Archives pour la catégorie Roman jeunesse

Libération, de Patrick Ness

CVT_Liberation_7729Adam est un jeune homme de presque 18 ans, fils d’un pasteur évangélique, et accessoirement gay (dans le placard auprès de sa famille, on imagine bien pourquoi). Entouré d’Angela, sa meilleure amie, de Linus, son amant, et d’Enzo, son ex qui va fêter son départ le soir même, Adam s’apprête à vivre une journée pleine de mauvaises surprises.

Parallèlement à cela, on apprend qu’une jeune fille, Katie, a été tuée par son petit copain. Et son esprit va partir en quête de son assassin. Bon, je vous le dis toute de suite, on alterne les chapitres entre Adam, et cette fameuse Katie, enfin son fantôme quoi, et, comment dire… Autant les chapitres sur Adam sont très bien, autant j’ai lu les autres en mode « What the fuck ?! » et avec un ennui non dissimulé. Comprenez-moi bien, je n’ai rien contre les histoires de fantômes mais là, franchement, je ne vois pas du tout, mais alors vraiment pas, ce que ça peut apporter à l’histoire.

Mais, le reste est franchement chouette, donc ben, j’ai pris mon mal en patience et j’ai lu en diagonale les chapitres qui ne m’intéressaient pas, au cas où ça aurait une importance pour le reste de l’histoire (spoiler alerte : non).

J’ai beaucoup aimé entrer dans la vie d’Adam, qui clairement en bave beaucoup en cette journée. J’ai aimé sa relation avec sa meilleure amie, ses difficultés avec l’amour et les sentiments amoureux, sa sexualité qui, même si elle est cachée, est présente et plutôt épanouie, et ses relations compliquées avec sa famille. Clairement, c’est la partie que j’ai trouvée la plus intéressante. Adam est le plus jeune. Son grand frère est promis à un avenir religieux, et il est beau comme un dieu. Mais, car il y a un mais, il n’a pas le pouvoir charismatique d’Adam. Et on sent les parents partagés, entre ce fils plein de potentiels, mais qui, ils le sentent bien, ne rentre pas dans les cases qu’ils attendent, et leur aîné, qui a tout du fils idéal (jusqu’au jour où) mais qui leur semble bien terne. J’ai trouvé l’échange entre Adam et son père extrêmement fort, juste et douloureux. Et rien que pour ça, je trouve que Libération en vaut la peine.

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Le Renard et la Couronne, de Yann Fastier

renard couronne.gifA la fin du XIXème siècle, en Dalmatie, la jeune Ana, 10 ans, se retrouve à la rue après avoir perdu sa grand-mère, son unique famille. Quittant son village, elle part en quête de travail dans une ville voisine, et intègre une bande d’enfants des rues, menée par une fille un peu plus âgée qu’elle, Dunja. Et… Je ne vous en dis pas plus, tant ce pavé dévoile ses surprises petit à petit, dans la plus grande tradition romanesque. Le destin d’Ana, aux origines mystérieuses, est plein de rebondissements, pour elle, comme pour les gens qui l’entourent.

Yann Fastier nous plonge au milieu d’une galerie de personnages, sillonne les pays d’Europe, nous promène de langues en langues (y compris au sein d’une même langue, la petite Ana ayant appris un français du 17ème siècle, qu’elle parle parfaitement, mais qui crée un décalage avec ses contemporains), et nous fait tourner les pages avec bonheur.

Je vous avais déjà parlé de Yann Fastier, avec son roman La volte, auquel je n’avais pas accroché, pour diverses raisons. Il se rattrape largement ici, et je pense que petits et grands s’y retrouveront. Amateurs d’aventures, de mystères, de littérature, il y a de quoi se faire plaisir.

Pour ce qui nous intéresse ici, je ne vous spoile pas trop en vous disant qu’il va se passer des choses entre les deux jeunes filles. Mais pour ne rien vous cacher, ce n’est pas ce qui m’a le plus accrochée dans l’histoire. Ceci dit, c’est assez plaisant de se plonger dans une histoire totalement romanesque ou, pour une fois (enfin, ce n’est pas la première, Sarah Waters est très forte pour ça, mais pour le coup, on est clairement dans une littérature plus « adulte ») l’héroïne est attirée par une autre femme. Leur histoire est mignonne, mais j’ai trouvé ça un peu gnangnan… à mon âge. Peut-être et même probablement, qu’ado, j’aurais apprécié.

Leah à contretemps, de Becky Albertalli

CVT_Leah-a-Contretemps_9023Alors que Love, Simon (adaptation de Moi, Simon, 16 ans, homo sapiens) est actuellement dans les salles, une sorte de suite ou plutôt de spin-off, est sorti dans les librairies. On se concentre donc ici sur le personnage de Leah, qui fait partie de l’entourage de Simon.

Je n’avais pas spécialement accroché à Moi, Simon, 16 ans, homo sapiens, j’ai donc été un chouïa surprise de l’engouement autour du livre (qui certes reste sympathique) et du fait qu’il y ait une adaptation ciné. Et puis, j’ai lu Mes hauts, mes bas et mes coups de cœur en série, et j’ai été plus facilement séduite, peut-être que c’est une question de timing de lecture, je ne sais pas. En tout cas, je me suis laissée emporter avec plaisir dans ce roman feel-good qui abordait pas mal de sujets l’air de rien.

 

J’étais donc à la fois curieuse et sceptique avec ce nouveau roman, allais-je accrocher ou non ? Et bien… Pas plus que ça, il faut bien l’avouer. Même si on rentre dedans trèèèès facilement, et pour cause, on retrouve plein de personnages qu’on connait déjà. Mais pour la suite… J’ai eu l’impression d’assister à du fan service. On retrouve non seulement Simon (qui file le parfait amour avec son petit copain), et toute sa clique, mais il est aussi fait référence aux personnages de Mes hauts, mes bas et mes coups de cœur en série. Côté histoire par contre, j’ai trouvé ça plus que léger, d’autant que la fin est totalement prévisible. Donc passer plus de 200 pages sur les atermoiements d’une adolescente face à ses sentiments pour une autre, ça va bien 5 minutes, mais ça finit par devenir longuet quoi ! D’autant que le personnage de Leah n’est pas spécialement attachant, et même si au début ça ne me choquait pas, à force j’ai trouvé ça assez lourd. Elle est certes mal dans sa peau, mais du coup on a l’impression qu’elle en veut à la terre entière (y compris et surtout à sa mère, qui fait pourtant tout pour l’aider).

Je ne dirai pas que c’est un mauvais roman, et les amateurs des autres livres de Becky Albertalli seront sans doute contents de renouer avec certains personnages, mais ça reste très superficiel et peu original.

Côté représentation par contre, il y a pas mal de positif. On a donc un personnage bisexuel (Leah n’a fait son coming-out qu’à sa mère, mais elle se définit clairement), un personnage qui se cherche, des personnages gays qui s’assument, un personnage gros, des personnages racisés, et il est question de racisme, de biphobie. On évoque aussi très rapidement l’homoparentalité puisqu’il est question des deux mamans des personnages de Mes hauts, mes bas et mes coups de cœur en série. Et très très rapidement, on a également un personnage non binaire. Là pour le coup, c’est tellement rare que je trouve ça bien que ce soit représenté. Mais… Cela  me laisse un petit goût de pas assez. Le personnage ne fait que passer, et on ne s’attarde pas dessus (au moment d’une soirée qui a l’air mémorable, donc ça aurait pu être développé un peu plus je pense). C’est tellement anecdotique, que ça me fait me poser des questions pour un éventuel autre roman où cette fois ce serait Leah le personnage secondaire, et cette personne non binaire au centre du récit, mais bon, je dois me faire des films.

Les maux bleus, de Christine Féret-Fleury

maux bleusArmelle a 16 ans. Elle s’est rendu compte de son attirance pour les filles à l’âge de 13 ans, âge où elle a tenté de démêler ses questionnements, toute seule, dans son journal. Armelle aime la littérature, les mots, et est plutôt une âme solitaire.

Le roman commence par des mots violents : « Sale gouine », que l’héroïne se prend en pleine figure. C’est le début d’un harcèlement que ses camarades vont lui infliger heure après heure, jour après jour. En essayant de faire son coming-out à ses parents, Armelle se prend une claque supplémentaire, lorsqu’ils lui annoncent qu’ils vont aller manifester, avec la Manif pour tous, et qu’elle va les accompagner. La jeune fille, qui se sent rejetée dans son identité par absolument tout le monde, va craquer lors de cette manifestation, et faire comprendre à ses parents qu’elle est du côté des personnes contre lesquelles ils manifestent. Et malheureusement, ils vont très mal réagir, et la mettre à la porte.

Vous l’aurez compris, le sujet est assez dur. Le roman traite d’homophobie, que ce soit sous forme de rejet, de harcèlement, d’homophobie intériorisée, ou même plus subtile et sournoise du type « c’est seulement une phase ». Quand j’ai vu ça, je me suis dit enfin, on parle de ces enfants et ados, qui sont allés manifester avec leurs parents avec la Manif pour tous, alors qu’ils sont eux-mêmes LGBT ! Et aussi des enfants virés de chez eux, je ne suis pas sûre d’avoir vu souvent cette thématique dans des romans pour ados.

Pour moi, c’est donc un roman important, qui parle de la construction et de l’émancipation (dans tous les sens du terme) d’une jeune fille à partir de cet évènement traumatique. Armelle va trouver refuge chez des personnes qui vont l’aider à s’accepter, et le roman va alors prendre des petits airs de Faking it (série mignonne et sympa, pour celles et ceux qui ne connaissent pas).

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, et je mets juste un petit bémol au niveau de la cohérence. Bémol qui m’embête un peu parce que ça a pu me faire sortir d’un récit, dans lequel j’étais entièrement plongée, dans un livre qui parle de sujets importants. Par exemple, parler d’un film de 2017 alors qu’on est en pleine Manif pour tous, ou la rapidité avec laquelle Armelle trouve une solution et sans que les services sociaux n’interviennent. C’est du détail, et je pense que pour un œil adolescent, ça passera à la trappe. Ça ne m’a en tout cas pas empêchée de dévorer ce roman, et d’être touchée et émue par le chemin d’Armelle.

HAN_ComedyCOMAU-TourSQUARE-500x500-730x730Je fais une petite parenthèse puisqu’on parle d’homophobie. J’ai récemment vu le spectacle Nanette, d’Hannah Gadsby, et ça a été une claque énorme (rien que d’y penser, j’en suis à nouveau tourneboulée). Il est disponible sur Netflix, et je ne peux que vous le recommander. Petite précision avant toute chose, il s’agit certes de stand-up, mais même s’il y a des passages drôles, ne vous attendez pas à du « Youpi tralala, on va bien se marrer ». Non non non… Par contre, on va réfléchir et se prendre du lourd en pleine face, là où ça fait mal.

Hannah Gadsby parle du fait de grandir en Tasmanie, pays où l’homosexualité n’a été décriminalisé qu’en 1997, et parle donc d’homosexualité, d’homophobie, du genre, de misogynie, des violences faites aux femmes, mais aussi d’arts, de sensibilité, d’antidépresseurs… Et c’est juste, fort, émouvant, et d’utilité publique.

La Sirène et la Licorne, d’Erin Mosta

sirèneC’est l’été et le temps des amours estivales, le moment d’emporter un chouette roman sous le bras pour ses vacances.

Une fois n’est pas coutume, une belle couverture ça donne toujours envie. Et celle de Diglee n’échappe pas à la règle, c’est ce qui m’a en premier attirée vers ce roman, que je n’arrêtais pas de voir passer sur le web et les réseaux sociaux. En plus, on me promet une romance entre deux filles, forcément ça m’intéresse ! Que demander de plus ? Des chats peut-être ? Il y en a ! (Oui, je suis une gouine à chats, végétarienne de surcroit, j’assume !)

Bon, à part ça, La Sirène et la Licorne, de quoi ça cause ? Lili a 17 ans, un gros chat qui n’aime personne sauf elle, des cheveux arc-en-ciel, une passion pour les vieux films fantastiques, le maquillage (très coloré et pailleté, de préférence), les effets spéciaux « maison ». De nature peu sociable, elle a un seul ami, Rayan, un mec « quasi normal ». Suite à une vague de harcèlement et de cyber-harcèlement contre elle, la mère de Lili l’envoie chez sa tante (qu’elle connait peu) pour l’été, en Charente, sur la Côte sauvage.

Lili arrive donc dans un coin plutôt perdu (et bien différent de sa banlieue parisienne) et retrouve sa tante dans une vieille ferme qu’elle est en train de retaper. On comprend vite que cette dernière est un personnage un peu mystérieux pour Lili, d’autant plus qu’elle a l’air de vouloir garder certains secrets. La communication n’a pas l’air d’être une chose évidente dans la famille, ce qui peut expliquer les difficultés de Lili à exprimer ce qu’elle ressent.

Lili fait rapidement la rencontre d’une jeune fille qui vit à côté, Cris (qu’elle prend d’abord pour un garçon), propriétaire d’un petit chat blanc à trois pattes, venu s’égarer dans un buisson d’épines de la ferme.

Cris est l’opposée de Lili, elle semble fragile et timide, elle est sportive, et manifestement ancienne championne de voile. Mais tout comme Lili, elle semble avoir vécu des choses difficiles récemment. Les deux jeunes filles vont sympathiser, et s’attacher l’une à l’autre, chacune gardant ses fêlures et traumatismes pour elles, qui vont bien évidemment les rattraper.

Franchement, leur histoire est toute mignonne. Lili, la narratrice, est hyper attachante. Le récit est aussi suffisamment prenant pour nous entraîner dans les mystères de Cris et de la tante de Lili. Ça se lit tout seul, et ça donne le sourire. C’est frais, c’est joli, c’est touchant. Aucune raison de ne pas le lire en somme.