Archives mensuelles : avril 2019

Le fleuve, de Claude Ponti

Sur le fleuve l’Ongoh vivent les Oolong. Avant sa mort, grand-mère Nour-Danne dit à sa famille qu’elle a eu une belle vie de fille et qu’elle désire renaître dans le corps d’un garçon.
Après sa mort, une petite fille naît, qu’à cela ne tienne, on en fera un garçon qui s’appelle Louz-Nour.
De l’autre côté du fleuve vivent les Dong-Ding. Grand-père Dang-Houde dit à sa famille qu’il a eu une belle vie, et qu’il veut renaître en fille. Après sa mort, un petit garçon naît. Qu’importe, on en fera une fille qui s’appellera Rouh-Dang.

le fleuve

 

Les deux enfants grandissent. Un jour, un monstre surgit, si monstrifique qu’il n’a pas de nom, ni de prénom. Il menace de geler tous les parents Oolong et Dong-Ding si on ne lui fournit pas un élixir lui garantissant la vie éternelle…

Le fleuve est un très joli album jeunesse (un peu compliqué à comprendre avant 7 ans je pense), où Claude Ponti nous plonge dans une nature exotique, aux mots inventés et plein de poésie. Cet album parle de transmission, de partage, d’entraide, mais surtout d’identité de genre ! Et c’est si rare à destination des plus jeunes que ça mérite vraiment d’être souligné.

fleuve

Ces enfants grandissent donc dans le genre que voulaient avoir leurs grands-parents, sans que cela ne pose problème à personne. Mais au-delà de ça, les enfants des Oolang et des Dong-Ding ont un nombre de nattes en fonction de leur genre, une natte pour les garçons, trois nattes pour les filles, et attention, tenez-vous bien, cinq nattes pour les enfants qui ne savent pas encore si iels seront fille ou garçon. De même qu’à la fin du livre, Louz-Nour et Rouh-Dang se sont construit une maison, et ont décidé d’être fille ou garçon selon leurs envies.

Voilà de quoi aborder la thématique du genre avec les enfants assez jeunes et lancer le dialogue avec eux. Je suis hyper impressionné qu’un auteur renommé comme Claude Ponti puisse parler aussi librement de transidentité et de non-binarité, de façon très simple et sans jamais employer ces termes.  J’espère que d’autres prendront exemple sur lui, et que ce n’est que le début !

Sans lendemain, de Jake Hinkson

sans lendemainJe ne vous le cache pas, Sans lendemain est un livre qui me dérange un peu…

Pour l’histoire, nous sommes dans les années 40, et Billie Dixon sillonne des coins reculés des États-Unis pour refourguer des films de seconde zone dans des cinémas qui n’ont pas forcément les moyens pour avoir mieux.

Dans un bled perdu de l’Arkansas, Billie va tenter de discuter avec un pasteur qui met des bâtons dans les roues au cinéma du coin, prétextant que c’est l’œuvre du diable. La discussion ne se passe pas très bien, et idée du siècle, Billie couche avec la femme du pasteur. Évidemment, ça ne va pas s’en arrêter là, et c’est le début de la descente aux enfers pour Billie.

Au niveau de l’histoire en elle-même, je n’ai pas grand-chose à redire. C’est du roman noir, c’est prenant, même si pas inoubliable, mais je l’ai lu d’une traite.

En termes de représentations par contre, c’est autre chose…

Billie est donc lesbienne, à une époque où ce n’est pas évident de le vivre au grand jour. C’est une femme indépendante et affirmée, et qui aime les plaisirs de la chair sans prise de tête. Le couple stable, ce n’est clairement pas pour elle. Et personnellement, c’est un personnage que j’aime plutôt bien.

On a également un personnage féminin plutôt chouette, Lucy Harington, qui joue le rôle du sheriff à Stock’s Settlement (vue l’époque, c’est son frère, un peu simplet qui est le sheriff officiel, mais c’est elle qui tient les rennes).

Voilà pour les points positifs, passons donc à ce qui pour moi est problématique, et attention, ça va spoiler !

Billie a couché avec la personne qui ne fallait pas, et la voici entrainée dans un puits sans fond de problèmes tous plus énormes les uns que les autres, jusqu’à atteindre le point de non-retour.

Ce qui me gêne, c’est que non seulement on a un personnage lesbien qui court à sa perte, et fonce malgré toutes ses tentatives vers une mort assurée, mais que l’autre personnage féminin qui couche avec elle est aussi condamné. Deux femmes qui veulent vivre en dehors des normes et qui meurent, super. Bury your gays, tout ça…

Et non seulement ça, mais l’autre personnage, la sheriff, qui franchement me plaisait bien ! Et bien elle, elle continue sa vie (bon elle perd son poste, mais ce n’est « qu’une femme » que voulez-vous), mais on suppose qu’elle aussi préfère les femmes. Par contre, elle ne succombe pas à son penchant, et étonnamment, elle, elle survit.