Archives pour la catégorie Roman jeunesse

Le soleil est pour toi, de Jandy Nelson

soleil pour toiCertains livres sont difficiles à résumer, de peur de trop en dire, ou parce que le fond de l’histoire n’est pas le plus important. Donc, comme point de départ, je vous dirai juste que dans ce roman, on va suivre deux adolescents, et plus précisément des jumeaux : Noah et Jude, que tout semble opposer.

Pour le reste, que vous dire… Que Le soleil est pour toi est un roman très beau, qui emporte… loin. Et qui touche, qui émeut, qui emmène dans des histoires de deuil, de fantômes, mêle spiritualité et art, montre des connexions entre les gens (spirituelles, familiales, artistiques, amoureuses…), nous emmène dans des univers artistiques. Car oui, pendant la lecture de ce roman, votre esprit sera rempli de couleurs, de lignes, de traits, de peintures, de matière, de sculpture, de sable, d’argile, de pierre… Mais aussi de douleur, d’amour, de haine (de soi-même, souvent), d’acceptation, d’ouverture, de compréhension…

Bref, ce roman est si beau, je ne peux que vous encourager à le lire.
Ouais, je sais, j’ai pas du tout parlé représentation. Et bien sachez qu’il est question d’homosexualité masculine, et que c’est bien traité, voilà voilà !

Merci à La bibliothèque volatile pour cette belle découverte !

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Symptoms of being human, De Jeff Garvin (livre en VO)

symptoms being humanRiley Cavanaugh fait sa rentrée dans un nouveau lycée, après avoir fréquenté un établissement privé.

Riley est genderfluid, et pour éviter de s’outer auprès des autres, iel s’habille toujours de manière « neutre », alors qu’iel aimerait pouvoir s’habiller de manière masculine ou féminine selon ses ressentis. A part sa thérapeute, personne ne sait qu’iel est genderfluid.

Alors, je vais commencer par les points négatifs, car il y en a, mais pour moi ça reste un roman important, sans doute parce que c’est le premier que je lis qui a pour personnage principal quelqu’un de genderfluid.

Donc le gros point qui peut poser question, c’est qu’on ne saura jamais quel est le sexe d’assignation de Riley. Et que, ça parait difficilement concevable que personne, jamais personne ne mégenre le personnage. Alors ok, on est sur un livre en anglais (bon courage pour la traduction en français, même si je doute qu’elle arrive un jour, et au pire, ils feront comme dans A comme aujourd’hui, le masculin étant considéré comme « neutre », bref…), mais que personne ne parle jamais d’iel comme d’un garçon/fils ou d’une fille, ou juste ne parle d’il ou d’elle, ça paraît peu probable. Deuxième question que ça me pose, le personnage est dysphorique, ça se comprend, mais on peut imaginer qu’iel a une dysphorie plus prononcée sur son sexe assigné, non ?

Et dans cette même lignée, je trouve dommage que ce roman montre deux personnages genderfluids de la même façon, c’est-à-dire androgyne au point de ne pas savoir comment les genrer, et avec un prénom mixte ! Ça reste assez réducteur, je trouve.

Mais, car il y a un mais ! Même si je peux rester sceptique sur certaines choses, en avançant dans ma lecture, j’ai fini par comprendre la vision de l’auteur, et même y adhérer, et j’ai pu voir au-delà de l’artifice.

Alors, certes, ça ne semble pas crédible à plein de niveaux mais honnêtement, je trouve que ça engendre des questionnements hyper intéressants. Notamment quand Riley se rend compte, alors qu’iel est genderfluid, qu’iel assume le genre des autres, comme tout le monde en fait. Et du coup, même si ça garde un côté artificiel, j’ai aimé ne pas connaitre le sexe d’assignation du personnage, parce que finalement, c’est un peu le seul espace de liberté qui reste…

Le personnage et son parcours sont vraiment touchants. On sent à quel point l’acceptation de soi est difficile, et finalement, c’est sa découverte des autres qui va l’aider à avancer (que ce soit à travers son blog, ou dans un groupe de discussion LGBTQ).

Donc oui, ça reste maladroit sur pas mal de points, mais pour moi c’est vraiment un roman positif, même (et surtout) s’il n’élude pas toutes les difficultés que peuvent rencontrer des personnes LGBTQ, et notamment des personnes transgenres.

Stéréotypes, de Gilles Abier

stéréotypesJ’étais intriguée par le résumé éditeur de Stéréotypes :

Après la quasi-destruction de l’humanité, les survivants ont mis en place une organisation personnalisée et égalitaire de la société, appelée la Synthèse. Dès sa naissance, chaque individu est testé pour déterminer son trait de caractère principal parmi neuf Types référencés. Le chiffre tatoué sur son poignet droit lui servira de guide pour toute sa vie, dans son éducation, son parcours professionnel et même sa sexualité. Car qui vit en harmonie avec sa personnalité profonde n’est pas enclin à faire le mal… Mais, les années passant, des Types dominants prennent le pouvoir, interdisant les relations entre Types différents. L’idéal d’harmonie de la Synthèse originelle devient apartheid. Aussi, des voix s’élèvent, des destins s’entremêlent et la résistance s’organise au nom du libre-arbitre et de la liberté d’aimer qui on veut.

Naïvement, c’est le genre d’histoire où je me dis qu’il y a un potentiel lgbt, donc j’ai envie d’aller voir ce que ça donne.

En lisant les premières pages, je me suis rendue compte que Stéréotypes reprenait à son compte le principe de l’ennéagramme. En relisant le résumé ça me semble évident mais je n’ai pas dû y prêter attention sur le coup. Le problème, c’est que m’étant intéressée d’assez près à ce sujet, je n’ai pas pu m’en détacher. Alors, oui, on est d’accord, Stéréotypes ne prétend à aucun moment être un livre documenté ou informatif, mais pourquoi prendre quelque chose qui existe dans ce cas ? Là, ce n’est pas simplement inspiré, puisque les neuf types de personnalités sont les mêmes que dans l’ennéagramme.

Bon, je sens que certains sont perdus, et c’est bien normal, donc l’ennéagramme déjà, qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit d’une typologie décrivant neuf types (ou ennéatypes) et correspondant à neuf motivations fondamentales, elles-mêmes liées à neuf évitements fondamentaux. Les neuf types peuvent être représentés sur une figure géométrique par neuf points inscrits dans un cercle.

Selon ses promoteurs, et contrairement à d’autres systèmes psychologiques, l’ennéagramme ne décrit pas des comportements, mais des motivations sous-jacentes qui vont provoquer des comportements chez les individus. Chaque type de l’ennéagramme (on parle aussi d’ennéatype) est piloté par une compulsion d’évitement. C’est-à-dire qu’il cherche à tout prix, et de manière souvent inconsciente, à éviter une chose particulière. Dans cette compréhension, il n’y aurait donc pas de bons ou de mauvais types.

Diagramme

Bref, je ne vais pas vous faire un cours sur l’ennéagramme (j’ai peur d’en avoir déjà perdu en cours de route), mais vous noterez que les 9 types sont répartis sur un cercle, et reliés par des flèches, et donc en gros, on n’est pas limité aux caractéristiques de son seul type. Personnellement, l’ennéagramme m’a beaucoup apporté, mais justement par sa richesse. Alors oui, il y aura certainement des points communs entre deux personnes du même type, mais c’est beaucoup plus complexe que cela, comme la nature humaine quoi ! Ce que l’on ne ressent pas du tout dans ce livre.

Certes, on est dans un monde qui bascule petit à petit dans l’autoritarisme. A la base, on typait les gens pour que chacun se connaisse mieux, et pour éviter les conflits et les guerres. Petit à petit on a dérivé dans un monde où les types sont organisés par corps de métiers (les Loyalistes sont dans les forces de l’ordre, les Altruistes dans le soin, vous avez compris l’idée), et où les personnes d’un type sont obligées d’avoir conjoint et enfants du même type.

Du coup, on se retrouve dans un monde assez caricatural, et personnellement, je n’ai eu d’empathie pour aucun des personnages. De même que certains éléments m’ont parus étranges, et peu cohérents : les enfants sont typés dès la naissance (voire même avant), mais certains sont des Entre deux. Mais d’où ça sort s’ils sont censés avoir leur propre type avant même la naissance ?!

Bref, en connaissant l’ennéagramme, ce livre n’a aucun sens, et en fait une simple caricature, comme si l’auteur était tombé sur une plaquette explicative sur le sujet, et l’avait réduit au maximum. Mais si on sort de cette, disons « inspiration », on se retrouve tout de même avec des personnages peu creusés et caricaturaux. Et franchement, je me suis profondément ennuyée et ai vraiment eu beaucoup de mal à finir ma lecture. Pour l’histoire, c’est globalement du déjà vu, et sans personnages attachants et avec un minimum de profondeur, ça tombe franchement à plat.

En termes de représentation lgbt, j’ai attendu un moment et commençais à désespérer, jusqu’au moment où une histoire entre deux garçons s’est profilée, et où j’ai désespéré pour d’autres raisons.

On a donc un jeune Entre deux de 17 ans, qui dans la même journée, se fait tester et typer, part en hélicoptère pour une nouvelle vie qui sort de nulle part, s’écrase en hélicoptère, et couche avec son « ravisseur » juste après le crash. C’est rapide, et peut-être un chouia too much, non ? Sans compter que son ravisseur s’avère être un monstre sans foi ni loi, mais que lui est partagé entre désir et répulsion. Mouais, mais à part son physique, on ne comprend vraiment pas ce qu’il lui trouve, donc encore une fois, où est la cohérence ?

Ajouté à cela que ce n’est pas très bien écrit, et je suis sûre que je vous ai donné une folle envie de vous plonger dans Stéréotypes.

Libération, de Patrick Ness

CVT_Liberation_7729Adam est un jeune homme de presque 18 ans, fils d’un pasteur évangélique, et accessoirement gay (dans le placard auprès de sa famille, on imagine bien pourquoi). Entouré d’Angela, sa meilleure amie, de Linus, son amant, et d’Enzo, son ex qui va fêter son départ le soir même, Adam s’apprête à vivre une journée pleine de mauvaises surprises.

Parallèlement à cela, on apprend qu’une jeune fille, Katie, a été tuée par son petit copain. Et son esprit va partir en quête de son assassin. Bon, je vous le dis toute de suite, on alterne les chapitres entre Adam, et cette fameuse Katie, enfin son fantôme quoi, et, comment dire… Autant les chapitres sur Adam sont très bien, autant j’ai lu les autres en mode « What the fuck ?! » et avec un ennui non dissimulé. Comprenez-moi bien, je n’ai rien contre les histoires de fantômes mais là, franchement, je ne vois pas du tout, mais alors vraiment pas, ce que ça peut apporter à l’histoire.

Mais, le reste est franchement chouette, donc ben, j’ai pris mon mal en patience et j’ai lu en diagonale les chapitres qui ne m’intéressaient pas, au cas où ça aurait une importance pour le reste de l’histoire (spoiler alerte : non).

J’ai beaucoup aimé entrer dans la vie d’Adam, qui clairement en bave beaucoup en cette journée. J’ai aimé sa relation avec sa meilleure amie, ses difficultés avec l’amour et les sentiments amoureux, sa sexualité qui, même si elle est cachée, est présente et plutôt épanouie, et ses relations compliquées avec sa famille. Clairement, c’est la partie que j’ai trouvée la plus intéressante. Adam est le plus jeune. Son grand frère est promis à un avenir religieux, et il est beau comme un dieu. Mais, car il y a un mais, il n’a pas le pouvoir charismatique d’Adam. Et on sent les parents partagés, entre ce fils plein de potentiels, mais qui, ils le sentent bien, ne rentre pas dans les cases qu’ils attendent, et leur aîné, qui a tout du fils idéal (jusqu’au jour où) mais qui leur semble bien terne. J’ai trouvé l’échange entre Adam et son père extrêmement fort, juste et douloureux. Et rien que pour ça, je trouve que Libération en vaut la peine.

Le Renard et la Couronne, de Yann Fastier

renard couronne.gifA la fin du XIXème siècle, en Dalmatie, la jeune Ana, 10 ans, se retrouve à la rue après avoir perdu sa grand-mère, son unique famille. Quittant son village, elle part en quête de travail dans une ville voisine, et intègre une bande d’enfants des rues, menée par une fille un peu plus âgée qu’elle, Dunja. Et… Je ne vous en dis pas plus, tant ce pavé dévoile ses surprises petit à petit, dans la plus grande tradition romanesque. Le destin d’Ana, aux origines mystérieuses, est plein de rebondissements, pour elle, comme pour les gens qui l’entourent.

Yann Fastier nous plonge au milieu d’une galerie de personnages, sillonne les pays d’Europe, nous promène de langues en langues (y compris au sein d’une même langue, la petite Ana ayant appris un français du 17ème siècle, qu’elle parle parfaitement, mais qui crée un décalage avec ses contemporains), et nous fait tourner les pages avec bonheur.

Je vous avais déjà parlé de Yann Fastier, avec son roman La volte, auquel je n’avais pas accroché, pour diverses raisons. Il se rattrape largement ici, et je pense que petits et grands s’y retrouveront. Amateurs d’aventures, de mystères, de littérature, il y a de quoi se faire plaisir.

Pour ce qui nous intéresse ici, je ne vous spoile pas trop en vous disant qu’il va se passer des choses entre les deux jeunes filles. Mais pour ne rien vous cacher, ce n’est pas ce qui m’a le plus accrochée dans l’histoire. Ceci dit, c’est assez plaisant de se plonger dans une histoire totalement romanesque ou, pour une fois (enfin, ce n’est pas la première, Sarah Waters est très forte pour ça, mais pour le coup, on est clairement dans une littérature plus « adulte ») l’héroïne est attirée par une autre femme. Leur histoire est mignonne, mais j’ai trouvé ça un peu gnangnan… à mon âge. Peut-être et même probablement, qu’ado, j’aurais apprécié.