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La maison aveugle, Alex Reeve

maison aveugleSoupir…

Alors, à la base, j’ai vu passer un tweet vantant les mérites de La maison aveugle, dont je n’avais pas du tout entendu parler. Il s’agissait d’un polar dans le Londres de 1880, avec un personnage principal trans. Franchement sur le papier, ça me donnait super envie !

En ce qui concerne l’histoire, Leo Stanhope est assistant d’un médecin légiste. Dix ans plus tôt, il a quitté sa famille pour pouvoir vivre sa vie en tant qu’homme, sa famille ne l’acceptant évidemment pas du tout vue l’époque. Leo est amoureux d’une prostituée, Maria, qu’il espère pouvoir sortir de sa maison close. Malheureusement, cette dernière est assassinée et Leo est accusé du meurtre. Il va se mettre en quête de la personne qui a tué sa bien aimée.

Bon, l’histoire de base, pourquoi pas. Le début du roman, aussi, pas grand-chose à dire niveau représentation, ça ne partait pas trop mal. Jusqu’à ce que j’arrive à ce passage :

A l’époque où j’étais gardien, on avait découvert qu’une patiente du service des femmes possédait des attributs masculins, malgré ses longs cheveux, sa robe en soie et son corset serré. Nous étions tous sous le choc, même moi. Quand j’allai voir ce triste garçon au teint blême, il se présenta sous le nom d’Eliza. Je lui tendis la main mais il ne put la prendre, ayant les poignets attachés au cadre du lit.

[…]

C’était la première fois que je rencontrais une personne dont le malheur ressemblait au mien. A vrai dire, j’ignorais même que d’autres cas pouvaient exister. J’avais terriblement envie de lui parler de moi. De savoir s’il ressentait la même chose, si lui aussi passait son temps à surveiller le moindre de ses gestes, à contrôler les modulations de sa voix. J’aurais voulu savoir s’il lui arrivait, comme moi, de sombrer dans la mélancolie, épuisé par cette vigilance de tous les instants.

Mais wow quoi ! Il croise quelqu’un comme lui, et le premier truc qu’il fait c’est s’arrêter à ses organes génitaux, et la genrer au masculin ?! Ça n’a aucun sens.

Franchement, ça m’a bien coupé dans mon élan, et j’ai eu beaucoup de mal à adhérer ensuite, notamment parce que ce n’est que le début ! J’ai trouvé pas mal de points assez gênants.

En commençant l’histoire, je me suis demandé si c’était écrit par un auteur cis ou trans, ben je ne me suis pas posé la question bien longtemps ! J’ai trouvé qu’il avait une fascination assez malsaine envers les corps trans, enfin celui de son personnage en l’occurrence, mais aussi qu’il n’hésitait pas à le malmener de différentes façons (attention spoiler) : allant d’une scène très malaisante où Leo est obligé de se travestir en femme jusqu’à une scène de viol, suivie deux jours après d’une scène d’avortement complètement what the fuck (nan mais deux jours après quoi !!!!).

Le personnage, une fois n’est pas coutume dans les représentations lgbt+, est allégrement maltraité : mégenrage, violences physiques, perte d’emplois, viol donc, mais aussi tentatives de suicide. Le tout saupoudré de phrases récurrentes qu’on lui assène en mode « oui mais vous les hommes », comme si l’auteur essayait de montrer que Leo n’était pas un « vrai homme » puisque trans.

Donc en terme de représentation, clairement je trouve ça naze, déjà parce que je trouve qu’une fois de plus, on a un regard malsain de cis sur un personnage trans, qui y associe tous les traumas qu’il peut imaginer, tout en se focalisant pas mal sur le corps et les organes génitaux. Et en plus, l’histoire est même pas géniale, j’ai trouvé le temps long, et les rebondissements hyper artificiels.

Et j’en ai marre de voir des personnages trans qui s’en prennent plein les dents, c’était pas possible de garder l’idée de départ et d’en faire un personnage cool, fort sans forcément qu’il se tape toute la misère du monde ?! Et sans que sa transidentité serve de ressort scénaristique, comme si elle était là pour pallier aux défaillances du scénario ?

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Sans lendemain, de Jake Hinkson

sans lendemainJe ne vous le cache pas, Sans lendemain est un livre qui me dérange un peu…

Pour l’histoire, nous sommes dans les années 40, et Billie Dixon sillonne des coins reculés des États-Unis pour refourguer des films de seconde zone dans des cinémas qui n’ont pas forcément les moyens pour avoir mieux.

Dans un bled perdu de l’Arkansas, Billie va tenter de discuter avec un pasteur qui met des bâtons dans les roues au cinéma du coin, prétextant que c’est l’œuvre du diable. La discussion ne se passe pas très bien, et idée du siècle, Billie couche avec la femme du pasteur. Évidemment, ça ne va pas s’en arrêter là, et c’est le début de la descente aux enfers pour Billie.

Au niveau de l’histoire en elle-même, je n’ai pas grand-chose à redire. C’est du roman noir, c’est prenant, même si pas inoubliable, mais je l’ai lu d’une traite.

En termes de représentations par contre, c’est autre chose…

Billie est donc lesbienne, à une époque où ce n’est pas évident de le vivre au grand jour. C’est une femme indépendante et affirmée, et qui aime les plaisirs de la chair sans prise de tête. Le couple stable, ce n’est clairement pas pour elle. Et personnellement, c’est un personnage que j’aime plutôt bien.

On a également un personnage féminin plutôt chouette, Lucy Harington, qui joue le rôle du sheriff à Stock’s Settlement (vue l’époque, c’est son frère, un peu simplet qui est le sheriff officiel, mais c’est elle qui tient les rennes).

Voilà pour les points positifs, passons donc à ce qui pour moi est problématique, et attention, ça va spoiler !

Billie a couché avec la personne qui ne fallait pas, et la voici entrainée dans un puits sans fond de problèmes tous plus énormes les uns que les autres, jusqu’à atteindre le point de non-retour.

Ce qui me gêne, c’est que non seulement on a un personnage lesbien qui court à sa perte, et fonce malgré toutes ses tentatives vers une mort assurée, mais que l’autre personnage féminin qui couche avec elle est aussi condamné. Deux femmes qui veulent vivre en dehors des normes et qui meurent, super. Bury your gays, tout ça…

Et non seulement ça, mais l’autre personnage, la sheriff, qui franchement me plaisait bien ! Et bien elle, elle continue sa vie (bon elle perd son poste, mais ce n’est « qu’une femme » que voulez-vous), mais on suppose qu’elle aussi préfère les femmes. Par contre, elle ne succombe pas à son penchant, et étonnamment, elle, elle survit.

Comment se comporter comme une personne normale, de T. J. Klune

comment normaleTout d’abord, merci à Criquet bibliophile pour sa vidéo qui m’a donné très envie de me plonger dans ce roman !

Et son conseil était excellent, parce que non seulement j’ai beaucoup aimé, mais ce livre m’a aussi fait ricaner bêtement toutes les deux minutes, ce qui est assez rare pour être signalé (et ce qui a eu pour effet d’intriguer ma compagne, qui voulait savoir ce qui pouvait autant me faire rire).

Gustavo Tiberio, dit Gus, a une personnalité plutôt atypique, et vit sa vie de journée passable en journée passable, dans sa petite ville dans l’Oregon. Il tient un vidéo club (nous sommes en 2014 !) où peu de clients viennent s’attarder, exceptées, chaque jour à la même heure, Nous les Trois Reines, un trio de vieilles motardes, dont Gus ne sait pas si elles sont lesbiennes polyamoureuses, ou sœurs.

Gus est quelqu’un de très très routinier et ne supporte pas le changement, il vit avec son furet, qu’il transporte partout avec lui, lit l’encyclopédie tous les soirs, n’a pas internet, a un téléphone à clapet, et répète chaque jour avant de sortir prendre son café chez Lottie’s Lattes « Aujourd’hui sera une journée passable ». Jusqu’au jour où, au lieu de Lottie, c’est un hipster défoncé, répondant au nom de Casey qui lui sert son café. Chamboulement énorme pour Gus, surtout qu’il n’est pas insensible au charme de ce dernier. Malheureusement, il surprend une conversation entre Lottie et Casey, où celui-ci dit que Gus est quelqu’un de bizarre.

Ni une ni deux, Gus va tenter de se comporter comme une personne normale. Et quoi de mieux pour ça que de questionner Internet ?!

Ce roman est totalement loufoque, et présente une galerie de personnages assez farfelus, et des situations franchement très drôles. Gus essaie de se fondre dans la normalité, en suivant les préceptes pas toujours très adéquats trouvés sur le net. Et malgré sa personnalité un peu revêche de prime abord, il est super attachant. Casey lui fait part rapidement du fait qu’il est asexuel et on va assister aux prémices de leurs relations. Et franchement, c’est super mignon ! L’asexualité de Casey est bien traitée, et assez développée, ce qui est plutôt rare et un très bon point.

Bref, un roman drôle, qui questionne la notion de normalité, avec des personnages attachants, de l’homosexualité et de l’asexualité, un cocktail assez parfait ! Et un bon remède aux coups de blues.

Ça raconte Sarah, de Pauline Delabroy-Allard

CVT_a-raconte-Sarah_7169On m’a présenté Ça raconte Sarah comme le roman lesbien de la rentrée littéraire. Bon, effectivement, comme il n’y en pas cinquante, ça a attiré ma curiosité.

D’autant plus qu’il figurait dans la première sélection du Prix Goncourt, et que globalement, les lecteurs avaient l’air de s’enthousiasmer. Plus récemment, le livre a d’ailleurs obtenu le prix du roman des étudiants France Culture-Télérama 2018.

En parallèle, cela dit, je commençais aussi à entendre quelques réserves à droite à gauche (en tout cas, du côté lesbien des lectrices), sur ce livre parlant de la passion amoureuse entre deux femmes.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce que je n’ai pas du tout aimé, et que si vous avez envie de vous plonger dans ce roman aux éditions de Minuit, j’ai envie de vous dire, allez-y. Faites-vous votre propre avis. Mais peut-être en évitant de lire ma critique avant, qui risque de vous spoiler un peu.

Je dois dire que dès les premières pages, j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans l’histoire. Alors sans doute, comme souvent, il y a un temps pour tout, et clairement, je ne suis pas dans une période où ce type de livres m’appelle. Donc j’ai péniblement tenté de m’y mettre, à plusieurs reprises, avant de le laisser de côté pour quelques temps.

Voyant tout de même l’effet qu’il pouvait provoquer, ou non d’ailleurs, en tout cas il ne laissait pas indifférent, j’ai recommencé ma lecture à zéro, à un moment plus propice.

Et bien je n’ai pas plus accroché. En fait, ça m’a agacé de lire ce type de représentation de l’amour entre femmes. Alors, évidemment, ce serait noyé dans une rentrée littéraire remplie de personnages lgbt+, je serai probablement moins exigeante, mais ce n’est pas le cas.

Le roman est divisé en deux parties. La première raconte cette rencontre amoureuse, la passion des débuts, qui finalement, petit à petit, dévaste tout. On assiste à une relation toxique, pour l’une, comme pour l’autre.

La deuxième partie, beaucoup plus sombre, nous entraîne dans la folie, et la noirceur la plus totale.

Récapitulons, un amour entre femmes, une passion dévorante qui mène à la folie ? Personnellement, ça me rappelle trop de représentations vues et revues, où la lesbienne est folle, toxique, meurtrière, suicidaire ou les quatre. (ici on ne remplit pas tous les critères, ouf)

Donc, non, clairement, je n’ai pas aimé. Je ne dis pas que tous les romans lesbiens doivent proposer du bonheur jusqu’à l’écœurement, mais j’en ai marre de voir ces représentations personnellement.

Quand on parle de Lou, de Julie Gouazé

CVT_Quand-on-parle-de-Lou_9286Lou et Marc (écrivain à succès) se séparent, enfin plus exactement, Lou quitte Marc, alors que l’amour semble s’en être allé entre les deux depuis un moment déjà. Après des années à vivre dans le sillon de Marc, elle étouffe. Elle prend donc leurs deux enfants sous le bras, et part vivre sa propre vie. Au passage, elle rencontre Lucie, et découvre l’amour avec une femme.

Les phrases sont courtes, voire très courtes, et je ne vous le cache pas plus longtemps, je n’y ai pas adhéré. La première partie du roman se concentre sur la toute fin du couple, puis la séparation. Lou y perd beaucoup d’amis et de connaissances, Marc étant une personnalité, et on sent bien combien elle était juste la « compagne de ». Personnellement, cette partie m’a profondément ennuyée. Il ne se passe pas grand-chose, et je me suis demandé si ce n’était pas (en partie du moins) autobiographique. En prospectant un peu, j’ai vu que Julie Gouazé était (est toujours du coup ?) la compagne de Michel Field et qu’ils avaient eu deux enfants ensemble. Bon, peu m’importe si c’est inspiré de sa vie ou non, mais toujours est-il que j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher et à m’accrocher au personnage. Sachant qu’une intrigue avec une femme allait arriver, j’avais encore espoir…

Mais franchement, la suite m’a fait pousser des soupirs agacés à chaque page. L’autrice semble tout juste découvrir l’homophobie et avoir envie de le dénoncer dans ce livre. Sur le papier, c’est une intention louable, mais j’ai trouvé ça franchement gros et parfois ridicule. Alors, certes, Lou se pose des questions ou se trouve dans des situations dans lesquelles je me retrouve en tant que personne lgbt. Mais ! Là, on est face à une accumulation dans un livre d’une petite centaine de pages. C’est Lou au pays des gros cons quand même.

Et puis c’est caricatural, j’ai l’impression de lire le témoignage d’une ado, pas d’une mère de deux enfants. Sa vision de l’homosexualité féminine m’a plus d’une fois fait hausser un sourcil. De même que la négation totale de la bisexualité, ça n’existe pas ici. Elle a vécu avec des hommes, là elle vit avec une femme, mais le terme n’est jamais posé ou ne serait-ce qu’évoqué.

Ce livre est quand même un beau ramassis de clichés sur les femmes, sur les lesbiennes, un condensé de toute l’homophobie à laquelle on peut être confrontée (je ne dis pas que ça n’existe pas, juste que là j’ai trouvé ça excessif à chaque page, j’ai reconnu certaines situations, mais vécues dans une vie, pas en quelques mois).

Vivre avec cette femme, c’est cohabiter avec une copine qui danse dans le salon sur un tube des années 2000. C’est retrouver les mêmes gestes que soi. Un parfum que l’on reconnaît. L’odeur de Lucie n’est pas celle d’un homme. Elle est plus douce et plus délicate.

C’est se comprendre sur des choses qui ne se disent même pas.

C’est vivre avec soi-même dans un corps différent.

C’est dormir avec son double et ne pas s’en soucier. C’est aussi éviter l’expérience de l’altérité. Lou a oublié comment jouissait l’autre partie de l’humanité. Saurait-elle encore parler le langage des hommes ?

Lou fait aussi l’expérience de la jalousie d’une femme. Jusque-là, elle ne s’était jamais posé la question. Lou a dû faire la liste de toutes ses copines. Parce que dire « Je vais boire un coup avec une amie » peut prendre un autre sens dans un couple de filles.

 Il s’agit aussi de rassurer les amies en expliquant que Lou ne va pas leur sauter dessus ou les coller contre le mur. Lou peut encore dormir avec sa meilleure amie sans que ce soit un problème. Ni pour la meilleure amie ni pour son mari.

Vous en voulez encore ?

Lou s’agace de ne plus pouvoir faire durer ses règles pendant dix jours. Chez les lesbiennes, il vaut mieux trouver des excuses valables pour ne pas se retrouver au lit.

Vivre avec Lucie, c’est aussi la fin des réconciliations sur l’oreiller. Parce que, chez les filles, on parle d’abord et on fait l’amour éventuellement après. Si et seulement si tous les problèmes ont été réglés, jusqu’au moindre machin qui gêne. Et après, il est 3 heures du matin et c’est trop tard. Lucie et Lou attendront demain. Parce qu’elles s’endorment épuisées par tant de mots échangés, saoules de paroles, échouées en travers du lit en pantalon rayé.

Partager le toit de Lucie enfin, cela veut dire l’impossibilité de ronchonner. Lorsque Lou est de mauvaise humeur, elle ne sait pas forcément pourquoi et n’a pas forcément envie que Lucie vienne la titiller pour la faire parler. Lou ne veut pas s’expliquer, elle veut juste râler tranquille dans son coin.

Pareil, la gestion de la situation avec les enfants, j’ai trouvé ça gros hein. Et puis bonjour le modèle !

Les enfants, les chéris, les amours de Lou, vous allez entendre des choses pas très belles. Vous savez quoi ? C’est vrai que Lou a peur que vous ayez mal. Mais elle vous fait confiance. Et lorsque ce fameux jour arrivera, vous aurez le droit de vous servir de vos mots, de vos poings et de vos pieds. Revenez avec un œil tuméfié et la lèvre fendue. Mais défendez la liberté. Personne n’a le droit de porter un jugement sur ce qui constitue votre quotidien et votre bulle d’amour.

Alors d’accord, en cette période de recrudescence d’agressions lgbtophobes, j’ai parfois envie de tout péter, mais franchement, dire à ses enfants « Vas-y, bats-toi ! », c’est ça la solution ?!

Ce roman donne l’impression de vouloir dénoncer l’homophobie, mais le fait de manière totalement autocentrée, avec un personnage qui n’est pas du tout incarné. Rien n’existe ou n’est concret ici, je n’ai vu qu’une succession de clichés. Dénoncer l’homophobie c’est bien, commencer par considérer que les femmes ne sont pas toutes pareilles et que la bisexualité n’est pas une fable, c’est mieux.