Archives mensuelles : septembre 2018

Symptoms of being human, De Jeff Garvin (livre en VO)

symptoms being humanRiley Cavanaugh fait sa rentrée dans un nouveau lycée, après avoir fréquenté un établissement privé.

Riley est genderfluid, et pour éviter de s’outer auprès des autres, iel s’habille toujours de manière « neutre », alors qu’iel aimerait pouvoir s’habiller de manière masculine ou féminine selon ses ressentis. A part sa thérapeute, personne ne sait qu’iel est genderfluid.

Alors, je vais commencer par les points négatifs, car il y en a, mais pour moi ça reste un roman important, sans doute parce que c’est le premier que je lis qui a pour personnage principal quelqu’un de genderfluid.

Donc le gros point qui peut poser question, c’est qu’on ne saura jamais quel est le sexe d’assignation de Riley. Et que, ça parait difficilement concevable que personne, jamais personne ne mégenre le personnage. Alors ok, on est sur un livre en anglais (bon courage pour la traduction en français, même si je doute qu’elle arrive un jour, et au pire, ils feront comme dans A comme aujourd’hui, le masculin étant considéré comme « neutre », bref…), mais que personne ne parle jamais d’iel comme d’un garçon/fils ou d’une fille, ou juste ne parle d’il ou d’elle, ça paraît peu probable. Deuxième question que ça me pose, le personnage est dysphorique, ça se comprend, mais on peut imaginer qu’iel a une dysphorie plus prononcée sur son sexe assigné, non ?

Et dans cette même lignée, je trouve dommage que ce roman montre deux personnages genderfluids de la même façon, c’est-à-dire androgyne au point de ne pas savoir comment les genrer, et avec un prénom mixte ! Ça reste assez réducteur, je trouve.

Mais, car il y a un mais ! Même si je peux rester sceptique sur certaines choses, en avançant dans ma lecture, j’ai fini par comprendre la vision de l’auteur, et même y adhérer, et j’ai pu voir au-delà de l’artifice.

Alors, certes, ça ne semble pas crédible à plein de niveaux mais honnêtement, je trouve que ça engendre des questionnements hyper intéressants. Notamment quand Riley se rend compte, alors qu’iel est genderfluid, qu’iel assume le genre des autres, comme tout le monde en fait. Et du coup, même si ça garde un côté artificiel, j’ai aimé ne pas connaitre le sexe d’assignation du personnage, parce que finalement, c’est un peu le seul espace de liberté qui reste…

Le personnage et son parcours sont vraiment touchants. On sent à quel point l’acceptation de soi est difficile, et finalement, c’est sa découverte des autres qui va l’aider à avancer (que ce soit à travers son blog, ou dans un groupe de discussion LGBTQ).

Donc oui, ça reste maladroit sur pas mal de points, mais pour moi c’est vraiment un roman positif, même (et surtout) s’il n’élude pas toutes les difficultés que peuvent rencontrer des personnes LGBTQ, et notamment des personnes transgenres.

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Appelez-moi Nathan, de Catherine Castro et Quentin Zuttion

J’avais beaucoup aimé Chromatopsie de Quentin Zuttion, et dans la foulée j’ai su qu’il sortirait un autre album, dont le sujet était la transidentité. Autant dire que j’avais pas mal d’attentes (Chromatopsie était franchement queer, et j’avais trouvé ça bien traité).

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Et… Je ne vous cache pas une certaine déception. J’aime toujours autant le trait de Quentin Zuttion, mais pour ce qui est de l’histoire, j’ai beaucoup moins accroché.

Je peux comprendre le côté pédagogique hein, il n’y a pas cinquante BD sur le sujet (je pense à Justin et à Barricades, et heu, voilà ?), mais là pour moi c’était un peu excessif. On suit le personnage de l’enfance jusqu’au bac, et du coup tout son parcours, sa transition. Mais je n’y ai vu qu’une succession de ce que « devait être » un parcours trans (dans l’imaginaire collectif ? je ne dis pas que ça ne passe jamais comme ça, mais pas que) : la petite fille qui joue à des jeux de garçon, qui se sent trahie par son corps, puis le changement de coupe de cheveux, de prénom, le psy, les hormones, la mammectomie…

nathan

Et tout va super vite, quoi ! Personnellement, je n’ai absolument pas eu le temps de m’attacher à Nathan. Sa vie est réduite à sa transition au final, à comment il se voit, et comment les autres le voient. Et j’ai trouvé ça maladroit de vouloir caser le maximum d’infos sur la transidentité et sur la transition d’une personne (par exemple les incursions des pensées de la mère ou du frère, mais pourquoi ?). Donc, oui, pour une personne qui n’y connait rien, ça reste un contenu pédagogique, soit, mais pour moi c’est un peu léger.

J’ajouterai que je trouve la couverture un chouia voyeuriste, et que je ne comprends pas vraiment ce choix.

Claudine à l’école, d’après Colette, adaptée par Lucie Durbiano

claudine écoleJ’ai un aveu à faire, je n’ai jamais lu Colette. Cette adaptation en bande dessinée a donc été ma première immersion dans l’œuvre de l’autrice, et je ne peux pas comparer les deux œuvres, ou savoir si la BD est fidèle à l’original.

Ceci étant dit, et pour celles et ceux qui comme moi n’ont pas lu Claudine à l’école, de quoi ça parle ? Eh bien, je dois dire que le titre est assez clair ! On suit donc le personnage de Claudine, 15 ans, jeune fille assez libre et effrontée, entourée de ses amies, camarades de classe, et aussi d’un certain nombre d’adultes, institutrices, instituteurs, docteur, et d’un père principalement passionné par les limaces.

Et au milieu du quotidien, de l’école, des chamailleries entre amies, on trouve des histoires d’amour, beaucoup. Partagées ou non, entre adultes, ou entre adulte et adolescente. Et tout ça se mélange, chacun cherchant l’amour, des bras, le mariage, ou juste un peu d’affection.
Claudine tombe amoureuse d’une jeune et belle institutrice, et tente de la séduire assez ouvertement, avant de se rendre compte que l’objet de son affection tombera dans les bras d’une autre (mais pas seulement). La déconvenue est rude, mais la jeune Claudine ne s’en laisse pas compter pour autant, et même si d’autres aimeraient s’attirer ses faveurs, elle n’est pas intéressée.

claudine

Le personnage de Claudine est très libre, et passe de l’enfance et ses jeux de billes et taquineries à un sérieux plus adulte, en passant par une folie toute adolescente. Je ne doute pas que le roman ait fait scandale à l’époque, tant il était osé. Aujourd’hui, ce qui choque le plus, ce sont ces adultes qui veulent séduire de très jeunes filles aussi ouvertement.

Je dois avouer que je n’ai pas été emportée par ma lecture, mais que peut-être je l’aurais été plus à l’adolescence, âge où qui couche avec qui, qui est intéressé par qui, et la valse des sentiments qui s’ensuit, touche plus le cœur. Mais là, personnellement, je me suis un peu ennuyée.

Ni vues ni connues. Panthéon, Histoire, mémoire : où sont les femmes ?, du collectif Georgette Sand

ni vues ni connues je t'embrouille.pngBon là ça ne va pas du tout, je viens à peine d’écrire le titre que j’ai déjà Patrick Juvet en tête ! Alors qu’en plus je n’y ai pas pensé un seul instant en lisant ce livre, monde cruel… (Par contre, quand j’ai lu Les maux bleus, j’ai gardé en tête la chanson de Christophe pendant trèèèèèès longtemps). Mais non, je ne m’égare pas du tout, je ne vois pas ce qui vous fait penser ça.

Bref, où sont les femmes ? Comme on a pu le voir récemment avec le succès des Culottées, de Pénélope Bagieu (qui d’ailleurs, a écrit la postface de cet ouvrage), les femmes ont été totalement niées et oubliées dans l’histoire, mais leur sort intéresse finalement pas mal de monde (eh ouais !).

Ni vues ni connues (je t’embrouille, oh la la, mais c’est pas possible, ce titre ne m’aide pas !), tout comme Les culottées, est absolument parfait comme session de rattrapage. Alors, je vous le dis tout de suite, le livre n’est pas forcément fait pour être lu d’une traite. Mais, il est suffisamment bien fait pour donner envie d’y piocher selon ses envies (ou tout lire dans l’ordre, c’est ce que j’ai fait, pour ne rater personne). Le classement se fait selon de grandes catégories : les artistes, les aventurières, les méchantes inventées ou avérées, les femmes de pouvoir, les intellectuelles, les militantes, les scientifiques. On y trouve des femmes de tous les pays et de toutes les époques. En deux pages, les grandes étapes de leurs vies sont retracées, et ce que j’ai vraiment apprécié, c’est aussi les explications sur le pourquoi de leur disparition de l’Histoire, c’est franchement passionnant (et effrayant). A la fin de chaque portrait, on a aussi droit à un petit paragraphe « Elle vous inspire ? Découvrez aussi » qui cite des femmes présentes dans ce livre ou non. De toute façon, tout pousse ensuite à aller faire ses propres recherches pour en découvrir plus sur telle ou telle personne.

Certains noms sont connus, d’autres évoquent de vagues souvenirs, mais j’en ai totalement découvert la plupart. Et même dans les personnalités plus ou moins connues, on se rend compte que de grandes parties de l’histoire ont été occultées. Voire complètement déformées ! (Ce que l’on peut voir notamment avec le chapitre sur les méchantes inventées ou avérées)

Il y en a pour tous les goûts et tous les domaines, et cela montre bien l’étendue de la place des femmes dans l’Histoire.

Espérons qu’avec le temps, et la multiplication des initiatives de ce genre, toutes ces femmes du passé, et les femmes d’aujourd’hui, (re)trouveront leur place dans les mémoires, et les livres d’Histoire.

Tous les hommes désirent naturellement savoir, de Nina Bouraoui

bouraouiAh Nina… Nina, Nina, Nina… Oui je sais quelle familiarité, mais Nina Bouraoui et moi c’est une histoire qui date, et qui a commencé par des rendez-vous ratés.

Le premier c’était avec Garçon manqué. Titre qui m’avait attiré l’œil sur une table de nouveautés à la Fnac (j’étais jeune, pardonnez-moi !), et dont le résumé parlait beaucoup à l’adolescente dans le placard que j’étais à ce moment-là. Placard tellement bien fermé qu’il m’était alors impossible d’acheter ce livre.

Quelques années et  coming out plus tard, ma première chérie partage ses connaissances en culture lesbienne, et me prête La vie heureuse. Elle-même était peu convaincue et j’avoue que je passe un peu à côté.

Encore quelques années plus tard, me voici apprentie en librairie, et une de mes collègues extrêmement enthousiaste me fait part de son amour pour les romans de Nina Bouraoui.

(Au passage, c’est dans cette même librairie qu’on m’a encouragée à lire Virginie Despentes, et je me suis pris une série d’uppercuts avec King Kong Théorie, et ai donc dévoré tous ses livres par la suite, et mon amour pour ses œuvres comme pour sa personne n’a jamais cessé de grandir, bref lisez Virginie Despentes. Ceci est un message d’utilité publique.)

J’avoue que je ne sais plus par lequel des romans de Nina Bouraoui j’ai commencé (enfin recommencé), peut être Garçon manqué, mais franchement je ne sais plus. Toujours est-il que suite à cela, j’ai dévoré ses romans. Et chaque fois, je me retrouvais dans un état second, complètement happée, touchée, ayant l’impression qu’on ne s’adressait qu’à moi. Je parlais d’uppercuts pour Virginie Despentes, avec Nina Bouraoui c’était autre chose, mais ça me touchait au fond de mes entrailles. C’était fort, puissant. Notre « relation » passionnée a duré quelques temps, et puis un jour, tout s’est arrêté. Je lisais Sauvage et je ne sais pas pourquoi, le roman m’est tombé des mains. Quelque chose s’était brisé.

Alors je sais bien que Nina Bouraoui est une autrice qui divise beaucoup. Combien de fois j’ai entendu des personnes qui s’étaient ennuyées en lisant ses romans, qui n’avaient pas du tout adhéré. Je peux comprendre. Je pense que lire Nina Bouraoui, c’est aussi une question de moments, de rencontre. Ça marche ou pas, mais si ça marche, ça peut être extrêmement intense.

Personnellement, je ne peux plus lire ses anciens romans. Même si je les ai adorés, et que je suis ravie qu’ils soient dans ma bibliothèque, ils correspondent aussi à un tel mal être, que je ne peux plus m’y replonger.

Cela dit, ça ne m’a pas empêchée d’avoir envie de réessayer, et de lire son tout dernier roman, Tous les hommes désirent naturellement savoir. On y retrouve les thématiques qui lui sont chères, son enfance partagée entre la France et l’Algérie, cette double culture, son homosexualité… En chapitres très courts (Savoir, Devenir, Se souvenir), Nina Bouraoui évoque son enfance, sa relation avec sa mère, mais aussi ce qu’elle sait de son histoire familiale, ses soirées au Katmandou, en attente de l’amour, essayant de trouver comment vivre son homosexualité.

Certains passages sont durs, voire très durs (notamment sur sa mère, mais aussi sur certaines personnes rencontrées au Katmandou) mais je n’ai pas été touchée comme j’aurais pu (du ?) l’être. Son écriture est toujours belle, mais les chapitres et récits évoqués sont tellement succincts qu’il est difficile d’être emporté.