Girl made of stars, d’Ashley Herring Blake (livre en VO)

girl starsGirl made of stars fait partie des titres trouvés dans ma quête de romans avec des personnages non binaires. J’avais donc pas mal d’attentes (après un avis plutôt favorable même si un parti pris qui peut poser question dans Symptoms of being human, et une déception avec The handsome girl and her beautiful boy) et franchement, ça a été une très bonne surprise.

On suit l’histoire de jumeaux, Mara et Owen. Mara a quitté Charlie il y a peu, pour redevenir amies, comme avant. Elle en souffre très clairement, mais n’arrive pas à revenir sur sa décision. Owen sort avec Hannah, la meilleure amie de Mara.

Tout tourne au drame après une soirée où Owen a bu plus que de raison. Hannah l’accuse de l’avoir violée et veut porter plainte, alors que le garçon dément.

Mara est alors tiraillée entre son jumeau, la moitié de sa vie, celui qui est tout pour elle, et sa meilleure amie, en qui elle a toute confiance.

Le point de départ me faisait un peu peur, mais franchement, j’ai trouvé que c’était très bien traité. On sent tout le tiraillement de Mara, en plein conflit intérieur. Et les relations entre les personnages sont bien développées et travaillées. Le sujet est dur hein, je ne vous le cache pas. Le livre parle de viol et d’agression sexuelle, et des réactions qui s’ensuivent (le fait de ne pas être crue, les difficultés à être entendue par la justice). Mais il parle aussi d’amitié, de sororité, d’acceptation de soi, d’amour, des relations familiales. Je l’ai vraiment trouvé très touchant de bout en bout, et d’ailleurs une fois commencé, j’ai eu du mal à le lâcher.

En termes de représentation, Mara est bisexuelle et out auprès de ses amis et sa famille. Et Charlie est non binaire. Ses parents savent qu’elle aime les filles, mais pour le reste, elle ne leur a jamais parlé de son identité de genre. Je genre le personnage au féminin, car c’est ce qui est fait dans le roman, le personnage étant pour l’instant en questionnement sur ce qui pourrait lui convenir en termes de pronoms. C’est quelque chose qu’elle peut partager avec Mara, et j’ai beaucoup aimé la relation entre ces deux personnages, tout ce qu’elles peuvent s’apporter à l’une et à l’autre. Personnellement j’ai trouvé bien traité la non binarité de Charlie, ses moments de dysphorie et la difficulté à faire son coming out à ses parents, à leur montrer qui est Charlie, et non Charlotte, celle qu’ils voient comme leur fille.

Enfin bref, un bon roman qui parle de solidarité féminine, de reconstruction et avec de beaux personnages (LGBTQI ou non), donc je ne peux que le recommander.

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Une maison parmi les arbres, de Julia Glass

maison arbresQuand on m’a parlé de ce livre, c’est d’abord pour me dire que c’était inspiré de Maurice Sendak (l’auteur de Max et les Maximonstres, entre autres), qui avait caché son homosexualité toute sa vie, et a dévoilé avoir vécu avec un homme pendant 50 ans alors que lui-même avait 80 ans, parce qu’il avait peur que ça puisse nuire à sa carrière. Bon, cette révélation date de 2008 hein, mais j’avoue n’en avoir jamais entendu parler avant, et avoir été sous le choc qu’il se soit ainsi caché toute sa vie.

Cela étant dit, sachez que cela n’a pas d’importance pour la lecture du livre. Je ne sais pas du tout quelle est la part d’inspiration, ne connaissant pas spécialement la vie de Maurice Sendak, je trouve juste que c’est triste et qu’il n’y a pas de raison d’ignorer plus longtemps que cet auteur était gay.

Revenons-en donc à Une maison parmi les arbres. Morty Lear, un auteur adulé de livres pour enfants vient de décéder. Il a tout légué à son assistante, Tommy Daulair. Qui a vrai dire était bien plus que cela, puisqu’elle s’était installée chez lui.

Tommy doit gérer tous les problèmes de succession, notamment quelques mauvaises surprises de donations pour un musée. Mais aussi gérer un acteur qui a le vent en poupe, choisi pour jouer le rôle de Morty Lear dans un biopic sur sa vie et qui vient prospecter dans la maison de l’auteur.

Le personnage de Tommy est très intéressant, car elle a consacré sa vie à Morty, l’accompagnant partout, et allant jusqu’à vivre sous son toit. Mais on peut se demander où est sa vie à elle, si elle a vécu pour elle-même et pas pour un autre. Étant là dans toutes les situations, partageant l’intimité de Morty, même lorsqu’il vit avec son amant qui mourra d’ailleurs du Sida.

A travers une galerie de personnages, et en alternant les flash backs (propres à chacun) et le présent, l’autrice dépeint très justement les fêlures humaines, les blessures de chacun, et des chemins de vie différents.

The handsome girl & her beautiful boy, de B.T. Gottfred (livre en VO)

handsome girlDans la lignée de Symptoms of being human (et dans ma joie de voir enfin une représentation d’un personnage genderfluid), j’ai enchainé avec The handsome girl & her beautiful boy, avec l’impression que ce roman allait traiter des mêmes thématiques.

Et bien, pas vraiment en fait.

De quoi ça parle déjà ? Tout le monde pense que Zee est lesbienne (vêtements, préjugés, tout ça), alors qu’elle se meurt d’amour pour son meilleur ami, Cam, qui d’une part, ignore totalement ses sentiments à son égard, d’autre part, sort avec Abaigail.

Un jour, Abigail est contrainte d’amener son frère, Art lors d’une soirée avec Zee et Cam. Tout le monde pense qu’Art est gay. Sauf que non, et surtout, il tombe immédiatement sous le charme de Zee.

Bon, ça c’est le point de départ. Donc déjà, l’idée c’est de dénoncer les clichés, et ça franchement je dis oui, très bien ! Mais ensuite, j’ai trouvé le temps loooooong… Et j’ai en gros attendu un peu désespérément qu’il se passe quelque chose pendant bien une centaine de pages… Peut-être est-ce dû à l’alternance des chapitres (et donc des personnages), beaucoup trop courts à mon goût, ou au personnage de Art, trop « fabuleux » pour moi (enfin disons que pour moi c’est du déjà vu, et qu’en l’occurrence ici, j’ai eu du mal à m’attacher à lui).

Et la suite n’est pas forcément mieux. Pourtant ce livre aborde des thématiques vraiment intéressantes : le deuil, l’abandon, la parentalité mais aussi l’orientation sexuelle, et l’identité de genre. Plutôt pas mal ! Mais rien ne colle, le nombre de fois où je me suis dit « Mais qui sont ces gens ?! Qui réagit comme ça ? Où est la logique, la cohérence ? ». Et à chaque fois j’ai pensé « Ah oui, tiens sur l’idée ça pourrait être intéressant… ». Mais voilà, pour moi ce livre est fait de bonnes idées, mais qui ne collent pas, qui ne sont pas bien exploitées. L’idée d’avoir deux personnages qui ne rentrent pas dans les cases habituelles est plutôt chouette, l’idée de les mettre en couple, et de les sentir hésiter et sur leur genre et sur leur orientation sexuelle aussi (surtout qu’ils sont en pleine adolescence, âge de tous les possibles, d’explorations et de découvertes), mais c’est pas cohérent, et j’ai eu envie de foutre des baffes à tellement de personnages (et peut être à l’auteur aussi, surtout ?).

Niveau représentation, on retrouve des personnages gays et lesbiens. Et Zee et Art sont en pleine recherche d’eux même, mais au final, on ne voit pas trop où ça va et ce que ça apporte. Pour des adolescents eux mêmes en plein questionnements, est ce que ça peut aider ? Franchement, je n’en sais rien. A voir que les choses ne sont pas forcément figées ? Oui, peut être…

Le Héros et les autres, d’Antonin Crenn

herosLe Héros et les autres est un court roman, à destination des ados comme des adultes je pense. On suit ici les pas de Martin, un adolescent assez solitaire, seul Félix, semble réellement retenir son attention.

Je dois bien avouer que j’ai été un peu déconcertée par les premières pages, lisant pas mal de jeunesse, j’ai mes petites habitudes, et je dois dire que le style est inhabituel pour un public disons « adolescent ». Passé ce temps d’adaptation, j’ai aimé suivre Martin, et découvrir tout son univers. En effet, le personnage et ses tourments sont énormément perçus à travers son environnement, et le paysage qui l’entoure. Martin est au cœur de sa ville et de la nature. Et du coup ces paysages, le château, le square et sa statue, la rivière semblent être des personnages à part entière. Et c’est très agréable de se laisser porter dans cet environnement, qui semble perdu au milieu de nulle part (on ne sait même pas où est la gare la plus proche).

J’ai aimé être totalement centré sur Martin, que sa famille ne semble pas exister, et voir un personnage apparaître et disparaître, tel un fantôme. Le Héros et les autres a beau être réaliste, on est jamais très loin d’un certain onirisme, ou même d’un certain mysticisme.

Martin est un personnage qui semble flotter dans ce monde, sans s’y ancrer réellement, quels que soient les évènements, même quand il essaie de s’affirmer. L’homosexualité de Martin n’est pas du tout le sujet du récit, mais ses sentiments pour Félix sont évidents et naturels. Et en cela, c’est une très bonne représentation.

En tout cas, j’ai aimé me laisser porter dans l’histoire de ce jeune homme, et découvrir cette ville, à travers ses yeux.

Le corps est une chimère, de Wendy Delorme

corps chimèreWendy Delorme est quelqu’un que je suis de loin en loin, mais son nom m’interpelle toujours lorsque je tombe dessus, car je sais qu’elle aborde des thématiques qui m’intéressent. Perfomeuse et autrice queer, j’ai pu la voir dans un film d’Emilie Jouvet, et lire son précédent roman, La Mère, la Sainte et la Putain.

Le corps est une chimère (au titre prometteur) m’a forcément tapé dans l’œil.

Tout commence par des funérailles. S’ensuit une galerie de personnages, et leurs histoires, qui se croisent. On découvrira donc un homme éploré, son ex-femme et son nouveau compagnon, leur fille (ainsi que sa compagne et leurs trois enfants), une travailleuse du sexe amoureuse d’un policier dont le genre n’est jamais nommé, et un couple de lesbiennes.

Le roman aborde des thématiques importantes, et difficiles : les violences faites aux femmes, les négligences policières (et les difficultés de vouloir lutter contre, même de l’intérieur), le statut des travailleuses du sexe. Mais aussi d’autres sujets tout aussi importants : l’identité de genre, les migrants, l’homoparentalité, la PMA, l’homophobie, les classes sociales etc… Et les liens entre les personnages mettent aussi en évidence les liens familiaux, l’amour, le couple, la filiation.

J’ai eu la chance d’assister à une rencontre/lectures avec Wendy Delorme à la librairie Terre des livres, et c’était vraiment un moment très intéressant, qui m’a donné envie de me (re)plonger aussi dans ses autres livres. J’ai aimé découvrir qu’elle avait écrit ce livre en riposte à la Manif pour tous, en espérant que les gens qui manifestaient contre nos droits pourraient le lire. Elle a d’ailleurs imaginé prendre un autre nom pour sortir ce livre, pour gommer son parcours, et s’adresser au plus grand nombre.

Le rapport au vêtement (et au corps) est très important dans ce roman, et c’était intéressant d’entendre l’autrice parler du côté politique du vêtement (et d’apprendre qu’elle donnait des cours sur le sujet également, ça donne envie de retourner à la fac !).

J’aimais déjà bien Wendy Delorme avant cette rencontre, qui m’a confirmé que c’était une autrice à suivre (en plus d’être quelqu’un de très accessible).