Archives mensuelles : février 2018

Le vrai sexe de la vraie vie 2, de Cy

vrai 2Souvenez-vous, j’avais adoré Le vrai sexe de la vraie vie. C’est donc avec une impatience non dissimulée que j’attendais ce deuxième volume, que je me suis empressée d’acheter.

J’ai été prise d’une soudaine appréhension au moment de débuter la lecture, calée bien confortablement dans mon canapé, « Et si j’étais déçue ?! ». Et bien que nenni, mes doutes ont été dissipés bien vite, et je l’ai trouvé tout aussi bon que le premier, avec en plus le bonheur de la découverte (puisque dans le premier tome, il y avait moins d’effets de surprises, ses histoires ayant déjà été, en partie du moins, publiées sur MadmoiZelle.com).

Petit rappel, pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore (sachez que c’est le moment de foncer, et que les tomes peuvent se lire dans le désordre), Le vrai sexe de la vraie vie nous montre une sexualité ordinaire, de façon crue mais hors des clichés pornographiques, le tout de façon crédible, réaliste, drôle et décomplexant.

Le tome 2 continue sur la lancée du tome 1, avec des corps racisés, des personnes trans, lesbiennes, gays, bi, hétéro aussi (il en faut, personne n’est parfait), asexuels, et plein de sujets traités avec toujours beaucoup de bienveillance (je ne vous dévoile pas tout, histoire de ne pas gâcher le plaisir de la découverte). On retrouve également quelques Points cul, sur par exemple la protection, le vaginisme, l’asexualité…

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Et franchement, j’adore comme ce livre se partage, se passe de mains en mains, entre sourires, et échanges de discussions, d’expériences, que ce soit en couple ou entre potes. Je pense que ce sont de bonnes BD à destination des ados aussi, bien loin des clichés qu’ils peuvent voir un peu partout sur le Net… Bref à lire et à partager !

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Une chronique du sexisme ordinaire

Vaste sujet, me direz-vous, et vous avez bien raison ! Mais bon, je bosse en librairie, et comme vous devez vous en douter, je suis souvent confrontée au sexisme ordinaire. Déjà, je regarde le rayon BD jeunesse ou le rayon manga, et ma vue se brouille avec tout ce rose…

Bon résumons, quand j’étais gamine, je lisais tout ce qui me tombait sous la main, et oui, il n’y avait pas tant de personnages féminins que ça en littérature jeunesse. Là comme ça, je pense à Fantômette, Mafalda, Claude dans Le club des cinq… J’ai fait avec, et quand je vois tout ce qui parait actuellement en littérature jeunesse et young adult, je me dis qu’il y a de quoi se faire plaisir (ce que je fais, même si j’ai passé l’âge, non mais !). Bref, tout ça pour dire que je suis bien contente de voir l’offre s’élargir mais que je trouve dommage que les clichés soient aussi présents.

J’ai eu envie d’écrire cet article et mes réflexions suite à deux évènements.

Le premier : coup sur coup, deux personnes (de sexe masculin) m’ont dit qu’elles assimilaient les BD de Marion Montaigne aux BD girly. Stupéfaction totale de ma part (j’ai quand même été rassurée ensuite par plusieurs personnes de mon entourage qui sont restées aussi surprises que moi). Quoi, Marion Montaigne « girly » ?! Bon déjà, on est d’accord que ce mot serait à proscrire à tout jamais, est ce qu’on parle du genre « boyi » ? Non, parce que par défaut, c’est tout ce qui n’est pas « girly », merci les « mecs ». Tiens d’ailleurs, ça me rappelle une vidéo d’une conférence à Angoulême je crois, où Lisa Mandel faisait un petit test auprès du public pour savoir comment il différenciait les BD faites par des femmes et celles faites par des hommes. Et bien les résultats, même si ça restait assez sommaire, montraient bien les clichés qui ressortent habituellement, et montraient aussi qu’il n’était pas possible de faire la différence (quelle surprise, n’est ce pas ?!).

Donc en quoi Marion Montaigne ferait des BD « girly » ? Pour moi ces BD sont drôles (très), instructives (aussi !) mais pour le reste… Mais c’est une femme, c’est vrai, j’avais oublié ce petit détail. Est-ce à dire pour autant qu’elle fait des ouvrages majoritairement destinés aux femmes ? Je ne pense pas, non.

Autre événement donc, une dame arrive et me demande un conseil pour un petit garçon de 8 ans, avec de préférence, une BD non genrée. Bon déjà, là j’avais très envie de la prendre dans mes bras, mais je suis restée digne et me suis retenue. Je lui ai donc conseillé Momo, parce que c’est trop chouette comme BD ! Non seulement elle a bien accroché, mais en plus, en partant, elle m’a dit qu’elle était contente d’offrir une BD avec une héroïne à destination d’un petit garçon. Ce qui devrait être logique en fait ! Parce qu’en tant que fille, on vit dans un monde où les mecs cis-hétéros blancs sont surreprésentés, et donc on prend l’habitude de s’identifier à différents personnages. Les garçons non. Donc dès qu’on propose un livre quel qu’il soit (parce que ça ne se résume pas au public jeunesse, que ce soit clair) avec un personnage féminin, si c’est à destination d’un homme, il y a toujours le risque que ce soit refusé. Étrangement, pour les femmes, je n’ai jamais eu le cas de figure…

Je me rends compte que ça rejoint mes réflexions sur la représentation. Je suis assez déprimée par la surabondance de rose dans les rayons jeunesse, par la binarité shojo/shonen en mangas (alors qu’en plus, encore une fois, plein de filles lisent les deux, contre peu de garçons), et ce qui est gênant encore une fois, ce n’est pas qu’il y ait du rose, de la romance, des paillettes (quoi que… ) et du « girly », non ce qui est gênant c’est qu’on se limite à ça. La diversité, il n’y a rien de tel ! Et ça commence à apparaître, avec des BD comme Les carnets de Cerise, Astrid Bromure, Hilda, Zita fille de l’espace, Momo et bien d’autres que j’oublie, mais combien de personnages féminins par rapport aux personnages masculins ? Combien de filles aventurières, qui vivent autre chose que leur quotidien à l’école ? Quand est ce qu’on arrêtera de nous cantonner à des rôles domestiques ? Nous aussi on a le droit de vivre des aventures chouettes, qui envoient du pâté et qui nous sortent du quotidien, boudiou !

Pourquoi les filles ont mal au ventre ? de Lucile de Pesloüan et Geneviève Darling

Pourquoi les filles ont mal au ventre ? est un manifeste féministe qui dénonce les malaises que ressentent les femmes, de l’enfance à l’âge adulte dans une société qui ne les ménage pas.

Ce manifeste a vu le jour sous forme de fanzine en 2014. Plusieurs centaines d’exemplaires vendus plus tard, l’ouvrage renaît sous forme de live illustré avec un texte enrichi et développé, appuyé par des illustrations réalistes et percutantes.

indexVoici donc la quatrième de couverture de ce livre, dont le sujet m’intriguait et m’attirait, et qui dans ma tête allait faire écho à Les règles… Quelle aventure ! Et me voilà un peu embêtée pour venir vous en parler… Ce livre est en effet tout à fait louable, en dénonçant sous forme de phrases courtes et illustrées le sexisme ordinaire, les violences faites aux femmes, le racisme, la transphobie, la biphobie, lesbophobie etc.… Tout ça fait froid dans le dos et sert de piqure de rappel, voire d’informations (j’ai appris des choses) mais reste très succinct.

Les autrices terminent le livre avec ce petit texte :

Pourquoi les filles ont mal au ventre ? a été conçu pour provoquer discussions, réflexions, et actions autour du féminisme et de la lutte pour le respect des droits de la femme. En tant que femmes blanches privilégiées, l’auteure et l’illustratrice sont conscientes que leur expérience est loin d’être celle de toutes les femmes. Ce livre n’est donc pas une description intégrale de toutes les réalités vécues, mais souhaite offrir une prise de conscience du sexisme au quotidien et des autres systèmes d’oppression que subissent les femmes et les filles à travers le monde.

Donc je me dis que oui, ce livre peut être intéressant dans un but pédagogique, il peut lancer des discussions, permettre d’aborder différents sujets, et de les développer en groupe. Mais à la lecture seule, il reste à mon goût trop limité.

Peut-être aussi, parce que pour ma part, le graphisme ne m’a pas emportée, même si je ne peux que louer le fait que la représentation soit intéressante en termes de personnes racisées, handicapées, aux corps hors normes, de personnes trans, bi, lesbiennes.

 

 

Une dernière citation pour la route, qui fait froid dans le dos :

Les filles ont mal au ventre de savoir que le viol et la violence envers elles représentent un risque de mort plus grand pour une femme âgée de 15 à 44 ans que le cancer, les accidents de la route, la guerre et le paludisme réunis.

Les règles… Quelle aventure ! d’Élise Thiébaut et Mirion Malle

Je l’avais rapidement évoqué dans mon bilan lectures, me revoici donc pour vous parler de cet ouvrage. J’ai acheté il y a quelques temps Ceci est mon sang, d’Élise Thiébaut, qui a l’air très intéressant pour le peu que j’en ai lu (trop de belles choses à lire, vous connaissez ça aussi je pense), et j’avais beaucoup aimé Commando Culotte de Mirion Malle, dont je suivais déjà le blog depuis un moment. Donc quand j’ai vu que les deux s’associaient pour faire un livre sur les règles à destination des adolescent.es, je n’ai pas réfléchi et j’ai foncé pour l’acheter ! Et bien pas de regrets, j’adore ! Et pour tellement de raisons en plus.

Déjà parce que le livre s’adresse à tous les publics, les adultes comme les plus jeunes, il est drôle, instructif, féministe et inclusif.

La couverture et la quatrième de couverture donnent le ton, on a des personnes racisées, avec des corps différents (et même des poils sur les jambes, youhou !) et qui vivent leurs règles sans honte.

Et la première page continue sur cette belle lancée, puisqu’on y parle tout de suite (donc on n’attend pas les dernières pages pour évoquer le sujet vite fait histoire de dire) d’intersexes et de transgenres, sans jugement, juste pour expliquer ce qui existe. Et ce sera à nouveau évoqué par la suite. Et on trouve de l’écriture inclusive, donc je le redis, ce livre s’adresse à toutes et tous.

Ce livre est vraiment intéressant et sort des sentiers battus et de ce ce qu’on peut trouver dans les ouvrages habituellement destinés soit aux filles, soit aux garçons (genre le dico des filles quoi…) puisqu’il aborde les règles de plein de manières :  ce que c’est évidemment, puis en parlant de points historiques, linguistiques, en évoquant la religion, le patriarcat, les tabous, les superstitions, mais aussi les douleurs, le syndrome prémenstruel, l’endométriose ou les protections périodiques…

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Les règles… Quelle aventure ! est sans tabous, et fait tout pour donner une image positive des femmes et des personnes ayant un utérus, de leurs règles, montrer que ce n’est pas sale et que cette image qu’on nous impose n’a pas lieu d’être. Je trouve ça hyper ouvert à plein de niveaux, et assez inhabituel dans un livre pour un public adolescent ou même un public adulte d’ailleurs. Je connais peu d’ouvrages qui évoquent l’intersexualité et la transidentité, le droit d’aimer qui on veut, de se sentir bien dans son corps et ses baskets, qui montrent des corps « normaux », qui parlent de toutes les protections périodiques qui existent (avec des moyens qu’on évoque encore peu devant des ados je pense, comme la coupe menstruelle, les culottes de règles et même le flux instinctif libre !) et qui dénoncent plein de choses (le fait qu’avoir mal ne soit pas normal, que les protections hygiéniques soient les produits de première nécessité les moins visibles et qui devraient être aussi faciles à trouver que des préservatifs, et que non les règles ce n’est pas sale et que ce n’est pas plus gênant d’en parler que de parler de son transit, chose communément admise).

Bref, ce livre est une merveille ! Je le conseille à tout le monde, achetez le, lisez le, et offrez le !