Love is love, collectif, chez Bliss Comics

love-is-love-vfJe suis bien embêtée… A l’annonce de la sortie de ce titre, j’étais assez enthousiaste (si tant est qu’on peut l’être sur un sujet pareil), puisqu’il s’agissait d’un comics rendant hommage aux victimes de l’attentat du Pulse, à Orlando. Avec ou sans super héros, des auteurs connus et moins connus rendent hommage et dénoncent la haine et l’homophobie le temps d’une planche de BD. Les bénéfices des ventes sont reversés à des associations LGBT+ et à SOS homophobie, ce qui est plus que louable comme initiative.

Oui mais voilà, déjà, dès la sortie, j’ai vu des critiques ici et là plus ou moins mitigées sur le livre en question. Moi-même en le feuilletant je sentais bien le côté inégal de la chose. Et après l’avoir lu, je ne peux que constater qu’en effet c’est décevant. Peut-être qu’une page c’est trop peu pour s’exprimer sur un tel sujet, c’est fort possible. Un format plus libre aurait permis plus de choses, je ne sais pas, mais en tout cas, ça ne colle pas. Certaines planches sont touchantes et émouvantes, clairement, mais en même temps vu le sujet, comment pourrait-il en être autrement ? D’autres sont soit incompréhensibles, soit hors sujet, soit franchement peu travaillées, et le résultat manque clairement de cohérence.

Pourtant, je trouve bien que ce genre d’initiative existe. Je repense au projet vidéo à It get’s better, suite au suicide d’un jeune homosexuel, je n’ai pas tout regardé mais c’était franchement touchant.

Petit rappel, au sujet d’Orlando, attentat qui a fait 49 morts dans une boîte gay en 2016. Au-delà de la tristesse ressentie à cause de cet acte barbare, j’ai été marquée par la négation et la difficulté pour les médias à relever le caractère homophobe de cette fusillade. Et je n’ai évidemment pas pu m’empêcher de me sentir directement concernée. Et je dirai que dans Love is love, il m’a manqué du ressenti dans beaucoup de planches. Celles qui m’ont marquée sont très probablement majoritairement écrites par des auteurs lgbt, qui connaissent déjà profondément le fait d’être différent, rejeté, insulté, agressé… Je ne dis pas que les autres ne peuvent pas en parler, mais peut-être seront-ils plus « à côté ».

Donc même si les intentions de l’initiateur du projet sont franchement louables, le résultat n’est malheureusement pas très convaincant.

Publicités

Adolescences lesbiennes, de l’invisibilité à la reconnaissance, de Christelle Lebreton

ado lesbiennesCe livre est à la base une thèse de doctorat, qui a été retravaillée afin d’être publiée et accessible à tout.e.s. Ce n’est pas forcément le genre d’ouvrage vers lequel je me serais tournée spontanément, même si le sujet m’intéresse et me concerne, mais je ne regrette pas de m’y être plongée.

L’étude sociologique s’est portée sur une vingtaine de jeunes femmes. L’échantillon est volontairement limité, afin d’avoir une plus grande cohérence des résultats. Elles sont donc issues du même milieu socioéconomique, ont grandi dans Montréal ou sa région, et sont majoritairement caucasiennes, une diversité ethnoculturelle introduisant forcément d’autres enjeux. Cela laisse en tout cas largement la place pour d’éventuelles autres études !

Le livre rappelle que même si l’homosexualité est plus reconnue ou légitime aujourd’hui (en tout cas au Québec), les lesbiennes sont visibles depuis moins longtemps que les gays, et cette visibilité reste marginale. Comment se construire alors sans modèles et sans identifications quand on est une jeune lesbienne ?

Ce que j’ai trouvé vraiment intéressant dans cet ouvrage, c’est qu’il est immédiatement rappelé que les lesbiennes sont victimes d’une double discrimination : en tant qu’homosexuelles mais également en tant que femmes. Et le livre différencie également les concepts d’homophobie et d’hétérosexisme.

« Le concept d’homophobie est en effet limité dans sa capacité à identifier les processus sociaux, culturels, structurels et institutionnels qui contraignent à l’hétérosexualité et qui en font un idéal auquel on doit se conformer. »

« L’hétérosexisme peut se définir comme l’ensemble des discours et des pratiques, individuels ou institutionnels, construisant une hiérarchie des sexualités qui situe l’hétérosexualité comme la norme la plus acceptable socialement, en comparaison de laquelle toutes les autres pratiques sexuelles et conjugales sont disqualifiées ou dévalorisées. […] La présomption hétérosexuelle joue constamment en défaveur des couples et parents de même sexe dont l’existence n’est souvent ni reconnue ni acceptée. »

L’hétérosexisme explique que la plupart des jeunes femmes interrogées ont vécu des relations hétérosexuelles, et ont eu un parcours assez long avant de se définir lesbienne, cette identité étant vue tour à tour comme inexistante ou déviante, anormale. Le livre ouvre des pistes de réflexions sur ces sujets, de manière simple et imagée, puisque les témoignages sont nombreux.

Les tribulations d’une chamane à Paris, de Corine Sombrun

tribulationsAvec ce livre, je n’ai pas spécialement fait les choses dans l’ordre. En effet, en parcourant la rainbowthèque, je suis tombée sur Les tribulations d’une chamane à Paris, où il était question à un moment d’un couple de femmes. Qu’on soit bien clair, ce n’est pas du tout du tout le sujet principal de cet ouvrage, donc s’il n’y a que ça qui vous intéresse, passez votre chemin ! Par contre, si comme moi, le chamanisme vous intrigue, allez-y, foncez. Pour revenir à l’ordre des choses, disons que Corine Sombrun a relaté ses expériences dans plusieurs livres, et qu’elle a commencé par Journal d’une apprentie chamane et Mon initiation chez les chamanes. Est-ce gênant pour la lecture de commencer par celui-là ? Pas du tout ! Est-ce que j’ai envie de lire ses autres livres pour approfondir tout ça ? Oui, clairement. Où vais-je donc avec toutes ces digressions ? Je n’en sais trop rien…

Bref, pour en revenir au sujet, Corine Sombrun est compositrice et fait des reportages pour la BBC. Au cours d’un de ces reportages, sur les chamanes en Mongolie, elle assiste à une cérémonie et au son du tambour, elle entre en transe. Le chamane lui révèle alors qu’elle est elle-même une chamane, que les esprits l’ont désignée, et qu’elle doit en suivre l’enseignement pendant trois ans, au fin fond de la Mongolie… Ce qu’elle fera, probablement aussi pour trouver des réponses suite au deuil de son compagnon.

Le livre s’ouvre sur son retour à Paris, après cette formation. Corine Sombrun réalise alors les attentes et les questionnements que peut avoir son entourage, ainsi que diverses facultés qui lui apparaissent petit à petit. Elle va également rencontrer Anne, une ethnopsychiatre, intéressée par ce qu’elle traverse, et dont elle va se rapprocher petit à petit.

Ce livre est assez fascinant et nous emporte dans les diverses expériences de l’autrice, entre ses souvenirs avec la chamane qui l’a formée, l’austérité de sa vie en Mongolie, et sa vie parisienne contrastant singulièrement avec ces rituels ancestraux…

Le vrai sexe de la vraie vie 2, de Cy

vrai 2Souvenez-vous, j’avais adoré Le vrai sexe de la vraie vie. C’est donc avec une impatience non dissimulée que j’attendais ce deuxième volume, que je me suis empressée d’acheter.

J’ai été prise d’une soudaine appréhension au moment de débuter la lecture, calée bien confortablement dans mon canapé, « Et si j’étais déçue ?! ». Et bien que nenni, mes doutes ont été dissipés bien vite, et je l’ai trouvé tout aussi bon que le premier, avec en plus le bonheur de la découverte (puisque dans le premier tome, il y avait moins d’effets de surprises, ses histoires ayant déjà été, en partie du moins, publiées sur MadmoiZelle.com).

Petit rappel, pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore (sachez que c’est le moment de foncer, et que les tomes peuvent se lire dans le désordre), Le vrai sexe de la vraie vie nous montre une sexualité ordinaire, de façon crue mais hors des clichés pornographiques, le tout de façon crédible, réaliste, drôle et décomplexant.

Le tome 2 continue sur la lancée du tome 1, avec des corps racisés, des personnes trans, lesbiennes, gays, bi, hétéro aussi (il en faut, personne n’est parfait), asexuels, et plein de sujets traités avec toujours beaucoup de bienveillance (je ne vous dévoile pas tout, histoire de ne pas gâcher le plaisir de la découverte). On retrouve également quelques Points cul, sur par exemple la protection, le vaginisme, l’asexualité…

vrai-sexe-vraie-vie-2-visuel

Et franchement, j’adore comme ce livre se partage, se passe de mains en mains, entre sourires, et échanges de discussions, d’expériences, que ce soit en couple ou entre potes. Je pense que ce sont de bonnes BD à destination des ados aussi, bien loin des clichés qu’ils peuvent voir un peu partout sur le Net… Bref à lire et à partager !

Une chronique du sexisme ordinaire

Vaste sujet, me direz-vous, et vous avez bien raison ! Mais bon, je bosse en librairie, et comme vous devez vous en douter, je suis souvent confrontée au sexisme ordinaire. Déjà, je regarde le rayon BD jeunesse ou le rayon manga, et ma vue se brouille avec tout ce rose…

Bon résumons, quand j’étais gamine, je lisais tout ce qui me tombait sous la main, et oui, il n’y avait pas tant de personnages féminins que ça en littérature jeunesse. Là comme ça, je pense à Fantômette, Mafalda, Claude dans Le club des cinq… J’ai fait avec, et quand je vois tout ce qui parait actuellement en littérature jeunesse et young adult, je me dis qu’il y a de quoi se faire plaisir (ce que je fais, même si j’ai passé l’âge, non mais !). Bref, tout ça pour dire que je suis bien contente de voir l’offre s’élargir mais que je trouve dommage que les clichés soient aussi présents.

J’ai eu envie d’écrire cet article et mes réflexions suite à deux évènements.

Le premier : coup sur coup, deux personnes (de sexe masculin) m’ont dit qu’elles assimilaient les BD de Marion Montaigne aux BD girly. Stupéfaction totale de ma part (j’ai quand même été rassurée ensuite par plusieurs personnes de mon entourage qui sont restées aussi surprises que moi). Quoi, Marion Montaigne « girly » ?! Bon déjà, on est d’accord que ce mot serait à proscrire à tout jamais, est ce qu’on parle du genre « boyi » ? Non, parce que par défaut, c’est tout ce qui n’est pas « girly », merci les « mecs ». Tiens d’ailleurs, ça me rappelle une vidéo d’une conférence à Angoulême je crois, où Lisa Mandel faisait un petit test auprès du public pour savoir comment il différenciait les BD faites par des femmes et celles faites par des hommes. Et bien les résultats, même si ça restait assez sommaire, montraient bien les clichés qui ressortent habituellement, et montraient aussi qu’il n’était pas possible de faire la différence (quelle surprise, n’est ce pas ?!).

Donc en quoi Marion Montaigne ferait des BD « girly » ? Pour moi ces BD sont drôles (très), instructives (aussi !) mais pour le reste… Mais c’est une femme, c’est vrai, j’avais oublié ce petit détail. Est-ce à dire pour autant qu’elle fait des ouvrages majoritairement destinés aux femmes ? Je ne pense pas, non.

Autre événement donc, une dame arrive et me demande un conseil pour un petit garçon de 8 ans, avec de préférence, une BD non genrée. Bon déjà, là j’avais très envie de la prendre dans mes bras, mais je suis restée digne et me suis retenue. Je lui ai donc conseillé Momo, parce que c’est trop chouette comme BD ! Non seulement elle a bien accroché, mais en plus, en partant, elle m’a dit qu’elle était contente d’offrir une BD avec une héroïne à destination d’un petit garçon. Ce qui devrait être logique en fait ! Parce qu’en tant que fille, on vit dans un monde où les mecs cis-hétéros blancs sont surreprésentés, et donc on prend l’habitude de s’identifier à différents personnages. Les garçons non. Donc dès qu’on propose un livre quel qu’il soit (parce que ça ne se résume pas au public jeunesse, que ce soit clair) avec un personnage féminin, si c’est à destination d’un homme, il y a toujours le risque que ce soit refusé. Étrangement, pour les femmes, je n’ai jamais eu le cas de figure…

Je me rends compte que ça rejoint mes réflexions sur la représentation. Je suis assez déprimée par la surabondance de rose dans les rayons jeunesse, par la binarité shojo/shonen en mangas (alors qu’en plus, encore une fois, plein de filles lisent les deux, contre peu de garçons), et ce qui est gênant encore une fois, ce n’est pas qu’il y ait du rose, de la romance, des paillettes (quoi que… ) et du « girly », non ce qui est gênant c’est qu’on se limite à ça. La diversité, il n’y a rien de tel ! Et ça commence à apparaître, avec des BD comme Les carnets de Cerise, Astrid Bromure, Hilda, Zita fille de l’espace, Momo et bien d’autres que j’oublie, mais combien de personnages féminins par rapport aux personnages masculins ? Combien de filles aventurières, qui vivent autre chose que leur quotidien à l’école ? Quand est ce qu’on arrêtera de nous cantonner à des rôles domestiques ? Nous aussi on a le droit de vivre des aventures chouettes, qui envoient du pâté et qui nous sortent du quotidien, boudiou !