Archives mensuelles : octobre 2018

The handsome girl & her beautiful boy, de B.T. Gottfred (livre en VO)

handsome girlDans la lignée de Symptoms of being human (et dans ma joie de voir enfin une représentation d’un personnage genderfluid), j’ai enchainé avec The handsome girl & her beautiful boy, avec l’impression que ce roman allait traiter des mêmes thématiques.

Et bien, pas vraiment en fait.

De quoi ça parle déjà ? Tout le monde pense que Zee est lesbienne (vêtements, préjugés, tout ça), alors qu’elle se meurt d’amour pour son meilleur ami, Cam, qui d’une part, ignore totalement ses sentiments à son égard, d’autre part, sort avec Abaigail.

Un jour, Abigail est contrainte d’amener son frère, Art lors d’une soirée avec Zee et Cam. Tout le monde pense qu’Art est gay. Sauf que non, et surtout, il tombe immédiatement sous le charme de Zee.

Bon, ça c’est le point de départ. Donc déjà, l’idée c’est de dénoncer les clichés, et ça franchement je dis oui, très bien ! Mais ensuite, j’ai trouvé le temps loooooong… Et j’ai en gros attendu un peu désespérément qu’il se passe quelque chose pendant bien une centaine de pages… Peut-être est-ce dû à l’alternance des chapitres (et donc des personnages), beaucoup trop courts à mon goût, ou au personnage de Art, trop « fabuleux » pour moi (enfin disons que pour moi c’est du déjà vu, et qu’en l’occurrence ici, j’ai eu du mal à m’attacher à lui).

Et la suite n’est pas forcément mieux. Pourtant ce livre aborde des thématiques vraiment intéressantes : le deuil, l’abandon, la parentalité mais aussi l’orientation sexuelle, et l’identité de genre. Plutôt pas mal ! Mais rien ne colle, le nombre de fois où je me suis dit « Mais qui sont ces gens ?! Qui réagit comme ça ? Où est la logique, la cohérence ? ». Et à chaque fois j’ai pensé « Ah oui, tiens sur l’idée ça pourrait être intéressant… ». Mais voilà, pour moi ce livre est fait de bonnes idées, mais qui ne collent pas, qui ne sont pas bien exploitées. L’idée d’avoir deux personnages qui ne rentrent pas dans les cases habituelles est plutôt chouette, l’idée de les mettre en couple, et de les sentir hésiter et sur leur genre et sur leur orientation sexuelle aussi (surtout qu’ils sont en pleine adolescence, âge de tous les possibles, d’explorations et de découvertes), mais c’est pas cohérent, et j’ai eu envie de foutre des baffes à tellement de personnages (et peut être à l’auteur aussi, surtout ?).

Niveau représentation, on retrouve des personnages gays et lesbiens. Et Zee et Art sont en pleine recherche d’eux même, mais au final, on ne voit pas trop où ça va et ce que ça apporte. Pour des adolescents eux mêmes en plein questionnements, est ce que ça peut aider ? Franchement, je n’en sais rien. A voir que les choses ne sont pas forcément figées ? Oui, peut être…

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Le Héros et les autres, d’Antonin Crenn

herosLe Héros et les autres est un court roman, à destination des ados comme des adultes je pense. On suit ici les pas de Martin, un adolescent assez solitaire, seul Félix, semble réellement retenir son attention.

Je dois bien avouer que j’ai été un peu déconcertée par les premières pages, lisant pas mal de jeunesse, j’ai mes petites habitudes, et je dois dire que le style est inhabituel pour un public disons « adolescent ». Passé ce temps d’adaptation, j’ai aimé suivre Martin, et découvrir tout son univers. En effet, le personnage et ses tourments sont énormément perçus à travers son environnement, et le paysage qui l’entoure. Martin est au cœur de sa ville et de la nature. Et du coup ces paysages, le château, le square et sa statue, la rivière semblent être des personnages à part entière. Et c’est très agréable de se laisser porter dans cet environnement, qui semble perdu au milieu de nulle part (on ne sait même pas où est la gare la plus proche).

J’ai aimé être totalement centré sur Martin, que sa famille ne semble pas exister, et voir un personnage apparaître et disparaître, tel un fantôme. Le Héros et les autres a beau être réaliste, on est jamais très loin d’un certain onirisme, ou même d’un certain mysticisme.

Martin est un personnage qui semble flotter dans ce monde, sans s’y ancrer réellement, quels que soient les évènements, même quand il essaie de s’affirmer. L’homosexualité de Martin n’est pas du tout le sujet du récit, mais ses sentiments pour Félix sont évidents et naturels. Et en cela, c’est une très bonne représentation.

En tout cas, j’ai aimé me laisser porter dans l’histoire de ce jeune homme, et découvrir cette ville, à travers ses yeux.

Le corps est une chimère, de Wendy Delorme

corps chimèreWendy Delorme est quelqu’un que je suis de loin en loin, mais son nom m’interpelle toujours lorsque je tombe dessus, car je sais qu’elle aborde des thématiques qui m’intéressent. Perfomeuse et autrice queer, j’ai pu la voir dans un film d’Emilie Jouvet, et lire son précédent roman, La Mère, la Sainte et la Putain.

Le corps est une chimère (au titre prometteur) m’a forcément tapé dans l’œil.

Tout commence par des funérailles. S’ensuit une galerie de personnages, et leurs histoires, qui se croisent. On découvrira donc un homme éploré, son ex-femme et son nouveau compagnon, leur fille (ainsi que sa compagne et leurs trois enfants), une travailleuse du sexe amoureuse d’un policier dont le genre n’est jamais nommé, et un couple de lesbiennes.

Le roman aborde des thématiques importantes, et difficiles : les violences faites aux femmes, les négligences policières (et les difficultés de vouloir lutter contre, même de l’intérieur), le statut des travailleuses du sexe. Mais aussi d’autres sujets tout aussi importants : l’identité de genre, les migrants, l’homoparentalité, la PMA, l’homophobie, les classes sociales etc… Et les liens entre les personnages mettent aussi en évidence les liens familiaux, l’amour, le couple, la filiation.

J’ai eu la chance d’assister à une rencontre/lectures avec Wendy Delorme à la librairie Terre des livres, et c’était vraiment un moment très intéressant, qui m’a donné envie de me (re)plonger aussi dans ses autres livres. J’ai aimé découvrir qu’elle avait écrit ce livre en riposte à la Manif pour tous, en espérant que les gens qui manifestaient contre nos droits pourraient le lire. Elle a d’ailleurs imaginé prendre un autre nom pour sortir ce livre, pour gommer son parcours, et s’adresser au plus grand nombre.

Le rapport au vêtement (et au corps) est très important dans ce roman, et c’était intéressant d’entendre l’autrice parler du côté politique du vêtement (et d’apprendre qu’elle donnait des cours sur le sujet également, ça donne envie de retourner à la fac !).

J’aimais déjà bien Wendy Delorme avant cette rencontre, qui m’a confirmé que c’était une autrice à suivre (en plus d’être quelqu’un de très accessible).

Pourquoi la représentation est toujours importante (deuxième volet)

J’ai parlé en début d’année de l’importance de la représentation, et suite au #NationalComingOutDay, j’ai eu envie de compléter ce premier article par un billet un peu plus personnel.

Je l’ai dit précédemment, la représentation est primordiale pour les personnes concernées, et quand je dis primordiale, je pèse mes mots, puisque se voir représenté.e, savoir que l’on n’est pas seul.e, et pas condamné.e à être malheureux.euse peut parfois être une question de vie ou de mort.

Je reprends donc mon expérience, qui rappelons le, n’appartient qu’à moi, je ne parle pas au nom des autres. J’ai grandi avec un accès important à la culture, je ne suis vraiment pas à plaindre de ce côté-là, et je peux dire qu’enfant, j’étais vraiment ce qu’on appelle un rat de bibliothèque. J’ai donc dû lire à peu près tout ce qui se trouvait dans ma bibliothèque de quartier, et pourtant, je n’ai quasiment jamais été en contact avec du contenu clairement lgbtqi.

Soyons clairs, je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, et je trouve cette évolution admirable. Mais à l’époque (pas si lointaine), le rayon jeunesse était loin d’être aussi développé qu’aujourd’hui, et à treize ans, pouf, on passait du « côté des adultes », sans guère de propositions intermédiaires.

J’ai donc grandi dans un monde totalement hétéronormé et cisnormatif. Puis j’ai passé mon adolescence en quête de représentations de gens « comme moi ». Avec un succès un peu mitigé, puisque comme dit précédemment, la plupart des films que j’ai vus à cette époque avec des lesbiennes étaient franchement glauques et/ou déprimants. Mais bon, malgré tout, je savais au moins que l’homosexualité existait, ne serait-ce qu’à travers tous les « sales gouines » et « sales PD » entendus à tour de bras au collège et au lycée.

Pour ce qui est de l’orientation sexuelle, je savais des choses, c’était un sujet un peu tabou, mais malgré tout, plus ou moins connu de tous. Ça ne m’empêchait pas de me sentir unique au monde, mais au fond de moi, je savais qu’il en existait d’« autres ». (Où étant la vraie question, à l’époque, j’avais l’impression que ça restait très marginal, alors que tellement pas en vrai, mais je m’égare)

Bon, par contre, l’identité de genre c’était un tabou ultime, là ça n’existait clairement pas du tout. Je n’arrive pas à me rappeler de représentations que j’ai pu avoir enfant, ni même de la première fois que j’ai entendu parler de transidentité. C’est totalement flou.

J’ai le souvenir très précis d’avoir vu mon premier Almodovar au cinéma avec Tout sur ma mère, mais j’ai pu tomber sur d’autres avant, à la télévision, qui m’ont moins marquée à l’époque (peut-être parce que j’étais un peu trop jeune pour entrer dans son univers). J’ai un souvenir encore plus précis, avec Boys don’t cry, toujours au cinéma. J’avais à peine 16 ans, je découvrais ma préférence pour les filles, et ce film a été une grosse claque émotionnelle. Je me souviens avoir été marqué par le fait que ce soit tiré d’une histoire vraie, et m’être intéressé au vrai Brendon Teena. En tout cas, pour le coup, ça donnait une image de la transidentité franchement dramatique et effrayante.

En termes de représentations d’identités de genre, ça n’allait donc pas très loin…

En 2003, alors jeune étudiante, je découvre un livre de Jeffrey Eugenides, Middlesex, saga familiale avec un personnage intersexe. Je me rappelle d’une certaine fascination pour ce livre, et surtout pour ce personnage. Je ne crois pas me questionner consciemment sur mon genre à l’époque, mais mon intérêt pour ces questions est présent depuis longtemps. Le travestissement m’a toujours fasciné, de même que l’ambiguïté de genre. Par la suite, j’ai pioché à droite à gauche des représentations qui pouvaient me toucher de plus ou moins près. Que ce soit du côté des livres avec L’âge d’ange, Le chœur des femmes, ou encore Testo junkie. Ou côté cinéma avec des films comme Tomboy et XXY…

C’est laborieux de parler de soi. Je me suis construit comme j’ai pu, sans réellement me retrouver dans des personnages. J’ai beaucoup grandi au contact d’autres personnes LGBT, notamment à travers Internet. J’ai appris beaucoup de choses sur le genre en passant par ce biais. Ça n’a pas empêché mes questionnements sur un forum, autour de la vingtaine, d’être plus ou moins balayés d’un revers de la main en mode « Tu te prends la tête pour rien ». Bon, soit… Sauf que, évidemment, ce « rien » n’est jamais parti, et ne m’a jamais laissée en paix, même si le déni m’a suivie longtemps, très longtemps.

Je ne peux pas m’empêcher de ressentir un sentiment d’envie, de jalousie, quand je vois tout ce à quoi les jeunes ont accès aujourd’hui. Parce que je sais bien, qu’aujourd’hui, en amenant ce type de questionnements, je n’aurai pas du tout les mêmes réponses. Mais j’ai 34 ans de rejet de qui je suis derrière moi, et tout ce que j’ai nié, refusé, c’est autour de ça que je me suis construite.

Bref, maintenant je sais (enfin !) que d’une part, je ne suis pas seule, et d’autre part, que mon identité de genre est tout à fait légitime. Et franchement, ça fait du bien. Il n’empêche que la représentation des personnes non binaires (et oui, le mot est lâché) est toujours quasi inexistante, et que c’est compliqué de ne jamais se voir nulle part. Il y a de timides avancées, et je vois bien que ça évolue, mais ça reste frustrant de voir que ça prend autant de temps et que même en cherchant bien, le nombre de livres, films ou séries avec des personnages non binaires reste franchement limité.

Petite mise à jour du 8/11/2018

Je me rends compte après la rédaction de cet article, et surtout sa réception, que la non binarité n’est pas du tout une évidence, ce que je comprends, et que je n’avais pas vraiment anticipé. Je me permets donc de vous conseiller une vidéo d’Alistair, très bien faite et très pédagogique, qui vous permettra d’en savoir un peu plus sur le sujet.

Le soleil est pour toi, de Jandy Nelson

soleil pour toiCertains livres sont difficiles à résumer, de peur de trop en dire, ou parce que le fond de l’histoire n’est pas le plus important. Donc, comme point de départ, je vous dirai juste que dans ce roman, on va suivre deux adolescents, et plus précisément des jumeaux : Noah et Jude, que tout semble opposer.

Pour le reste, que vous dire… Que Le soleil est pour toi est un roman très beau, qui emporte… loin. Et qui touche, qui émeut, qui emmène dans des histoires de deuil, de fantômes, mêle spiritualité et art, montre des connexions entre les gens (spirituelles, familiales, artistiques, amoureuses…), nous emmène dans des univers artistiques. Car oui, pendant la lecture de ce roman, votre esprit sera rempli de couleurs, de lignes, de traits, de peintures, de matière, de sculpture, de sable, d’argile, de pierre… Mais aussi de douleur, d’amour, de haine (de soi-même, souvent), d’acceptation, d’ouverture, de compréhension…

Bref, ce roman est si beau, je ne peux que vous encourager à le lire.
Ouais, je sais, j’ai pas du tout parlé représentation. Et bien sachez qu’il est question d’homosexualité masculine, et que c’est bien traité, voilà voilà !

Merci à La bibliothèque volatile pour cette belle découverte !