Archives mensuelles : juillet 2019

It, de Catherine Grive

itJe ne sais pas trop par où commencer avec ce livre. Il a été écrit par l’autrice de Je suis qui je suis, qui ne m’avait pas déplu mais dont la fin m’avait laissé assez perplexe, et m’empêchait de pouvoir le conseiller sans réserve.

Quand j’ai vu que Catherine Grive sortait un nouveau roman, sur le sujet de la transidentité (enfin le transgenrisme selon la quatrième de couv, mais qui utilise ce terme ?), cela m’a intrigué. Mais, car il y a un mais, le titre It (pronom neutre qui désigne les objets en anglais, donc) et le résumé assez maladroit, pouvaient un peu m’inquiéter.

Gallimard m’a fait parvenir un service de presse, et par la même occasion une petite plaquette de présentation avec une interview de l’autrice. Alors, je ne vous cache pas que ces propos m’ont fait peur, et montraient clairement qu’elle ne connaissait pas le sujet.

Mais bon, j’ai essayé de mettre ça de côté, et de me plonger dans ma lecture. Et au final, ben j’ai trouvé que c’était pas si mal. Alors, clairement, il y a des maladresses hein, en terme de vocabulaire (transformation, métamorphose… mouais, bon), sur les opérations aussi c’est franchement pas terrible, mais globalement, ça va.

Pour ce qui est de l’histoire, Jo a 14 ans, et vit avec ses parents. Tout commence le jour où son appartement brûle, ainsi que le reste de leur petit immeuble. Toute la famille se retrouve donc à la rue.

Suite à cet évènement traumatique, on découvre que Jo se sent coupable de l’incendie et on en apprendra un peu plus au fil du récit. Et l’incendie sera un déclic pour le personnage, qui se rend compte que son genre n’est pas celui qu’on lui a assigné à la naissance, et qu’il est en fait un garçon.

Alors, certes, il y a des facilités, puisqu’on prend Jo pour un garçon depuis toujours, grâce à son style androgyne, et hop, une coupe de cheveux plus courte, et le doute n’est plus permis. Je ne dis pas que ça n’arrive jamais, mais bon, y a plein de gens pour qui ce n’est pas le cas quand même.

Mais à part ces maladresses et ces facilités, je peux vraiment dire que ce livre m’a touché, et je pense que si je l’avais lu à l’adolescence, il m’aurait même fait du bien. J’ai bien conscience que là, je suis adulte, et que j’ai des exigences assez élevées, mais je ne trouve pas ce livre dangereux, comme peut l’être Trans Barcelona Express, par exemple. Je trouve juste dommage que l’autrice n’ait pas eu envie de faire mieux, ne serait-ce qu’en faisant relire son roman par des personnes concernées.

La maison aveugle, Alex Reeve

maison aveugleSoupir…

Alors, à la base, j’ai vu passer un tweet vantant les mérites de La maison aveugle, dont je n’avais pas du tout entendu parler. Il s’agissait d’un polar dans le Londres de 1880, avec un personnage principal trans. Franchement sur le papier, ça me donnait super envie !

En ce qui concerne l’histoire, Leo Stanhope est assistant d’un médecin légiste. Dix ans plus tôt, il a quitté sa famille pour pouvoir vivre sa vie en tant qu’homme, sa famille ne l’acceptant évidemment pas du tout vue l’époque. Leo est amoureux d’une prostituée, Maria, qu’il espère pouvoir sortir de sa maison close. Malheureusement, cette dernière est assassinée et Leo est accusé du meurtre. Il va se mettre en quête de la personne qui a tué sa bien aimée.

Bon, l’histoire de base, pourquoi pas. Le début du roman, aussi, pas grand-chose à dire niveau représentation, ça ne partait pas trop mal. Jusqu’à ce que j’arrive à ce passage :

A l’époque où j’étais gardien, on avait découvert qu’une patiente du service des femmes possédait des attributs masculins, malgré ses longs cheveux, sa robe en soie et son corset serré. Nous étions tous sous le choc, même moi. Quand j’allai voir ce triste garçon au teint blême, il se présenta sous le nom d’Eliza. Je lui tendis la main mais il ne put la prendre, ayant les poignets attachés au cadre du lit.

[…]

C’était la première fois que je rencontrais une personne dont le malheur ressemblait au mien. A vrai dire, j’ignorais même que d’autres cas pouvaient exister. J’avais terriblement envie de lui parler de moi. De savoir s’il ressentait la même chose, si lui aussi passait son temps à surveiller le moindre de ses gestes, à contrôler les modulations de sa voix. J’aurais voulu savoir s’il lui arrivait, comme moi, de sombrer dans la mélancolie, épuisé par cette vigilance de tous les instants.

Mais wow quoi ! Il croise quelqu’un comme lui, et le premier truc qu’il fait c’est s’arrêter à ses organes génitaux, et la genrer au masculin ?! Ça n’a aucun sens.

Franchement, ça m’a bien coupé dans mon élan, et j’ai eu beaucoup de mal à adhérer ensuite, notamment parce que ce n’est que le début ! J’ai trouvé pas mal de points assez gênants.

En commençant l’histoire, je me suis demandé si c’était écrit par un auteur cis ou trans, ben je ne me suis pas posé la question bien longtemps ! J’ai trouvé qu’il avait une fascination assez malsaine envers les corps trans, enfin celui de son personnage en l’occurrence, mais aussi qu’il n’hésitait pas à le malmener de différentes façons (attention spoiler) : allant d’une scène très malaisante où Leo est obligé de se travestir en femme jusqu’à une scène de viol, suivie deux jours après d’une scène d’avortement complètement what the fuck (nan mais deux jours après quoi !!!!).

Le personnage, une fois n’est pas coutume dans les représentations lgbt+, est allégrement maltraité : mégenrage, violences physiques, perte d’emplois, viol donc, mais aussi tentatives de suicide. Le tout saupoudré de phrases récurrentes qu’on lui assène en mode « oui mais vous les hommes », comme si l’auteur essayait de montrer que Leo n’était pas un « vrai homme » puisque trans.

Donc en terme de représentation, clairement je trouve ça naze, déjà parce que je trouve qu’une fois de plus, on a un regard malsain de cis sur un personnage trans, qui y associe tous les traumas qu’il peut imaginer, tout en se focalisant pas mal sur le corps et les organes génitaux. Et en plus, l’histoire est même pas géniale, j’ai trouvé le temps long, et les rebondissements hyper artificiels.

Et j’en ai marre de voir des personnages trans qui s’en prennent plein les dents, c’était pas possible de garder l’idée de départ et d’en faire un personnage cool, fort sans forcément qu’il se tape toute la misère du monde ?! Et sans que sa transidentité serve de ressort scénaristique, comme si elle était là pour pallier aux défaillances du scénario ?