Archives mensuelles : mars 2019

Comment se comporter comme une personne normale, de T. J. Klune

comment normaleTout d’abord, merci à Criquet bibliophile pour sa vidéo qui m’a donné très envie de me plonger dans ce roman !

Et son conseil était excellent, parce que non seulement j’ai beaucoup aimé, mais ce livre m’a aussi fait ricaner bêtement toutes les deux minutes, ce qui est assez rare pour être signalé (et ce qui a eu pour effet d’intriguer ma compagne, qui voulait savoir ce qui pouvait autant me faire rire).

Gustavo Tiberio, dit Gus, a une personnalité plutôt atypique, et vit sa vie de journée passable en journée passable, dans sa petite ville dans l’Oregon. Il tient un vidéo club (nous sommes en 2014 !) où peu de clients viennent s’attarder, exceptées, chaque jour à la même heure, Nous les Trois Reines, un trio de vieilles motardes, dont Gus ne sait pas si elles sont lesbiennes polyamoureuses, ou sœurs.

Gus est quelqu’un de très très routinier et ne supporte pas le changement, il vit avec son furet, qu’il transporte partout avec lui, lit l’encyclopédie tous les soirs, n’a pas internet, a un téléphone à clapet, et répète chaque jour avant de sortir prendre son café chez Lottie’s Lattes « Aujourd’hui sera une journée passable ». Jusqu’au jour où, au lieu de Lottie, c’est un hipster défoncé, répondant au nom de Casey qui lui sert son café. Chamboulement énorme pour Gus, surtout qu’il n’est pas insensible au charme de ce dernier. Malheureusement, il surprend une conversation entre Lottie et Casey, où celui-ci dit que Gus est quelqu’un de bizarre.

Ni une ni deux, Gus va tenter de se comporter comme une personne normale. Et quoi de mieux pour ça que de questionner Internet ?!

Ce roman est totalement loufoque, et présente une galerie de personnages assez farfelus, et des situations franchement très drôles. Gus essaie de se fondre dans la normalité, en suivant les préceptes pas toujours très adéquats trouvés sur le net. Et malgré sa personnalité un peu revêche de prime abord, il est super attachant. Casey lui fait part rapidement du fait qu’il est asexuel et on va assister aux prémices de leurs relations. Et franchement, c’est super mignon ! L’asexualité de Casey est bien traitée, et assez développée, ce qui est plutôt rare et un très bon point.

Bref, un roman drôle, qui questionne la notion de normalité, avec des personnages attachants, de l’homosexualité et de l’asexualité, un cocktail assez parfait ! Et un bon remède aux coups de blues.

Publicités

Bilan culturel de février/mars

La période de février/mars a été assez chargée, puisque j’ai déménagé. Et je n’ai pas eu de connexion Internet pendant quasiment deux semaines, ce qui au final m’a permis de profiter pleinement de ma vie culturelle, tout en travaillant mes bras musclés à faire, porter et défaire des cartons. A l’occasion, j’en profiterai d’ailleurs pour créer une nouvelle bannière de blog, un peu plus lumineuse (mais toujours pleine de livres et de Lego).

Tout ça pour dire que j’avais envie de faire un petit billet en dehors du cadre habituel, puisque je ne vais pas parler que de livres.

culture violFin février, je suis allée à une rencontre à la librairie Terre des livres avec Valérie Rey-Robert autour de son livre, Une culture du viol à la française. S’en sont suivies deux heures et demi avec elle, et de débat avec le public (la salle était pleine à craquer). C’était vraiment riche, très intéressant, mais aussi évidemment effrayant. J’ai acheté le livre dans la foulée, donc je viendrai probablement vous en reparler quand je l’aurai lu.

Au mois de mars, avait lieu à Lyon le festival Écrans mixtes, que j’attendais avec impatience, avant de me rendre compte, un peu dépité, qu’il tombait en plein dans la période de mon déménagement. J’ai donc raté plein de films, notamment le documentaire Dykes, Camera, Action ! qui traitait du cinéma lesbien américain. J’espère avoir l’occasion de le découvrir un jour malgré tout.

gender derby

Cela dit, j’ai quand même pu profiter des deux derniers jours du festival. Je me suis donc rendu à la séance qui présentait la web série documentaire Gender Derby, en présence de sa réalisatrice, Camille Ducellier. Web série que j’avais déjà vu, et apprécié, et la possibilité d’une rencontre avec sa créatrice m’a vraiment donné envie de la revoir. Et c’était d’autant plus intéressant, qu’en plus de Camille Ducellier, étaient présents deux membres du club de roller derby de Lyon, mais aussi, deux étudiants d’un master genre et sports (master EGAL’APS). Petite précision, je ne m’intéresse ni au sport en général, ni au roller derby, il n’empêche que cette soirée était passionnante. Pour ce qui est de Gender Derby, j’encourage vivement tout le monde à la regarder. La série suit Jasmin, mais aussi des membres de son entourage, que ce soit dans le roller derby ou ailleurs, et interroge les normes et la binarité dans lesquelles nous évoluons.

féminisme divinatoireLa revoir et entendre Camille Ducellier s’exprimer, m’ont aussi donné envie de me plonger dans son livre, Le guide pratique du féministe divinatoire, aux éditions Cambourakis (dans la fameuse collection Sorcières qu’on ne présente plus).

Les échanges autour du sport et de la représentation du genre dans les médias étaient aussi super intéressants. J’y ai appris, entre autres, que les joueuses de foot de l’équipe française n’étaient pas choisies uniquement sur leurs performances, mais aussi (et surtout) sur leur apparence féminine et leur hétérosexualité présumée. Waouh ! Sans compter ce match où pendant une heure avant le début du jeu, Cristina Cordula était invitée pour commenter les coiffures des joueuses…

Au-delà de ça, on a pu voir toute l’étendue du boulot qui restait à faire dans tout ce qui touchait à la transidentité, le genre, l’orientation sexuelle, mais aussi les personnes racisées.

Petit bémol, pas du tout sur la soirée, encore une fois, très riche et intéressante, mais sur le fait que ça ait eu lieu à Bron à 18h en semaine. Je note quand même qu’Écrans mixtes reste majoritairement un festival gay, et que dès qu’on touche au genre et au lesbianisme, ça reste plus confidentiel, et je trouve ça vraiment dommage. Ce festival a du mérite, il se développe, il propose beaucoup de choses, mais je trouve qu’il reste très masculin.

Ce mois-ci, je suis aussi allée au théâtre. J’avais repéré Ultra Girl contre Schopenhauer, pièce qui était décrite comme féministe. Un univers BD, un peu pop, mêlé à du fond, moi ça me tentait bien. Et là, le choc ! Bon déjà, j’ai attendu tout le long que la pièce veuille bien démarrer. Je trouve ça bien beau d’user d’artifices et d’effets de mise en scène à tout va (moi des gens qui chantent, habituellement, cela me met en joie !), mais si cela ne sert aucun propos, à quoi bon ? Mais surtout, féminisme, mes fesses oui ! J’ai commencé à paniquer un peu quand le personnage se lance dans une litanie de personnages féminins, présentés comme féministes, forts etc… Alors que la plupart ne l’étaient pas le moins du monde. J’ai tiqué de plus en plus fort de voir l’enfance et l’adolescence du personnage, Edwige donc, décrites petit à petit, et qui montre clairement qu’elle est attirée par les filles, sans jamais faire comme si c’était une réalité ! La pièce nous plonge dans une hétéronormativité de base, où la femme a beau être attirée par d’autres femmes, elle gardera toute sa vie uniquement des relations avec des hommes, toujours dans un rôle extrêmement passif (mention spéciale à cette scène, où Edwige a les jambes écartées dans un cinéma, alors qu’un homme lui fait un cunni, et qu’elle est totalement perdue devant le corps de Rita Hayworth dans Gilda, très hétéro donc).

ultra girl

Cette passivité, le vide de la pièce, tout ça n’était déjà pas bien brillant, quand tout à coup, les deux comédiennes à la fin de la pièce enlèvent toutes les deux leurs vêtements, dans une scène totalement gratuite ! Mais pourquoi ?!

Ma compagne et moi avons applaudi par politesse, surtout que le jeu des comédien·ne·s n’était absolument pas à remettre en cause. Et puis nous avons fui, car nous nous sentions d’autant plus mal à l’aise, que la salle riait et était emportée par la pièce, alors que le temps passant, nous étions de plus en plus horrifiées… Bref, une fort mauvaise expérience.

Pour finir, petit bilan de mes dernières lectures, donc je viendrai parler plus tard.

 

J’ai eu un énorme coup de cœur pour Nous qui n’existons pas, de Mélanie Fazi, où elle témoigne de son existence qui sort du cadre, puisque la vie de couple, comme la sexualité, ne l’intéressent pas le moins du monde. Comment alors s’intégrer dans une société où il est question d’amour partout et tout le temps ?

J’ai enfin lu la BD La fille dans l’écran, de Manon Desveaux et Lou Lubie. J’avoue que si le concept d’écriture à quatre mains, et le dessin de Manon Desveaux m’ont vraiment bien plu, je suis restée un peu sur ma faim en ce qui concerne le scénario, qui pour moi était surtout un prétexte à ce travail à deux. Une bonne BD, mais qui reste assez légère.

Et enfin, j’ai dévoré le dernier roman de Martin Winckler, L’école des soignantes, sorte de suite au Chœur des femmes, puisqu’il en reprend certains personnages. Sauf que cela se passe en 2039 et que la société a quelque peu évolué depuis ! Difficile de rivaliser avec Le chœur des femmes, et pourtant ! L’école des soignantes est très différent mais tout aussi fort, et propose une réflexion hyper importante sur le corps des femmes, le féminisme, le soin, la question du genre. Bref, à mettre entre toutes les mains avec Le chœur des femmes, pour celleux qui ne l’ont pas encore lu.

Voilà pour ce petit bilan culturel, avant la reprise du blog à son rythme de croisière.

Pourquoi pas nous ? de Becky Albertalli et Adam Silvera

pourquoi pas nousArthur travaille à New York durant l’été, dans le cabinet d’avocats où travaille sa mère. Il rencontre par hasard Ben, qui sort d’une rupture douloureuse, et veut envoyer par la poste un colis avec toutes les affaires de son ex. Les deux discutent, Arthur s’emballe, puis Ben disparait, de retour dans sa vie new yorkaise habituelle. Mais Arthur ne veut pas laisser tomber, et tient à retrouver ce mystérieux inconnu, dont il ne connaît même pas le prénom, mais il croit en leur destin.

Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire un roman d’Adam Silvera, même si ça me tente depuis un moment parce que j’en entends de bonnes choses, mais j’en ai lu plusieurs de Becky Albertalli, et j’aime plutôt bien ses romans. J’avais donc très envie de me plonger dans ce livre. Peut-être que cet a priori hyper positif a mis la barre un peu haut pour mes attentes, je ne sais pas… Mais même si j’ai trouvé Pourquoi pas nous ? mignon, et décrivant bien les premiers émois, une première histoire d’amour, la jalousie, la découverte de la sexualité, les difficultés en amitié et en amour, il m’a malgré tout manqué un petit quelque chose pour être pleinement conquis.

Peut-être aussi que c’est un roman qui se destine plus spécifiquement aux adolescents, il est plutôt juste, et encore une fois, cette histoire entre ces deux garçons est mignonne et touchante, mais en tant qu’adulte, il m’a manqué un peu plus de fond pour pleinement y adhérer.

La ligue des super féministes, de Mirion Malle

ligue SFSouvenez-vous, Les règles… Quelle aventure ! était absolument génial (Commando culotte est vachement bien aussi, même si je n’en ai pas parlé par ici, donc allez lire tout ça si ce n’est pas encore fait), j’attendais donc avec une grande impatience La ligue des super féministes.

Et comme je le pensais , c’est vraiment très très bien ! Même au-delà de mes espérances. Franchement, un livre aussi inclusif, et qui ne prend pas les enfants pour des idiots, ça fait plaisir ! Je l’ai trouvé super complet. Je n’ai certes rien appris (je rappelle que c’est un livre à destination des enfants et des ados), mais je pense qu’il peut être utile et pédagogique, même pour les adultes, tout le monde n’étant  malheureusement pas ouvert et au point sur ces questions.

Mirion Malle commence par expliquer ce qu’est la représentation, et les conséquences que cela peut avoir de ne pas être représenté, ou mal. Par exemple, passé 8 ans, les filles ont de moins en moins confiance en elles, et dès 10 ans elles ont tendance à trouver leur ventre gros… Merci l’hyper sexualisation des petites filles et la mise en valeur des garçons uniquement.

Mais ce livre parle aussi d’écriture inclusive (qui est utilisée dans toute la BD d’ailleurs, et ça c’est chouette), de consentement, de l’homosexualité qui n’existe pas dans les œuvres à destination de la jeunesse, de genre (y sont expliqués des termes comme transidentité, intersexuation, cisgenre), et on y parle même d’un concept hyper important, l’intersectionnalité ! (J’ai définitivement perdu mon correcteur orthographique en deux lignes, ne serait-il pas temps de se mettre à jour ?)

Bref, plein de sujets importants, expliqués de façon très claire et pédagogique, mais pas bêbête pour un sou. Le tout de façon inclusive, avec des corps différents, des personnes racisées, de tous âges, valides ou non, de différentes tailles et différents poids, sans compter donc les questions LGBTQI. Que demander de plus ? Franchement je ne vois pas, et j’encourage tous les CDI à le glisser dans leurs rayons.