Archives mensuelles : décembre 2018

Sorcières, la puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet

SorcièresJ’entendais parler de Mona Chollet depuis un certain temps, sans avoir jamais lu un de ces ouvrages. Je pense que j’étais un peu effrayé à l’idée de lire quelque chose d’un peu ardu…
Une idée en fait totalement fausse, car Sorcières se lit aisément et est passionnant. Il semble d’ailleurs avoir trouvé son public, on en parle partout et c’est plutôt chouette ! J’espère qu’il sera sous le sapin dans de nombreux foyers, ça ne fera pas de mal.

Pour ceux et celles qui n’en ont pas encore entendu parler, je tiens juste à préciser que le titre peut être légèrement trompeur. En effet, même si le premier chapitre parle des sorcières, de la vision qu’on en a, mais aussi des tristement célèbres chasses aux sorcières, la suite explore une vision plus moderne de la sorcière. Quelles sont les femmes aujourd’hui qui pourraient remplir ce rôle ? Mona Chollet en explore trois : la femme indépendante et célibataire, la femme sans enfants et la femme âgée. Dans un dernier chapitre, elle explore également le rapport à la nature, avec l’éco féminisme, mais aussi le rapport des sciences et de la médecine envers les femmes (spoiler, ce n’est pas beau à voir).

Le livre se dévore assez rapidement (sachant qu’un certain nombre d’informations font peur), mais il propose une certaine densité d’informations, qui donne envie de prendre des notes, et d’y replonger, notamment pour aller chercher des références et de nouvelles lectures.

En tout cas, il est pleinement d’actualité et rappelle que les combats féministes sont toujours à mener, et qu’il ne faut rien lâcher.

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Le prince et la couturière, de Jen Wang

princeLe prince et la couturière est une BD qui a eu beaucoup de bons échos, et j’espère que ça ne s’arrêtera pas là, puisqu’elle est en sélection jeunesse au festival d’Angoulême 2019.

J’avais envie de la lire depuis sa sortie, et en même temps, un chouia d’appréhension sur le traitement de la non binarité.

De quoi ça parle déjà ? Le prince Sébastien, tout juste seize ans, est à Paris pour l’été. Ses parents sont forts impatients de le voir se marier, tout en lui laissant le choix de sa future épouse. Le prince n’est pas pressé, et pas du tout dans ce genre de préoccupations et il a un secret : il aime porter des robes. Sa rencontre avec Francès, qui va devenir sa couturière personnelle, va lui permettre de porter ses magnifiques créations, et de devenir la coqueluche des nuits de Paris, Lady Crystallia. Mais bientôt, le prince va prendre peur que son secret soit dévoilé, et cacher sa couturière, brisant ainsi les espoirs de la jeune fille sur son avenir dans le monde de la mode…

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Les deux personnages sont des adolescents en pleines constructions, et découvertes d’eux-mêmes. Le prince Sébastien est tiraillé entre l’amour qu’il a pour ses parents, la volonté de bien faire, et la terrible peur de les décevoir s’ils découvrent son secret. Francès a un rêve depuis l’enfance, et est en passe d’y arriver, jusqu’au moment où le prince risque de briser son rêve. Leur relation est forte, et touchante, chacun prenant soin de l’autre, mais fragile à cause du secret du prince.

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Sebastien est clairement un personnage genderfluid, même si le terme n’est pas employé, et c’est très bien traité. Et c’est intéressant de voir que le prince n’a pas de problème avec son identité, mais uniquement avec la déception qu’il pourrait créer chez les autres, d’autant plus en étant un personnage public et important.

Et surtout, on pourrait craindre une fin compliquée ou en demi teintes, mais non, pas du tout ! Elle appelle complètement à la tolérance, à l’ouverture d’esprit. Elle est pleine d’amour et d’espoir et ça c’est franchement chouette !

 

Des livres à offrir ou à s’offrir

Salut la compagnie !

Comment vous dire que j’en ai ma claque de l’actualité, du monde qui ne tourne pas rond, et des lectures toxiques que je m’impose bêtement (mais promis, j’essaie d’arrêter).
J’ai envie d’aller bien, et de donner du bonheur autour du moi, plutôt que de la déprime et de la violence (on y reviendra bien assez tôt malheureusement). Du coup, j’ai envie de faire une petite sélection toute personnelle de livres que j’aime (pas forcément récents) et que j’ai envie de partager ici. Vue la période, ça peut vous donner des idées de cadeaux de Noël, à vous faire offrir, à s’offrir, ou à offrir.

 

Côté BD

 

J’ai récupéré ma liberté cette année, et n’ai donc plus le loisir de pouvoir lire toutes les BD qui sortent, mais en voici tout de même quelques-unes qui valent le détour.

 

L’essentiel des gouines à suivre, d’Alison Bechdel : le tome 2 est enfin sorti en français et ça c’est trop cool ! Vous pourrez ainsi suivre les personnages d’Alison Bechdel de 1987 à 2008 (et pleurer en arrivant à la fin, si tout comme moi vous avez envie de continuer à suivre Mo et ses ami·e·s). C’est une BD indispensable, et tellement riche. A noter que le travail de traduction est vraiment impressionnant, et apporte un vrai plus.

 

Chroniques d’une citoyenne ordinaire engagée, de Muriel Douru : parce qu’en ces temps troublés, l’engagement est important, et ce sur tous les plans. Et Muriel Douru saura vous le rappeler à travers différentes thématiques, allant de la PMA à l’écologie.

 

Chromatopsie, de Quentin Zuttion : une jolie BD, très queer, et graphiquement très chouette !

 

Lumberjanes, qu’on ne présente plus ! S’il est nécessaire de faire une piqure de rappel, de l’aventure, du fantastique, de l’amitié à la puissance max, des personnages féminins trop cool, du queer ? Ça vous rappelle quelque chose de plus récent ? Normal, c’est la même créatrice que She Ra. (Si vous n’avez pas encore regardé She Ra, qu’attendez-vous donc ?! )

Au passage, Urban, on attend toujours impatiemment la suite, c’est pour quand ???

 

Côté BD féministes

 

La bien nommée Féministes- Récits militants sur la cause des femmes : différentes autrices et auteur évoquent des sujets autour du féminisme : intersectionnalité, transidentité, écriture inclusive, prostitution etc… Des sujets intéressants, différents points de vue, différents graphismes. Et c’est chouette !

 

L’origine du monde, de Liv Strömquist : j’ai dévoré ses autres BD après avoir découvert celle-ci, et ça reste la meilleure je trouve. Vous saurez tout sur la répression de la sexualité des femmes au fil du temps. Passionnant et drôle !

 

Commando Culotte – Les dessous du genre et de la pop culture : Mirion Malle décortique de façon pédagogique et avec humour des films et des séries mais aussi des questions de société (l’importance de la représentation, la culture du viol, l’impunité des hommes célèbres etc…).

 

Libres – Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels : sous la plume d’Ovidie, et les dessins de Diglee, ce livre s’applique à décrypter les diktats qu’on impose aux femmes, que ce soit dans l’apparence (les poils, le poids…) ou la pratique (la bisexualité, le rapport aux règles…), et nous invite à nous émanciper de ce poids.

 

Héroïnes – La représentation féminine en bande dessinée : des autrices et auteurs de BD redessinent des icônes masculines de la BD et les transforment en icônes féminines, s’interrogent sur la place des femmes dans les bandes dessinées, et sur les rôles qui leurs sont le plus souvent assignés.

 

Côté essais

 

Sorcières – La puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet : tout le monde en parle, et on le voit partout, et bien ici aussi ! Mona Chollet évoque l’histoire des sorcières, avant de développer sur les femmes à l’heure actuelle, et ce qui peut les rapprocher de ces sorcières : l’indépendance des femmes, le non désir d’enfants, la vieillesse…

 

Peau – A propos de sexe, de classe et de littérature, de Dorothy Allison : un recueil de textes hyper fort, éprouvant et émouvant, qui parle féminisme, écriture, sexe, militantisme. Une petite merveille.

A noter que vous pouvez vous lancer avec plaisir et bonheur dans toute la collection Sorcières chez Cambourakis.

 

Homo inc.orporated – Le triangle et la licorne qui pète, de Sam Bourcier : une réflexion politique sur les lgbt aujourd’hui, sur comment les L et G se sont fondus dans la société, mais aussi des réflexions poussées sur le genre.

 

Ni vues ni connues – Panthéon, Histoire, Mémoire : Où sont les femmes ? du collectif Georgette Sand : tout est dit dans le titre. Cet ouvrage permet de découvrir et redécouvrir les femmes oubliées de l’Histoire, quel que soit l’époque, le pays, ou le domaine.

 

La révolution féministe – La lutte pour la libération des femmes 1966-1988, de Bonnie J. Morris et D-M Withers : un beau livre qui retrace l’histoire des mouvements féministes dans ces années-là, à grands renforts de documents d’époque.

 

Côté livres avec des personnages non-binaires 

 

Le prince et la couturière, de Jen Wang : mon chouchou absolu ! Et une BD dont je viendrai vous parler à l’occasion. Sachez en tout cas que l’histoire est chouette, le dessin est beau, et que oui, c’est de base une BD jeunesse, mais c’est tout public. Et on a très clairement un personnage genderfluid dedans. J’ajoute que c’est une BD qui fait du bien, beaucoup de bien.

 

Les trois livres qui suivent sont des romans jeunesse, en VO. La non-binarité n’étant pour l’instant en tout cas, pas un thème extrêmement en vogue…

 

Girl made of stars, d’Ashley Herring Blake : un superbe roman, même si difficile puisqu’il parle de viol et d’agression sexuelle. Mais je vous garantis que vous ne pourrez pas le lâcher, et que vous allez vous attacher à ces personnages, qui sont vraiment bien écrits.

 

Quiver – a novel, de Julia Watts : un roman sur une histoire d’amitié improbable, dans deux milieux très différents, qui entraîne dans les dérives de la religion.

 

Symptomes of being human, de Jeff Garvin : un roman du point de vue d’un adolescent genderfluid, encore dans le placard. On peut adhérer ou non au parti pris de l’auteur de ne jamais donner le sexe d’assignation du personnage mais ça reste un livre intéressant et je pense important en termes de représentation.

 

Côté romans jeunesse (avec un documentaire en bonus !)

Les règles… quelle aventure ! d’Élise Thiebaut et Mirion Malle : parce que c’est si bien, tellement nécessaire, important, et fait de façon inclusive ! A distribuer à tous les ados d’urgence.

 

Cœur battant, d’Axl Cendres : par l’autrice du génial Dysfonctionnelle ! Ici aussi on retrouve une galerie de personnages cabossés, drôles et bavards. Le point de départ : cinq suicidants dans une institution psychiatrique, c’est-à-dire que tous ont fait une tentative de suicide et ne comptent pas en rester à cet échec. Malgré un sujet lourd, l’autrice fait un roman plein de vie, de poésie, d’humour, de situations loufoques, et d’amour bien sûr, quoi de mieux pour faire battre un cœur ?

 

La sirène et la licorne, d’Erin Mosta : un livre jeunesse avec une romance lesbienne super mignonne et qui fait un bien fou !

 

La lune est à nous, de Cindy van Wilder : un superbe roman, avec de la représentation tout simplement géniale. Des gens gros et racisés, enfin ! On sort du cadre hétéro/blanc/mince et ça c’est trop cool ! En bonus, il y a du Despentes dedans.

 

Le soleil est pour toi, de Jandy Nelson : une relation frère-sœur, les arts sous toutes leurs formes, des fantômes, des histoires d’amour, une quête de soi et tant de choses encore, c’est ce que vous trouverez dans ce petit bijou.

 

Voilà voilà, j’espère que vous aurez trouvé de quoi égayer vos lectures et vous faire plaisir et/ou des idées cadeaux pour faire plaisir.

Lisez et partagez !

La révolution féministe, La lutte pour la libération des femmes 1966-1988, Bonnie J. Morris et D-M Withers

révolution féministeEn ces temps troublés, où les femmes essaient d’occuper le devant de la scène et de protester contre les violences sexistes et sexuelles et ce, malgré l’indifférence des médias, quoi de mieux que d’offrir autour de soi un beau livre autour du féminisme ? Ça tombe plutôt bien, Noël approche à grands pas.

La révolution féministe offre un panorama assez large des mouvements féministes entre 1966 et 1988, au travers notamment des États-Unis et de l’Europe. Le tout de façon très documentée, et accompagné de nombreuses citations et documents d’époque : photos, badges, flyers, affiches etc…

Le livre est foisonnant, et j’ai eu un peu peur de m’y perdre au début, notamment du fait du passage régulier d’un pays à un autre, de différents mouvements et initiatives, et du nombre de documents à disposition. Mais le sujet est riche, et j’ai appris plein de choses. Je l’ai lu d’une traite, mais je retournerai sans doute y piocher des références, ou en relire certains chapitres qui m’intéressent plus particulièrement.

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D’ailleurs, je souhaite souligner la façon dont a été découpé l’ouvrage, et qui m’a particulièrement plu. Je m’attendais soit à des chapitres chronologiques, soit par pays, mais ici le choix a été fait de manière thématique. C’est sans doute plus pertinent, et vraiment intéressant. Je vous cite, pour vous donner un aperçu, les chapitres qui m’ont le plus marqué : La sororité noire, Le corps comme champ de bataille, Sexualité et féminisme lesbien, Édition et médias, Musiques et Arts.

Je ne vais pas revenir sur certains passages qui m’ont particulièrement marqué (et fait froid dans le dos malheureusement), je vous laisse découvrir par vous-même, mais ce livre permettra à ceux et celles qui n’y connaissent rien de découvrir tout ce qui fait la richesse du féminisme, et à celles et ceux qui s’y intéressent d’un peu plus près, de parfaire leurs connaissances, et de découvrir de nombreux documents d’époque. En tout cas, il transcrit bien l’énergie qu’ont mis toutes ces femmes dans ces différentes luttes, et montre que le combat n’est pas terminé.

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Si je devais ajouter (un tout petit bémol), certains choix de traductions m’ont un peu interrogé, notamment celui d’utiliser le mot auteure plutôt qu’autrice, surtout dans un livre qui traite de féminisme.

Quand on parle de Lou, de Julie Gouazé

CVT_Quand-on-parle-de-Lou_9286Lou et Marc (écrivain à succès) se séparent, enfin plus exactement, Lou quitte Marc, alors que l’amour semble s’en être allé entre les deux depuis un moment déjà. Après des années à vivre dans le sillon de Marc, elle étouffe. Elle prend donc leurs deux enfants sous le bras, et part vivre sa propre vie. Au passage, elle rencontre Lucie, et découvre l’amour avec une femme.

Les phrases sont courtes, voire très courtes, et je ne vous le cache pas plus longtemps, je n’y ai pas adhéré. La première partie du roman se concentre sur la toute fin du couple, puis la séparation. Lou y perd beaucoup d’amis et de connaissances, Marc étant une personnalité, et on sent bien combien elle était juste la « compagne de ». Personnellement, cette partie m’a profondément ennuyée. Il ne se passe pas grand-chose, et je me suis demandé si ce n’était pas (en partie du moins) autobiographique. En prospectant un peu, j’ai vu que Julie Gouazé était (est toujours du coup ?) la compagne de Michel Field et qu’ils avaient eu deux enfants ensemble. Bon, peu m’importe si c’est inspiré de sa vie ou non, mais toujours est-il que j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher et à m’accrocher au personnage. Sachant qu’une intrigue avec une femme allait arriver, j’avais encore espoir…

Mais franchement, la suite m’a fait pousser des soupirs agacés à chaque page. L’autrice semble tout juste découvrir l’homophobie et avoir envie de le dénoncer dans ce livre. Sur le papier, c’est une intention louable, mais j’ai trouvé ça franchement gros et parfois ridicule. Alors, certes, Lou se pose des questions ou se trouve dans des situations dans lesquelles je me retrouve en tant que personne lgbt. Mais ! Là, on est face à une accumulation dans un livre d’une petite centaine de pages. C’est Lou au pays des gros cons quand même.

Et puis c’est caricatural, j’ai l’impression de lire le témoignage d’une ado, pas d’une mère de deux enfants. Sa vision de l’homosexualité féminine m’a plus d’une fois fait hausser un sourcil. De même que la négation totale de la bisexualité, ça n’existe pas ici. Elle a vécu avec des hommes, là elle vit avec une femme, mais le terme n’est jamais posé ou ne serait-ce qu’évoqué.

Ce livre est quand même un beau ramassis de clichés sur les femmes, sur les lesbiennes, un condensé de toute l’homophobie à laquelle on peut être confrontée (je ne dis pas que ça n’existe pas, juste que là j’ai trouvé ça excessif à chaque page, j’ai reconnu certaines situations, mais vécues dans une vie, pas en quelques mois).

Vivre avec cette femme, c’est cohabiter avec une copine qui danse dans le salon sur un tube des années 2000. C’est retrouver les mêmes gestes que soi. Un parfum que l’on reconnaît. L’odeur de Lucie n’est pas celle d’un homme. Elle est plus douce et plus délicate.

C’est se comprendre sur des choses qui ne se disent même pas.

C’est vivre avec soi-même dans un corps différent.

C’est dormir avec son double et ne pas s’en soucier. C’est aussi éviter l’expérience de l’altérité. Lou a oublié comment jouissait l’autre partie de l’humanité. Saurait-elle encore parler le langage des hommes ?

Lou fait aussi l’expérience de la jalousie d’une femme. Jusque-là, elle ne s’était jamais posé la question. Lou a dû faire la liste de toutes ses copines. Parce que dire « Je vais boire un coup avec une amie » peut prendre un autre sens dans un couple de filles.

 Il s’agit aussi de rassurer les amies en expliquant que Lou ne va pas leur sauter dessus ou les coller contre le mur. Lou peut encore dormir avec sa meilleure amie sans que ce soit un problème. Ni pour la meilleure amie ni pour son mari.

Vous en voulez encore ?

Lou s’agace de ne plus pouvoir faire durer ses règles pendant dix jours. Chez les lesbiennes, il vaut mieux trouver des excuses valables pour ne pas se retrouver au lit.

Vivre avec Lucie, c’est aussi la fin des réconciliations sur l’oreiller. Parce que, chez les filles, on parle d’abord et on fait l’amour éventuellement après. Si et seulement si tous les problèmes ont été réglés, jusqu’au moindre machin qui gêne. Et après, il est 3 heures du matin et c’est trop tard. Lucie et Lou attendront demain. Parce qu’elles s’endorment épuisées par tant de mots échangés, saoules de paroles, échouées en travers du lit en pantalon rayé.

Partager le toit de Lucie enfin, cela veut dire l’impossibilité de ronchonner. Lorsque Lou est de mauvaise humeur, elle ne sait pas forcément pourquoi et n’a pas forcément envie que Lucie vienne la titiller pour la faire parler. Lou ne veut pas s’expliquer, elle veut juste râler tranquille dans son coin.

Pareil, la gestion de la situation avec les enfants, j’ai trouvé ça gros hein. Et puis bonjour le modèle !

Les enfants, les chéris, les amours de Lou, vous allez entendre des choses pas très belles. Vous savez quoi ? C’est vrai que Lou a peur que vous ayez mal. Mais elle vous fait confiance. Et lorsque ce fameux jour arrivera, vous aurez le droit de vous servir de vos mots, de vos poings et de vos pieds. Revenez avec un œil tuméfié et la lèvre fendue. Mais défendez la liberté. Personne n’a le droit de porter un jugement sur ce qui constitue votre quotidien et votre bulle d’amour.

Alors d’accord, en cette période de recrudescence d’agressions lgbtophobes, j’ai parfois envie de tout péter, mais franchement, dire à ses enfants « Vas-y, bats-toi ! », c’est ça la solution ?!

Ce roman donne l’impression de vouloir dénoncer l’homophobie, mais le fait de manière totalement autocentrée, avec un personnage qui n’est pas du tout incarné. Rien n’existe ou n’est concret ici, je n’ai vu qu’une succession de clichés. Dénoncer l’homophobie c’est bien, commencer par considérer que les femmes ne sont pas toutes pareilles et que la bisexualité n’est pas une fable, c’est mieux.