Archives mensuelles : novembre 2018

La lune est à nous, de Cindy Van Wilder

lune nousJ’avais vu passer ce titre il y a un moment déjà, et je l’avais un peu mis de côté. Pour finalement retomber dessus récemment et plonger dedans la tête la première, avec bonheur.

On suit deux personnages, Olivia, élevée par ses tuteurs alors qu’elle a perdu ses parents très jeune. Olivia est noire, et grosse. Elle a décidé de faire de ses complexes une force, et tient un compte Instagram qui marche bien, Curvy Grace, « Zéro complexe, 100% mode & bien-être ! » Au début du roman, elle rejoint deux jeunes youtubeuses pour participer à leur chaîne « Les Trois Grâces ».

En parallèle, on suit Max, dit Bouboule, qui quitte le sud de la France et vient s’installer en Belgique avec sa mère et son petit frère, après que leurs parents se soient séparés. Max le vit très mal, d’autant plus qu’il est gay et dans le placard, ce qui n’est pas des plus confortable. Et Max est gros (comme son surnom peut l’indiquer).

Les deux personnages n’ont rien à voir, à part leur surpoids mais vont se rencontrer dans des circonstances détestables pour Olivia, qui se retrouve victime de racisme et de grossophobie dans un jardin public. Max va venir à son aide alors qu’ils ne se connaissent pas, et une reconnaissance va se faire entre les deux, et ils vont devenir amis.

Petite parenthèse, comme toujours dans une amitié fille-garçon, tout l’entourage les imagine en couple, donc c’est plutôt chouette d’en prendre le contre-pied, puisque comme dit précédemment Max est gay, et on comprend qu’Olivia est aromantique et/ou asexuelle. Yeah !

Passé ce yeah enthousiaste, sachez quand même que même si ce roman est totalement merveilleux, et donne à voir de chouettes représentations (de gros, de personnes racisées, de gays, et même si le mot n’est pas prononcé d’asexualité/aromantisme), il est dur. En effet, Olivia est victime de harcèlement et de cyber harcèlement. C’est réaliste mais aussi assez violent à lire. Mais les personnages vont grandir, se battre, et l’union fait la force ! (yeah bis !)

En bref, un roman qui fait du bien. Qui montre qu’on peut ne pas rentrer dans le cadre hétéro/blanc/mince et s’en sortir, et exister surtout ! Parce que ces personnages ne sont pas légion, soyons clair, et ça manque !

Et dernier petit youpi, voir une adolescente découvrir Virginie Despentes et King Kong Théorie, et se prendre une claque, et avoir envie d’avancer et de se battre, ça m’a filé des frissons !

« J’écris de chez les moches… Pour les moches… Je n’échangerais ma place contre aucune autre, parce qu’être moi-même me semble être une affaire plus intéressante à mener que n’importe quelle autre affaire. »

Les mots me sautent aux yeux.
Accusateurs.

Sans pitié.

Lapidaires.

Je ne lis plus « Être moi-même », je lis mon nom.

Être Olivia Verbecke, cette fille qui a renoncé.

Celle qui a perdu pied si facilement.

Celle qui s’est laissé dicter sa conduite, se noyant sous les mots qu’on a utilisés pour les retourner contre elle.
Grosse.

Noire.

Indésirable.

Ouais, je suis tout cela aux yeux de ceux et celles qui voudraient me voir renoncer.

Et après ? Si au lieu de me blesser, ces mots devenaient mon arme ? Un gigantesque poing levé en seule réponse à tous ceux, toutes celles que ça dérange ?

Je ferme les yeux.

Je me sens vaciller au bord du précipice.

Je serre le livre entre mes mains.

Une lumière au bout du tunnel. De la rage en barre et du courage aussi.

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Georges, le monde et moi, d’Illana Cantin

Georges-le-monde-et-moiJ’avais vaguement entendu des trucs négatifs sur ce livre, et du coup, côté maso, tout ça, je me suis dit que j’allais y jeter un œil, pour me faire mon propre avis.

L’histoire commence avec Priam, qui se présente comme un ado tout ce qu’il y a de plus « normal » (excepté son prénom), sans histoires particulières, avec une scolarité classique, un groupe d’amis, et une fille de ce même groupe dont il est amoureux mais qui ne le remarque pas.

Un soir, tard, on frappe à la fenêtre de sa chambre. Un peu effrayé, il ouvre quand même, et un garçon déboule chez lui pour aller se planquer sous son lit. Comme Priam est un trèèèèès gentil garçon, il le laisse faire alors qu’il ne le connait ni d’Eve ni d’Adam, et le couvre lorsque la fille qui le poursuit vient toquer à sa fenêtre à son tour.

Voici donc comment Priam rencontre Georges. Georges est gay, ça on l’apprend tout de suite. C’est un garçon populaire, et qui accepte et assume pleinement son homosexualité. Les deux jeunes hommes vont faire plus ample connaissance, et une relation forte va se construire entre les deux.

Bon évidemment, on s’en doute, des sentiments vont naître entre eux.

Pour ce qui est du roman, je dois dire que dès le début, des petites choses m’ont fait tiquer, j’ai trouvé ça pas mal cliché sur « les filles sont comme ci, les garçons comme ça », mais j’ai essayé de me mettre en tête que c’était un ado qui parlait, donc soit, j’ai passé outre.

Mais, arrivé à un certain point, c’est homophobie et biphobie à tous les étages, et j’ai eu beau espérer que ça s’améliore à un moment, ben clairement non !

(Bon d’habitude je fais des efforts pour pas spoiler, mais là ça me saoule, le livre est mauvais donc je fais pas d’efforts, libre à vous d’arrêter votre lecture ici pour ne pas en savoir plus)

Donc, à un moment, les deux jeunes gens sont en vacances chez les parents de Georges. Ils ont tous les deux un peu bu, et Georges embrasse Priam. Qui réagit clairement comme un gros abruti homophobe (allant même jusqu’à sortir le canapé de la chambre de Georges pour dormir dans le couloir). Et même s’il est choqué, et qu’il ne veut pas s’avouer ses sentiments pour un garçon, sa réaction est vraiment hyper violente, et je trouve qu’on ne revient pas trop dessus, genre c’est normal…

En cours de route, Priam avance, même si c’est compliqué et sort donc avec Georges, mais a du mal à l’accepter, et n’assume pas devant les autres. Et ça c’est complètement naturel, et je trouvais même ça plutôt cool de montrer la difficulté que cela peut être de vivre son homosexualité au grand jour. Mais, et c’est là que le bât blesse, Priam n’assumera jamais ! Pas dans le sens où il ne le dira pas à son entourage, ou qu’il n’embrassera pas Georges en public, non non non, ça il le fait, par contre, il passera son temps à dire, devant des personnes qui savent qu’il est en couple avec Georges, qu’il n’est pas gay. Et le mot bisexualité n’est pas employé une seule foutue fois dans tout ce fichu livre (j’ai envie d’écrire en majuscule pour le hurler, mais je me retiens) ! Ah ben bravo hein, homophobie et biphobie intériorisées, banco sur toute la ligne là ! Est-ce qu’un ado qui se pose des questions sur son orientation sexuelle et qui lit ce livre va se sentir mieux après ? Ben non, clairement pas.

Et en termes de représentation d’un personnage avec des troubles anxieux, c’est totalement naze aussi. Quand Priam dit à ses parents qu’il sort avec Georges, il a mal au ventre depuis plusieurs jours et met ça sur le compte du stress. Ses parents réagissent bien, mais mal, en mode « oui bon ben on sait que tu sors avec Georges, on s’en fout quoi », sans avoir l’air de s’imaginer une seule seconde qu’annoncer à ses parents qu’on sort avec quelqu’un du même sexe peut être, éventuellement, un chouia compliqué. Bref, après ça, Priam fait une crise d’angoisse, perd connaissance et est emmené à l’hôpital, où il est opéré de l’appendicite. Mais ce n’est pas ça qui inquiètent les médecins et tout le monde autour de lui, non non, c’est sa crise d’angoisse. Donc hop, on lui file des médocs et on l’envoie chez le psy. Bon les gens, je ne minimise pas, hein, mais posez-vous des questions : un ado qui sort avec quelqu’un du même sexe et qui en fait part à ses parents, ça ne vous semble pas un peu normal que ce soit angoissant ?! Non parce que là, le personnage pense clairement qu’il est malade mental (avec tout le côté péjoratif que ça implique). Ça donne une image des troubles anxieux et des maladies mentales complètement à côté de la plaque, je trouve.

Et, pour couronner le tout, Georges se dit que tout ça c’est sa faute, et donc que la meilleure solution pour aider Priam, c’est de disparaitre. Genre, littéralement disparaitre. Au point que Priam se demande si son petit ami s’est fait enlever ou s’il est toujours vivant. Meilleure idée du monde, non ? Priam, mon pote, si t’es anxieux, arrête de te poser des questions, ton entourage fait n’importe quoi, c’est tout.

Soupir, je ne sais même plus quoi vous dire sur ce roman, à part de ne pas le lire, parce qu’il est extrêmement agaçant et malaisant.

Girl made of stars, d’Ashley Herring Blake (livre en VO)

girl starsGirl made of stars fait partie des titres trouvés dans ma quête de romans avec des personnages non binaires. J’avais donc pas mal d’attentes (après un avis plutôt favorable même si un parti pris qui peut poser question dans Symptoms of being human, et une déception avec The handsome girl and her beautiful boy) et franchement, ça a été une très bonne surprise.

On suit l’histoire de jumeaux, Mara et Owen. Mara a quitté Charlie il y a peu, pour redevenir amies, comme avant. Elle en souffre très clairement, mais n’arrive pas à revenir sur sa décision. Owen sort avec Hannah, la meilleure amie de Mara.

Tout tourne au drame après une soirée où Owen a bu plus que de raison. Hannah l’accuse de l’avoir violée et veut porter plainte, alors que le garçon dément.

Mara est alors tiraillée entre son jumeau, la moitié de sa vie, celui qui est tout pour elle, et sa meilleure amie, en qui elle a toute confiance.

Le point de départ me faisait un peu peur, mais franchement, j’ai trouvé que c’était très bien traité. On sent tout le tiraillement de Mara, en plein conflit intérieur. Et les relations entre les personnages sont bien développées et travaillées. Le sujet est dur hein, je ne vous le cache pas. Le livre parle de viol et d’agression sexuelle, et des réactions qui s’ensuivent (le fait de ne pas être crue, les difficultés à être entendue par la justice). Mais il parle aussi d’amitié, de sororité, d’acceptation de soi, d’amour, des relations familiales. Je l’ai vraiment trouvé très touchant de bout en bout, et d’ailleurs une fois commencé, j’ai eu du mal à le lâcher.

En termes de représentation, Mara est bisexuelle et out auprès de ses amis et sa famille. Et Charlie est non binaire. Ses parents savent qu’elle aime les filles, mais pour le reste, elle ne leur a jamais parlé de son identité de genre. Je genre le personnage au féminin, car c’est ce qui est fait dans le roman, le personnage étant pour l’instant en questionnement sur ce qui pourrait lui convenir en termes de pronoms. C’est quelque chose qu’elle peut partager avec Mara, et j’ai beaucoup aimé la relation entre ces deux personnages, tout ce qu’elles peuvent s’apporter à l’une et à l’autre. Personnellement j’ai trouvé bien traité la non binarité de Charlie, ses moments de dysphorie et la difficulté à faire son coming out à ses parents, à leur montrer qui est Charlie, et non Charlotte, celle qu’ils voient comme leur fille.

Enfin bref, un bon roman qui parle de solidarité féminine, de reconstruction et avec de beaux personnages (LGBTQI ou non), donc je ne peux que le recommander.

Une maison parmi les arbres, de Julia Glass

maison arbresQuand on m’a parlé de ce livre, c’est d’abord pour me dire que c’était inspiré de Maurice Sendak (l’auteur de Max et les Maximonstres, entre autres), qui avait caché son homosexualité toute sa vie, et a dévoilé avoir vécu avec un homme pendant 50 ans alors que lui-même avait 80 ans, parce qu’il avait peur que ça puisse nuire à sa carrière. Bon, cette révélation date de 2008 hein, mais j’avoue n’en avoir jamais entendu parler avant, et avoir été sous le choc qu’il se soit ainsi caché toute sa vie.

Cela étant dit, sachez que cela n’a pas d’importance pour la lecture du livre. Je ne sais pas du tout quelle est la part d’inspiration, ne connaissant pas spécialement la vie de Maurice Sendak, je trouve juste que c’est triste et qu’il n’y a pas de raison d’ignorer plus longtemps que cet auteur était gay.

Revenons-en donc à Une maison parmi les arbres. Morty Lear, un auteur adulé de livres pour enfants vient de décéder. Il a tout légué à son assistante, Tommy Daulair. Qui a vrai dire était bien plus que cela, puisqu’elle s’était installée chez lui.

Tommy doit gérer tous les problèmes de succession, notamment quelques mauvaises surprises de donations pour un musée. Mais aussi gérer un acteur qui a le vent en poupe, choisi pour jouer le rôle de Morty Lear dans un biopic sur sa vie et qui vient prospecter dans la maison de l’auteur.

Le personnage de Tommy est très intéressant, car elle a consacré sa vie à Morty, l’accompagnant partout, et allant jusqu’à vivre sous son toit. Mais on peut se demander où est sa vie à elle, si elle a vécu pour elle-même et pas pour un autre. Étant là dans toutes les situations, partageant l’intimité de Morty, même lorsqu’il vit avec son amant qui mourra d’ailleurs du Sida.

A travers une galerie de personnages, et en alternant les flash backs (propres à chacun) et le présent, l’autrice dépeint très justement les fêlures humaines, les blessures de chacun, et des chemins de vie différents.