Archives mensuelles : mars 2018

Love is love, collectif, chez Bliss Comics

love-is-love-vfJe suis bien embêtée… A l’annonce de la sortie de ce titre, j’étais assez enthousiaste (si tant est qu’on peut l’être sur un sujet pareil), puisqu’il s’agissait d’un comics rendant hommage aux victimes de l’attentat du Pulse, à Orlando. Avec ou sans super héros, des auteurs connus et moins connus rendent hommage et dénoncent la haine et l’homophobie le temps d’une planche de BD. Les bénéfices des ventes sont reversés à des associations LGBT+ et à SOS homophobie, ce qui est plus que louable comme initiative.

Oui mais voilà, déjà, dès la sortie, j’ai vu des critiques ici et là plus ou moins mitigées sur le livre en question. Moi-même en le feuilletant je sentais bien le côté inégal de la chose. Et après l’avoir lu, je ne peux que constater qu’en effet c’est décevant. Peut-être qu’une page c’est trop peu pour s’exprimer sur un tel sujet, c’est fort possible. Un format plus libre aurait permis plus de choses, je ne sais pas, mais en tout cas, ça ne colle pas. Certaines planches sont touchantes et émouvantes, clairement, mais en même temps vu le sujet, comment pourrait-il en être autrement ? D’autres sont soit incompréhensibles, soit hors sujet, soit franchement peu travaillées, et le résultat manque clairement de cohérence.

Pourtant, je trouve bien que ce genre d’initiative existe. Je repense au projet vidéo à It get’s better, suite au suicide d’un jeune homosexuel, je n’ai pas tout regardé mais c’était franchement touchant.

Petit rappel, au sujet d’Orlando, attentat qui a fait 49 morts dans une boîte gay en 2016. Au-delà de la tristesse ressentie à cause de cet acte barbare, j’ai été marquée par la négation et la difficulté pour les médias à relever le caractère homophobe de cette fusillade. Et je n’ai évidemment pas pu m’empêcher de me sentir directement concernée. Et je dirai que dans Love is love, il m’a manqué du ressenti dans beaucoup de planches. Celles qui m’ont marquée sont très probablement majoritairement écrites par des auteurs lgbt, qui connaissent déjà profondément le fait d’être différent, rejeté, insulté, agressé… Je ne dis pas que les autres ne peuvent pas en parler, mais peut-être seront-ils plus « à côté ».

Donc même si les intentions de l’initiateur du projet sont franchement louables, le résultat n’est malheureusement pas très convaincant.

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Adolescences lesbiennes, de l’invisibilité à la reconnaissance, de Christelle Lebreton

ado lesbiennesCe livre est à la base une thèse de doctorat, qui a été retravaillée afin d’être publiée et accessible à tout.e.s. Ce n’est pas forcément le genre d’ouvrage vers lequel je me serais tournée spontanément, même si le sujet m’intéresse et me concerne, mais je ne regrette pas de m’y être plongée.

L’étude sociologique s’est portée sur une vingtaine de jeunes femmes. L’échantillon est volontairement limité, afin d’avoir une plus grande cohérence des résultats. Elles sont donc issues du même milieu socioéconomique, ont grandi dans Montréal ou sa région, et sont majoritairement caucasiennes, une diversité ethnoculturelle introduisant forcément d’autres enjeux. Cela laisse en tout cas largement la place pour d’éventuelles autres études !

Le livre rappelle que même si l’homosexualité est plus reconnue ou légitime aujourd’hui (en tout cas au Québec), les lesbiennes sont visibles depuis moins longtemps que les gays, et cette visibilité reste marginale. Comment se construire alors sans modèles et sans identifications quand on est une jeune lesbienne ?

Ce que j’ai trouvé vraiment intéressant dans cet ouvrage, c’est qu’il est immédiatement rappelé que les lesbiennes sont victimes d’une double discrimination : en tant qu’homosexuelles mais également en tant que femmes. Et le livre différencie également les concepts d’homophobie et d’hétérosexisme.

« Le concept d’homophobie est en effet limité dans sa capacité à identifier les processus sociaux, culturels, structurels et institutionnels qui contraignent à l’hétérosexualité et qui en font un idéal auquel on doit se conformer. »

« L’hétérosexisme peut se définir comme l’ensemble des discours et des pratiques, individuels ou institutionnels, construisant une hiérarchie des sexualités qui situe l’hétérosexualité comme la norme la plus acceptable socialement, en comparaison de laquelle toutes les autres pratiques sexuelles et conjugales sont disqualifiées ou dévalorisées. […] La présomption hétérosexuelle joue constamment en défaveur des couples et parents de même sexe dont l’existence n’est souvent ni reconnue ni acceptée. »

L’hétérosexisme explique que la plupart des jeunes femmes interrogées ont vécu des relations hétérosexuelles, et ont eu un parcours assez long avant de se définir lesbienne, cette identité étant vue tour à tour comme inexistante ou déviante, anormale. Le livre ouvre des pistes de réflexions sur ces sujets, de manière simple et imagée, puisque les témoignages sont nombreux.

Les tribulations d’une chamane à Paris, de Corine Sombrun

tribulationsAvec ce livre, je n’ai pas spécialement fait les choses dans l’ordre. En effet, en parcourant la rainbowthèque, je suis tombée sur Les tribulations d’une chamane à Paris, où il était question à un moment d’un couple de femmes. Qu’on soit bien clair, ce n’est pas du tout du tout le sujet principal de cet ouvrage, donc s’il n’y a que ça qui vous intéresse, passez votre chemin ! Par contre, si comme moi, le chamanisme vous intrigue, allez-y, foncez. Pour revenir à l’ordre des choses, disons que Corine Sombrun a relaté ses expériences dans plusieurs livres, et qu’elle a commencé par Journal d’une apprentie chamane et Mon initiation chez les chamanes. Est-ce gênant pour la lecture de commencer par celui-là ? Pas du tout ! Est-ce que j’ai envie de lire ses autres livres pour approfondir tout ça ? Oui, clairement. Où vais-je donc avec toutes ces digressions ? Je n’en sais trop rien…

Bref, pour en revenir au sujet, Corine Sombrun est compositrice et fait des reportages pour la BBC. Au cours d’un de ces reportages, sur les chamanes en Mongolie, elle assiste à une cérémonie et au son du tambour, elle entre en transe. Le chamane lui révèle alors qu’elle est elle-même une chamane, que les esprits l’ont désignée, et qu’elle doit en suivre l’enseignement pendant trois ans, au fin fond de la Mongolie… Ce qu’elle fera, probablement aussi pour trouver des réponses suite au deuil de son compagnon.

Le livre s’ouvre sur son retour à Paris, après cette formation. Corine Sombrun réalise alors les attentes et les questionnements que peut avoir son entourage, ainsi que diverses facultés qui lui apparaissent petit à petit. Elle va également rencontrer Anne, une ethnopsychiatre, intéressée par ce qu’elle traverse, et dont elle va se rapprocher petit à petit.

Ce livre est assez fascinant et nous emporte dans les diverses expériences de l’autrice, entre ses souvenirs avec la chamane qui l’a formée, l’austérité de sa vie en Mongolie, et sa vie parisienne contrastant singulièrement avec ces rituels ancestraux…