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Tous les hommes désirent naturellement savoir, de Nina Bouraoui

bouraouiAh Nina… Nina, Nina, Nina… Oui je sais quelle familiarité, mais Nina Bouraoui et moi c’est une histoire qui date, et qui a commencé par des rendez-vous ratés.

Le premier c’était avec Garçon manqué. Titre qui m’avait attiré l’œil sur une table de nouveautés à la Fnac (j’étais jeune, pardonnez-moi !), et dont le résumé parlait beaucoup à l’adolescente dans le placard que j’étais à ce moment-là. Placard tellement bien fermé qu’il m’était alors impossible d’acheter ce livre.

Quelques années et  coming out plus tard, ma première chérie partage ses connaissances en culture lesbienne, et me prête La vie heureuse. Elle-même était peu convaincue et j’avoue que je passe un peu à côté.

Encore quelques années plus tard, me voici apprentie en librairie, et une de mes collègues extrêmement enthousiaste me fait part de son amour pour les romans de Nina Bouraoui.

(Au passage, c’est dans cette même librairie qu’on m’a encouragée à lire Virginie Despentes, et je me suis pris une série d’uppercuts avec King Kong Théorie, et ai donc dévoré tous ses livres par la suite, et mon amour pour ses œuvres comme pour sa personne n’a jamais cessé de grandir, bref lisez Virginie Despentes. Ceci est un message d’utilité publique.)

J’avoue que je ne sais plus par lequel des romans de Nina Bouraoui j’ai commencé (enfin recommencé), peut être Garçon manqué, mais franchement je ne sais plus. Toujours est-il que suite à cela, j’ai dévoré ses romans. Et chaque fois, je me retrouvais dans un état second, complètement happée, touchée, ayant l’impression qu’on ne s’adressait qu’à moi. Je parlais d’uppercuts pour Virginie Despentes, avec Nina Bouraoui c’était autre chose, mais ça me touchait au fond de mes entrailles. C’était fort, puissant. Notre « relation » passionnée a duré quelques temps, et puis un jour, tout s’est arrêté. Je lisais Sauvage et je ne sais pas pourquoi, le roman m’est tombé des mains. Quelque chose s’était brisé.

Alors je sais bien que Nina Bouraoui est une autrice qui divise beaucoup. Combien de fois j’ai entendu des personnes qui s’étaient ennuyées en lisant ses romans, qui n’avaient pas du tout adhéré. Je peux comprendre. Je pense que lire Nina Bouraoui, c’est aussi une question de moments, de rencontre. Ça marche ou pas, mais si ça marche, ça peut être extrêmement intense.

Personnellement, je ne peux plus lire ses anciens romans. Même si je les ai adorés, et que je suis ravie qu’ils soient dans ma bibliothèque, ils correspondent aussi à un tel mal être, que je ne peux plus m’y replonger.

Cela dit, ça ne m’a pas empêchée d’avoir envie de réessayer, et de lire son tout dernier roman, Tous les hommes désirent naturellement savoir. On y retrouve les thématiques qui lui sont chères, son enfance partagée entre la France et l’Algérie, cette double culture, son homosexualité… En chapitres très courts (Savoir, Devenir, Se souvenir), Nina Bouraoui évoque son enfance, sa relation avec sa mère, mais aussi ce qu’elle sait de son histoire familiale, ses soirées au Katmandou, en attente de l’amour, essayant de trouver comment vivre son homosexualité.

Certains passages sont durs, voire très durs (notamment sur sa mère, mais aussi sur certaines personnes rencontrées au Katmandou) mais je n’ai pas été touchée comme j’aurais pu (du ?) l’être. Son écriture est toujours belle, mais les chapitres et récits évoqués sont tellement succincts qu’il est difficile d’être emporté.

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Leah à contretemps, de Becky Albertalli

CVT_Leah-a-Contretemps_9023Alors que Love, Simon (adaptation de Moi, Simon, 16 ans, homo sapiens) est actuellement dans les salles, une sorte de suite ou plutôt de spin-off, est sorti dans les librairies. On se concentre donc ici sur le personnage de Leah, qui fait partie de l’entourage de Simon.

Je n’avais pas spécialement accroché à Moi, Simon, 16 ans, homo sapiens, j’ai donc été un chouïa surprise de l’engouement autour du livre (qui certes reste sympathique) et du fait qu’il y ait une adaptation ciné. Et puis, j’ai lu Mes hauts, mes bas et mes coups de cœur en série, et j’ai été plus facilement séduite, peut-être que c’est une question de timing de lecture, je ne sais pas. En tout cas, je me suis laissée emporter avec plaisir dans ce roman feel-good qui abordait pas mal de sujets l’air de rien.

 

J’étais donc à la fois curieuse et sceptique avec ce nouveau roman, allais-je accrocher ou non ? Et bien… Pas plus que ça, il faut bien l’avouer. Même si on rentre dedans trèèèès facilement, et pour cause, on retrouve plein de personnages qu’on connait déjà. Mais pour la suite… J’ai eu l’impression d’assister à du fan service. On retrouve non seulement Simon (qui file le parfait amour avec son petit copain), et toute sa clique, mais il est aussi fait référence aux personnages de Mes hauts, mes bas et mes coups de cœur en série. Côté histoire par contre, j’ai trouvé ça plus que léger, d’autant que la fin est totalement prévisible. Donc passer plus de 200 pages sur les atermoiements d’une adolescente face à ses sentiments pour une autre, ça va bien 5 minutes, mais ça finit par devenir longuet quoi ! D’autant que le personnage de Leah n’est pas spécialement attachant, et même si au début ça ne me choquait pas, à force j’ai trouvé ça assez lourd. Elle est certes mal dans sa peau, mais du coup on a l’impression qu’elle en veut à la terre entière (y compris et surtout à sa mère, qui fait pourtant tout pour l’aider).

Je ne dirai pas que c’est un mauvais roman, et les amateurs des autres livres de Becky Albertalli seront sans doute contents de renouer avec certains personnages, mais ça reste très superficiel et peu original.

Côté représentation par contre, il y a pas mal de positif. On a donc un personnage bisexuel (Leah n’a fait son coming-out qu’à sa mère, mais elle se définit clairement), un personnage qui se cherche, des personnages gays qui s’assument, un personnage gros, des personnages racisés, et il est question de racisme, de biphobie. On évoque aussi très rapidement l’homoparentalité puisqu’il est question des deux mamans des personnages de Mes hauts, mes bas et mes coups de cœur en série. Et très très rapidement, on a également un personnage non binaire. Là pour le coup, c’est tellement rare que je trouve ça bien que ce soit représenté. Mais… Cela  me laisse un petit goût de pas assez. Le personnage ne fait que passer, et on ne s’attarde pas dessus (au moment d’une soirée qui a l’air mémorable, donc ça aurait pu être développé un peu plus je pense). C’est tellement anecdotique, que ça me fait me poser des questions pour un éventuel autre roman où cette fois ce serait Leah le personnage secondaire, et cette personne non binaire au centre du récit, mais bon, je dois me faire des films.

Les maux bleus, de Christine Féret-Fleury

maux bleusArmelle a 16 ans. Elle s’est rendu compte de son attirance pour les filles à l’âge de 13 ans, âge où elle a tenté de démêler ses questionnements, toute seule, dans son journal. Armelle aime la littérature, les mots, et est plutôt une âme solitaire.

Le roman commence par des mots violents : « Sale gouine », que l’héroïne se prend en pleine figure. C’est le début d’un harcèlement que ses camarades vont lui infliger heure après heure, jour après jour. En essayant de faire son coming-out à ses parents, Armelle se prend une claque supplémentaire, lorsqu’ils lui annoncent qu’ils vont aller manifester, avec la Manif pour tous, et qu’elle va les accompagner. La jeune fille, qui se sent rejetée dans son identité par absolument tout le monde, va craquer lors de cette manifestation, et faire comprendre à ses parents qu’elle est du côté des personnes contre lesquelles ils manifestent. Et malheureusement, ils vont très mal réagir, et la mettre à la porte.

Vous l’aurez compris, le sujet est assez dur. Le roman traite d’homophobie, que ce soit sous forme de rejet, de harcèlement, d’homophobie intériorisée, ou même plus subtile et sournoise du type « c’est seulement une phase ». Quand j’ai vu ça, je me suis dit enfin, on parle de ces enfants et ados, qui sont allés manifester avec leurs parents avec la Manif pour tous, alors qu’ils sont eux-mêmes LGBT ! Et aussi des enfants virés de chez eux, je ne suis pas sûre d’avoir vu souvent cette thématique dans des romans pour ados.

Pour moi, c’est donc un roman important, qui parle de la construction et de l’émancipation (dans tous les sens du terme) d’une jeune fille à partir de cet évènement traumatique. Armelle va trouver refuge chez des personnes qui vont l’aider à s’accepter, et le roman va alors prendre des petits airs de Faking it (série mignonne et sympa, pour celles et ceux qui ne connaissent pas).

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, et je mets juste un petit bémol au niveau de la cohérence. Bémol qui m’embête un peu parce que ça a pu me faire sortir d’un récit, dans lequel j’étais entièrement plongée, dans un livre qui parle de sujets importants. Par exemple, parler d’un film de 2017 alors qu’on est en pleine Manif pour tous, ou la rapidité avec laquelle Armelle trouve une solution et sans que les services sociaux n’interviennent. C’est du détail, et je pense que pour un œil adolescent, ça passera à la trappe. Ça ne m’a en tout cas pas empêchée de dévorer ce roman, et d’être touchée et émue par le chemin d’Armelle.

HAN_ComedyCOMAU-TourSQUARE-500x500-730x730Je fais une petite parenthèse puisqu’on parle d’homophobie. J’ai récemment vu le spectacle Nanette, d’Hannah Gadsby, et ça a été une claque énorme (rien que d’y penser, j’en suis à nouveau tourneboulée). Il est disponible sur Netflix, et je ne peux que vous le recommander. Petite précision avant toute chose, il s’agit certes de stand-up, mais même s’il y a des passages drôles, ne vous attendez pas à du « Youpi tralala, on va bien se marrer ». Non non non… Par contre, on va réfléchir et se prendre du lourd en pleine face, là où ça fait mal.

Hannah Gadsby parle du fait de grandir en Tasmanie, pays où l’homosexualité n’a été décriminalisé qu’en 1997, et parle donc d’homosexualité, d’homophobie, du genre, de misogynie, des violences faites aux femmes, mais aussi d’arts, de sensibilité, d’antidépresseurs… Et c’est juste, fort, émouvant, et d’utilité publique.

Barricades, de Charlotte Bousquet et Jaypee

barricadesBarricades est un roman graphique, suite d’un premier tome se déroulant dans le même lycée, Secret pour secret. Je n’ai lu que Barricades, et ce n’est en rien gênant pour la lecture, les histoires étant indépendantes.

Nous suivons l’histoire de Sam, qui est arrivée dans un nouveau lycée deux mois auparavant. On comprend rapidement qu’il s’est passé des choses très graves dans le précédent. Sam est une fille trans, et aucun élève n’est au courant dans son nouvel établissement. Elle a vécu l’enfer avant, que ce soit à cause des profs ou des autres élèves. Ici, elle se protège donc comme elle peut, mais il est difficile de se priver de toute vie sociale, et la musique va la rapprocher d’autres élèves et l’amener à intégrer un groupe en tant que chanteuse.

Barricades retrace bien les méandres de l’adolescence. Ici il est question de transidentité, mais je trouve que le dessin rend bien compte de la difficulté de cette période, en général. La BD est très très courte, mais a au moins le mérite d’évoquer des sujets graves : l’automutilation, le harcèlement, la transphobie… Le tout de façon assez pédagogique. En effet, Barricades s’adresse aux adolescents, et disons qu’elle fait simple et court. Ce type d’histoire a déjà été vu je trouve, et reste assez classique. C’est néanmoins une bonne chose d’aborder des thématiques de genre dans une BD pour cette tranche d’âge (à part Justin, de Gauthier, je n’ai pas d’autres exemples en tête). Le fait de passer par des étapes extrêmement douloureuses mais de finir sur une note de solidarité, et d’amitié est positif, mais assez expéditif. On aurait pu espérer un peu plus de développement de ce côté là.

Ce livre n’est malheureusement pas totalement exempt de maladresses, notamment avec ce passage :

– Donc avant, tu étais… un garçon…

– Techniquement, je le suis encore un peu. Ça s’arrange de jour en jour mais il y a des restes…

Bon là y a rien qui va quoi ! Et puis encore une fois ça ramène les personnes trans à ce qu’elles ont entre les jambes, donc c’est dommage de lire un truc pareil dans un livre qui se veut pédagogique…

Qui suis-je ? de Thomas Gornet

41u7k5Nkp8L._SX195_.jpgVincent est en 3ème, et en pleine adolescence, ce qui n’est pas tous les jours facile. La routine du collège se partage entre ses cours de sport avec un prof qui l’a pris en grippe depuis trois ans parce qu’il ne sait pas grimper à la corde, les moqueries de certains camarades, les amitiés pas toujours évidentes et son abruti de grand frère. Une vie d’adolescent assez classique finalement. Jusqu’au jour où un nouvel élève arrive dans leur classe, Cédric, et s’assied à côté de lui.

Tout en douceur et en nuances, Thomas Gornet nous fait plonger dans la peau d’un adolescent qui ne sait plus où il en est, et qui ne sait pas toujours mettre des mots sur ce qu’il ressent.

Au-delà d’un roman sur la découverte de son homosexualité, Qui suis-je ? est un beau roman sur l’adolescence et la découverte de soi. Vincent est touchant, parce qu’il est juste, et crédible. Ses sentiments pour Cédric sont visibles pour les autres avant de l’être pour lui-même, et d’être réellement compris.

L’homophobie ordinaire et pas toujours consciente est aussi très bien représentée, à un âge « merveilleux » où les « pédés » et « enculés » sont de mises à chaque phrase, et où les garçons doivent rester virils coûte que coûte (comme le montre cette scène, fugace, où un autre garçon, encore plus insulté et maltraité que Vincent, préfère s’en prendre à lui plutôt que de faire alliance).

Le parcours de Vincent est beau, bien que douloureux, et va l’amener à savoir qui il est, à se comprendre et à aller de l’avant.