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Pourquoi la représentation est toujours importante (troisième et dernier volet) (Ainsi s’achève ce blog)

En 2018, j’écrivais deux articles sur la représentation (ici et ), et même si ça ne semble pas si loin, j’ai l’impression qu’une vie s’est écoulée depuis.

Vous l’aurez noté, ce blog est à l’abandon depuis le mois de juillet. Ça a commencé bien malgré moi, et l’alimenter m’a clairement manqué. Et puis, ces dernières semaines, j’ai pu faire le point, et me rendre compte que j’avais envie de passer à autre chose. J’ai travaillé et conseillé en librairie, puis en quittant mon boulot, j’ai continué à donner des conseils ici sur des sujets qui me tenaient à cœur, et c’était chouette, vraiment.

Tenir un blog, c’est chronophage, et j’ai envie d’utiliser mon temps (de lecture comme d’écriture) pour d’autres projets. D’autant que d’autres personnes parlent déjà très bien de diversité (entre autres Planète Diversité, la chaine youtube de Mx Cordélia, la Rainbowthèque).

Quoi de mieux pour clore ce blog que de parler une dernière fois de représentation ?

Dans mon deuxième volet, je faisais mon coming out non binaire. Et du coup, j’ai clairement l’impression d’être un baby-enby. C’est « drôle » parce que j’ai déjà vécu tout ça en tant que lesbienne : l’acceptation, les coming out (à soi-même d’abord, puis aux autres), et la recherche de représentation ! Et en ce qui concerne ce dernier point, j’ai l’impression de galérer presque autant que le bébé lesbienne de 16 ans que j’étais, et qui n’avait pas encore Internet. Alors, j’en rajoute, un chouia. Mais franchement, c’est pas évident de trouver des personnages non-binaires.

Déjà, heureusement que je me dépatouille pour lire en anglais, sinon, je n’aurai clairement pas grand-chose à me mettre sous la dent. Et au-delà de ça, ne serait-ce qu’en terme de visibilité, je note que les personnalités non-binaires auxquelles je pense (il commence à y en avoir quelques-unes) sont américaines (ou en tout cas anglophones). Donc en France, on n’existe pas ?

En plus de ça, comme je n’ai plus 16 ans depuis longtemps, j’ai tendance à être beaucoup plus exigeant·e. Alors pour l’instant, je note deux grandes catégories dans mes lectures : soit la tranche de vie avec les passages obligés (coming-out etc), les mêmes qu’on a connus avec les questions lgbt ; soit des personnages non-binaires dans des univers alternatifs : fantasy ou science-fiction. J’ai pas fait d’étude statistique sur la question hein, c’est juste ce qui ressort de mes impressions. Problème pour moi : j’ai rien contre les histoires de coming-out, mais j’ai aussi envie d’autres choses, et je lis globalement très peu de science-fiction et de fantasy (avec des exceptions, notamment toute la saga de L’assassin royal, mais j’y ai passé une bonne partie de mon année 2019, donc ça suffit maintenant !). En fait, j’ai juste envie de lire des histoires diverses et variées, avec des persos divers et variés. Simple sur le papier, mais tellement plus compliqué dans les faits.

Je découvre en ce moment le travail d’Iris Brey (vous pouvez l’écouter entre autres dans Les couilles sur la table, ou lire l’un de ses deux ouvrages Sex and the series et Le regard féminin). Elle parle de représentation et notamment du male gaze et c’est vraiment intéressant.

Et l’écouter a rejoint certaines des réflexions que je me faisais récemment, sur l’influence des représentations sur nos propres goûts, ou nos propres comportements. J’y pensais notamment par rapport à l’image des lesbiennes. Globalement, on voit surtout des lesbiennes/bisexuelles féminines sur nos écrans. Même dans une série censément centrée sur ces personnes comme The L word (ancienne ou nouvelle génération), les butchs et les lesbiennes masculines sont quasiment invisibles. Résultat, les mecs hétéros sont contents parce qu’ils peuvent se rincer l’œil, et une partie des lesbiennes n’est pas représentée et n’existe tout simplement pas à l’écran.

Autre résultat, plus insidieux, même en étant queer, on va s’attendre à ce genre de représentation. Et éventuellement la reproduire. Moi-même j’ai écrit des nouvelles où le love interest du personnage était quasi toujours une femme plutôt féminine (bon souvent dans une dynamique de l’ordre fem-butch, mais ça c’est une autre histoire), alors même que ce ne sont pas mes préférences dans la vie réelle. Et je ne l’ai même pas interrogé sur le moment !

Ce qui m’amène à un autre sujet qui est : on n’est jamais mieux servi que par soi-même ! Et oui, clairement les auteurices ownvoices sont important·e·s. Vous ne vous sentez pas représenté·e·s, vous êtes frustré·e·s et vous avez des idées ? Ben passez le cap ! Je ne dis pas que c’est forcément facile (ni obligatoire), mais je sais combien on peut avoir tendance à s’autocensurer. Et ça fait du bien de se laisser aller à raconter des histoires qui nous ressemblent. Et la censure ne passe malheureusement pas que par la case représentation, mais aussi par le genre dans lequel on a envie d’écrire. Vous avez envie d’écrire à destination des enfants, des ados, des adultes, vous avez envie d’écrire des fanfics, du cul, de la fantasy, de la tranche de vie, du polar, faites-le ! Faites-vous plaisir ! D’abord pour vous, et si ensuite vous avez envie, partagez vos écrits, quelle que soit la façon de le faire (en petit comité avec vos ami·e·s, sur des plateformes dédiées, en les envoyant à des éditeurs…). La représentation vous manque, elle manque aussi à d’autres. Vous écrivez autant pour les personnes concernées que pour les autres. La représentation c’est toujours important.

J’ai tenu un blog sur la diversité pendant quasiment quatre ans (le temps passe). C’est un sujet qui m’intéresse depuis longtemps. Et pourtant, j’apprends et j’évolue tous les jours. Pourquoi ? Parce que des personnes prennent la parole. Que ce soit Amandine Gay qui fait un superbe documentaire sur les femmes noires (Ouvrir la voix), ou Mélanie Fazi qui parle de son aromantisme/asexualité (je me permets d’utiliser ses termes, mais il s’agit ici du spectre, vu que l’autrice ne s’y reconnait pas entièrement) dans Nous qui n’existons pas ou Mischanomalie qui parle des personnes intersexes sur youtube, j’apprends tous les jours. Parce que des personnes concernées prennent la parole.

Sur ce, je vous laisse, car moi aussi j’ai des envies d’écriture !

Alors, portez-vous bien, lisez, écrivez, partagez !

Bilan culturel de février/mars

La période de février/mars a été assez chargée, puisque j’ai déménagé. Et je n’ai pas eu de connexion Internet pendant quasiment deux semaines, ce qui au final m’a permis de profiter pleinement de ma vie culturelle, tout en travaillant mes bras musclés à faire, porter et défaire des cartons. A l’occasion, j’en profiterai d’ailleurs pour créer une nouvelle bannière de blog, un peu plus lumineuse (mais toujours pleine de livres et de Lego).

Tout ça pour dire que j’avais envie de faire un petit billet en dehors du cadre habituel, puisque je ne vais pas parler que de livres.

culture violFin février, je suis allée à une rencontre à la librairie Terre des livres avec Valérie Rey-Robert autour de son livre, Une culture du viol à la française. S’en sont suivies deux heures et demi avec elle, et de débat avec le public (la salle était pleine à craquer). C’était vraiment riche, très intéressant, mais aussi évidemment effrayant. J’ai acheté le livre dans la foulée, donc je viendrai probablement vous en reparler quand je l’aurai lu.

Au mois de mars, avait lieu à Lyon le festival Écrans mixtes, que j’attendais avec impatience, avant de me rendre compte, un peu dépité, qu’il tombait en plein dans la période de mon déménagement. J’ai donc raté plein de films, notamment le documentaire Dykes, Camera, Action ! qui traitait du cinéma lesbien américain. J’espère avoir l’occasion de le découvrir un jour malgré tout.

gender derby

Cela dit, j’ai quand même pu profiter des deux derniers jours du festival. Je me suis donc rendu à la séance qui présentait la web série documentaire Gender Derby, en présence de sa réalisatrice, Camille Ducellier. Web série que j’avais déjà vu, et apprécié, et la possibilité d’une rencontre avec sa créatrice m’a vraiment donné envie de la revoir. Et c’était d’autant plus intéressant, qu’en plus de Camille Ducellier, étaient présents deux membres du club de roller derby de Lyon, mais aussi, deux étudiants d’un master genre et sports (master EGAL’APS). Petite précision, je ne m’intéresse ni au sport en général, ni au roller derby, il n’empêche que cette soirée était passionnante. Pour ce qui est de Gender Derby, j’encourage vivement tout le monde à la regarder. La série suit Jasmin, mais aussi des membres de son entourage, que ce soit dans le roller derby ou ailleurs, et interroge les normes et la binarité dans lesquelles nous évoluons.

féminisme divinatoireLa revoir et entendre Camille Ducellier s’exprimer, m’ont aussi donné envie de me plonger dans son livre, Le guide pratique du féministe divinatoire, aux éditions Cambourakis (dans la fameuse collection Sorcières qu’on ne présente plus).

Les échanges autour du sport et de la représentation du genre dans les médias étaient aussi super intéressants. J’y ai appris, entre autres, que les joueuses de foot de l’équipe française n’étaient pas choisies uniquement sur leurs performances, mais aussi (et surtout) sur leur apparence féminine et leur hétérosexualité présumée. Waouh ! Sans compter ce match où pendant une heure avant le début du jeu, Cristina Cordula était invitée pour commenter les coiffures des joueuses…

Au-delà de ça, on a pu voir toute l’étendue du boulot qui restait à faire dans tout ce qui touchait à la transidentité, le genre, l’orientation sexuelle, mais aussi les personnes racisées.

Petit bémol, pas du tout sur la soirée, encore une fois, très riche et intéressante, mais sur le fait que ça ait eu lieu à Bron à 18h en semaine. Je note quand même qu’Écrans mixtes reste majoritairement un festival gay, et que dès qu’on touche au genre et au lesbianisme, ça reste plus confidentiel, et je trouve ça vraiment dommage. Ce festival a du mérite, il se développe, il propose beaucoup de choses, mais je trouve qu’il reste très masculin.

Ce mois-ci, je suis aussi allée au théâtre. J’avais repéré Ultra Girl contre Schopenhauer, pièce qui était décrite comme féministe. Un univers BD, un peu pop, mêlé à du fond, moi ça me tentait bien. Et là, le choc ! Bon déjà, j’ai attendu tout le long que la pièce veuille bien démarrer. Je trouve ça bien beau d’user d’artifices et d’effets de mise en scène à tout va (moi des gens qui chantent, habituellement, cela me met en joie !), mais si cela ne sert aucun propos, à quoi bon ? Mais surtout, féminisme, mes fesses oui ! J’ai commencé à paniquer un peu quand le personnage se lance dans une litanie de personnages féminins, présentés comme féministes, forts etc… Alors que la plupart ne l’étaient pas le moins du monde. J’ai tiqué de plus en plus fort de voir l’enfance et l’adolescence du personnage, Edwige donc, décrites petit à petit, et qui montre clairement qu’elle est attirée par les filles, sans jamais faire comme si c’était une réalité ! La pièce nous plonge dans une hétéronormativité de base, où la femme a beau être attirée par d’autres femmes, elle gardera toute sa vie uniquement des relations avec des hommes, toujours dans un rôle extrêmement passif (mention spéciale à cette scène, où Edwige a les jambes écartées dans un cinéma, alors qu’un homme lui fait un cunni, et qu’elle est totalement perdue devant le corps de Rita Hayworth dans Gilda, très hétéro donc).

ultra girl

Cette passivité, le vide de la pièce, tout ça n’était déjà pas bien brillant, quand tout à coup, les deux comédiennes à la fin de la pièce enlèvent toutes les deux leurs vêtements, dans une scène totalement gratuite ! Mais pourquoi ?!

Ma compagne et moi avons applaudi par politesse, surtout que le jeu des comédien·ne·s n’était absolument pas à remettre en cause. Et puis nous avons fui, car nous nous sentions d’autant plus mal à l’aise, que la salle riait et était emportée par la pièce, alors que le temps passant, nous étions de plus en plus horrifiées… Bref, une fort mauvaise expérience.

Pour finir, petit bilan de mes dernières lectures, donc je viendrai parler plus tard.

 

J’ai eu un énorme coup de cœur pour Nous qui n’existons pas, de Mélanie Fazi, où elle témoigne de son existence qui sort du cadre, puisque la vie de couple, comme la sexualité, ne l’intéressent pas le moins du monde. Comment alors s’intégrer dans une société où il est question d’amour partout et tout le temps ?

J’ai enfin lu la BD La fille dans l’écran, de Manon Desveaux et Lou Lubie. J’avoue que si le concept d’écriture à quatre mains, et le dessin de Manon Desveaux m’ont vraiment bien plu, je suis restée un peu sur ma faim en ce qui concerne le scénario, qui pour moi était surtout un prétexte à ce travail à deux. Une bonne BD, mais qui reste assez légère.

Et enfin, j’ai dévoré le dernier roman de Martin Winckler, L’école des soignantes, sorte de suite au Chœur des femmes, puisqu’il en reprend certains personnages. Sauf que cela se passe en 2039 et que la société a quelque peu évolué depuis ! Difficile de rivaliser avec Le chœur des femmes, et pourtant ! L’école des soignantes est très différent mais tout aussi fort, et propose une réflexion hyper importante sur le corps des femmes, le féminisme, le soin, la question du genre. Bref, à mettre entre toutes les mains avec Le chœur des femmes, pour celleux qui ne l’ont pas encore lu.

Voilà pour ce petit bilan culturel, avant la reprise du blog à son rythme de croisière.

Pourquoi la représentation est toujours importante (deuxième volet)

J’ai parlé en début d’année de l’importance de la représentation, et suite au #NationalComingOutDay, j’ai eu envie de compléter ce premier article par un billet un peu plus personnel.

Je l’ai dit précédemment, la représentation est primordiale pour les personnes concernées, et quand je dis primordiale, je pèse mes mots, puisque se voir représenté.e, savoir que l’on n’est pas seul.e, et pas condamné.e à être malheureux.euse peut parfois être une question de vie ou de mort.

Je reprends donc mon expérience, qui rappelons le, n’appartient qu’à moi, je ne parle pas au nom des autres. J’ai grandi avec un accès important à la culture, je ne suis vraiment pas à plaindre de ce côté-là, et je peux dire qu’enfant, j’étais vraiment ce qu’on appelle un rat de bibliothèque. J’ai donc dû lire à peu près tout ce qui se trouvait dans ma bibliothèque de quartier, et pourtant, je n’ai quasiment jamais été en contact avec du contenu clairement lgbtqi.

Soyons clairs, je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, et je trouve cette évolution admirable. Mais à l’époque (pas si lointaine), le rayon jeunesse était loin d’être aussi développé qu’aujourd’hui, et à treize ans, pouf, on passait du « côté des adultes », sans guère de propositions intermédiaires.

J’ai donc grandi dans un monde totalement hétéronormé et cisnormatif. Puis j’ai passé mon adolescence en quête de représentations de gens « comme moi ». Avec un succès un peu mitigé, puisque comme dit précédemment, la plupart des films que j’ai vus à cette époque avec des lesbiennes étaient franchement glauques et/ou déprimants. Mais bon, malgré tout, je savais au moins que l’homosexualité existait, ne serait-ce qu’à travers tous les « sales gouines » et « sales PD » entendus à tour de bras au collège et au lycée.

Pour ce qui est de l’orientation sexuelle, je savais des choses, c’était un sujet un peu tabou, mais malgré tout, plus ou moins connu de tous. Ça ne m’empêchait pas de me sentir unique au monde, mais au fond de moi, je savais qu’il en existait d’« autres ». (Où étant la vraie question, à l’époque, j’avais l’impression que ça restait très marginal, alors que tellement pas en vrai, mais je m’égare)

Bon, par contre, l’identité de genre c’était un tabou ultime, là ça n’existait clairement pas du tout. Je n’arrive pas à me rappeler de représentations que j’ai pu avoir enfant, ni même de la première fois que j’ai entendu parler de transidentité. C’est totalement flou.

J’ai le souvenir très précis d’avoir vu mon premier Almodovar au cinéma avec Tout sur ma mère, mais j’ai pu tomber sur d’autres avant, à la télévision, qui m’ont moins marquée à l’époque (peut-être parce que j’étais un peu trop jeune pour entrer dans son univers). J’ai un souvenir encore plus précis, avec Boys don’t cry, toujours au cinéma. J’avais à peine 16 ans, je découvrais ma préférence pour les filles, et ce film a été une grosse claque émotionnelle. Je me souviens avoir été marqué par le fait que ce soit tiré d’une histoire vraie, et m’être intéressé au vrai Brendon Teena. En tout cas, pour le coup, ça donnait une image de la transidentité franchement dramatique et effrayante.

En termes de représentations d’identités de genre, ça n’allait donc pas très loin…

En 2003, alors jeune étudiante, je découvre un livre de Jeffrey Eugenides, Middlesex, saga familiale avec un personnage intersexe. Je me rappelle d’une certaine fascination pour ce livre, et surtout pour ce personnage. Je ne crois pas me questionner consciemment sur mon genre à l’époque, mais mon intérêt pour ces questions est présent depuis longtemps. Le travestissement m’a toujours fasciné, de même que l’ambiguïté de genre. Par la suite, j’ai pioché à droite à gauche des représentations qui pouvaient me toucher de plus ou moins près. Que ce soit du côté des livres avec L’âge d’ange, Le chœur des femmes, ou encore Testo junkie. Ou côté cinéma avec des films comme Tomboy et XXY…

C’est laborieux de parler de soi. Je me suis construit comme j’ai pu, sans réellement me retrouver dans des personnages. J’ai beaucoup grandi au contact d’autres personnes LGBT, notamment à travers Internet. J’ai appris beaucoup de choses sur le genre en passant par ce biais. Ça n’a pas empêché mes questionnements sur un forum, autour de la vingtaine, d’être plus ou moins balayés d’un revers de la main en mode « Tu te prends la tête pour rien ». Bon, soit… Sauf que, évidemment, ce « rien » n’est jamais parti, et ne m’a jamais laissée en paix, même si le déni m’a suivie longtemps, très longtemps.

Je ne peux pas m’empêcher de ressentir un sentiment d’envie, de jalousie, quand je vois tout ce à quoi les jeunes ont accès aujourd’hui. Parce que je sais bien, qu’aujourd’hui, en amenant ce type de questionnements, je n’aurai pas du tout les mêmes réponses. Mais j’ai 34 ans de rejet de qui je suis derrière moi, et tout ce que j’ai nié, refusé, c’est autour de ça que je me suis construite.

Bref, maintenant je sais (enfin !) que d’une part, je ne suis pas seule, et d’autre part, que mon identité de genre est tout à fait légitime. Et franchement, ça fait du bien. Il n’empêche que la représentation des personnes non binaires (et oui, le mot est lâché) est toujours quasi inexistante, et que c’est compliqué de ne jamais se voir nulle part. Il y a de timides avancées, et je vois bien que ça évolue, mais ça reste frustrant de voir que ça prend autant de temps et que même en cherchant bien, le nombre de livres, films ou séries avec des personnages non binaires reste franchement limité.

Petite mise à jour du 8/11/2018

Je me rends compte après la rédaction de cet article, et surtout sa réception, que la non binarité n’est pas du tout une évidence, ce que je comprends, et que je n’avais pas vraiment anticipé. Je me permets donc de vous conseiller une vidéo d’Alistair, très bien faite et très pédagogique, qui vous permettra d’en savoir un peu plus sur le sujet.

Bibliothèque biblioqueer

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Un petit article pour vous signaler une nouveauté sur le blog. J’ai pris le temps de créer une nouvelle page recensant le maximum de mes lectures lgbt. En effet, je suis toujours frustrée de me contenter de voir ici mes lectures actuelles mais pas certains noms ou ouvrages qui me tiennent à cœur (Viriginie Despentes ou Allison Bechdel, notamment). Donc j’ai essayé de me souvenir de tout ce que j’avais lu au cours de ma vie… Autant vous dire qu’il y a probablement des manques, et que la page va évoluer et s’agrandir au fil du temps, que ce soit avec des lectures passées ou actuelles.

Cette bibliothèque est donc toute personnelle, mais je me dis que ça peut être un point de départ et donner des idées de lectures, même sans avis plus précis. J’ai fait au mieux, et ai classé par genre littéraire. On trouve donc de grandes catégories : BD, Jeunesse, Littérature, Essai et Témoignage et des sous catégories (libraire un jour, libraire toujours, bref, je vous laisse découvrir). J’ai essayé de mettre le maximum d’infos, et en gras j’ai noté si c’était lesbien, trans, féministe etc…

En termes de classement, vous verrez que c’est par genre littéraire mais pas séparé par orientation ou identité sexuelle. Plusieurs raisons à cela. Déjà, je tiens à préciser que l’apparition d’un personnage lgbt peut être central, comme beaucoup plus anecdotique dans cette liste. Ensuite, je ne suis pas forcément pour le cloisonnement et j’aime les découvertes donc je trouve ça plus intéressant de se laisser tenter quel que soit la ou les thématiques abordées. Aussi, j’avoue que ma mémoire est loin d’être parfaite, et que j’ai peut-être oublié certains personnages et/ou certaines représentations.

Un point qui m’a un peu dérangée au moment de faire cette bibliothèque, mais je n’ai pas vraiment trouvé de solution. Lorsqu’il s’agit d’un livre que j’ai déjà critiqué, je vous ai mis le lien vers l’article, mais pour le reste, je n’ai mis aucun commentaire ou avis. J’ai d’abord pensé à mettre un barème sous forme d’étoiles, car très honnêtement, dans ces livres, j’ai de gros coups de cœur, mais aussi des déceptions, des livres qui m’ont laissé mitigée, et d’autres encore qui ne m’ont laissé aucun souvenir ! Donc pourquoi pas une note à partir de là ? Tout simplement parce que je trouve ça trop injuste de juger de la même façon un livre que j’ai lu il y a une semaine, un an ou dix ans. Et aussi, parce que je vous en parlais il y peu avec Y le dernier homme, mon avis peut changer, et des choses qui ne me semblaient pas problématiques avant peuvent me sauter aux yeux maintenant. De même que j’ai pu passer totalement à côté d’un livre à un instant t, ça ne veut pas dire qu’il était forcément mauvais, ce n’était peut-être juste pas le bon moment pour cette lecture. N’hésitez pas cela dit si vous avez envie d’en savoir plus, à me poser des questions en commentaires.

Internet a toujours été une mine d’or pour moi, pour savoir de quel côté aller explorer. J’espère donc que mes lectures pourront vous aider à alimenter votre propre bibliothèque. Soyez curieuses et curieux, et je vous souhaite de belles découvertes !

Bilan bordélique

Et si je repartais avec un petit bilan sans queue ni tête de derrière les fagots (ou faggots ? houlà mon dieu, ça commence mal, quelle blague totalement douteuse !).

Bref, en ce moment, c’est un peu compliqué dans ma tête, et je manque clairement de concentration, ce qui fait que je commence 50 bouquins à la fois, mais que je n’en finis aucun, c’est un peu la loose quoi… Mais bon, j’ai deux ou trois lectures derrière moi dont je peux quand même vous dire quelques mots.

dites loupsJ’avais repéré il y a un moment déjà Dites aux loups que je suis chez moi, de Carol Rifka Brunt (éditions 10/18) sur un blog, mais je suis confuse je ne me souviens plus lequel… Il se déroule aux États-Unis à la fin des années 80, et raconte l’histoire de June, une adolescente de 14 ans dont l’oncle Finn avec qui elle a une relation particulière et un peu exclusive, est sur le point de mourir. June savait que son oncle était gay, et avait le Sida, mais lors de son enterrement, elle se rend compte que ses parents ne veulent pas de la présence d’un homme qu’elle ne connaît pas. Sa sœur, Greta, lui révèle que c’est lui le responsable de la mort de leur oncle. Ce fameux inconnu va faire en sorte de se rapprocher de June, qui va en découvrir plus sur son oncle, mais aussi sur sa famille.

Dites aux loups que je suis chez moi ne traite pas vraiment du Sida et de l’homosexualité, même si évidemment ils ont un rôle important dans l’histoire, d’autant plus qu’on est à la fin des années 80 et que le Sida est encore auréolé de beaucoup de méconnaissances et de préjugés, mais plutôt des liens familiaux. Notamment les relations frère sœur, entre Finn et la mère de June, et entre sœurs, avec Greta et June. Le livre est assez réussi de ce point de vu là, June et Greta grandissent chacune de leur côté, peinant à retrouver une relation qu’elles avaient plus jeunes, et cela fait écho aux difficultés qu’il y a pu avoir dans la relation entre leur mère et leur oncle.

Honnêtement, le livre est chouette, je l’ai lu très vite, mais pourtant, même si je l’ai aimé, il m’a manqué un petit quelque chose pour que ça me laisse un grand souvenir.

argonautesAutre lecture récente, Les Argonautes, de Maggie Nelson (aux éditions du Sous Sol). Bon, j’avoue avoir été un peu déçue en le lisant, mais aussi sans doute parce que j’en avais beaucoup d’attentes. Je l’ai repéré dans un coup de cœur de libraire en qui j’ai une confiance absolue, mais il faut croire que sur ce coup-là, nos goûts ne sont pas les mêmes. Entre essai et autofiction, Maggie Nelson nous fait part de sa vision du couple, de la famille, de la maternité tout en y intégrant la question du genre, puisque son compagnon est transgenre. Pour tout vous dire, en commençant ma lecture, j’ai pensé à Testo junkie, de Paul B. Preciado (pour le côté mélange de questionnements philosophiques sur le genre et récits intimes et sexuels) donc j’avais vraiment l’impression que ça allait me plaire ! Mais j’avoue que le côté entremêlé des questions philosophiques avec citations et évocations de grands noms comme Judith Butler, Gilles Deleuze ou Roland Barthes m’a au final totalement perdue… Je le relirai peut-être un peu plus tard, et verrai si ma vision change ou non.

Autre lecture, BD cette fois ci, Féministes Récits militants sur la cause des femmes, aux éditions Vide cocagne. Seize autrices et un auteur trans viennent y parler de féminisme, chacun.e à sa façon, et avec des thématiques et des graphismes différents. C’était franchement chouette, donc je reviendrai vous en reparler plus longuement, heu, un jour.

homo-inc-couv

Et là, je viens de commencer Homo inc.orporated Le triangle et la licorne qui pète, de Sam Bourcier aux éditions Cambourakis (mais si vous savez, la collection Sorcières avec le merveilleux Peau par exemple), qui vaut déjà le coup rien que pour le titre et la couverture ! Plus sérieusement, ça a vraiment l’air intéressant, donc j’espère réussir à m’y plonger pleinement et à revenir vous en parler à l’occasion.

Ça me fait penser que j’ai eu envie de me plonger dans ce livre en particulière (qui m’attend comme tant d’autres depuis quelques temps) suite à une table ronde au festival des Intergalactiques. Qui m’a aussi rappelé qu’il était également grand temps de lire Ursula Le Guin. J’ai pu assister à plusieurs tables rondes fort intéressantes, et apercevoir Lizzie Crowdagger (à qui je n’ai évidemment pas osé parler).

Suite à cela, ma vie s’est presque déroulée comme un épisode de The L word, puisqu’en rentrant chez moi, j’ai découvert que mon cumulus avait fui et provoqué un dégât des eaux chez mes voisines du dessous, inconnues jusque-là, et que je vivais donc juste au-dessus d’un couple de gouines à chats féministes.

Ce point sur ma vie étant fini, je suis juste contente de pouvoir conclure, et ce même si je le savais déjà, que nous sommes partout, n’en déplaise à certains.

Pour finir (cette fois ci pour de vrai), avec un sujet un peu inhabituel ici, je suis tout récemment allée au cinéma voir My wonder women, sur le créateur de Wonder Woman donc et j’avoue avoir énormément aimé ce film. Mais aussi avoir été très surprise ! Je ne suis absolument pas une fan de Wonder Woman, je n’ai lu aucun des comics, et n’ai pas vu le film sorti il y a quelques temps, mais j’imaginais qu’un film autour de son créateur aurait un petit succès. Certes, pas autant qu’un film avec des super héros dedans (perso j’y suis totalement hermétique, pardonnez-moi, j’en suis juste restée aux Batman de Tim Burton, et à Michelle Pfeiffer en Catwoman (ahhhh soupir amoureux)) mais tout de même, un minimum quoi ! Avant de me rendre compte que le film ne passait quasiment pas, et de le découvrir dans une salle minuscule. Du coup je m’interroge, c’est parce qu’il s’agit d’un trouple ? Qu’il y est question de bondage ? Non parce qu’honnêtement le film reste hyper hollywoodien dans son traitement. On a un film romantique, avec de beaux personnages qui s’aiment, bon juste ils sont trois, et pour l’époque, ça ne se fait vraiment vraiment pas (surtout qu’ils ont construit une famille et ça ça passe encore moins). Mais ici il est question de féminisme, de regard des autres, de censure, d’amour et d’acceptation. Et puis Will et Elizabeth Marston ont inventé le détecteur de mensonges, ce n’est pas rien ! (et ça permet une très belle scène au film à l’occasion)

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Apparemment le film s’éloigne pas mal de la réalité, je n’en sais rien, et je ne juge ici que l’œuvre de fiction, et pas la vie des personnes dont elle est inspirée.

Le nom de la réalisatrice, Angela Robinson, m’évoquait quelque chose, et pour cause, c’est la réalisatrice de D.E.B.S., dans un tout autre genre, mais qui est un film très sympathique et lesbien. Du coup, une réalisatrice, et de surcroit lesbienne, ce n’est peut-être pas assez bancable ?! Enfin bon, allez-y si vous avez l’occasion, c’est un très chouette film.