Littérature

Littérature américaine

middlesexEugenides Jeffrey, Middlesex, éd. De l’olivier, 2003, rééd. Seuil, coll. Points, 2004. Intersexe

Quelle différence y a-t-il entre une jeune paysanne grecque fuyant Smyrne incendiée par les Turcs en 1922, et une lolita américaine qui découvre, à l’âge de quinze ans, qu’elle est aussi un garçon ? Deux générations. C’est en effet ce qui sépare Desdemona et Cal, la grand-mère et la petite-fille. C’est aussi la durée dans laquelle s’inscrit cette extraordinaire saga gréco-américaine. Mi-épopée (à la troisième personne), mi-roman d’apprentissage (à la première), ce livre est un hybride. Tout comme son héros/héroïne, qui connaît la joie – et la douleur – d’appartenir aux deux sexes, avant d’opter définitivement pour celui qui lui convient. Des collines d’Asie Mineure aux villas cossues de Grosse Pointe, du fracas des canonnières dans le Bosphore aux explosions des grenades lacrymogènes dans les rues de Detroit, du ragtime au rock’n’roll, un demi-siècle d’Histoire se déroule sous nos yeux. Pour aboutir à ce conte de fées moderne la transformation d’une teenager en un personnage mythologique. Dix ans après Virgin Suicides, Jeffrey Eugenides est de retour avec ce livre qui transcende tous les genres : c’est une idylle, une comédie postmoderne, une histoire de la littérature, un récit érotique, une confession, une élégie. Bref, un roman irrésistible.

maison arbresGlass Julia, Une maison parmi les arbres, éd. Gallmeister, 2018. Gay

Le jour où l’auteur vénéré de livres pour enfants Morty Lear meurt accidentellement dans sa maison du Connecticut, il lègue à Tomasina Daulair sa propriété et la gestion de son patrimoine artistique. Au fil des années, Tommy était devenue à la fois son assistante, sa confidente et le témoin de sa routine quotidienne, mais aussi des conséquences émotionnelles de son étrange jeunesse et de sa relation passionnelle avec un amant emporté par le sida.
Lorsqu’un célèbre acteur engagé pour incarner Morty à l’écran se présente pour une visite prévue peu de temps avant la mort de l’écrivain, Tommy et lui sont amenés à fouiller le passé de Morty. Tommy s’interroge alors : connaissait-elle vraiment cet homme dont elle a partagé la vie durant plus de quarante ans ? Ce roman compose une fresque délicate sur les blessures de l’enfance qui ne se referment jamais tout à fait.
Seule les atténue la plume tendre et subtile de Julia Glass, lauréate du prestigieux National Book Award.

Carol-Carol-Livre-847442914_LHighsmith Patricia, Carol, éd. Calmann-Lévy, 1985, rééd. Le livre de poche, 2000. Lesbien

Thérèse, vendeuse dans un grand magasin, rencontre Carol qui est belle, fascinante, fortunée. Elle va découvrir, auprès d’elle ce qu’aucun homme ne lui a jamais inspiré : l’amour. Une passion naît, contrariée par le mari de Carol, lequel n’hésite pas à utiliser leur petite fille comme un moyen de chantage . Second roman de Patricia Highsmith, Carol fut refusé, en 1951, par son éditeur américain en raison de la hardiesse du sujet.
Il parut sous un pseudonyme, Claire Morgan. Nous pouvons aujourd’hui lire ce roman pour ce qu’il est : la. preuve que Patricia Highsmith n’est pas seulement un maître du genre policier, mais avant tout une romancière de premier ordre, qui, avec pudeur et sensibilité, nous parle ici d’un amour revendiquant sa liberté.

san francisco

 

Maupin Armistead, Les chroniques de San Francisco, série en 9 tomes, éd. Passage du Marais pour les 6 premiers tomes, 1996-1998, rééd. et éd. De l’olivier, 2006-2015, rééd. 10/18 pour les 6 premiers tomes, 2000-2001, rééd. Points pour les tomes 7 à 9, 2009-2016. LGBT

San Francisco, les années 70 : une ville pas comme les autres… Mary Ann est une jeune secrétaire naïve, originaire du Middle West, qui débarque dans un univers sans tabou où il faut surtout attendre l’inattendu. En compagnie de Mme Madrigal, sa très mystérieuse logeuse, du beau Michael, son colocataire toujours à la recherche de l’amant idéal, et de bien d’autres, elle nous entraîne dans des aventures plus invraisemblables les unes que les autres. Ce véritable feuilleton romanesque évoque tout l’esprit d’une époque et témoigne d’un humour – souvent satirique – et d’une chaleur humaine rares.

dites loupsRifka Brunt Carol, Dites aux loups que je suis chez moi, éd. Buchet Chastel, 2015, rééd. 10/18, 2016. Gay

Nous sommes au milieu des années 1980, aux États-Unis. June est une adolescente taciturne, écrasée par une sœur aînée histrionique et des parents aussi absents qu’ennuyeux. Depuis sa banlieue triste du New Jersey, elle rêve d’art et de son oncle Finn, un peintre new-yorkais reconnu. Mais Finn est très affaibli et meurt bientôt de cette maladie qu’on n’évoque qu’à demi-mot, le sida. Inconsolable, la jeune fille se lie d’amitié avec un homme étrange, Toby, qui se présente comme l’ami de Finn.
Confrontée à l’incompréhension de son entourage, et à la réalité d’une maladie encore honteuse, June va brusquement basculer dans le monde des adultes et son hypocrisie. Roman d’apprentissage bouleversant, chronique des années sida vues par les yeux d’une adolescente, Dites aux loups que je suis chez moi révèle une auteur à la plume sensible et puissante.

Vie-animaleTorres Justin, Vie animale, éd. De l’olivier, 2012, rééd. Points, 2013. Gay

Un premier roman remarquable, découverte de la rentrée littéraire en Amérique. En plusieurs séquences très courtes, Justin Torres raconte une enfance marquée par la violence. Les animaux du titre original (We the Animals), ce sont trois garçons qui tentent de grandir au milieu du chaos, entre crises conjugales et manque d’argent. Enfants d’un couple mixte (père portoricain, mère blanche), ils sont entièrement soumis aux accès de colère ou de tendresse de leurs parents.
Ce premier roman est surtout l’histoire d’un affranchissement, celui du plus jeune de la meute qui aimerait se libérer de cette  » vie animale « , pouvoir dire enfin  » je  » et accepter sa singularité. Justin Torres réinvente le récit initiatique dans ce texte poétique et percutant qui l’impose d’emblée comme un auteur à suivre.

Littérature britannique

La-pluie-avant-quelle-tombe_2218Coe Jonathan, La pluie avant qu’elle tombe, éd. Gallimard, coll. Du monde entier, rééd. coll. Folio, 2010. Lesbien

Rosamond vient de mourir, mais sa voix résonne encore, dans une confession enregistrée, adressée à la mystérieuse Imogen. S’appuyant sur vingt photos soigneusement choisies, elle laisse libre cours à ses souvenirs et raconte, des années quarante à aujourd’hui, l’histoire de trois générations de femmes, liées par le désir, l’enfance perdue et quelques lieux magiques. Et de son récit douloureux et intense naît une question, lancinante : y a-t-il une logique qui préside à ces existences ? Tout Jonathan Coe est là : la virtuosité de la construction, le don d’inscrire l’intime dans l’Histoire, l’obsession des coïncidences et des échos qui font osciller nos vies entre hasard et destin.
Et s’il délaisse cette fois le masque de la comédie, il nous offre du même coup son roman le plus grave, le plus poignant, le plus abouti.

puitsRadclyffe Hall Marguerite, Le puits de solitude, éd. Gallimard, coll. L’imaginaire, 2005. Lesbien

 » On la jugeait singulière, ce qui, dans ce milieu, équivalait à une réprobation. Troublée, malheureuse, comme un tout petit enfant, cette large créature musclée se sentait seule, elle n’avait pas encore appris cette dure leçon : elle n’avait pas encore appris que la place la plus solitaire en ce monde est réservée aux sans-patrie du sexe.  » Le puits de solitude fit scandale lors de sa parution à Londres en 1928, où il fut interdit et les exemplaires imprimés jetés au feu. Marguerite Radclyffe Hall y dépeint l’amour de deux femmes, contrarié par une société hostile, et prend la défense de cette minorité incomprise et méprisée. Véritable plaidoyer en faveur de l’homosexualité, Le puits de solitude est aujourd’hui une référence littéraire reconnue par tous.

girl meets boySmith Ali, Girl meets boy, éd. De l’olivier, 2010. Lesbien

Une fille rencontre un garçon. Ils s’aiment. C’est la plus belle et la plus banale histoire du monde. Sous la plume magique d’Ali Smith, le conte devient militant. Car l’auteur d’Hôtel Univers a introduit une variante : une fille rencontre une fille. Elles s’aiment. C’est la plus belle et la plus banale histoire du monde. Mais la réalité n’est jamais si simple, même dans les contes. Midge et Anthea sont soeurs. Elles travaillent chez Pure, une puissante multinationale. Au premier regard, Anthea tombe amoureuse de la jeune Robin. La découverte de l’homosexualité d’Anthea bouleverse les certitudes de sa soeur. Et lorsqu’elle rencontre Paul, le trouble est encore plus fort. Paul est attirant, gracile, délicat. Paul est un garçon. Mais il ressemble à une fille. Girl meets boy est un livre poétique et plein d’humour, qui revisite Les Métamorphoses d’Ovide et s’amuse à brouiller les pistes du masculin /féminin.

 

 

Waters Sarah, Affinités, éd. De Noël, 2005, rééd. 10/18, 2006. Lesbien

La prison de Millbank et ses voleuses, criminelles et faussaires, ses avorteuses et mères maquerelles. C’est dans l’inquiétant climat de l’une des geôles les plus lugubres de l’ère victorienne que Margaret Prior, dame patronnesse, rencontre la charismatique médium spirite Selina Dawes qui, bien qu’incarcérée, ne cesse de clamer son innocence. Au fil des visites, Selina dévoile son étrange histoire, et Margaret est irrésistiblement entraînée dans un monde crépusculaire de séances de spiritisme et d’apparitions, d’esprits insoumis et de passions incontrôlables…
Récit de fantômes et thriller historique, Affinités nous plonge dans l’univers fascinant qui a fait le succès des précédents romans de Sarah Waters. En héritière virtuose de Dickens et de Wilkie Collins, l’auteur nous offre un roman envoûtant où le suspense monte sans répit jusqu’au dénouement final étonnant.

Waters Sarah, Caresser le velours, éd. De Noël, 2002, rééd. 10/18, 2015. Lesbien, travestissement

Débauche de mélodies, de parfums et de costumes, Caresser le velours ressuscite, dans la meilleure tradition picaresque, les dernières années de l’Angleterre victorienne. À la fois érotique et historique, le récit met en scène les aventures de Nancy, une jeune vendeuse d’huîtres dans un petit port du Kent. Son sort bascule lorsqu’elle tombe amoureuse d’un chanteur de music-hall aux allures de dandy qui se revèle être… une femme. Quand l’élue décroche un rôle à Londres, Nancy la suit comme habilleuse. Bientôt la petite écaillère enfile, elle aussi, un pantalon, et le duo de faux hommes devient célèbre sur les scènes du West End…
Plongée dans l’Angleterre qui condamna Oscar Wilde, Caresser le velours nous offre une vision clandestine et fascinante de cette fin de siècle qui préluda à la Belle Époque. Et en conteuse mi-libertine, mi-sentimentale, Sarah Waters renoue avec la littérature de tentation et de plaisir.

Waters Sarah, Derrière la porte, éd. De Noël, 2015, rééd. 10/18, 2016. Lesbien

Angleterre, 1922. La guerre a laissé un monde sans hommes. Frances, vingt-six ans, promise à un avenir de vieille fille revêche, habite une grande maison dans une banlieue paisible de Londres avec sa mère. Pour payer leurs dettes, elles doivent sous-louer un étage. L’arrivée de Lilian et de Leonard Barber, tout juste mariés, va bousculer leurs habitudes mais aussi leur sens des convenances. Frances découvre, inquiète et fascinée, le mode de vie des nouveaux arrivants : rires, éclats de voix, musique du gramophone fusent à tous les étages. Une relation inattendue entre Frances et Lilian va bouleverser l’harmonie qui régnait dans la maison. Dans les bras de Lil, Frances découvre des plaisirs qu’elle croyait interdits, et les deux jeunes femmes songent bientôt à tout quitter pour vivre ensemble. Mais lorsque Lil découvre qu’elle est enceinte…
Sarah Waters revisite les codes du roman de classe cher à la tradition britannique et dépeint un Londres en pleine tourmente dans un mélodrame sensuel et envoûtant.

Waters Sarah, Du bout des doigts, éd. Denoël, 2003, rééd. 10/18, 2005. Lesbien

1862. Lant Street, Londres. Le rendez-vous des voleurs et des receleurs. Sue Trinder, orpheline, est confiée dès le berceau aux bons soins d’une trafiquante de nourrissons. À la veille de ses dix-huit ans, un élégant, surnommé Gentleman, lui propose d’escroquer une héritière, Maud Lilly. Orpheline elle aussi, cette dernière est élevée dans un lugubre manoir par son oncle, collectionneur de livres d’un genre tout particulier. Sue, en entrant au service de la riche jeune fille, tombe avec ingénuité dans un piège. Enveloppée par une atmosphère saturée de mystère et de passions souterraines, elle devra déjouer les complots les plus délicieusement cruels, afin de devenir, avec le concours de la belle demoiselle de Briar, une légende parmi les cercles interlopes de la bibliophilie érotique.
Héritière moderne de Dickens, mais aussi de Sapho et des Libertins, Sarah Waters nous offre une vision clandestine de l’Angleterre victorienne, un envers du décor où les héroïnes, de mariages secrets en amours interdites, ne se conduisent jamais comme on l’attendrait. Un roman décadent, virtuose, où les ressorts les plus noirs de l’univers romanesque du XIXe se mêlent au réalisme incisif et décomplexé du XXIe siècle.

Littérature canadienne

bm_CVT_Annabel_1832Winter Kathleen, Annabel, éd. Christian Bourgois, 2013, rééd. 10/18, 2014. Intersexe

En 1968 au Canada, un enfant voit le jour dans un village reculé de la région du Labrador. Ni garçon ni fille, il est les deux à la fois – l’enfant naît hermaphrodite. Seules trois personnes partagent ce secret : les parents de l’enfant et Thomasina, une voisine de confiance. Ses parents le prénomment Wayne, mais Thomasina l’appelle secrètement Annabel avant de partir poursuivre une formation en Europe.
Son père prend la difficile décision de faire opérer l’enfant et de l’élever comme un garçon, prénommé Wayne. Mais tandis que ce dernier grandit, son moi caché – une fille appelée Annabel – ne disparaît jamais complètement. Wayne rêve de faire de la natation synchronisée, de porter un maillot de bain pailleté que sa mère va finir par lui acheter sans rien dire au père… jusqu’au jour où le secret de son corps lui est dévoilé à l’hôpital.

Littérature francophone

arcadieBayamack-Tam Emmanuelle, Arcadie, éd. POL, 2018. LGBT, intersexe

La jeune Farah, qui pense être une fille, découvre qu’elle n’a pas tous les attributs attendus, et que son corps tend à se viriliser insensiblement. Syndrome pathologique ? Mutation ou métamorphose fantastique ? Elle se lance dans une grande enquête troublante et hilarante : qu’est-ce qu’être une femme ? Un homme ? Et découvre que personne n’en sait trop rien. Elle et ses parents ont trouvé refuge dans une communauté libertaire qui rassemble des gens fragiles, inadaptés au nouveau monde, celui des nouvelles technologies et des réseaux sociaux. Et Farah grandit dans ce drôle de paradis avec comme terrain de jeu les hectares de prairies et forêts qu’elle partage avec les animaux et les enfants de la communauté qui observent les adultes mettre tant bien que mal en pratique leurs beaux principes : décroissance, anti-spécisme, naturisme, amour libre et pour tous, y compris pour les disgraciés, les vieux, les malades. Emmanuelle Bayamack-Tam livre un grand roman à la fois doux et cruel, comique, et surtout décapant, sur l’innocence et le monde contemporain. Farah, sa jeune héroïne, découvre l’amour avec Arcady, le chef spirituel et enchanteur de ce familistère. Elle apprend non seulement la part trouble de notre identité et de notre sexualité, mais également, à l’occasion d’une rencontre avec un migrant, la lâcheté, la trahison. Ce qui se joue dans son phalanstère, c’est ce qui se joue en France à plus grande échelle. Arcady et ses ouailles ont beau prêcher l’amour, ils referment les portes du paradis au nez des migrants. Pour Farah c’est inadmissible : sa jeunesse intransigeante est une pierre de touche pour mettre à l’épreuve les beaux principes de sa communauté. Comme toutes nos peurs et illusions sur l’amour, le genre et le sexe.

princesse deBayamack-Tam Emmanuelle, La princesse de., éd. POL, 2010. Gay, trans, travestissement

«Tous les fils ne sont pas faits pour devenir des hommes.»
Daniel a été adopté très jeune par une immigrée polonaise et son petit mari français. Fasciné par cette mère et sa plantureuse beauté rousse, il s’efforce à la fois de lui obéir et de lui ressembler : or si obéir à sa mère signifie être un homme, lui ressembler signifie être une vamp en guêpière. Pris entre ces exigences contradictoires, il renonce à la sincérité et relègue ses avatars féminins dans ses abysses personnels, ou encore, comme il le dit lui-même, dans une boîte de Pandore qu’il s’efforce de maintenir fermée. Avec l’entrée dans l’âge adulte, les choses s’arrangent un peu : il rencontre un homme qui devient à la fois son amant, son mentor et son employeur. Grâce à lui, il va se produire sur scène, travesti en femme, ce qui permet à sa vérité intime de sortir un peu, au moins à la nuit tombée…

product_9782070459209_195x320Bayamack-Tam Emmanuelle, Si tout n’a pas péri avec mon innocence, éd. POL, 2013, rééd. Gallimard, coll. Folio, 2014. Bi /pan

Ce livre raconte comment l’esprit vient aux filles. On y apprendra, entre autres : – comment naître à neuf ans – comment survivre à la perte de l’innocence – comment grandir sans sombrer – comment aimer l’autre sans souhaiter sa diminution – comment faire entendre la musique de l’alexandrin – comment désirer sans fin – comment remettre sa vie dans le bon sens.

 

 

Bouraoui Nina, Avant les hommes, éd. Stock, 2007, rééd. Gallimard, coll. Folio, 2009. Gay

C’est l’histoire d’un garçon qui vit seul avec sa mère dans un petit pavillon non loin d’une cité. C’est l’histoire d’un été, saison dangereuse et violente. C’est l’histoire de Jérémie, de son obsession pour Sami. L’histoire d’une désertion aussi. La jeunesse est un état sauvage où tout peut arriver, tout peut se détruire, parce que tout tient sur une seule force : le désir. Dans Avant les hommes, Nina Bouraoui décrit, avec la grâce et la volupté d’une écriture envoûtante, les fragilités de l’adolescence et nous offre un roman incandescent et sensuel.

Bouraoui Nina, Garçon manqué, éd. Stock, 2000, réed. Le livre de poche, 2002. Lesbien

« De mère française. De père algérien. Je sais les odeurs, les sons, les couleurs. C’est une richesse. C’est une pauvreté. Ne pas choisir c’est être dans l’errance. Mon visage algérien. Ma voix française. J’ai l’ombre de ma lumière. »
Entre ce père algérois et cette mère bretonne, le fruit d’un amour contesté : une fille qui cherche sa place, ici, là. D’une nationalité à l’autre, d’une identité à l’autre, d’un sexe à l’autre.

Bouraoui Nina, Mes mauvaises pensées, éd. Stock, 2005, rééd. Gallimard, coll. Folio, 2007. Lesbien

« Pendant trois ans, je me suis rendue une fois par semaine chez le docteur C. À chaque séance, j’avais l’impression de lui donner un livre, il s’agissait toujours de liens, de séparations, de rencontres, à chaque séance, je construisais et déconstruisais un édifice amoureux. Mes mauvaises pensées est le récit de cette confession, j’ai voulu raconter le métier de vivre et le métier d’aimer. Ce n’est pas le récit d’une thérapie, ce n’est pas une légende, c’est un roman parce que c’est une histoire rapportée ; c’est l’histoire de ma famille, de l’Amie, de la Chanteuse, d’Hervé Guibert, c’est l’histoire de mes deux pays. Je n’ai jamais quitté l’Algérie, on m’a enlevée à l’Algérie, je n’ai jamais fait mes adieux, j’ai appris à devenir en France et je crois que je suis née deux fois. Mes mauvaises pensées est aussi mon retour vers le pays où j’ai laissé quelque chose qui n’a jamais cessé de grandir dans mon dos, et qui n’a jamais cessé de m’effrayer. »

Bouraoui Nina, Poupée Bella, éd. Stock, 2004, rééd. Le livre de poche, 2005. Lesbien

Fin des années 1980. Le Katmandou, le Studio A, le Scorpion sont quelques-uns des hauts lieux de la vie nocturne et du  » Milieu des Filles « . C’est là qu’évolue nuit après nuit la narratrice de ce journal recomposé. Des regards. Des séductions fugaces. Julien, l’ami homosexuel, le complice. Le souvenir de Marion, son premier amour d’adolescente, que des liaisons éphémères ne parviennent pas à lui faire oublier… Un désir d’être qui ne pourra s’accomplir, elle le sait, que dans l’écriture et dans l’amour. Après Garçon manqué et La Vie heureuse, Nina Bouraoui poursuit ici une quête d’identité qui va bien au-delà d’une orientation sexuelle assumée.  » Il n’y a pas de malheur homosexuel, dit-elle, il y a un malheur amoureux. « 

bouraouiBouraoui Nina, Tous les hommes désirent naturellement savoir, éd. JC Lattès, 2018. Lesbien

Tous les hommes désirent naturellement savoir est l’histoire des nuits de ma jeunesse, de ses errances, de ses alliances et de ses déchirements.
C’est l’histoire de mon désir qui est devenu une identité et un combat.
J’avais dix-huit ans. J’étais une flèche lancée vers sa cible, que nul ne pouvait faire dévier de sa trajectoire. J’avais la fièvre.
Quatre fois par semaine, je me rendais au Kat, un club réservé aux femmes, rue du Vieux-Colombier. Deux cœurs battaient alors, le mien et celui des années quatre-vingt.
Je cherchais l’amour. J’y ai appris la violence et la soumission.
Cette violence me reliait au pays de mon enfance et de mon adolescence, l’Algérie, ainsi qu’à sa poésie, à sa nature, sauvage, vierge, brutale.
Ce livre est l’espace, sans limite, de ces deux territoires.

Bouraoui Nina, La vie heureuse, éd. Stock, 2002, rééd. Le livre de poche, 2004. Lesbien

Le portrait de Marie, autoportrait en creux de l’auteur elle-même, l’été de ses seize ans, est un portrait sans concessions ni complaisance d’une adolescente dont l’enfance s’éloigne peu à peu. On la verra aborder sa première vie amoureuse. On la verra choisir, oser et exprimer ses amours plus belles, plus fortes, plus intenses, que celles des autres. Dans La vie heureuse, Nina Bouraoui nous plonge au coeur d’un univers singulier qui porte ses codes et ses coutumes, elle nous fait (re)vivre cette période de confusion extrême qui, malgré le tourbillon des amitiés et des rencontres, s’acccompagne d’une profonde solitude.
Le roman cependant porte bien son titre, il s’agit de bonheur, de bonheur et de plaisir, le plaisir et la joie d’être sous la peau de ces êtres magnétiques. On n’a jamais écrit sur l’amour des filles avec tant de douceur et de violence mêlées. La vie heureuse est un livre de désir traversé par les musiques, les films et les modes des années 80 : Klaus Nomi est atteint du sida tandis que Sophie Marceau se dandine sur l’air de La Boum.

tete en basChâtelet Noëlle, La tête en bas, éd. Seuil, 2002, rééd. coll. Points, 2003. Intersexe

Paul est hermaphrodite. Il existe, il aurait aujourd’hui soixante ans. A Noëlle Châtelet, qui l’a rencontré autrefois, il s’est confié comme il ne l’avait jamais fait. Inspirée par sa singulière aventure, Noëlle Châtelet lui consacre ce roman éblouissant de grâce. L’histoire vraie, la métamorphose de ce personnage né fille et devenu aussi garçon qui ne rêve que d’une seule et unique chose : s’incarner dans un seul sexe, être un homme.

La Tête en bas est un livre surprenant sur un sujet tout aussi surprenant, pratiquement absent de la littérature, qui permet à Noëlle Châtelet, avec la sensibilité et le talent qu’on lui connaît, de poursuivre son voyage autour du corps en soulevant la question essentielle, et plus que jamais d’actualité, de l’appartenance sexuelle.

mere sainte putainDelorme Wendy, La Mère, la Sainte et la Putain, éd. Au diable Vauvert, 2012. Bi/pan, trans

La Mère la Sainte et la Putain : ce sont les trois visages d’une femme qui raconte la gestation d’un enfant fait de mots, car ici, le texte est sa première mise au monde, avant l’être à venir . On suit toutes les étapes traversées par cette amazone libre, entre le moment où elle tombe amoureuse (l’errance puis la « chute d’organes, le cour tombé dans l’estomac ») et celui où elle va enfanter : ces étapes, ce sont les trois statuts du titre de ce bref roman en forme de cri, violemment imposés au corps féminin dans un monde décrit sans concession.

corps chimèreDelorme Wendy, Le corps est une chimère, éd. Au diable Vauvert, 2018. Lesbien, homoparentalité, trans, un personnage dont le genre n’est pas donné

Philippe est à l’étroit dans son rôle d’homme. Marion a trois enfants, avec Élise. Camille veut changer le monde, Ashanta sait qu’on ne peut pas. Isabelle aime à en mourir. Maya est travailleuse du sexe, Jo est flic et n’aime pas ça. Sept vies se font poreuses les unes aux autres, sept personnages découvrent ce qu’on peut s’apporter dans la différence.
Une physiologie d’un monde contemporain qui se questionne sur l’amour, le désir et la filiation. Un roman d’une vérité troublante sur les stéréotypes, les passions, les sexualités, les parentalités et le couple.

 

 

De Monferrand Hélène, Les amies d’Héloïse, éd. De Fallois, 1990, rééd. Le livre de poche, 2008. Lesbien

Parler de l’amour des femmes pour d’autres femmes comme d’une évidence est chose très rare… Mais parler des joies et des dangers de cet amour, montrer qu’il ne diffère en rien des autres amours, peu d’écrivains l’ont fait avec autant de liberté et de simplicité: jeu du hasard et de la séduction, puissance du désir, passion qui flambe et bouleverse d’autres existences, amour profond qui se développe parfois de façon imprévisible.

Des «liaisons dangereuses» de cette fin de vingtième siècle, c’est ce qu’a voulu écrire Hélène de Monferrand. Mais un peu plus encore, car elle nous parle aussi de la complicité, du rire, de l’amitié, de la solidarité qui se tissent entre ces adolescentes, ces jeunes femmes, ces mères et ces épouses, à travers leur apprentissage de la vie, personnelle et professionnelle. Des couples se font et se défont, des enfants naissent, désirés ou par hasard, mais elles demeurent soudées entre elles, en même temps que les trajectoires s’écartent, pendant dix-sept ans.

Pendant ces années, le monde change. La guerre a marqué ces vies. Les plus âgées ont vécu la Seconde Guerre mondiale. La guerre d’Algérie, encore récente, a laissé ses traces, et après Mai 68 les changements de mode de vie, jusqu’ici imperceptibles, deviennent plus visibles.

De Monferrand, Hélène, Journal de Suzanne, éd. De Fallois, 1991, rééd. Le livre de poche, 2008. Lesbien

A lire après Les amies d’Héloïse, pour en découvrir plus sur le personnage de Suzanne.

De Monferrand Hélène, Les enfants d’Héloïse, éd. Double interligne, 1997, rééd. De la Cerisaie, 2002, rééd. Homoromance, 2017 (ainsi que parution du tome 2). Lesbien

Elles avaient bien du charme ces « amies d’Héloïse » auxquelles le public fit un si grand accueil, et qui valurent à Hélène de Monferrand le prix Goncourt du premier roman.
Jamais encore on n’avait parlé avec une telle liberté de ton de ces amours qui, pour singulières qu’elles paraissent, obéissent aux lois de toutes les amours. La très jeune Héloïse y faisait son éducation sentimentale, semant sur son passage des drames dont elle n’était pas toujours responsable ; toutefois c’est Erika, sa première amante, qui faisait l’apprentissage le plus grand et voyait sa persévérance récompensée contre toute attente.
Héloïse et ses amies ont grandi. Leurs enfants aussi et c’est autour d’eux que la vie d’Erika et d’Héloïse s’est organisée. A ces enfants, quand ils sont si jeunes, convient-il de tout dire sur la vie privée de leur mère et les drames qu’elle a traversés avant de revivre avec Erika ? Mais si l’on attend qu’ils grandissent ne sera-t-il pas trop tard ? C’est à ces problèmes que se heurtent les deux femmes, et bien entendu elles les résoudront comme elles pourront, avec les surprises que réserve toujours la vie, même la mieux programmée.

 

 

Despentes Virginie, Apocalypse bébé, éd. Grasset, 2010, rééd. Le livre de poche, 2012. Lesbien, bi/pan

Valentine disparue … Qui la cherche vraiment ?
Entre satire sociale, polar contemporain et romance lesbienne, le nouveau roman de Virginie Despentes est un road-book qui promène le lecteur entre Paris et Barcelone, sur les traces de tous ceux qui ont connu Valentine, l’adolescente égarée … Les différents personnages se croisent sans forcément se rencontrer, et finissent par composer, sur un ton tendre et puissant, le portrait d’une époque.

Despentes Virginie, Vernon Subutex, série en 3 tomes, éd. Grasset, 2015-2017, rééd. Le livre de poche, 2016-2018. LGBT

Qui est Vernon Subutex ? Une légende urbaine. Un ange déchu. Un disparu qui ne cesse de ressurgir. Le détenteur d’un secret. Le dernier témoin d’un monde révolu. L’ultime visage de notre comédie inhumaine. Notre fantôme à tous.

Wet Eye GlassesDjavadi Négar, Désorientale, éd. Liana Levi, 2016, rééd. Liana Levi, coll. Piccolo, 2018. Lesbien, gay

Si nous étions en Iran, cette salle d’attente d’hôpital ressemblerait à un caravansérail, songe Kimiâ. Un joyeux foutoir où s’enchaîneraient bavardages, confidences et anecdotes en cascade. Née à Téhéran, exilée à Paris depuis ses dix ans, Kimiâ a toujours essayé de tenir à distance son pays, sa culture, sa famille. Mais les djinns échappés du passé la rattrapent pour faire défiler l’étourdissant diaporama de l’histoire des Sadr sur trois générations : les tribulations des ancêtres, une décennie de révolution politique, les chemins de traverse de l’adolescence, l’ivresse du rock, le sourire voyou d’une bassiste blonde…
Une fresque flamboyante sur la mémoire et l’identité ; un grand roman sur l’Iran d’hier et la France d’aujourd’hui.

meilleure partGarcia Tristan, La meilleure part des hommes, éd. Gallimard, coll. Blanche, 2008, rééd. coll. Folio, 2010. Gay

Dominique Rossi, ancien militant gauchiste, fonde à la fin des années quatre-vingt le premier grand mouvement de lutte et d’émancipation de l’homosexualité en France. Willie est un jeune paumé, écrivain scandaleux à qui certains trouvent du génie. L’un et l’autre s’aiment, se haïssent puis se détruisent sous les yeux de la narratrice et de son amant, intellectuel médiatique, qui passent plus ou moins consciemment à côté de leur époque. Nous assistons avec eux au spectacle d’une haine radicale et absolue entre deux individus, mais aussi à la naissance, joyeuse, et à la fin, malade, d’une période décisive dans l’histoire de la sexualité et de la politique en Occident. Ce conte moral n’est pas une autofiction. C’est l’histoire, que je n’ai pas vécue, d’une communauté et d’une génération déchirées par le Sida, dans des quartiers où je n’ai jamais habité. C’est le récit fidèle de la plupart des trahisons possibles de notre existence, le portrait de la pire part des hommes et – en négatif – de la meilleure.

la batardeLeduc Violette, La bâtarde, éd. Gallimard, coll. Blanche, 1964, rééd. coll. L’imaginaire, 2013. Lesbien

«Mon cas n’est pas unique : j’ai peur de mourir et je suis navrée d’être au monde. Je n’ai pas travaillé, je n’ai pas étudié. J’ai pleuré, j’ai crié. Les larmes et les cris m’ont pris beaucoup de temps […]. Le passé ne nourrit pas. Je m’en irai comme je suis arrivée. Intacte, chargée de mes défauts qui m’ont torturée. J’aurais voulu naître statue, je suis une limace sous mon fumier.»

image.htmlSirota Ariane, Foyer, éd. Pousse-pied, 2017. Féminisme, intersexe, genre

« Modere », Haute-Savoie. Une communauté de l’Internationale féministe, isolée, se maintient par le travail acharné de ses ressortissantes et le zèle d’agentes convaincues. Dom est de celles-ci, à l’opposé de sa sœur dont le départ semble impossible : elle connaît trop bien les violences de la « société ordinaire » pour la préférer à son sort actuel.
Un événement en forme d’ultimatum va faire basculer leur monde et amener leur génération à la découverte d’organisations sociales, de rapports à l’environnement, aux corps, à la langue, qui leur avaient été dissimulés jusqu’alors.

Foyer est un roman écoféministe et queer, où Ariane Sirota met en mots d’autres sociétés, qui interrogent nos cadres intimes et collectifs, nos agir, et jusqu’aux normes du langage.
Le titre est un indice des chemins qu’emprunteront les personnages au fil des pages : là où peut démarrer la révolte, là où l’on forme un tout. Là où se réchauffent les corps et où se consument les illusions. Là où l’on défend ou découvre un chez-soi, là où peut prendre sens la quête de grandir ailleurs, différemment.

apres alourVannouvong Agnès, Après l’amour, éd. Mercure de France, 2013, rééd. Gallimard, coll. Folio, 2015. Lesbien

Héloïse m’appelle « ma belle surprise ». Elle a ses petits trucs, les balades à moto, un parfum addictif, des pièges à filles. Les cloches de l’église Saint-Eustache ponctuent toutes les heures nos étreintes. J’aime caresser la peau, son dos, ses bras durs, le sexe doux sous la langue, les soupirs, les sourires entre les baisers, les rires. Je l’adore et honore son sexe. Un souffle, une parole, un geste provoquent le rapprochement des corps.
J’aime notre intimité. Je veux essayer toutes les positions, tous les rythmes. Après les orgasmes, elle se serre très fort contre moi, je suis perdue. M’abandonner serait une aventure, alors je glisse, indéterminée, ouverte à tous les possibles. Lorsque la narratrice se sépare de sa compagne Paola avec qui elle vivait depuis dix ans, sa vie bascule. Collectionnant les amantes, elle part à la recherche effrénée du plaisir et de la jouissance : de Paris à New York, de Rome à Berlin.
Pourtant après l’amour, le manque est inéluctable. Dans cette ronde de la séduction, toutes ces Edwige, Garance, Eva, Delphine et autres conquêtes furtives prolongent l’absence de Paola. La rencontre avec Héloïse amorcerait-elle un tournant ? Mêlant brillamment romantisme et crudité, douceur et violence, Après l’amour est un roman sensuel et sexuel qui explore la fulgurance du désir féminin.

bm_cvt_le-choeur-des-femmes_8010Winckler Martin, Le chœur des femmes, éd. POL, 2009, rééd. Folio, 2011. Genre, intersexe, féminisme

Je m’appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m’oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de « Médecine de La Femme », dirigée par un barbu mal dégrossi qui n’est même pas gynécologue, mais généraliste ! S’il s’imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement.
Qu’est-ce qu’il croit ? Qu’il va m’enseigner mon métier ? J’ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur coeur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient m’apprendre.

Littérature italienne

L-art-de-la-joieSapienza Goliarda, L’art de la joie, éd. Viviane Hamy, 2005, rééd. le Tripode, 2015, rééd. Pocket, 2008. Bi/pan

L’Art de la joie est principalement le roman d’une vie, celle de Modesta, personnage magnifique né le 1er janvier 1900 sur les pentes de l’Etna, en Sicile. Du chaos misérable de son enfance aux hasards de la vie qui feront d’elle l’héritière insoumise d’une famille dégénérée de nobles siciliens, c’est en fait à un apprentissage de la liberté que cette œuvre nous invite.

Littérature japonaise

 

 

Matsuura Rieko, Natural woman, éd. Philippe Picquier, 1998, rééd. Picquier Poche, 2015. Lesbien

Trois moments dans la vie d’une femme, trois récits dans lesquels une femme entretient une relation amoureuse passionnée avec une autre. Trois expériences érotiques tumultueuses et troublantes qui rendent compte de la force croissante des sentiments de Yoko, la narratrice, dans un style vif avec des images parfois crues : des femmes s’observent et se désirent, luttent entre elles et convergent vers une union et une identité impatiemment recherchées.

Matsuura Rieko, Pénis d’orteil, éd. Philippe Picquier, 1998, rééd. Picquier Poche, 2002. Lesbien, bi/pan, genre

Ce livre déroutant est fondé sur l’idée excentrique d’une femme se découvrant, un matin, affublée d’un pénis au gros orteil droit. Si Kazumi y voit d’abord une malédiction, elle ne tarde pas à reconsidérer son existence à la lumière de cette transformation. De découvertes en mésaventures plutô rocambolesques, elle poursuit, auprès d’amants et d’amantes qui parfois n’ont rien à lui envier, une interrogation sur la féminité et la différence sexuelle – avec une candeur tempérée d’une bonne dose d’ironie.

Murakami Haruki, Les amants du Spoutnik, éd. Belfond, 2003, rééd. 10/18, 2004. Lesbien

K. est instituteur. Dès leur première rencontre, il va aimer, désirer Sumire. Sans espoir de retour. Pour elle ne compte que la littérature. Mais, un jour, une tornade amoureuse emporte la jeune fille quand son chemin croise celui de Miu. Cette femme plus âgée qu’elle, mariée, d’une beauté sophistiquée, va l’engager comme secrétaire particulière. Séduite jusqu’à l’obsession, Sumire accepte de l’accompagner en Europe. Une lettre parvient à K., l’amoureux solitaire, puis, une nuit, un coup de fil le réveille : c’est Miu qui lui demande de la rejoindre en Grèce le plus vite possible. Sumire a disparu… Une histoire troublante d’amours blessées où des êtres vulnérables, en quête d’absolu, se croisent, se frôlent, et cherchent en vain à s’atteindre. Un roman sensuel, étrange et obsédant, où se dessinent d’insaisissables vérités au fil d’une écriture limpide.

Murakami Haruki, Kafka sur le rivage, éd. Belfond, 2006, rééd. 10/18, 2007. Trans, gay

Magique, hypnotique, Kafka sur le rivage est un roman d’initiation où se déploient, avec une grâce infinie et une imagination stupéfiante, toute la profondeur et la richesse de Haruki Murakami. Une œuvre majeure, qui s’inscrit parmi les plus grands romans d’apprentissage de la littérature universelle. Kafka Tamura, quinze ans, fuit sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. Nakata, vieil homme simple d’esprit, décide lui aussi de prendre la route, obéissant à un appel impérieux, attiré par une force qui le dépasse. Lancés dans une vaste odyssée, nos deux héros vont croiser en chemin des hommes et des chats, une mère maquerelle fantomatique et une prostituée férue de Hegel, des soldats perdus et un inquiétant colonel, des poissons tombant du ciel, et bien d’autres choses encore… Avant de voir leur destin converger inexorablement, et de découvrir leur propre vérité.

Ogawa Ito, Le jardin arc-en-ciel, éd. Philippe Picquier, 2016. Lesbien, homoparentalité

Izumi, jeune mère célibataire, rencontre Chiyoko, lycéenne en classe de terminale, au moment où celle-ci s’apprête à se jeter sous un train. Quelques jours plus tard, elles feront l’amour sur la terrasse d’Izumi et ne se quitteront plus. Avec le petit Sosûke, le fils d’Izumi, elles trouvent refuge dans un village de montagne, sous le plus beau ciel étoilé du Japon, où Chiyoko donne naissance à la bien nommée Takara-le-miracle ; ils forment désormais la famille Takashima et dressent le pavillon arc-en-ciel sur le toit d’une maison d’hôtes, nouvelle en son genre.

Théâtre

monologuesEnsler Eve, Les monologues du vagin, éd. Jacob Duvernet, 1999, rééd. Denoël, coll. Denoël et d’ailleurs, 2015. Féminisme

J’ai décidé de faire parler des femmes, de les faire parler de leur vagin, de faire des interviews de vagins… Et c’est devenu ces Monologues… Au début, ces femmes étaient un peu timides, elles avaient du mal à parler. Mais une fois lancées, on ne pouvait plus les arrêter. Les femmes adorent parler de leur vagin. Depuis sa parution aux Etats-Unis en 1998, Les Monologues du vagin a déclenché un véritable phénomène culturel : rarement pièce de théâtre aura été jouée tant de fois, en tant de lieux différents, devant des publics si divers…
Mais que sont donc ces Monologues dans lesquels toutes les femmes se reconnaissent ? Il s’agit ni plus ni moins de la célébration touchante et drôle du dernier des tabous : celui de la sexualité féminine. Malicieux et impertinent, tendre et subtil, le chef-d’oeuvre d’Eve Ensler donne la parole aux femmes, à leurs fantasmes et craintes les plus intimes. Qui lit ce texte ne regarde plus le corps d’une femme de la même manière.
Qui lit ce texte ne pense plus au sexe de la même manière.

Fantasy, fantastique, SF

9782266242332Cline Ernest, Player One, éd. Michel Lafon, 2013, rééd. 2018, rééd. Pocket, 2015. Lesbien

2044. Sur une Terre surpeuplée, les ressources manquent et les conditions climatiques sont catastrophiques. Comme la majeure partie de l’humanité, Wade Watts passe son temps dans l’OASIS, un monde virtuel où chacun peut être tout ce qui lui chante. Et comme la majeure partie de l’humanité, Wade rêve de devenir l’héritier de James Halliday, le créateur de l’OASIS. Mort sans laisser de successeur, ce dernier a créé une véritable chasse au trésor qui guidera les plus doués vers le butin. Des millions de concurrents s’y sont cassé les dents. Mais quand Wade résout la première énigme, la partie reprend… Car les autres joueurs ne reculeront devant rien pour obtenir la victoire. Wade n’a plus le choix : pour survivre, il doit gagner.

une_autobiographie_transsexuelleCrowdagger Lizzie, Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires), éd. Dans nos histoires, coll. King Kong, 2014. Trans, lesbien

« J’ai conscience que, pour beaucoup de gens, je ne peux pas être une vraie lesbienne parce que je suis trans. Et j’avoue que j’ai du mal à imaginer qui pourrait tomber amoureuse d’une fille comme moi.

— Je vais te donner le même conseil qu’aux jeunes vampires qui viennent de subir leur transformation et qui ont une sale tendance à se lamenter sur le fait qu’ils sont des monstres et qu’on les regarde bizarrement : oui, c’est difficile au début, oui, les gens sont des connards, mais, non, je ne suis pas la bonne personne auprès de qui venir chercher du réconfort ou à qui déclamer des poèmes qui illustrent la douleur de ton âme tourmentée. Rassure-moi, tu n’écris pas de poèmes ? »

41uHw2wU9HL._SX289_BO1,204,203,200_Crowdagger Lizzie, Enfants de Mars et de Vénus, éd. Dans nos histoires, coll. King Kong, 2017. Trans, lesbien

« Sauf qu’on n’est pas un couple, a tranché Alys.

— Vraiment ? ai-je demandé, un peu surprise.

— Lev, je t’aime bien, mais pour l’instant on a à peine couché deux fois ensemble et, pour ce que j’en sais, tu couches avec toutes les filles trans que tu rencontres. »

J’ai levé ma main en signe de protestation.

« Ce sarcasme est complètement infondé. Et puis, qu’est-ce que tu fais des lacrymos, des machos, des bastons avec les skins, des interrogatoires musclés et tout ça ? Ça ne compte pas, pour toi ?

— Si, mais ça correspond plus à la description d’un gang que d’un couple. »

J’ai haussé les épaules.

« D’accord, ai-je concédé. Être en gang, ça me va aussi. »

assassin royal

 

Hobb Robin, L’assassin royal, série en 13 tomes (pour les deux premiers cycles, suivis du Fou et de l’Assassin, que je n’ai pas lu), éd. Pygmalion, 1998-2006, rééd. J’ai lu, 2001-2007. Non binaire

Au royaume des six Duchés, le prince Chevalerie, de la famille régnante des Loinvoyant – par tradition, le nom des seigneurs doit modeler leur caractère- décide de renoncer à son ambition de devenir roi-servant en apprenant l’existence de Fitz, son fils illégitime. Le jeune bâtard grandit à Castelcerf, sous l’égide du maître d’écurie Burrich. Mais le roi Subtil impose bientôt que Fitz reçoive, malgré sa condition, une éducation princière.
L’ enfant découvrira vite que le véritable dessein du monarque est autre : faire de lui un assassin royal. Et tandis que les attaques des pirates rouges mettent en péril la contrée, Fitz va constater à chaque instant que sa vie ne tient qu’à un fil : celui de sa lame…

CVT_Carmilla_9176Le Fanu Joseph Sheridan, Carmilla, éd. Denoël, 1960,  rééd. Actes Sud, coll. Babel, 1996, rééd. Le livre de poche, 2004. Lesbien

 » Deux grands yeux s’approchèrent de mon visage et soudain, je ressentis une douleur fulgurante, comme si deux grandes aiguilles espacées de quelques pouces seulement s’enfonçaient profondément dans ma poitrine. Je me réveillai en hurlant. La chambre était éclairée par la chandelle qui était restée allumée toute la nuit, et je vis une silhouette féminine au pied de mon lit, un peu sur la droite.  » L’action se passe dans un château de Styrie.
L’héroïne, la jeune Laura, tombe sous le charme de la belle et mystérieuse Carmilla, dont l’arrivée énigmatique dans ce lieu isolé marque l’initiale d’une amitié tendre et exaltée. De l’ouverture presque bucolique à la destruction du vampire que se révèle finalement être Carmilla, tout est là, des ingrédients d’un roman gothique, classique du genre. Mais ici, le vampire est une femme, et à la transgression vampirique s’ajoute celle de l’homosexualité féminine, dans un récit tout de séduction et de sensualité.

regimentPratchett Terry, Les Annales du Disque Monde T.29, Le régiment monstrueux, éd. L’Atalante, 2007, rééd. Pocket, 2012. Travestissement, lesbien

Le frère de Margot Barrette est parti au front et ne donne plus de nouvelles. Qu’à cela ne tienne, la jeune femme se déguise en homme et s’engage dans l’armée. Ce qui brave tous les interdits de son pays, la Borogravie, où les femmes n’ont même pas le droit de porter des pantalons… Voilà Margot plongée en pleine guerre, entourée par de nouvelles recrues tout aussi inexpérimentées qu’elle, dont un vampire, un troll et Igor, sous la houlette d’un caporal sadique.
Ce monstrueux régiment saura-t-il vaincre l’ennemi ?

Roman policier

ne le dis a personneCoben Harlan, Ne le dis à personne, éd. Belfond, 2003, rééd. Pocket, 2004. Lesbien

Imaginez… Votre femme a été tuée par un serial killer. Huit ans plus tard, vous recevez un e-mail anonyme. Vous cliquez : une image… C’est son visage, au milieu d’une foule, filmé en temps réel. Impossible, pensez-vous ?

meurtres-a-willow-pond-9782351786369_0Crabb Ned, Meurtres à Willow Pond, éd. Gallmeister, 2016, rééd. coll. Totem, 2018. Gay

Alicia et Six Godwin coulent une existence paisible jusqu’au jour où ils partent en week-end dans le luxueux lodge que leur richissime cousine, Iphigene Seldon, dirige d’une main de fer. Agée de soixante-dix-sept ans et dotée d’un caractère bien trempé, la vieille dame a justement convoqué ses nombreux héritiers pour leur annoncer qu’elle s’apprête à modifier son testament. Au lodge, l’atmopshère devient électrique.
Tandis qu’un orage d’une extrême violence se prépare, tous les membres de la famille se laissent envahir par des envies de meurtre.

dustDelzongle Sonja, Dust, éd. Denoël, 2015, rééd. Gallimard, coll. Folio Policier, 2016. Lesbien, bi/pan, trans

2010. Dans un terrain vague de Nairobi, un gamin à vélo s’amuse à rouler dans une grande flaque sur le sable ocre. Du sang humain, répandu en forme de croix. Sans le savoir, le garçon vient de détruire une scène de crime, la première d’une longue série.
2012, à Nairobi. Une femme albinos est décapitée à la machette en pleine rue. Le tueur a emporté la tête, un bras aussi. Elle a été massacrée, comme beaucoup de ses semblables, parce que ses organes et son corps valent une vraie fortune sur le marché des talismans.
Appelée en renfort par le chef de la police kenyane, Hanah Baxter, profileuse de renom, va s’emparer des deux enquêtes. Hanah connaît bien le Kenya, ce pays où l’envers du décor est violent, brûlant, déchiré entre ultramodernité et superstitions. Mais elle ne s’attend pas à ce qu’elle va découvrir ici. Les croix de sang et les massacres d’albinos vont l’emmener très loin dans les profondeurs du mal.

millenium-stieg-larsson-actes-sud-2524513_1713

Larsson Stieg, Millénium, trilogie par Larsson puis 2 tomes par Lagercrantz David, éd. Actes Sud, coll. Actes noirs, 2005-2017, rééd. coll. Babel pour les 4 premiers tomes, 2012-2017. Bi/pan

Après avoir perdu un procès en diffamation, Mikael Blomkvist, brillant journaliste d’investigation, démissionne de la revue Millénium et ressasse son dépit. Il est contacté par un magnat de l’industrie qui lui confie une enquête vieille de quarante ans : sur l’île abritant l’imposante propriété familiale, sa nièce, Harriet Vanger, a naguère disparu, et il reste persuadé qu’elle a été assassinée. Si ce n’est pas exactement le hasard qui réunit Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander, réchappée des services sociaux et génie de l’informatique, c’est une vraie chance, car la jeune femme va bien vite s’imposer comme le meilleur atout du journaliste pour élucider l’affaire.
L’intolérance, l’hypocrisie, la violence et le cynisme de notre monde contemporain – aux niveaux politique, économique, social, familial – sont les ressorts de ce polar addictif, au suspense insoutenable, qui a enthousiasmé des millions de lecteurs.

 

 

Sund Erik Axl, Les visages de Victoria Bergman, trilogie (Persona, Trauma et Catharsis), éd. Actes Sud, coll. Actes noirs, 2013-2014, rééd. coll. Babel noir, 2014-2015. Lesbien

La psychothérapeute Sofia Zetterlund suit deux patients particulièrement difficiles : Samuel Bai, un ancien enfant-soldat de la Sierra Leone et Victoria Bergman, une femme profondément meurtrie par un violent traumatisme d’enfance. Tous deux présentent des signes de personnalités multiples. Un jeune garçon est retrouvé mort derrière des buissons, près d’une bouche de métro, le corps momifié et sauvagement mutilé.
Pour l’inspecteur Jeanette Kihlberg, l’enquête s’annonce compliquée : il est d’origine étrangère et personne ne semble se préoccuper de sa disparition. Bientôt une nouvelle victime impose l’horrible évidence d’une série. Chacune de leur côté, la flic et la psy se voient confrontées aux mêmes questions : Combien de souffrances peut-on infliger avant de basculer dans l’inhumain et de devenir un monstre ? A quel moment la victime se mue-t-elle en prédateur ? Et peut-on être mauvais si on ne ressent aucune culpabilité ? Avec le premier volume de la trilogie « Les Visages de Victoria Bergman », acclamé par la presse suédoise, Erik Axl Sund entame une plongée vertigineuse dans les tréfonds du psychisme humain et signe un polar brut et rageur qui remet l’urgence au coeur du genre.

Littérature érotique

 

 

Histoires qui fondent sous la langue, collectif, éd. De la Cerisaie, 2002. Lesbien

Huit auteures relèvent le défi et nous offrent leur nouvelle érotique. Huit styles, huit façons de parler de l’érotisme entre femmes, que ce soit dans la chaleur d’un mas provençal, la moiteur d’une boite de nuit, à travers des souvenirs, une ode à l’amour, un journal intime ou pendant une alerte au feu. Huit nouvelles drôles, fantasmatiques, troublantes, inattendues, sensuelles, pudiques, ou osées…

Dessous divers, collectif, éd. De la Cerisaie, 2005. Lesbien

Après leurs Histoires qui fondent sous la langue… les auteures de La Cerisaie reviennent vous faire partager les délices saphiques. Leurs héroïnes explorent les limites du plaisir, lorsque le désir les emporte et que l’imagination exacerbe leurs sens. Elles osent jeter leur vertu et leur retenue aux orties pour découvrir d’autres affinités ou expériences…

Projet Q**** 15 nouvelles érotiques lesbo queer, collectif (avec entre autres la participation d’Ariane Sirota, et la mienne), éd. Des ailes sur un tracteur, 2015. Lesbien, genre, travestissement

Les corps, les identités et les sexualités sont multiples et infiniment variables… Les femmes entre elles se réinventent et s’épanouissent en dehors des clichés, via le queer ou d’autres jeux… Ces auteurEs ont pris le pari de proposer des histoires – courtes et poétiques ou crues – comme autant de propositions…
Laissez-vous titiller l’imaginaire…

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