Archives pour la catégorie Album jeunesse

Heu-reux ! de Christian Voltz

Je ne connaissais pas Christian Voltz avant de lire Heu-reux !, et je dois avouer que c’est une belle découverte. Son travail autour de matériaux de récup est vraiment beau et original, et il arrive à faire des animaux hyper expressifs. Mêlé à des changements de typographies, de taille et de couleur de police, ça rend super bien. Franchement j’aime beaucoup !

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Pour ce qui est de l’histoire, Grobull, le taureau et roi des pâturages veut marier son fils unique, le prince Jean-Georges. Pour cela, il a fait appel à toutes les vaches les plus charmantes du pays. Mais Jean-Georges refuse chacune de ses prétendantes. Las, son père fait appel à toutes les truies les plus jolies du royaume, son souhait étant que son fils trouve l’amour, et qu’il soit heureux. Bien évidemment, ça ne marche toujours pas, et toute la basse-cour va y passer, le père étant prêt à élargir au maximum ses choix pour le bonheur de son fils, avec des animaux qu’il ne voulait pas un seul instant au départ.

Et évidemment, ça ne suffira toujours pas ! Tant et si bien que le roi ordonne à son fils de choisir qui il veut, l’important étant qu’il soit heureux ! Et Jean-Georges, enfin, ose dire à  son père qu’il veut épouser le bélier, avec qui il vit une relation depuis un moment. Et ainsi, même si c’est un choc pour le père, le mariage aura lieu.

Ça ne vous rappelle rien ? Les premières pages m’ont tout de suite évoqué La princesse qui n’aimait pas les princes. Et c’est vrai que le principe de base est le même. Mais très franchement, les deux ouvrages sont aussi très différents, et je ne trouve pas que ce soit redondant (et puis toute représentation positive est bonne à prendre je trouve).

Déjà, celui-ci s’adresse aux plus jeunes, autour de 4 ans, alors que La princesse qui n’aimait pas les princes est un peu plus dense au niveau du texte, et sera plus accessible à partir de 6 ans. Ensuite, le graphisme n’a rien à voir non plus, et j’aime beaucoup les deux !

Donc faites-vous plaisir et faites plaisir, et offrez les deux aux enfants autour de vous !

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Le fils des géants, de Gaël Aymon et Lucie Rioland

Le fils des géants est un album jeunesse pour les enfants à partir de 4 ans.

61BK43ouwTL._SL1000_Sous la forme d’un conte, il nous décrit l’histoire d’un roi et d’une reine qui ayant eu un enfant si minuscule et doutant de sa survie et de sa force, décident de l’abandonner. Ainsi, ils mettent le nouveau-né dans un dé à coudre en or et le déposent sur une rivière.

L’enfant est récupéré par deux géants, qui s’inquiétant de sa petite taille, de sa peur et de sa tristesse, lui donnent de la force, des mots, et de l’amour. Le garçon devient alors un jeune homme robuste et vit tranquillement à leur côté. Jusqu’au jour où le roi et la reine sont pris dans un orage lors d’un trajet, et trouvent refuge dans la grotte des deux géants. Reconnaissant le dé en or, ils découvrent que leur fils a bien grandi et ferait maintenant un prince absolument parfait. Omettant le fait qu’ils l’aient abandonné volontairement, ils souhaitent récupérer leur enfant.

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Le fils des géants est un album tout simple et assez court, mais en peu de mots, il réussit à toucher et émouvoir. L’amour est au cœur de ce joli conte, et le fait que les parents adoptifs du prince sortent un peu de la norme ( le fait que ce soit deux hommes n’est jamais évoqué, mais bon, ce sont des géants) les met malgré tout au-dessus d’un roi et d’une reine purement intéressés.

Un album qui permet donc d’évoquer tout en douceur les questions de l’adoption et de l’homoparentalité.

Les papas de Violette

J’ai tendance à m’intéresser particulièrement à la représentation de l’homosexualité dans les livres à destination des plus jeunes, donc quand Les papas de Violette m’est tombé entre les mains, j’avais vraiment l’envie de le défendre.

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Bon, malheureusement, après lecture, il n’en ressort pas grand-chose de positif.

Graphiquement, je n’adhère pas spécialement, mais ça c’est une affaire de goût, et ça n’engage que moi. A vrai dire, je trouve un côté un peu rétro au dessin, mais avec des couleurs actuelles et flashy, l’ensemble ne me parle pas du tout.

Pour ce qui est du texte, c’est une petite fille qui parle, et dès le début, et pendant tout l’album, j’ai eu l’impression de lire un discours d’adulte plaqué dans la bouche d’une enfant, ce qui m’a beaucoup gênée.

Passons à l’histoire, proprement dite.

Tout commence comme ça :

A l’école, j’ai zéro copine.

Un jour, Cécile m’a dit que c’est parce que je suis trop bizarre.

« Ma mère m’a dit ton secret et moi je vais le répéter !

Hé ! Tout le monde, devinez quoi ? Violette a deux papas !

Ils se tiennent par la main et ils se font des câlins ! »

En soi, ce n’est pas un mal de montrer l’homophobie et l’intolérance à laquelle peuvent être confrontés des enfants de couple homos, mais ici, rien ne vient contrebalancer. Pas d’instit, pas de parents, et même les parents de Violette n’abordent pas le sujet avec elle. Seuls les enfants sont présents, et tous stupides et bornés, soit.

S’ensuivent plusieurs pages qui expliquent à quel point ses papas sont des parents comme les autres, qui finalement n’apportent pas grand-chose, avant de passer à la tristesse de Violette de ne pas pouvoir profiter de ses deux parents au grand jour (et encore une fois, jamais, et sans un regard autre que le sien).

Et là, le summum à mon sens, tout change le jour où cette fameuse Cécile (la méchante de la première page donc) arrive à l’école en pleurant, et est fuie par toutes ses amies

« Mon papa est parti. Hier soir, il m’a dit bonne nuit, mais ce matin il avait disparu. Maman dit qu’il ne reviendra plus… »

Ok, donc le père disparait du jour au lendemain comme ça, sans laisser de traces, c’est hyper rassurant pour les enfants. On ne parle pas de séparation, de divorce, ou même de décès, non, il a juste disparu, sans explication.

Et les autres enfants, les vilains, ne veulent plus approcher la pestiférée Cécile pour la peine… Et Violette, trop gentille, s’empresse d’en faire sa nouvelle et seule amie, qui d’un coup :

Mais ce qu’elle préfère entre tout ça, ce sont mes deux papas.

D’accord… Donc bien sûr, en primaire, on a des copains en fonction de leurs parents et pas des jeux qu’on va faire avec eux.

Et en 2017, dans une école lambda, on essaie de nous faire croire que les enfants ont tous un papa, une maman ?! (C’est la Manif pour tous qui finance le livre peut être…) Aucun n’a des parents séparés, divorcés, juste une maman ou un papa, pour diverses raisons ? Est-ce une blague ?

Je ne peux même pas défendre ce livre, parce que je n’arrive pas à y voir une ouverture, un dialogue, une amorce de réflexion de tout ce qu’on peut aborder sur le sujet avec des enfants de cet âge là.

Marre du rose

marre-du-roseJe ne suis pas totalement dans le sujet lgbt mais combattre les préjugés sexistes me semble tout aussi important, j’ai donc envie de vous parler d’un album jeunesse qui fait parti de ma bibliothèque : Marre du rose de Nathalie Hense, illustré par Ilya Green (illustratrice que j’aime beaucoup). Une petite fille raconte qu’elle aime le noir et que le rose ça lui sort par les yeux, de même que tous les trucs de princesse. Elle aime des choses considérées comme des choses de garçon et se fait traiter de garçon manqué et ne comprend pas pourquoi on critique son copain, considéré comme trop sensible parce qu’il coût et dessine des fleurs. Je le trouve très touchant cet album. Avec des questions d’enfants, il montre bien l’absurdité de cette répartition cloisonnée entre ce qu’une fille est censée être et ce qu’un garçon est censé être. Et les illustrations sont très chouettes et servent très bien le propos. A l’heure où les librairies sont envahies de livres « pour les filles », de rose et de paillettes à tout va, ça fait du bien!

Je ne peux pas résister, j’ai envie de vous en mettre un extrait :

« Moi, j’aime le noir.
D’habitude, les filles, elles aiment le rose, ça me sort par les yeux! Et c’est pareil pour les princesses, les tralalas de princesse, les rubans et aussi les poupées. Mais quand en plus c’est rose, là, ça me sort par les trous de nez!
Maman dit que je suis un garçon manqué. Ca veut dire que je suis comme un garçon mais pas un garçon quand même.
C’est comme dire « étoile d’araignée » au lieu de « toile d’araignée », ça ressemble mais c’est pas ça. Moi, je suis une étoile d’araignée, je ressemble, mais c’est pas ça… »