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Pourquoi la représentation est toujours importante (deuxième volet)

J’ai parlé en début d’année de l’importance de la représentation, et suite au #NationalComingOutDay, j’ai eu envie de compléter ce premier article par un billet un peu plus personnel.

Je l’ai dit précédemment, la représentation est primordiale pour les personnes concernées, et quand je dis primordiale, je pèse mes mots, puisque se voir représenté.e, savoir que l’on n’est pas seul.e, et pas condamné.e à être malheureux.euse peut parfois être une question de vie ou de mort.

Je reprends donc mon expérience, qui rappelons le, n’appartient qu’à moi, je ne parle pas au nom des autres. J’ai grandi avec un accès important à la culture, je ne suis vraiment pas à plaindre de ce côté-là, et je peux dire qu’enfant, j’étais vraiment ce qu’on appelle un rat de bibliothèque. J’ai donc dû lire à peu près tout ce qui se trouvait dans ma bibliothèque de quartier, et pourtant, je n’ai quasiment jamais été en contact avec du contenu clairement lgbtqi.

Soyons clairs, je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, et je trouve cette évolution admirable. Mais à l’époque (pas si lointaine), le rayon jeunesse était loin d’être aussi développé qu’aujourd’hui, et à treize ans, pouf, on passait du « côté des adultes », sans guère de propositions intermédiaires.

J’ai donc grandi dans un monde totalement hétéronormé et cisnormatif. Puis j’ai passé mon adolescence en quête de représentations de gens « comme moi ». Avec un succès un peu mitigé, puisque comme dit précédemment, la plupart des films que j’ai vus à cette époque avec des lesbiennes étaient franchement glauques et/ou déprimants. Mais bon, malgré tout, je savais au moins que l’homosexualité existait, ne serait-ce qu’à travers tous les « sales gouines » et « sales PD » entendus à tour de bras au collège et au lycée.

Pour ce qui est de l’orientation sexuelle, je savais des choses, c’était un sujet un peu tabou, mais malgré tout, plus ou moins connu de tous. Ça ne m’empêchait pas de me sentir unique au monde, mais au fond de moi, je savais qu’il en existait d’« autres ». (Où étant la vraie question, à l’époque, j’avais l’impression que ça restait très marginal, alors que tellement pas en vrai, mais je m’égare)

Bon, par contre, l’identité de genre c’était un tabou ultime, là ça n’existait clairement pas du tout. Je n’arrive pas à me rappeler de représentations que j’ai pu avoir enfant, ni même de la première fois que j’ai entendu parler de transidentité. C’est totalement flou.

J’ai le souvenir très précis d’avoir vu mon premier Almodovar au cinéma avec Tout sur ma mère, mais j’ai pu tomber sur d’autres avant, à la télévision, qui m’ont moins marquée à l’époque (peut-être parce que j’étais un peu trop jeune pour entrer dans son univers). J’ai un souvenir encore plus précis, avec Boys don’t cry, toujours au cinéma. J’avais à peine 16 ans, je découvrais ma préférence pour les filles, et ce film a été une grosse claque émotionnelle. Je me souviens avoir été marqué par le fait que ce soit tiré d’une histoire vraie, et m’être intéressé au vrai Brendon Teena. En tout cas, pour le coup, ça donnait une image de la transidentité franchement dramatique et effrayante.

En termes de représentations d’identités de genre, ça n’allait donc pas très loin…

En 2003, alors jeune étudiante, je découvre un livre de Jeffrey Eugenides, Middlesex, saga familiale avec un personnage intersexe. Je me rappelle d’une certaine fascination pour ce livre, et surtout pour ce personnage. Je ne crois pas me questionner consciemment sur mon genre à l’époque, mais mon intérêt pour ces questions est présent depuis longtemps. Le travestissement m’a toujours fasciné, de même que l’ambiguïté de genre. Par la suite, j’ai pioché à droite à gauche des représentations qui pouvaient me toucher de plus ou moins près. Que ce soit du côté des livres avec L’âge d’ange, Le chœur des femmes, ou encore Testo junkie. Ou côté cinéma avec des films comme Tomboy et XXY…

C’est laborieux de parler de soi. Je me suis construit comme j’ai pu, sans réellement me retrouver dans des personnages. J’ai beaucoup grandi au contact d’autres personnes LGBT, notamment à travers Internet. J’ai appris beaucoup de choses sur le genre en passant par ce biais. Ça n’a pas empêché mes questionnements sur un forum, autour de la vingtaine, d’être plus ou moins balayés d’un revers de la main en mode « Tu te prends la tête pour rien ». Bon, soit… Sauf que, évidemment, ce « rien » n’est jamais parti, et ne m’a jamais laissée en paix, même si le déni m’a suivie longtemps, très longtemps.

Je ne peux pas m’empêcher de ressentir un sentiment d’envie, de jalousie, quand je vois tout ce à quoi les jeunes ont accès aujourd’hui. Parce que je sais bien, qu’aujourd’hui, en amenant ce type de questionnements, je n’aurai pas du tout les mêmes réponses. Mais j’ai 34 ans de rejet de qui je suis derrière moi, et tout ce que j’ai nié, refusé, c’est autour de ça que je me suis construite.

Bref, maintenant je sais (enfin !) que d’une part, je ne suis pas seule, et d’autre part, que mon identité de genre est tout à fait légitime. Et franchement, ça fait du bien. Il n’empêche que la représentation des personnes non binaires (et oui, le mot est lâché) est toujours quasi inexistante, et que c’est compliqué de ne jamais se voir nulle part. Il y a de timides avancées, et je vois bien que ça évolue, mais ça reste frustrant de voir que ça prend autant de temps et que même en cherchant bien, le nombre de livres, films ou séries avec des personnages non binaires reste franchement limité.

Petite mise à jour du 8/11/2018

Je me rends compte après la rédaction de cet article, et surtout sa réception, que la non binarité n’est pas du tout une évidence, ce que je comprends, et que je n’avais pas vraiment anticipé. Je me permets donc de vous conseiller une vidéo d’Alistair, très bien faite et très pédagogique, qui vous permettra d’en savoir un peu plus sur le sujet.

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Bibliothèque biblioqueer

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Un petit article pour vous signaler une nouveauté sur le blog. J’ai pris le temps de créer une nouvelle page recensant le maximum de mes lectures lgbt. En effet, je suis toujours frustrée de me contenter de voir ici mes lectures actuelles mais pas certains noms ou ouvrages qui me tiennent à cœur (Viriginie Despentes ou Allison Bechdel, notamment). Donc j’ai essayé de me souvenir de tout ce que j’avais lu au cours de ma vie… Autant vous dire qu’il y a probablement des manques, et que la page va évoluer et s’agrandir au fil du temps, que ce soit avec des lectures passées ou actuelles.

Cette bibliothèque est donc toute personnelle, mais je me dis que ça peut être un point de départ et donner des idées de lectures, même sans avis plus précis. J’ai fait au mieux, et ai classé par genre littéraire. On trouve donc de grandes catégories : BD, Jeunesse, Littérature, Essai et Témoignage et des sous catégories (libraire un jour, libraire toujours, bref, je vous laisse découvrir). J’ai essayé de mettre le maximum d’infos, et en gras j’ai noté si c’était lesbien, trans, féministe etc…

En termes de classement, vous verrez que c’est par genre littéraire mais pas séparé par orientation ou identité sexuelle. Plusieurs raisons à cela. Déjà, je tiens à préciser que l’apparition d’un personnage lgbt peut être central, comme beaucoup plus anecdotique dans cette liste. Ensuite, je ne suis pas forcément pour le cloisonnement et j’aime les découvertes donc je trouve ça plus intéressant de se laisser tenter quel que soit la ou les thématiques abordées. Aussi, j’avoue que ma mémoire est loin d’être parfaite, et que j’ai peut-être oublié certains personnages et/ou certaines représentations.

Un point qui m’a un peu dérangée au moment de faire cette bibliothèque, mais je n’ai pas vraiment trouvé de solution. Lorsqu’il s’agit d’un livre que j’ai déjà critiqué, je vous ai mis le lien vers l’article, mais pour le reste, je n’ai mis aucun commentaire ou avis. J’ai d’abord pensé à mettre un barème sous forme d’étoiles, car très honnêtement, dans ces livres, j’ai de gros coups de cœur, mais aussi des déceptions, des livres qui m’ont laissé mitigée, et d’autres encore qui ne m’ont laissé aucun souvenir ! Donc pourquoi pas une note à partir de là ? Tout simplement parce que je trouve ça trop injuste de juger de la même façon un livre que j’ai lu il y a une semaine, un an ou dix ans. Et aussi, parce que je vous en parlais il y peu avec Y le dernier homme, mon avis peut changer, et des choses qui ne me semblaient pas problématiques avant peuvent me sauter aux yeux maintenant. De même que j’ai pu passer totalement à côté d’un livre à un instant t, ça ne veut pas dire qu’il était forcément mauvais, ce n’était peut-être juste pas le bon moment pour cette lecture. N’hésitez pas cela dit si vous avez envie d’en savoir plus, à me poser des questions en commentaires.

Internet a toujours été une mine d’or pour moi, pour savoir de quel côté aller explorer. J’espère donc que mes lectures pourront vous aider à alimenter votre propre bibliothèque. Soyez curieuses et curieux, et je vous souhaite de belles découvertes !

Bilan bordélique

Et si je repartais avec un petit bilan sans queue ni tête de derrière les fagots (ou faggots ? houlà mon dieu, ça commence mal, quelle blague totalement douteuse !).

Bref, en ce moment, c’est un peu compliqué dans ma tête, et je manque clairement de concentration, ce qui fait que je commence 50 bouquins à la fois, mais que je n’en finis aucun, c’est un peu la loose quoi… Mais bon, j’ai deux ou trois lectures derrière moi dont je peux quand même vous dire quelques mots.

dites loupsJ’avais repéré il y a un moment déjà Dites aux loups que je suis chez moi, de Carol Rifka Brunt (éditions 10/18) sur un blog, mais je suis confuse je ne me souviens plus lequel… Il se déroule aux États-Unis à la fin des années 80, et raconte l’histoire de June, une adolescente de 14 ans dont l’oncle Finn avec qui elle a une relation particulière et un peu exclusive, est sur le point de mourir. June savait que son oncle était gay, et avait le Sida, mais lors de son enterrement, elle se rend compte que ses parents ne veulent pas de la présence d’un homme qu’elle ne connaît pas. Sa sœur, Greta, lui révèle que c’est lui le responsable de la mort de leur oncle. Ce fameux inconnu va faire en sorte de se rapprocher de June, qui va en découvrir plus sur son oncle, mais aussi sur sa famille.

Dites aux loups que je suis chez moi ne traite pas vraiment du Sida et de l’homosexualité, même si évidemment ils ont un rôle important dans l’histoire, d’autant plus qu’on est à la fin des années 80 et que le Sida est encore auréolé de beaucoup de méconnaissances et de préjugés, mais plutôt des liens familiaux. Notamment les relations frère sœur, entre Finn et la mère de June, et entre sœurs, avec Greta et June. Le livre est assez réussi de ce point de vu là, June et Greta grandissent chacune de leur côté, peinant à retrouver une relation qu’elles avaient plus jeunes, et cela fait écho aux difficultés qu’il y a pu avoir dans la relation entre leur mère et leur oncle.

Honnêtement, le livre est chouette, je l’ai lu très vite, mais pourtant, même si je l’ai aimé, il m’a manqué un petit quelque chose pour que ça me laisse un grand souvenir.

argonautesAutre lecture récente, Les Argonautes, de Maggie Nelson (aux éditions du Sous Sol). Bon, j’avoue avoir été un peu déçue en le lisant, mais aussi sans doute parce que j’en avais beaucoup d’attentes. Je l’ai repéré dans un coup de cœur de libraire en qui j’ai une confiance absolue, mais il faut croire que sur ce coup-là, nos goûts ne sont pas les mêmes. Entre essai et autofiction, Maggie Nelson nous fait part de sa vision du couple, de la famille, de la maternité tout en y intégrant la question du genre, puisque son compagnon est transgenre. Pour tout vous dire, en commençant ma lecture, j’ai pensé à Testo junkie, de Paul B. Preciado (pour le côté mélange de questionnements philosophiques sur le genre et récits intimes et sexuels) donc j’avais vraiment l’impression que ça allait me plaire ! Mais j’avoue que le côté entremêlé des questions philosophiques avec citations et évocations de grands noms comme Judith Butler, Gilles Deleuze ou Roland Barthes m’a au final totalement perdue… Je le relirai peut-être un peu plus tard, et verrai si ma vision change ou non.

Autre lecture, BD cette fois ci, Féministes Récits militants sur la cause des femmes, aux éditions Vide cocagne. Seize autrices et un auteur trans viennent y parler de féminisme, chacun.e à sa façon, et avec des thématiques et des graphismes différents. C’était franchement chouette, donc je reviendrai vous en reparler plus longuement, heu, un jour.

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Et là, je viens de commencer Homo inc.orporated Le triangle et la licorne qui pète, de Sam Bourcier aux éditions Cambourakis (mais si vous savez, la collection Sorcières avec le merveilleux Peau par exemple), qui vaut déjà le coup rien que pour le titre et la couverture ! Plus sérieusement, ça a vraiment l’air intéressant, donc j’espère réussir à m’y plonger pleinement et à revenir vous en parler à l’occasion.

Ça me fait penser que j’ai eu envie de me plonger dans ce livre en particulière (qui m’attend comme tant d’autres depuis quelques temps) suite à une table ronde au festival des Intergalactiques. Qui m’a aussi rappelé qu’il était également grand temps de lire Ursula Le Guin. J’ai pu assister à plusieurs tables rondes fort intéressantes, et apercevoir Lizzie Crowdagger (à qui je n’ai évidemment pas osé parler).

Suite à cela, ma vie s’est presque déroulée comme un épisode de The L word, puisqu’en rentrant chez moi, j’ai découvert que mon cumulus avait fui et provoqué un dégât des eaux chez mes voisines du dessous, inconnues jusque-là, et que je vivais donc juste au-dessus d’un couple de gouines à chats féministes.

Ce point sur ma vie étant fini, je suis juste contente de pouvoir conclure, et ce même si je le savais déjà, que nous sommes partout, n’en déplaise à certains.

Pour finir (cette fois ci pour de vrai), avec un sujet un peu inhabituel ici, je suis tout récemment allée au cinéma voir My wonder women, sur le créateur de Wonder Woman donc et j’avoue avoir énormément aimé ce film. Mais aussi avoir été très surprise ! Je ne suis absolument pas une fan de Wonder Woman, je n’ai lu aucun des comics, et n’ai pas vu le film sorti il y a quelques temps, mais j’imaginais qu’un film autour de son créateur aurait un petit succès. Certes, pas autant qu’un film avec des super héros dedans (perso j’y suis totalement hermétique, pardonnez-moi, j’en suis juste restée aux Batman de Tim Burton, et à Michelle Pfeiffer en Catwoman (ahhhh soupir amoureux)) mais tout de même, un minimum quoi ! Avant de me rendre compte que le film ne passait quasiment pas, et de le découvrir dans une salle minuscule. Du coup je m’interroge, c’est parce qu’il s’agit d’un trouple ? Qu’il y est question de bondage ? Non parce qu’honnêtement le film reste hyper hollywoodien dans son traitement. On a un film romantique, avec de beaux personnages qui s’aiment, bon juste ils sont trois, et pour l’époque, ça ne se fait vraiment vraiment pas (surtout qu’ils ont construit une famille et ça ça passe encore moins). Mais ici il est question de féminisme, de regard des autres, de censure, d’amour et d’acceptation. Et puis Will et Elizabeth Marston ont inventé le détecteur de mensonges, ce n’est pas rien ! (et ça permet une très belle scène au film à l’occasion)

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Apparemment le film s’éloigne pas mal de la réalité, je n’en sais rien, et je ne juge ici que l’œuvre de fiction, et pas la vie des personnes dont elle est inspirée.

Le nom de la réalisatrice, Angela Robinson, m’évoquait quelque chose, et pour cause, c’est la réalisatrice de D.E.B.S., dans un tout autre genre, mais qui est un film très sympathique et lesbien. Du coup, une réalisatrice, et de surcroit lesbienne, ce n’est peut-être pas assez bancable ?! Enfin bon, allez-y si vous avez l’occasion, c’est un très chouette film.

 

Y le dernier homme et blabla

Yo les gens, I’m back ! Oui je sais, j’ai déjà disparu de ce blog beaucoup plus longtemps que ça mais bon, j’ai toujours espoir de me tenir un peu plus à jour, d’autant que potentiellement, j’ai toujours largement de quoi alimenter ce blog.

Bref, ces derniers mois ont eu lieu quelques changements dans ma vie, notamment d’un point de vue professionnel, me laissant plus de temps libre, ce qui n’est pas flagrant par ici.

Globalement, j’ai plein de lectures à rattraper, et je sais déjà que certaines pourront donner lieu à des articles, mais aussi des choses à relire, pour enfin venir en parler (parce que clairement, et pour n’en citer qu’une, ça manque de Virginie Despentes !).

Mais qui dit relecture, peut aussi dire changement de point de vue… Je l’avais déjà évoqué dans mon article sur Le bleu est une couleur chaude, c’est un peu LA bande dessinée qui m’a ouverte au neuvième art, mais honnêtement, même si j’y reste très attachée, je ne peux pas nier qu’elle a des défauts.

Par ailleurs, il y a des livres et des auteurs qui m’ont marquée à un moment de ma vie, et que je me sens incapable de lire ou relire aujourd’hui, Nina Bouraoui par exemple, est le premier nom qui me vient en tête. Et pourtant, j’ai été très profondément touchée par ses ouvrages, je les ai aimés passionnément. Est-ce qu’aujourd’hui j’ai envie de m’y replonger ? Ben clairement non, mais du coup, ça veut dire ne pas en parler ici, alors que c’est une autrice qui y a tout à fait sa place.

J’en profite pour rebondir là-dessus, et pour garder en tête que ce blog donne un avis à un instant t, et qu’il n’aurait pas été le même dix ans avant, et ne serait pas le même dix ans après. Parce qu’évidemment, je change, je suis en constante évolution et construction, et mes grilles de lecture évoluent.

Et tout ça pour en arriver où ?! Et bien à une récente relecture évidemment (que de blabla pour en arriver là, je sais, je sais).

Donc, comme dit plus haut, courant 2010, je m’ouvrais aux joies de la bande dessinée avec la lecture émouvante du Bleu est une couleur chaude. Suite à cela, quelqu’un de bien intentionné (à qui je dois aussi les lectures de L’assassin royal et la découverte de Laura Kasischke) m’a conseillé le comics Y le dernier homme. Que j’ai dévoré avec bonheur pendant l’été (les mois d’août peuvent être longs en librairie, mais je m’égare, encore). Et que j’ai ensuite partagé avec d’autres, aussi enthousiastes que moi à cette lecture. Quelques années plus tard, Urban comics s’étant décidé à les publier sous forme d’intégrales, j’ai craqué, et ai ajouté ces cinq gros volumes à ma bibliothèque déjà bien garnie. Me jurant bien évidemment de les relire rapidement (quelle naïveté !).

Ce qui nous amène quelques années plus tard, et à ma relecture. Déjà, Y le dernier homme, de quoi ça cause ? Au même moment, et ce dans tous les pays du monde, tous les mâles (enfin tous ceux qui possèdent un chromosome Y, mais j’y reviendrai), humains ou animaux meurent pour une raison que l’on ignore. Sauf, un certain Yorick Brown, ainsi que son singe, un capucin nommé Esperluette. Les femmes vont devoir s’organiser pour que le monde continue à tourner (la moitié de la population ayant disparu d’un coup, cela a créé quelques dégâts). Yorick, un jeune homme qui n’a rien d’un héros, souhaite retrouver sa petite amie, Beth, qui était en Australie au moment des faits. Mais il va vite (enfin plus ou moins, c’est un jeune homme assez égocentrique tout de même) comprendre que sa vie personnelle n’est plus la priorité. Accompagné de l’agent 355, membre du Culper Ring, et du Dr Mann, spécialiste du clonage, ils vont tenter de découvrir d’où vient le fléau qui a tué tous les hommes.

Au scénario de ce comics, on a un certain Brian K. Vaughan, qui a le vent en poupe depuis un petit moment maintenant, dont la série la plus connue est Saga. Donc oui, on a une bonne histoire, prenante, dont l’intrigue est plutôt bien ficelée, avec un côté aussi humoristique et de multiples références à la culture pop. Très franchement, on passe un bon moment. Mais, car évidemment il y a un mais, ma vision des choses a changé depuis ma première lecture, et je suis assez gênée par certains aspects.

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Bon déjà un premier point, et là je pense qu’il s’agit d’une erreur de traduction mais ça fait mal quand même, parler de transexuelles pour évoquer des trans ftm, ça n’a choqué personne ?! Et pour enchainer là-dessus, il n’est quasiment jamais question dans le comics de personnes trans, ou alors c’est vaguement évoqué, mais on n’en croise pas. L’évocation nous fait d’ailleurs comprendre que ces personnes ont été tués par des amazones, ne supportant plus la moindre représentation masculine. Enfin bref, en termes de représentation d’identités de genres, on peut le dire, Y le dernier homme est assez nulle (et transphobe), et c’est franchement dommage. On reste sur une représentation totalement binaire, en occultant donc les personnes trans, mais aussi les personnes intersexuées. C’est bien beau de dire que tous les animaux (humains ou non) avec un chromosome Y sont morts mais ça reste un peu simpliste. Bon, admettons, je veux bien que pour les besoins du scénario, ce soit plus pratique, mais c’est vraiment dommage. Je suis malgré tout consciente aussi qu’en quelques années, les questions d’identités de genre sont un peu plus traitées, et qu’à l’époque, c’était peut-être moins le cas.

Mais malgré tout, vu le sujet de base du comics, on pouvait s’attendre à quelque chose de fort niveau féminisme et représentation lesbienne ! Non ? Ben pas vraiment, c’est vrai, on a beau avoir une lesbienne dans les personnages principaux, ça n’amène pas grand-chose à l’histoire. De même que l’espèce de triangle amoureux entre nos trois héros n’est pas franchement crédible, voire limite ridicule parfois. Donc je me questionne, est ce que c’est lié au fait que le scénariste est un homme blanc cisgenre (hétéro ?), ça me parait assez probable. Après tout, dans ce comics, même si tous les personnages sont des femmes, le personnage principal reste malgré tout un homme (blanc cisgenre et hétéro, donc vous l’aurez compris) et tout tourne autour de sa petite personne.

Oh, j’oubliais aussi le côté homophobe du livre (en plus de faire coucher ensemble 355 et le Dr Mann pour une raison assez mystérieuse, à part titiller la curiosité du mâle hétéro) lorsqu’une des femmes refuse que son fils s’habille en « fille » pour ne pas devenir gay (ce qui est assez ironique, dans un monde entièrement féminin, mais reste cependant homophobe).

Bref, je ne sais plus que dire sur ce comics, c’est un bon divertissement, je ne peux pas le nier, mais le sujet de base pouvait amener plein de questions féministes, et ouvertes à des thématiques queer et ce n’est pas du tout le cas voire ça sent carrément mauvais par moments et c’est bien dommage.

 

Une chronique du sexisme ordinaire

Vaste sujet, me direz-vous, et vous avez bien raison ! Mais bon, je bosse en librairie, et comme vous devez vous en douter, je suis souvent confrontée au sexisme ordinaire. Déjà, je regarde le rayon BD jeunesse ou le rayon manga, et ma vue se brouille avec tout ce rose…

Bon résumons, quand j’étais gamine, je lisais tout ce qui me tombait sous la main, et oui, il n’y avait pas tant de personnages féminins que ça en littérature jeunesse. Là comme ça, je pense à Fantômette, Mafalda, Claude dans Le club des cinq… J’ai fait avec, et quand je vois tout ce qui parait actuellement en littérature jeunesse et young adult, je me dis qu’il y a de quoi se faire plaisir (ce que je fais, même si j’ai passé l’âge, non mais !). Bref, tout ça pour dire que je suis bien contente de voir l’offre s’élargir mais que je trouve dommage que les clichés soient aussi présents.

J’ai eu envie d’écrire cet article et mes réflexions suite à deux évènements.

Le premier : coup sur coup, deux personnes (de sexe masculin) m’ont dit qu’elles assimilaient les BD de Marion Montaigne aux BD girly. Stupéfaction totale de ma part (j’ai quand même été rassurée ensuite par plusieurs personnes de mon entourage qui sont restées aussi surprises que moi). Quoi, Marion Montaigne « girly » ?! Bon déjà, on est d’accord que ce mot serait à proscrire à tout jamais, est ce qu’on parle du genre « boyi » ? Non, parce que par défaut, c’est tout ce qui n’est pas « girly », merci les « mecs ». Tiens d’ailleurs, ça me rappelle une vidéo d’une conférence à Angoulême je crois, où Lisa Mandel faisait un petit test auprès du public pour savoir comment il différenciait les BD faites par des femmes et celles faites par des hommes. Et bien les résultats, même si ça restait assez sommaire, montraient bien les clichés qui ressortent habituellement, et montraient aussi qu’il n’était pas possible de faire la différence (quelle surprise, n’est ce pas ?!).

Donc en quoi Marion Montaigne ferait des BD « girly » ? Pour moi ces BD sont drôles (très), instructives (aussi !) mais pour le reste… Mais c’est une femme, c’est vrai, j’avais oublié ce petit détail. Est-ce à dire pour autant qu’elle fait des ouvrages majoritairement destinés aux femmes ? Je ne pense pas, non.

Autre événement donc, une dame arrive et me demande un conseil pour un petit garçon de 8 ans, avec de préférence, une BD non genrée. Bon déjà, là j’avais très envie de la prendre dans mes bras, mais je suis restée digne et me suis retenue. Je lui ai donc conseillé Momo, parce que c’est trop chouette comme BD ! Non seulement elle a bien accroché, mais en plus, en partant, elle m’a dit qu’elle était contente d’offrir une BD avec une héroïne à destination d’un petit garçon. Ce qui devrait être logique en fait ! Parce qu’en tant que fille, on vit dans un monde où les mecs cis-hétéros blancs sont surreprésentés, et donc on prend l’habitude de s’identifier à différents personnages. Les garçons non. Donc dès qu’on propose un livre quel qu’il soit (parce que ça ne se résume pas au public jeunesse, que ce soit clair) avec un personnage féminin, si c’est à destination d’un homme, il y a toujours le risque que ce soit refusé. Étrangement, pour les femmes, je n’ai jamais eu le cas de figure…

Je me rends compte que ça rejoint mes réflexions sur la représentation. Je suis assez déprimée par la surabondance de rose dans les rayons jeunesse, par la binarité shojo/shonen en mangas (alors qu’en plus, encore une fois, plein de filles lisent les deux, contre peu de garçons), et ce qui est gênant encore une fois, ce n’est pas qu’il y ait du rose, de la romance, des paillettes (quoi que… ) et du « girly », non ce qui est gênant c’est qu’on se limite à ça. La diversité, il n’y a rien de tel ! Et ça commence à apparaître, avec des BD comme Les carnets de Cerise, Astrid Bromure, Hilda, Zita fille de l’espace, Momo et bien d’autres que j’oublie, mais combien de personnages féminins par rapport aux personnages masculins ? Combien de filles aventurières, qui vivent autre chose que leur quotidien à l’école ? Quand est ce qu’on arrêtera de nous cantonner à des rôles domestiques ? Nous aussi on a le droit de vivre des aventures chouettes, qui envoient du pâté et qui nous sortent du quotidien, boudiou !