Archives pour la catégorie Témoignage

Nous qui n’existons pas, de Mélanie Fazi

mélanie faziC’est parfois difficile de parler d’un livre qu’on aime beaucoup, et qui a fait un tel écho en soi, car comment rendre compte de ce qu’il a bouleversé en nous ?

J’ai découvert Nous qui n’existons pas grâce à un coup de cœur de libraire (merci Terre des livres). Derrière le petit mot, une couverture qui intrigue et qui appelle, où l’on ne sait pas bien ce que l’on voit, et ce qui est flou. Selon les mots du libraire, le livre parlait d’asexualité, un sujet méconnu pour moi, et qui de prime abord n’avait pas de raison de faire écho à ma propre histoire.

Et pourtant ! Oh la la, mais comment vous décrire la façon dont ce texte m’a happé dès les premières lignes ? Comment je n’ai plus pu décrocher de ma lecture, tant l’écriture de l’autrice, et son histoire m’appelaient.

Je suis tombé sous le charme des mots de Mélanie Fazi, sa plume d’autrice de nouvelles fantastiques et de traductrice n’y est sans doute pas pour rien. Et j’ai été emporté par sa vie et sa façon de nous la conter.

Comment vivre dans un monde où le couple est au centre de tout, quand on ne ressent aucun désir pour cela ? Aucune pulsion amoureuse ou sexuelle pour qui que ce soit ? Et que la solitude, pourtant si mal perçue, est synonyme de bien-être et d’épanouissement ?

Mélanie Fazi nous fait partager son décalage (qui ne se limite d’ailleurs pas à cela, puisqu’il intervient aussi entre autres, dans son écriture et son intérêt pour le fantastique), et la difficulté à trouver sa place quand on ne se reconnait pas dans les discussions autour de soi, et que tous les livres, films ou chansons vantent les mérites de l’amour. Au-delà du fait de ne pas se reconnaître, comment avoir l’air « normale » et ne pas se trahir auprès des autres quand on ne comprend pas pourquoi cela semble si évident pour le reste du monde.

Mélanie Fazi nous raconte sa construction en différentes étapes, de sa tentative de se plier à la norme, à la découverte de son attirance pour les femmes sans pour autant avoir envie de la concrétiser, jusqu’à son acceptation et ses différents coming out. Elle parle aussi de l’importance des étiquettes, de l’importance de pouvoir se reconnaitre et se dire, et tout simplement d’exister aux yeux du monde. Ce chemin n’est pas évident, et l’on ne trouve pas toujours l’étiquette qui nous convient, et si elle se reconnaît quelque part sur le spectre de l’asexualité, Mélanie Fazi n’a pas encore trouvé le terme qui lui conviendrait tout à fait. De même qu’elle ne peut pas se définir comme hétéro, mais qu’en tant que « lesbienne non pratiquante », ce n’est pas toujours évident de s’affirmer aux yeux des autres.

Je n’imaginais pas à quel point ce livre me parlerait et me toucherait, à quel point je m’y identifierai aussi régulièrement. Je pense qu’il parlera à toute personne queer, car nos problématiques se ressemblent, et je comprends mieux maintenant en quoi les personnes asexuelles et aromantiques peuvent faire partie de la communauté lgbt+.

Ce livre est aussi tellement plus riche que ce que j’en dis ici, car au-delà de questionner les normes dans lesquelles on vit sans même y penser, Mélanie Fazi nous parle aussi d’identité, et de construction de soi. Et cela passe aussi par le biais de la lecture, de l’écriture et de la musique. Assurément une autrice à suivre, dont il me tarde de lire les nouvelles.

L’enfant de la guerre, d’Olivia Brun

enfant guerre.jpgL’enfant de la guerre est un récit de vie. On y suit la naissance, l’enfance et l’adolescence d’Olivia Brun.

A travers des chapitres courts, ce sont des moments clés qui apparaissent, des relations compliquées avec ses parents, des grands-parents assez présents pour compenser, une rencontre traumatisante et qui aurait pu tourner plus mal, une passion pour Julie Andrews, puis à l’adolescence, la découverte de l’homosexualité en tombant amoureuse de sa prof, et dans la foulée, la découverte de l’homophobie.

Olivia a un caractère bien affirmé, sans concessions, et passionné. Sa vie est à son image, et d’évènements marquants en événements marquants, on la découvre par petites touches.

Peut-être malgré cela, on surtout à cause de cela, j’aurais aimé pouvoir me plonger plus pleinement dans cette vie, plutôt que de la survoler en sentant le bouillonnement intérieur de cette enfant et cette adolescente.

Les tribulations d’une chamane à Paris, de Corine Sombrun

tribulationsAvec ce livre, je n’ai pas spécialement fait les choses dans l’ordre. En effet, en parcourant la rainbowthèque, je suis tombée sur Les tribulations d’une chamane à Paris, où il était question à un moment d’un couple de femmes. Qu’on soit bien clair, ce n’est pas du tout du tout le sujet principal de cet ouvrage, donc s’il n’y a que ça qui vous intéresse, passez votre chemin ! Par contre, si comme moi, le chamanisme vous intrigue, allez-y, foncez. Pour revenir à l’ordre des choses, disons que Corine Sombrun a relaté ses expériences dans plusieurs livres, et qu’elle a commencé par Journal d’une apprentie chamane et Mon initiation chez les chamanes. Est-ce gênant pour la lecture de commencer par celui-là ? Pas du tout ! Est-ce que j’ai envie de lire ses autres livres pour approfondir tout ça ? Oui, clairement. Où vais-je donc avec toutes ces digressions ? Je n’en sais trop rien…

Bref, pour en revenir au sujet, Corine Sombrun est compositrice et fait des reportages pour la BBC. Au cours d’un de ces reportages, sur les chamanes en Mongolie, elle assiste à une cérémonie et au son du tambour, elle entre en transe. Le chamane lui révèle alors qu’elle est elle-même une chamane, que les esprits l’ont désignée, et qu’elle doit en suivre l’enseignement pendant trois ans, au fin fond de la Mongolie… Ce qu’elle fera, probablement aussi pour trouver des réponses suite au deuil de son compagnon.

Le livre s’ouvre sur son retour à Paris, après cette formation. Corine Sombrun réalise alors les attentes et les questionnements que peut avoir son entourage, ainsi que diverses facultés qui lui apparaissent petit à petit. Elle va également rencontrer Anne, une ethnopsychiatre, intéressée par ce qu’elle traverse, et dont elle va se rapprocher petit à petit.

Ce livre est assez fascinant et nous emporte dans les diverses expériences de l’autrice, entre ses souvenirs avec la chamane qui l’a formée, l’austérité de sa vie en Mongolie, et sa vie parisienne contrastant singulièrement avec ces rituels ancestraux…

Fairyland, d’Alysia Abbott

J’ai du mal à ne pas entrer dans une librairie quand j’en croise une, et à me laisser porter par ce que je vois. Une fois n’est pas coutume, je suis rentrée dans une chouette librairie que je ne connaissais pas, et portée par la magie du lieu, j’en suis ressortie avec deux livres sous le bras. Celui qui nous intéresse ici s’appelle Fairyland, et avec les lettres de son titre au couleur de l’arc en ciel, je me suis doutée qu’il pouvait m’intéresser.

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Et j’avais bien raison, parce qu’une fois commencé, j’ai eu du mal à le lâcher. Dans Fairyland, Alysia Abbott nous raconte son enfance et sa vie de jeune adulte auprès de son père, le poète Steve Abbott. Orpheline de mère à 2 ans, c’est son père, homosexuel, qui l’a élevée. Sa fille raconte donc son enfance à San Francisco dans les années 70, puis l’arrivée du sida dans les années 80.

Son enfance a été peu banale, tout d’abord parce que l’homosexualité à l’époque n’avait rien d’évident, et l’homoparentalité encore moins. Alysia alternait entre des moments entourée d’homosexuels se travestissant, et vivant leur homosexualité de façon flamboyante et sans se cacher, et d’autres moments à l’école ou dans la famille de sa mère où elle préférait et/ou devait le taire.

Son père, poète donc, avait une vie de bohème, et vivait dans un monde entouré d’artistes. Même si sa fille était très importante, l’art et l’écriture étaient tout pour lui, et pas toujours conciliables avec la paternité.

Alysia Abbott raconte donc tous ses souvenirs, aidée pour cela par le journal que tenait son père. Le livre est également ponctué de quelques poèmes illustrés, et de photos. Les souvenirs de petite fille et le journal dans un premier temps, puis leur correspondance lorsqu’elle était jeune adulte et que son père était alors atteint du sida, permettent de se faire une idée de leur relation très forte, même si souvent compliquée. On sent toute la tendresse et l’amour qui existaient entre les deux, et la difficulté pour Alysia d’avoir un père « hors normes ».

Mais Fairyland, en plus d’être un portrait d’un père et de sa fille, est aussi un portrait du San Francisco des années 70 et 80. On y est plongé comme si on y était, au milieu de noms et de faits qui nous sont familiers. J’ai parfois eu l’impression et le plaisir de me retrouver dans les Chroniques de San Francisco, d’Armistead Maupin.

Très beau livre donc, que j’ai regretté de fermer après avoir lu les dernières pages, après avoir assisté comme Alysia a la fin prématurée de Steve Abbott, et de tant d’autres comme lui.