qu’un pénis ou un vagin et pas les deux comme nous. Encore pire, les enfants qui naissaient hermaphrodites étaient considérés comme des anomalies de la nature ! Si nous avions eu le malheur de vivre à cette époque, les médecins nous auraient amputé d’un de nos sexes dès notre plus jeune âge pour nous déterminer d’office comme fille ou garçon. Sans nous demander notre avis ! Bande de barbares. Nous au moins, on ne charcutait pas nos corps au bistouri, on était libres de choisir et on avait le temps de se déterminer.

Et là, je dis bullshit total ! Déjà, dans ce livre, on ne fait jamais la distinction entre sexe et genre, ce qui peut laisser croire aux jeunes qui le lisent, que c’est exactement la même chose. Alors que non, hein ! Ensuite, je trouve le parallèle avec l’ancienne époque complètement foireux, puisqu’eux même sont obligés de choisir entre homme et femme, dans une binarité totale, le neutre n’est plus toléré. En quoi c’est moins violent qu’une opération à la naissance ?

Je ne reviens pas sur le fait qu’au niveau scientifique, le livre reste assez léger puisque jusqu’à 16 ans, iels ont des organes génitaux féminins et masculins, et que l’un des deux disparait de façon « magique » grâce à la prise d’hormones. (Ces changements dus aux hormones ne sont d’ailleurs pas du tout décrits ou expliqués, alors qu’après 16 ans de neutralité, je me dis que ça doit être un chouia compliqué à gérer mais bon…)

Le cas de Flo est plutôt intéressant, puisque son choix est compliqué, mais quand iel s’en explique à son référent, c’est comme si personne, absolument personne n’avait jamais eu de difficulté à choisir, ou l’envie de ne pas choisir ! Et la suite est tout aussi hallucinante. Flo devient donc Floriane, par défaut, mais on sent bien que cela ne lui convient pas, notamment par des détails comme le fait que Flo ne s’épile pas… Ben oui, les poils c’est masculin hein ! Et puis Flo va finir par être attiré.e par Gaëlle, donc ça veut sans doute dire qu’iel s’est trompé.e dans son choix.

Ah oui, parce que j’ai oublié de vous dire, en plus d’être sexiste, le livre est aussi très, très hétéronormé et donc à tendance homophobe. On ne voit aucun couple gay ou lesbien, et le « choix » de Matt semble très orienté par ses attirances au final.

Je ne veux pas totalement spoiler, mais voir un personnage qui se considère comme masculin changer en deux secondes de genre, et parler de lui au féminin tout naturellement parce qu’on l’incite à être une femme, et qu’il sera la femme du couple, ça me choque vraiment beaucoup.

Donc en plus du reste, le livre est transphobe, et on peut y lire des choses merveilleuses du type :

La même infirmière m’accueillit, dans la même chambre que la première fois. Je la reconnus immédiatement à ses mains, mains d’homme, carrées, très larges, pas délicates comme celles de maman, et ses ongles n’avaient certainement jamais vu la couleur d’un vernis. Même sa gestuelle était celle d’un homme, raide, sèche et saccadée. Gaëlle ondulait. L’infirmière angulait. Elle avait mal choisi sa sexualisation lors de sa Seza.

Donc en gros on a un livre qui cumule tous les pires clichés du sexisme sur la différence homme-femme, qui est transphobe et homophobe, et ce livre s’adresse à un public de jeunes, qui n’aura pas forcément le recul nécessaire pour prendre tout cela avec des pincettes. Donc en plus d’être mauvais, je le trouve assez dangereux. Quelle est l’image qu’un ado transgenre ou homo va garder du monde décrit dans ce livre, où il n’a de toute façon pas sa place ?

Je vous avoue que je n’irai pas lire le tome 2 de cette trilogie, cette fois ci centré sur Gaëlle, maso peut-être, mais pas à ce point. La manif pour tous a trouvé un porte-parole dont je me passerai bien volontiers.

 

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17 réflexions au sujet de « Les porteurs T.1, de C. Kueva »

  1. Grekova Parrot

    Aaaah que cet article me fait plaisir 🙂 C’est horrible à dire mais bon, quand quelqu’un arrive à voir TOUS les problèmes de Les Porteurs je me sens super soulagée. Tu as raison sur tous les points, ce livre est atroce. D’ailleurs tu as mis le lien vers ma critique du tome 2 et de la série mais est-ce que tu as lu ma critique du 1 ? Car c’est trop drôle, on a ragé sur la même chose : l’infirmière qui se serait trompée… Je crois que c’est un des trucs qui m’a mise le plus hors de moi. Genre, vraiment scandalisée ET en colère. Bref, au bûcher Les Porteurs. N’achetez pas, jamais.

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    1. Méluzine Auteur de l’article

      Du coup je viens de relire tes deux critiques, j’avais un peu survolé pour me spoiler mais pas trop. 😉 Bref, je suis complètement d’accord avec toi, et le tome 2 m’ a vraiment l’air d’être une calamité. J’aurais aimé en savoir plus sur le personnage de Flo, mais honnêtement, je n’ai pas envie de m’infliger une deuxième lecture pareille… Je ne sais pas ce qui m’a mis le plus hors de moi, je ne savais même pas par où commencer mon article je t’avoue ! Si, la fin quand même, avec Matt qui change de genre sans problème en deux secondes et demi, j’ai eu beaucoup beaucoup de mal. Punaise mais c’est tellement dangereux comme discours tout ça en plus, ça craint vraiment.

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      1. malecturotheque

        Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre ; j’avais juste compris qu’il y avait des individus neutres qui par la suite choisissaient un genre (donc déjà j’avais mal compris visiblement!).
        Je ne pense pas le lire de suite du coup, mais je te tiendrai au courant.

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  2. Ping : La symphonie des abysses T.1, de Carina Rozenfeld | biblioqueer

  3. Ping : bilan de février 2018

  4. hauntya

    Merci pour cette critique sur les Porteurs ! J’en avais vu une critique sur Youtube, et bien que le sujet m’intéresse beaucoup, j’avais bien cru comprendre que l’auteur faisait du n’importe quoi avec le genre et l’orientation sexuelle. C’est hyper regrettable, étant donné que ces sujets doivent encore être traités avec subtilité et délicatesse, que ce soit en littérature jeunesse ou adulte. Je regrette vraiment de ne pas avoir encore trouvé de roman traitant bien ces thèmes (excepté Point cardinal côté adultes) pour notre époque.

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    1. Méluzine Auteur de l’article

      Oui ce livre est clairement à côté de la plaque sur ces sujets là.
      Côté littérature jeunesse et personnages transgenres, j’ai quand même lu quelques petites pépites ces derniers temps, que le sujet y soit central ou non : Opération pantalon, Sauveur et fils, et Les 5/5. Du coup je trouve ça plutôt encourageant que ce soit abordé (et bien fait !) dans des livres à destination des plus jeunes.

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      1. hauntya

        Je vais donc me pencher volontiers sur ces ouvrages, ça m’intéresse beaucoup de voir la façon dont le sujet est traité. Et oui, c’est très encourageant, et bénéfique à tout point de vue de voir ces thèmes en littérature jeunesse. Merci pour tes conseils !!

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