Archives pour la catégorie BD

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres T.1, d’Emil Ferris

9782896943739_largeMoi, ce que j’aime, c’est les monstres a été ma première lecture de l’année, et une immense claque. Très honnêtement, ça faisait longtemps qu’une BD ne m’avait pas autant marqué, à tout niveau.

Pourtant, j’ai mis un peu de temps avant de m’y mettre, un peu inquiet devant cet énorme pavé, et pas forcément attiré par le graphisme et la densité du dessin, de prime abord. Mais dès que je m’y suis plongée, waouuuuh, plus possible de m’arrêter ! Et j’ai trépigné ensuite en croisant les doigts pour qu’il soit primé à Angoulême, ce qui a été le cas, et c’est amplement mérité, vous l’aurez compris !

Ce roman graphique est déjà une sacrée prouesse en termes de dessins, et préparez-vous à devoir le relire pour en apprécier toute la richesse. Et pourtant, tout est fait au stylo bille ! Et dessiné sur un cahier ligné, puisque cette BD se présente sous la forme du journal d’une petite fille de dix ans.

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Karen vit à Chicago, à la fin des années 60, avec sa mère et son frère, et voue une passion à toutes les sortes de monstres. Elle-même se dessine d’ailleurs en loup garou. Un jour, sa voisine Anka, dont elle était assez proche se suicide. Mais Karen n’y croit pas, et décide d’enquêter pour découvrir ce qui s’est réellement passé. Elle découvrira des enregistrements d’Anka, où elle raconte ce qui lui est arrivé en pleine Allemagne nazie. Entre les souvenirs d’Anka, et la vie également compliquée de Karen, je vous préviens, c’est une œuvre très très sombre. Mais franchement, quelle claque ! Et pour une première œuvre, c’est hyper abouti. Par contre, grosse frustration à la fin du tome 1… Vivement la suite !

Je n’ai pas parlé de représentation, mais Karen aime les filles. C’est assez clair dans ses relations avec certaines de ses copines, puis elle l’annonce clairement à son frère. C’est un bonus, mais de toute façon, c’est un livre qui mérite d’être lu, quelles qu’en soient les raisons !

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Le prince et la couturière, de Jen Wang

princeLe prince et la couturière est une BD qui a eu beaucoup de bons échos, et j’espère que ça ne s’arrêtera pas là, puisqu’elle est en sélection jeunesse au festival d’Angoulême 2019.

J’avais envie de la lire depuis sa sortie, et en même temps, un chouia d’appréhension sur le traitement de la non binarité.

De quoi ça parle déjà ? Le prince Sébastien, tout juste seize ans, est à Paris pour l’été. Ses parents sont forts impatients de le voir se marier, tout en lui laissant le choix de sa future épouse. Le prince n’est pas pressé, et pas du tout dans ce genre de préoccupations et il a un secret : il aime porter des robes. Sa rencontre avec Francès, qui va devenir sa couturière personnelle, va lui permettre de porter ses magnifiques créations, et de devenir la coqueluche des nuits de Paris, Lady Crystallia. Mais bientôt, le prince va prendre peur que son secret soit dévoilé, et cacher sa couturière, brisant ainsi les espoirs de la jeune fille sur son avenir dans le monde de la mode…

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Les deux personnages sont des adolescents en pleines constructions, et découvertes d’eux-mêmes. Le prince Sébastien est tiraillé entre l’amour qu’il a pour ses parents, la volonté de bien faire, et la terrible peur de les décevoir s’ils découvrent son secret. Francès a un rêve depuis l’enfance, et est en passe d’y arriver, jusqu’au moment où le prince risque de briser son rêve. Leur relation est forte, et touchante, chacun prenant soin de l’autre, mais fragile à cause du secret du prince.

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Sebastien est clairement un personnage genderfluid, même si le terme n’est pas employé, et c’est très bien traité. Et c’est intéressant de voir que le prince n’a pas de problème avec son identité, mais uniquement avec la déception qu’il pourrait créer chez les autres, d’autant plus en étant un personnage public et important.

Et surtout, on pourrait craindre une fin compliquée ou en demi teintes, mais non, pas du tout ! Elle appelle complètement à la tolérance, à l’ouverture d’esprit. Elle est pleine d’amour et d’espoir et ça c’est franchement chouette !

 

Des livres à offrir ou à s’offrir

Salut la compagnie !

Comment vous dire que j’en ai ma claque de l’actualité, du monde qui ne tourne pas rond, et des lectures toxiques que je m’impose bêtement (mais promis, j’essaie d’arrêter).
J’ai envie d’aller bien, et de donner du bonheur autour du moi, plutôt que de la déprime et de la violence (on y reviendra bien assez tôt malheureusement). Du coup, j’ai envie de faire une petite sélection toute personnelle de livres que j’aime (pas forcément récents) et que j’ai envie de partager ici. Vue la période, ça peut vous donner des idées de cadeaux de Noël, à vous faire offrir, à s’offrir, ou à offrir.

 

Côté BD

 

J’ai récupéré ma liberté cette année, et n’ai donc plus le loisir de pouvoir lire toutes les BD qui sortent, mais en voici tout de même quelques-unes qui valent le détour.

 

L’essentiel des gouines à suivre, d’Alison Bechdel : le tome 2 est enfin sorti en français et ça c’est trop cool ! Vous pourrez ainsi suivre les personnages d’Alison Bechdel de 1987 à 2008 (et pleurer en arrivant à la fin, si tout comme moi vous avez envie de continuer à suivre Mo et ses ami·e·s). C’est une BD indispensable, et tellement riche. A noter que le travail de traduction est vraiment impressionnant, et apporte un vrai plus.

 

Chroniques d’une citoyenne ordinaire engagée, de Muriel Douru : parce qu’en ces temps troublés, l’engagement est important, et ce sur tous les plans. Et Muriel Douru saura vous le rappeler à travers différentes thématiques, allant de la PMA à l’écologie.

 

Chromatopsie, de Quentin Zuttion : une jolie BD, très queer, et graphiquement très chouette !

 

Lumberjanes, qu’on ne présente plus ! S’il est nécessaire de faire une piqure de rappel, de l’aventure, du fantastique, de l’amitié à la puissance max, des personnages féminins trop cool, du queer ? Ça vous rappelle quelque chose de plus récent ? Normal, c’est la même créatrice que She Ra. (Si vous n’avez pas encore regardé She Ra, qu’attendez-vous donc ?! )

Au passage, Urban, on attend toujours impatiemment la suite, c’est pour quand ???

 

Côté BD féministes

 

La bien nommée Féministes- Récits militants sur la cause des femmes : différentes autrices et auteur évoquent des sujets autour du féminisme : intersectionnalité, transidentité, écriture inclusive, prostitution etc… Des sujets intéressants, différents points de vue, différents graphismes. Et c’est chouette !

 

L’origine du monde, de Liv Strömquist : j’ai dévoré ses autres BD après avoir découvert celle-ci, et ça reste la meilleure je trouve. Vous saurez tout sur la répression de la sexualité des femmes au fil du temps. Passionnant et drôle !

 

Commando Culotte – Les dessous du genre et de la pop culture : Mirion Malle décortique de façon pédagogique et avec humour des films et des séries mais aussi des questions de société (l’importance de la représentation, la culture du viol, l’impunité des hommes célèbres etc…).

 

Libres – Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels : sous la plume d’Ovidie, et les dessins de Diglee, ce livre s’applique à décrypter les diktats qu’on impose aux femmes, que ce soit dans l’apparence (les poils, le poids…) ou la pratique (la bisexualité, le rapport aux règles…), et nous invite à nous émanciper de ce poids.

 

Héroïnes – La représentation féminine en bande dessinée : des autrices et auteurs de BD redessinent des icônes masculines de la BD et les transforment en icônes féminines, s’interrogent sur la place des femmes dans les bandes dessinées, et sur les rôles qui leurs sont le plus souvent assignés.

 

Côté essais

 

Sorcières – La puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet : tout le monde en parle, et on le voit partout, et bien ici aussi ! Mona Chollet évoque l’histoire des sorcières, avant de développer sur les femmes à l’heure actuelle, et ce qui peut les rapprocher de ces sorcières : l’indépendance des femmes, le non désir d’enfants, la vieillesse…

 

Peau – A propos de sexe, de classe et de littérature, de Dorothy Allison : un recueil de textes hyper fort, éprouvant et émouvant, qui parle féminisme, écriture, sexe, militantisme. Une petite merveille.

A noter que vous pouvez vous lancer avec plaisir et bonheur dans toute la collection Sorcières chez Cambourakis.

 

Homo inc.orporated – Le triangle et la licorne qui pète, de Sam Bourcier : une réflexion politique sur les lgbt aujourd’hui, sur comment les L et G se sont fondus dans la société, mais aussi des réflexions poussées sur le genre.

 

Ni vues ni connues – Panthéon, Histoire, Mémoire : Où sont les femmes ? du collectif Georgette Sand : tout est dit dans le titre. Cet ouvrage permet de découvrir et redécouvrir les femmes oubliées de l’Histoire, quel que soit l’époque, le pays, ou le domaine.

 

La révolution féministe – La lutte pour la libération des femmes 1966-1988, de Bonnie J. Morris et D-M Withers : un beau livre qui retrace l’histoire des mouvements féministes dans ces années-là, à grands renforts de documents d’époque.

 

Côté livres avec des personnages non-binaires 

 

Le prince et la couturière, de Jen Wang : mon chouchou absolu ! Et une BD dont je viendrai vous parler à l’occasion. Sachez en tout cas que l’histoire est chouette, le dessin est beau, et que oui, c’est de base une BD jeunesse, mais c’est tout public. Et on a très clairement un personnage genderfluid dedans. J’ajoute que c’est une BD qui fait du bien, beaucoup de bien.

 

Les trois livres qui suivent sont des romans jeunesse, en VO. La non-binarité n’étant pour l’instant en tout cas, pas un thème extrêmement en vogue…

 

Girl made of stars, d’Ashley Herring Blake : un superbe roman, même si difficile puisqu’il parle de viol et d’agression sexuelle. Mais je vous garantis que vous ne pourrez pas le lâcher, et que vous allez vous attacher à ces personnages, qui sont vraiment bien écrits.

 

Quiver – a novel, de Julia Watts : un roman sur une histoire d’amitié improbable, dans deux milieux très différents, qui entraîne dans les dérives de la religion.

 

Symptomes of being human, de Jeff Garvin : un roman du point de vue d’un adolescent genderfluid, encore dans le placard. On peut adhérer ou non au parti pris de l’auteur de ne jamais donner le sexe d’assignation du personnage mais ça reste un livre intéressant et je pense important en termes de représentation.

 

Côté romans jeunesse (avec un documentaire en bonus !)

Les règles… quelle aventure ! d’Élise Thiebaut et Mirion Malle : parce que c’est si bien, tellement nécessaire, important, et fait de façon inclusive ! A distribuer à tous les ados d’urgence.

 

Cœur battant, d’Axl Cendres : par l’autrice du génial Dysfonctionnelle ! Ici aussi on retrouve une galerie de personnages cabossés, drôles et bavards. Le point de départ : cinq suicidants dans une institution psychiatrique, c’est-à-dire que tous ont fait une tentative de suicide et ne comptent pas en rester à cet échec. Malgré un sujet lourd, l’autrice fait un roman plein de vie, de poésie, d’humour, de situations loufoques, et d’amour bien sûr, quoi de mieux pour faire battre un cœur ?

 

La sirène et la licorne, d’Erin Mosta : un livre jeunesse avec une romance lesbienne super mignonne et qui fait un bien fou !

 

La lune est à nous, de Cindy van Wilder : un superbe roman, avec de la représentation tout simplement géniale. Des gens gros et racisés, enfin ! On sort du cadre hétéro/blanc/mince et ça c’est trop cool ! En bonus, il y a du Despentes dedans.

 

Le soleil est pour toi, de Jandy Nelson : une relation frère-sœur, les arts sous toutes leurs formes, des fantômes, des histoires d’amour, une quête de soi et tant de choses encore, c’est ce que vous trouverez dans ce petit bijou.

 

Voilà voilà, j’espère que vous aurez trouvé de quoi égayer vos lectures et vous faire plaisir et/ou des idées cadeaux pour faire plaisir.

Lisez et partagez !

Appelez-moi Nathan, de Catherine Castro et Quentin Zuttion

J’avais beaucoup aimé Chromatopsie de Quentin Zuttion, et dans la foulée j’ai su qu’il sortirait un autre album, dont le sujet était la transidentité. Autant dire que j’avais pas mal d’attentes (Chromatopsie était franchement queer, et j’avais trouvé ça bien traité).

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Et… Je ne vous cache pas une certaine déception. J’aime toujours autant le trait de Quentin Zuttion, mais pour ce qui est de l’histoire, j’ai beaucoup moins accroché.

Je peux comprendre le côté pédagogique hein, il n’y a pas cinquante BD sur le sujet (je pense à Justin et à Barricades, et heu, voilà ?), mais là pour moi c’était un peu excessif. On suit le personnage de l’enfance jusqu’au bac, et du coup tout son parcours, sa transition. Mais je n’y ai vu qu’une succession de ce que « devait être » un parcours trans (dans l’imaginaire collectif ? je ne dis pas que ça ne passe jamais comme ça, mais pas que) : la petite fille qui joue à des jeux de garçon, qui se sent trahie par son corps, puis le changement de coupe de cheveux, de prénom, le psy, les hormones, la mammectomie…

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Et tout va super vite, quoi ! Personnellement, je n’ai absolument pas eu le temps de m’attacher à Nathan. Sa vie est réduite à sa transition au final, à comment il se voit, et comment les autres le voient. Et j’ai trouvé ça maladroit de vouloir caser le maximum d’infos sur la transidentité et sur la transition d’une personne (par exemple les incursions des pensées de la mère ou du frère, mais pourquoi ?). Donc, oui, pour une personne qui n’y connait rien, ça reste un contenu pédagogique, soit, mais pour moi c’est un peu léger.

J’ajouterai que je trouve la couverture un chouia voyeuriste, et que je ne comprends pas vraiment ce choix.

Claudine à l’école, d’après Colette, adaptée par Lucie Durbiano

claudine écoleJ’ai un aveu à faire, je n’ai jamais lu Colette. Cette adaptation en bande dessinée a donc été ma première immersion dans l’œuvre de l’autrice, et je ne peux pas comparer les deux œuvres, ou savoir si la BD est fidèle à l’original.

Ceci étant dit, et pour celles et ceux qui comme moi n’ont pas lu Claudine à l’école, de quoi ça parle ? Eh bien, je dois dire que le titre est assez clair ! On suit donc le personnage de Claudine, 15 ans, jeune fille assez libre et effrontée, entourée de ses amies, camarades de classe, et aussi d’un certain nombre d’adultes, institutrices, instituteurs, docteur, et d’un père principalement passionné par les limaces.

Et au milieu du quotidien, de l’école, des chamailleries entre amies, on trouve des histoires d’amour, beaucoup. Partagées ou non, entre adultes, ou entre adulte et adolescente. Et tout ça se mélange, chacun cherchant l’amour, des bras, le mariage, ou juste un peu d’affection.
Claudine tombe amoureuse d’une jeune et belle institutrice, et tente de la séduire assez ouvertement, avant de se rendre compte que l’objet de son affection tombera dans les bras d’une autre (mais pas seulement). La déconvenue est rude, mais la jeune Claudine ne s’en laisse pas compter pour autant, et même si d’autres aimeraient s’attirer ses faveurs, elle n’est pas intéressée.

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Le personnage de Claudine est très libre, et passe de l’enfance et ses jeux de billes et taquineries à un sérieux plus adulte, en passant par une folie toute adolescente. Je ne doute pas que le roman ait fait scandale à l’époque, tant il était osé. Aujourd’hui, ce qui choque le plus, ce sont ces adultes qui veulent séduire de très jeunes filles aussi ouvertement.

Je dois avouer que je n’ai pas été emportée par ma lecture, mais que peut-être je l’aurais été plus à l’adolescence, âge où qui couche avec qui, qui est intéressé par qui, et la valse des sentiments qui s’ensuit, touche plus le cœur. Mais là, personnellement, je me suis un peu ennuyée.