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Des livres à offrir ou à s’offrir

Salut la compagnie !

Comment vous dire que j’en ai ma claque de l’actualité, du monde qui ne tourne pas rond, et des lectures toxiques que je m’impose bêtement (mais promis, j’essaie d’arrêter).
J’ai envie d’aller bien, et de donner du bonheur autour du moi, plutôt que de la déprime et de la violence (on y reviendra bien assez tôt malheureusement). Du coup, j’ai envie de faire une petite sélection toute personnelle de livres que j’aime (pas forcément récents) et que j’ai envie de partager ici. Vue la période, ça peut vous donner des idées de cadeaux de Noël, à vous faire offrir, à s’offrir, ou à offrir.

 

Côté BD

 

J’ai récupéré ma liberté cette année, et n’ai donc plus le loisir de pouvoir lire toutes les BD qui sortent, mais en voici tout de même quelques-unes qui valent le détour.

 

L’essentiel des gouines à suivre, d’Alison Bechdel : le tome 2 est enfin sorti en français et ça c’est trop cool ! Vous pourrez ainsi suivre les personnages d’Alison Bechdel de 1987 à 2008 (et pleurer en arrivant à la fin, si tout comme moi vous avez envie de continuer à suivre Mo et ses ami·e·s). C’est une BD indispensable, et tellement riche. A noter que le travail de traduction est vraiment impressionnant, et apporte un vrai plus.

 

Chroniques d’une citoyenne ordinaire engagée, de Muriel Douru : parce qu’en ces temps troublés, l’engagement est important, et ce sur tous les plans. Et Muriel Douru saura vous le rappeler à travers différentes thématiques, allant de la PMA à l’écologie.

 

Chromatopsie, de Quentin Zuttion : une jolie BD, très queer, et graphiquement très chouette !

 

Lumberjanes, qu’on ne présente plus ! S’il est nécessaire de faire une piqure de rappel, de l’aventure, du fantastique, de l’amitié à la puissance max, des personnages féminins trop cool, du queer ? Ça vous rappelle quelque chose de plus récent ? Normal, c’est la même créatrice que She Ra. (Si vous n’avez pas encore regardé She Ra, qu’attendez-vous donc ?! )

Au passage, Urban, on attend toujours impatiemment la suite, c’est pour quand ???

 

Côté BD féministes

 

La bien nommée Féministes- Récits militants sur la cause des femmes : différentes autrices et auteur évoquent des sujets autour du féminisme : intersectionnalité, transidentité, écriture inclusive, prostitution etc… Des sujets intéressants, différents points de vue, différents graphismes. Et c’est chouette !

 

L’origine du monde, de Liv Strömquist : j’ai dévoré ses autres BD après avoir découvert celle-ci, et ça reste la meilleure je trouve. Vous saurez tout sur la répression de la sexualité des femmes au fil du temps. Passionnant et drôle !

 

Commando Culotte – Les dessous du genre et de la pop culture : Mirion Malle décortique de façon pédagogique et avec humour des films et des séries mais aussi des questions de société (l’importance de la représentation, la culture du viol, l’impunité des hommes célèbres etc…).

 

Libres – Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels : sous la plume d’Ovidie, et les dessins de Diglee, ce livre s’applique à décrypter les diktats qu’on impose aux femmes, que ce soit dans l’apparence (les poils, le poids…) ou la pratique (la bisexualité, le rapport aux règles…), et nous invite à nous émanciper de ce poids.

 

Héroïnes – La représentation féminine en bande dessinée : des autrices et auteurs de BD redessinent des icônes masculines de la BD et les transforment en icônes féminines, s’interrogent sur la place des femmes dans les bandes dessinées, et sur les rôles qui leurs sont le plus souvent assignés.

 

Côté essais

 

Sorcières – La puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet : tout le monde en parle, et on le voit partout, et bien ici aussi ! Mona Chollet évoque l’histoire des sorcières, avant de développer sur les femmes à l’heure actuelle, et ce qui peut les rapprocher de ces sorcières : l’indépendance des femmes, le non désir d’enfants, la vieillesse…

 

Peau – A propos de sexe, de classe et de littérature, de Dorothy Allison : un recueil de textes hyper fort, éprouvant et émouvant, qui parle féminisme, écriture, sexe, militantisme. Une petite merveille.

A noter que vous pouvez vous lancer avec plaisir et bonheur dans toute la collection Sorcières chez Cambourakis.

 

Homo inc.orporated – Le triangle et la licorne qui pète, de Sam Bourcier : une réflexion politique sur les lgbt aujourd’hui, sur comment les L et G se sont fondus dans la société, mais aussi des réflexions poussées sur le genre.

 

Ni vues ni connues – Panthéon, Histoire, Mémoire : Où sont les femmes ? du collectif Georgette Sand : tout est dit dans le titre. Cet ouvrage permet de découvrir et redécouvrir les femmes oubliées de l’Histoire, quel que soit l’époque, le pays, ou le domaine.

 

La révolution féministe – La lutte pour la libération des femmes 1966-1988, de Bonnie J. Morris et D-M Withers : un beau livre qui retrace l’histoire des mouvements féministes dans ces années-là, à grands renforts de documents d’époque.

 

Côté livres avec des personnages non-binaires 

 

Le prince et la couturière, de Jen Wang : mon chouchou absolu ! Et une BD dont je viendrai vous parler à l’occasion. Sachez en tout cas que l’histoire est chouette, le dessin est beau, et que oui, c’est de base une BD jeunesse, mais c’est tout public. Et on a très clairement un personnage genderfluid dedans. J’ajoute que c’est une BD qui fait du bien, beaucoup de bien.

 

Les trois livres qui suivent sont des romans jeunesse, en VO. La non-binarité n’étant pour l’instant en tout cas, pas un thème extrêmement en vogue…

 

Girl made of stars, d’Ashley Herring Blake : un superbe roman, même si difficile puisqu’il parle de viol et d’agression sexuelle. Mais je vous garantis que vous ne pourrez pas le lâcher, et que vous allez vous attacher à ces personnages, qui sont vraiment bien écrits.

 

Quiver – a novel, de Julia Watts : un roman sur une histoire d’amitié improbable, dans deux milieux très différents, qui entraîne dans les dérives de la religion.

 

Symptomes of being human, de Jeff Garvin : un roman du point de vue d’un adolescent genderfluid, encore dans le placard. On peut adhérer ou non au parti pris de l’auteur de ne jamais donner le sexe d’assignation du personnage mais ça reste un livre intéressant et je pense important en termes de représentation.

 

Côté romans jeunesse (avec un documentaire en bonus !)

Les règles… quelle aventure ! d’Élise Thiebaut et Mirion Malle : parce que c’est si bien, tellement nécessaire, important, et fait de façon inclusive ! A distribuer à tous les ados d’urgence.

 

Cœur battant, d’Axl Cendres : par l’autrice du génial Dysfonctionnelle ! Ici aussi on retrouve une galerie de personnages cabossés, drôles et bavards. Le point de départ : cinq suicidants dans une institution psychiatrique, c’est-à-dire que tous ont fait une tentative de suicide et ne comptent pas en rester à cet échec. Malgré un sujet lourd, l’autrice fait un roman plein de vie, de poésie, d’humour, de situations loufoques, et d’amour bien sûr, quoi de mieux pour faire battre un cœur ?

 

La sirène et la licorne, d’Erin Mosta : un livre jeunesse avec une romance lesbienne super mignonne et qui fait un bien fou !

 

La lune est à nous, de Cindy van Wilder : un superbe roman, avec de la représentation tout simplement géniale. Des gens gros et racisés, enfin ! On sort du cadre hétéro/blanc/mince et ça c’est trop cool ! En bonus, il y a du Despentes dedans.

 

Le soleil est pour toi, de Jandy Nelson : une relation frère-sœur, les arts sous toutes leurs formes, des fantômes, des histoires d’amour, une quête de soi et tant de choses encore, c’est ce que vous trouverez dans ce petit bijou.

 

Voilà voilà, j’espère que vous aurez trouvé de quoi égayer vos lectures et vous faire plaisir et/ou des idées cadeaux pour faire plaisir.

Lisez et partagez !

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La révolution féministe, La lutte pour la libération des femmes 1966-1988, Bonnie J. Morris et D-M Withers

révolution féministeEn ces temps troublés, où les femmes essaient d’occuper le devant de la scène et de protester contre les violences sexistes et sexuelles et ce, malgré l’indifférence des médias, quoi de mieux que d’offrir autour de soi un beau livre autour du féminisme ? Ça tombe plutôt bien, Noël approche à grands pas.

La révolution féministe offre un panorama assez large des mouvements féministes entre 1966 et 1988, au travers notamment des États-Unis et de l’Europe. Le tout de façon très documentée, et accompagné de nombreuses citations et documents d’époque : photos, badges, flyers, affiches etc…

Le livre est foisonnant, et j’ai eu un peu peur de m’y perdre au début, notamment du fait du passage régulier d’un pays à un autre, de différents mouvements et initiatives, et du nombre de documents à disposition. Mais le sujet est riche, et j’ai appris plein de choses. Je l’ai lu d’une traite, mais je retournerai sans doute y piocher des références, ou en relire certains chapitres qui m’intéressent plus particulièrement.

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D’ailleurs, je souhaite souligner la façon dont a été découpé l’ouvrage, et qui m’a particulièrement plu. Je m’attendais soit à des chapitres chronologiques, soit par pays, mais ici le choix a été fait de manière thématique. C’est sans doute plus pertinent, et vraiment intéressant. Je vous cite, pour vous donner un aperçu, les chapitres qui m’ont le plus marqué : La sororité noire, Le corps comme champ de bataille, Sexualité et féminisme lesbien, Édition et médias, Musiques et Arts.

Je ne vais pas revenir sur certains passages qui m’ont particulièrement marqué (et fait froid dans le dos malheureusement), je vous laisse découvrir par vous-même, mais ce livre permettra à ceux et celles qui n’y connaissent rien de découvrir tout ce qui fait la richesse du féminisme, et à celles et ceux qui s’y intéressent d’un peu plus près, de parfaire leurs connaissances, et de découvrir de nombreux documents d’époque. En tout cas, il transcrit bien l’énergie qu’ont mis toutes ces femmes dans ces différentes luttes, et montre que le combat n’est pas terminé.

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Si je devais ajouter (un tout petit bémol), certains choix de traductions m’ont un peu interrogé, notamment celui d’utiliser le mot auteure plutôt qu’autrice, surtout dans un livre qui traite de féminisme.

Ni vues ni connues. Panthéon, Histoire, mémoire : où sont les femmes ?, du collectif Georgette Sand

ni vues ni connues je t'embrouille.pngBon là ça ne va pas du tout, je viens à peine d’écrire le titre que j’ai déjà Patrick Juvet en tête ! Alors qu’en plus je n’y ai pas pensé un seul instant en lisant ce livre, monde cruel… (Par contre, quand j’ai lu Les maux bleus, j’ai gardé en tête la chanson de Christophe pendant trèèèèèès longtemps). Mais non, je ne m’égare pas du tout, je ne vois pas ce qui vous fait penser ça.

Bref, où sont les femmes ? Comme on a pu le voir récemment avec le succès des Culottées, de Pénélope Bagieu (qui d’ailleurs, a écrit la postface de cet ouvrage), les femmes ont été totalement niées et oubliées dans l’histoire, mais leur sort intéresse finalement pas mal de monde (eh ouais !).

Ni vues ni connues (je t’embrouille, oh la la, mais c’est pas possible, ce titre ne m’aide pas !), tout comme Les culottées, est absolument parfait comme session de rattrapage. Alors, je vous le dis tout de suite, le livre n’est pas forcément fait pour être lu d’une traite. Mais, il est suffisamment bien fait pour donner envie d’y piocher selon ses envies (ou tout lire dans l’ordre, c’est ce que j’ai fait, pour ne rater personne). Le classement se fait selon de grandes catégories : les artistes, les aventurières, les méchantes inventées ou avérées, les femmes de pouvoir, les intellectuelles, les militantes, les scientifiques. On y trouve des femmes de tous les pays et de toutes les époques. En deux pages, les grandes étapes de leurs vies sont retracées, et ce que j’ai vraiment apprécié, c’est aussi les explications sur le pourquoi de leur disparition de l’Histoire, c’est franchement passionnant (et effrayant). A la fin de chaque portrait, on a aussi droit à un petit paragraphe « Elle vous inspire ? Découvrez aussi » qui cite des femmes présentes dans ce livre ou non. De toute façon, tout pousse ensuite à aller faire ses propres recherches pour en découvrir plus sur telle ou telle personne.

Certains noms sont connus, d’autres évoquent de vagues souvenirs, mais j’en ai totalement découvert la plupart. Et même dans les personnalités plus ou moins connues, on se rend compte que de grandes parties de l’histoire ont été occultées. Voire complètement déformées ! (Ce que l’on peut voir notamment avec le chapitre sur les méchantes inventées ou avérées)

Il y en a pour tous les goûts et tous les domaines, et cela montre bien l’étendue de la place des femmes dans l’Histoire.

Espérons qu’avec le temps, et la multiplication des initiatives de ce genre, toutes ces femmes du passé, et les femmes d’aujourd’hui, (re)trouveront leur place dans les mémoires, et les livres d’Histoire.

Girls & Sex, de Peggy Orenstein

girls sexPeggy Orenstein est une journaliste américaine, elle a entrepris une étude sur la sexualité des jeunes américaines, au lycée et à la fac. Pour cela, elle a interrogé 70 jeunes filles, mais fait aussi appel à des psychologues et des universitaires. Girls & Sex mêle ainsi témoignages, études et statistiques, et aborde des thématiques telles que les pratiques sexuelles des jeunes, la pornographie, l’éducation sexuelle (ou plutôt son absence, on y reviendra), le consentement, les violences sexuelles, la virginité, le coming-out etc…

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans le livre au début, sans vraiment savoir pourquoi, puis je me suis rendu compte que j’éprouvais un certain malaise. Et il y a de quoi parfois ! Mais même (et surtout) s’il aborde des sujets pas toujours évidents, Girls & Sex est très intéressant, et m’a laissée effarée à de nombreuses reprises. Certes, on parle ici de jeunes filles américaines, dans une culture qui leur est propre, mais certaines choses concernent probablement aussi les jeunes européennes et c’est effrayant.

Je ne peux pas reprendre tous les points que j’ai relevé mais en voici certains qui m’ont semblé intéressants :

Les garçons semblent incapables de se retenir de dessiner fièrement leurs organes génitaux sur toutes les surfaces blanches qui passent à leur portée.

Mais où sont les vulves broussailleuses, les somptueuses forêts pubiennes, les cons bien triangulaires ?

J’entends quelqu’un dire « Berk » ? C’est précisément là que je voulais en venir.

Même dans les cours d’éducation sexuelle les plus complets, on ne parle que des organes internes des femmes : l’utérus, les trompes, les ovaires. Les schémas classiques du système reproducteur féminin, ceux qui ressemblent un peu à des crânes de bœuf, se prolongent en Y gris entre les jambes, comme si la vulve et les lèvres n’existaient pas, sans parler du clitoris. Vous imaginez ne pas prévenir un garçon de 12 ans qu’il a un pénis ? De même, la puberté masculine est définie par l’éjaculation, la masturbation et l’apparition d’un désir sexuel irrépressible ou presque, alors que celle des filles est définie par… les règles. Et la possibilité de tomber enceinte sans l’avoir voulu. Où est la discussion sur le développement sexuel des filles ? Quand leur parlons-nous de désir et de plaisir ? Quand leur expliquons-nous les nuances merveilleuses de leur anatomie ? Quand abordons-nous la découverte, la connaissance de soi ? Dans ces conditions-là, il ne faut pas s’étonner si les ados pensent que les besoins physiques des garçons sont inévitables mais que ceux des filles sont, dans le meilleur des cas, optionnels.

Je craignais que l’autrice s’en tienne à des personnes hétéros (et cisgenres), et bonne nouvelle, elle aborde d’autres thématiques, développe les spécificités des personnes LGBT, le rejet qu’elles peuvent ressentir, l’homophobie, les risques de suicide, le coming-out, l’aide que peut apporter Internet…

Elle commence d’ailleurs ce chapitre en évoquant une jeune fille asexuelle, ce qui est assez rare pour être souligné :

J’ai reçu beaucoup plus de réponses de filles queer, de toutes ethnicités et de toutes orientations sexuelles, que je ne m’y attendais. Une jeune Coréano-Américaine de 18 ans se définissait comme asexuelle : elle n’éprouvait aucune attirance physique pour les hommes ou les femmes. J’admets qu’elle m’a déstabilisée : quand je l’ai rencontrée, j’ai eu l’impression d’interviewer quelqu’un qui aurait toujours été vegan à propos d’un livre sur les joies d’être carnivore. Mais elle voulait dire publiquement que son asexualité était une orientation sexuelle légitime, non quelque chose qu’elle aurait choisi suite à des rejets ou des agressions.

Peggy Orenstein développe aussi ce chapitre en s’interrogeant sur le genre. Elle parle de transidentité, mais aussi de personnes genderqueer ou agenres. J’ai trouvé son développement intéressant, même si je n’étais pas forcément entièrement d’accord avec elle, mais elle a au moins le mérite de se poser des questions, et de ne pas être fermée. En lisant le témoignage d’une personne qu’elle interroge, je me suis tout de suite demandé si cette personne était trans. Question que s’est également posée cette personne. L’autrice s’interroge sur ce qui fait un homme ou une femme, et les clichés que cela peut engendrer, et se demande pourquoi on ne pourrait pas adopter des codes attribués au genre opposé, sans être forcément transgenre (elle parle par exemple des butchs), et je suis tout à fait d’accord. La seule chose qui m’a un peu gênée, c’est de voir de jeunes personnes se poser des questions en allant sur des forums, et en quelque sorte, chercher des questions-réponses toutes faites. Toutes les personnes trans n’ont pas le même ressenti, loin de là (c’est valable pour tous les LGBT d’ailleurs), la transphobie intériorisée est présente il ne faut pas l’oublier. Il est sans doute plus facile de se dire gay ou lesbienne quand on est ado, que de se dire trans. Attention, je ne dis pas qu’il y a des trans partout, juste que rien n’est tranché, et encore moins si jeune. Il n’y a qu’à voir le coming out récent d’Océan, qui s’était fait connaître à la base pour son spectacle La lesbienne invisible (chouette spectacle d’ailleurs, et je continuerai à suivre Océan, dont j’aime l’engagement qui ne se limite pas aux questions LGBT).

J’ai eu des sueurs froides en lisant les témoignages d’expériences sexuelles, loin d’être toujours consenties, sur des campus, lors de fêtes de fraternités, toujours arrosées d’énormément d’alcool. Et d’autres sueurs froides en voyant les millions dépensés par le gouvernement américain, pour aller prôner l’abstinence dans les établissements scolaires. Alors que rien n’est fait pour l’éducation sexuelle, et même pire que ça, quand éducation sexuelle il y a, elle peut être tout simplement fausse !

Un livre franchement intéressant à découvrir donc. Pour aller plus loin, côté anatomie féminine, je vous conseille très fortement le livre Les monologues du vagin, d’Eve Ensler, ainsi que la BD L’origine du monde, de Liv Stromquist.

 

Et pour continuer à explorer les soirées étudiantes, mais d’un point de vue badass, avec des nanas qui prennent leur revanche sur des violeurs impunis, je vous conseille la série Sweet Vicious. Parce que oui, c’est punchy, drôle et ça fait du bien, mais c’est loin de n’être que ça. C’est une série qui dénonce les viols impunis sur les campus, et la culture du viol qui l’entoure. Et qui montre tous les ravages qu’un viol peut provoquer chez une personne. Et bizarrement, la série n’a pas été renouvelée après la première saison. Des thématiques trop pertinentes peut-être ? (D’autant qu’après avoir lu Girls & Sex, j’ai découvert que la réalité était encore plus effrayante que la fiction)

sweet-vicious-critique

Adolescences lesbiennes, de l’invisibilité à la reconnaissance, de Christelle Lebreton

ado lesbiennesCe livre est à la base une thèse de doctorat, qui a été retravaillée afin d’être publiée et accessible à tout.e.s. Ce n’est pas forcément le genre d’ouvrage vers lequel je me serais tournée spontanément, même si le sujet m’intéresse et me concerne, mais je ne regrette pas de m’y être plongée.

L’étude sociologique s’est portée sur une vingtaine de jeunes femmes. L’échantillon est volontairement limité, afin d’avoir une plus grande cohérence des résultats. Elles sont donc issues du même milieu socioéconomique, ont grandi dans Montréal ou sa région, et sont majoritairement caucasiennes, une diversité ethnoculturelle introduisant forcément d’autres enjeux. Cela laisse en tout cas largement la place pour d’éventuelles autres études !

Le livre rappelle que même si l’homosexualité est plus reconnue ou légitime aujourd’hui (en tout cas au Québec), les lesbiennes sont visibles depuis moins longtemps que les gays, et cette visibilité reste marginale. Comment se construire alors sans modèles et sans identifications quand on est une jeune lesbienne ?

Ce que j’ai trouvé vraiment intéressant dans cet ouvrage, c’est qu’il est immédiatement rappelé que les lesbiennes sont victimes d’une double discrimination : en tant qu’homosexuelles mais également en tant que femmes. Et le livre différencie également les concepts d’homophobie et d’hétérosexisme.

« Le concept d’homophobie est en effet limité dans sa capacité à identifier les processus sociaux, culturels, structurels et institutionnels qui contraignent à l’hétérosexualité et qui en font un idéal auquel on doit se conformer. »

« L’hétérosexisme peut se définir comme l’ensemble des discours et des pratiques, individuels ou institutionnels, construisant une hiérarchie des sexualités qui situe l’hétérosexualité comme la norme la plus acceptable socialement, en comparaison de laquelle toutes les autres pratiques sexuelles et conjugales sont disqualifiées ou dévalorisées. […] La présomption hétérosexuelle joue constamment en défaveur des couples et parents de même sexe dont l’existence n’est souvent ni reconnue ni acceptée. »

L’hétérosexisme explique que la plupart des jeunes femmes interrogées ont vécu des relations hétérosexuelles, et ont eu un parcours assez long avant de se définir lesbienne, cette identité étant vue tour à tour comme inexistante ou déviante, anormale. Le livre ouvre des pistes de réflexions sur ces sujets, de manière simple et imagée, puisque les témoignages sont nombreux.