Archives du mot-clé Ados

Les règles… Quelle aventure ! d’Élise Thiébaut et Mirion Malle

Je l’avais rapidement évoqué dans mon bilan lectures, me revoici donc pour vous parler de cet ouvrage. J’ai acheté il y a quelques temps Ceci est mon sang, d’Élise Thiébaut, qui a l’air très intéressant pour le peu que j’en ai lu (trop de belles choses à lire, vous connaissez ça aussi je pense), et j’avais beaucoup aimé Commando Culotte de Mirion Malle, dont je suivais déjà le blog depuis un moment. Donc quand j’ai vu que les deux s’associaient pour faire un livre sur les règles à destination des adolescent.es, je n’ai pas réfléchi et j’ai foncé pour l’acheter ! Et bien pas de regrets, j’adore ! Et pour tellement de raisons en plus.

Déjà parce que le livre s’adresse à tous les publics, les adultes comme les plus jeunes, il est drôle, instructif, féministe et inclusif.

La couverture et la quatrième de couverture donnent le ton, on a des personnes racisées, avec des corps différents (et même des poils sur les jambes, youhou !) et qui vivent leurs règles sans honte.

Et la première page continue sur cette belle lancée, puisqu’on y parle tout de suite (donc on n’attend pas les dernières pages pour évoquer le sujet vite fait histoire de dire) d’intersexes et de transgenres, sans jugement, juste pour expliquer ce qui existe. Et ce sera à nouveau évoqué par la suite. Et on trouve de l’écriture inclusive, donc je le redis, ce livre s’adresse à toutes et tous.

Ce livre est vraiment intéressant et sort des sentiers battus et de ce ce qu’on peut trouver dans les ouvrages habituellement destinés soit aux filles, soit aux garçons (genre le dico des filles quoi…) puisqu’il aborde les règles de plein de manières :  ce que c’est évidemment, puis en parlant de points historiques, linguistiques, en évoquant la religion, le patriarcat, les tabous, les superstitions, mais aussi les douleurs, le syndrome prémenstruel, l’endométriose ou les protections périodiques…

règle_thiébaut_manifesto21

Les règles… Quelle aventure ! est sans tabous, et fait tout pour donner une image positive des femmes et des personnes ayant un utérus, de leurs règles, montrer que ce n’est pas sale et que cette image qu’on nous impose n’a pas lieu d’être. Je trouve ça hyper ouvert à plein de niveaux, et assez inhabituel dans un livre pour un public adolescent ou même un public adulte d’ailleurs. Je connais peu d’ouvrages qui évoquent l’intersexualité et la transidentité, le droit d’aimer qui on veut, de se sentir bien dans son corps et ses baskets, qui montrent des corps « normaux », qui parlent de toutes les protections périodiques qui existent (avec des moyens qu’on évoque encore peu devant des ados je pense, comme la coupe menstruelle, les culottes de règles et même le flux instinctif libre !) et qui dénoncent plein de choses (le fait qu’avoir mal ne soit pas normal, que les protections hygiéniques soient les produits de première nécessité les moins visibles et qui devraient être aussi faciles à trouver que des préservatifs, et que non les règles ce n’est pas sale et que ce n’est pas plus gênant d’en parler que de parler de son transit, chose communément admise).

Bref, ce livre est une merveille ! Je le conseille à tout le monde, achetez le, lisez le, et offrez le !

Publicités

A la place du cœur Saison 1, d’Arnaud Cathrine

518CmDcGWFL._SX195_Quand j’ai entendu parler de ce livre, j’ai été intriguée par le sujet, les attentats de Charlie Hebdo dans un livre pour ados, ça me semblait prometteur. Ma collègue m’a ensuite un peu refroidie quand elle m’a dit qu’elle n’avait pas réussi à le lire. A voir donc, pour me faire mon propre avis.

J’ai été un peu gênée dès les premières pages. Le personnage principal, Caumes, fête ses 17 ans, entouré de ses potes. On est dans un univers hyper masculin, et là je me rends compte que ces derniers temps j’ai surtout lu des autrices, et que ça m’allait très bien. Surtout quand il est autant question de la bite d’un ado de 17 ans… Que ce soit clair, je n’ai pas envie de lire un roman qui tourne autour de ça, surtout si c’est un livre autour d’attentats (on n’est pas sur la découverte de la sexualité, quoi). Pour moi ça limite la portée du roman, est-ce voulu ? Je ne comprends pas.

La suite n’est pas inintéressante. On suit les amours de Caumes avec Esther, mais tout va très vite, en deux temps trois mouvements c’est l’amour fou, et le sexe vient aussi très rapidement. J’ai du mal à y croire et à adhérer du coup.

Et là, les attentats surviennent, le choc et la stupeur. Et tout ça vient se mélanger à une histoire d’amour naissante. L’idée n’est pas mauvaise mais je l’ai trouvée mal traitée.

Le personnage est pourtant intéressant, et sur plusieurs plans. Par exemple, on sent tout l’intérêt qu’il a pour ses cours de théâtre, où sa prof, lesbienne (c’est su de tous manifestement, et ne cause pas de remous, soit…), leur fait jouer L’éveil du printemps. Même sans être un adepte de la littérature, il comprend la portée des textes qu’ils peuvent jouer.

Sa relation avec son copain Hakim est aussi riche et complexe. Il sent bien que son pote a des attirances pour les garçons et plus particulièrement pour lui, ça le met franchement mal à l’aise mais ne l’empêche pas d’être présent pour son ami, quoi qu’il arrive. Mais le sort du personnage de Hakim est plutôt bâclé, il y a pas mal d’archétypes et le roman peine à aller plus loin. C’est vraiment dommage, mais du coup, j’avoue que ça ne me donne pas du tout envie de lire la suite…

Cette fille c’était mon frère, de Julie Anne Peters

1540-1Ce roman pour ados est une réédition d’un titre paru en 2005 sous le titre La face cachée de Luna. J’avoue que je l’avais déjà repéré mais je crois que j’avais un peu peur de la façon dont le sujet pouvait être traité, mais avec cette réédition je me suis dit que c’était enfin l’occasion de le lire.

Regan est une adolescente de 15 ans, pas forcément super bien dans sa peau. Son frère, Liam a 17 ans et semble être le garçon idéal, bon à l’école sans même avoir à s’en soucier, petit génie en informatique, beau et populaire, bref il a tout pour lui. Sauf que, chaque nuit, Liam se glisse dans la chambre de Regan et se transforme en Luna. C’est la seule à être dans le secret, et elle voit bien combien Liam souffre de la situation et rêve tout simplement de pouvoir vivre sa vie de femme.

Très honnêtement, je ne m’attendais pas à voir cette histoire depuis le point de vue de la sœur, et c’est une très bonne idée. Elle vit vraiment dans l’ombre d’un frère qui a tout pour lui, tout en sachant qu’il est malheureux. On a une très jolie relation entre les deux, elle fait tout pour l’aider, même si ce n’est pas toujours évident pour elle.

Le roman est vraiment poignant par moments, et est sans doute encore plus fort d’être raconté par une tierce personne. De nombreux  flash-backs nous plongent dans des souvenirs d’enfance et nous montrent que Liam n’a jamais été le petit garçon que tout le monde voyait et voulait qu’il soit.

Cela dit, Cette fille c’était mon frère connait aussi des moments plus joyeux, notamment avec Regan. Les moments où elle découvre les joies des rendez-vous amoureux sont à la fois touchants et très drôles (on pourrait l’appeler Miss catastrophes).

Julie Anne Peters nous fait naviguer entre les émotions, le tout avec beaucoup de finesse et d’intelligence. Elle aborde la transidentité de façon très juste, et le personnage de Regan en parle avec beaucoup de maturité pour son âge (même s’il est clair qu’elle a du mal à le gérer). Le roman aborde cette thématique mais également les rôles assignés aux filles et aux garçons, la question du féminisme, de l’homosexualité (le père de Liam est persuadé que son fils est gay, et le pousse à faire du sport et à se conduire comme « un homme, un vrai »).

Au final, ce que j’ai beaucoup apprécié dans ce livre, c’est que l’on n’assiste pas seulement à l’épanouissement de Luna, mais aussi à celui de Regan. On a là un très beau livre, plein d’émotions sans être plombant, qui nous montre le chemin et l’éclosion de deux jeunes femmes.

Les nombrils, de Delaf et Dubuc

J’aime bien me laisser porter par mes envies dans les lectures, et j’avoue que Les nombrils n’est pas du tout le genre de BD vers laquelle je me serai spontanément orientée. Fort heureusement, on m’a soufflé l’idée d’aller quand même y regarder de plus près.

Les nombrils est une BD jeunesse, sur trois copines : Jenny, Vicky et Karine. Jenny est l’archétype de la bimbo sans cervelle, Vicky a la « difficile » place de deuxième plus jolie, et est tout aussi superficielle que son amie, et enfin, Karine est la très (trop) bonne copine, bonne poire, « moche » et sans style. Dans les trois, quatre premiers tomes, les deux premières font tout pour séduire le beau gosse du lycée (John John, jamais sans son casque, on finira par comprendre pourquoi), au détriment de Karine qui leur sert de faire valoir, et est toujours là pour faire leurs devoirs, ou les servir. Elles feront d’ailleurs tout pour l’empêcher de sortir avec Dan.
Bon autant l’avouer tout de suite, ces premiers tomes sont sympathiques, mais on tourne rapidement en rond. On a des planches d’une page avec des gags, et cette Karine se fait vraiment martyriser par ses soit disant amies, ça n’avance pas des masses.

Et puis finalement, un jour Karine s’émancipe (bon grâce à un mec à la base, certes), et prend sa vie en main. Elle change de look, et ne se laisse plus marcher sur les pieds. A partir de là, les personnages gagnent petit à petit en profondeur, et les histoires sont travaillées sur la durée. Karine tout d’abord, prend confiance en elle, et commence une vie en dehors de ses amies et du lycée. Jenny est un personnage vraiment comique, parce que vraiment très très cruche (j’assume les ricanements que j’ai pu avoir au moment de la lecture, même si j’ai passé l’âge du public visé). Elle n’envisage pas de sortir avec autre chose qu’un canon de beauté, mais tombe petit à petit amoureuse d’un petit gros, qui n’est qu’attentions pour elle, et l’aime au-delà de son apparence physique.

Et enfin, Vicky, le personnage qui nous intéresse ici. Toujours en deuxième position après Jenny, cherchant à séduire les mêmes beaux garçons, Karine lui fait un jour remarquer qu’elle n’est jamais tombée amoureuse et que tout changera pour elle quand ce sera le cas.

Et là paf, elle a des nouveaux voisins, qui ont un fils qui serait le gendre idéal, et une fille rebelle et tatouée… Et petit à petit, les deux jeunes filles vont se rapprocher, et Mégane la voisine, ira même jusqu’à embrasser Vicky. Celle-ci la rejette, et va même sortir avec son frère pour se prouver qu’elle est « normale ». Tout en rougissant et bafouillant dès qu’elle voit ou pense à Mégane.

Mégane finira par faire son coming out devant ses parents, après avoir été surprise en train d’embrasser Vicky. Cette dernière n’est pas encore prête à assumer et à vivre ses sentiments, même si elle a avoué à Mégane qu’elle pensait tout le temps à elle. Il faut dire que ses parents lui ont clairement fait comprendre qu’avoir une fille lesbienne était tout sauf envisageable.

J’attends donc le tome 8 avec impatience, cette histoire méritant amplement d’être développée. J’ai trouvé toute l’histoire vraiment bien traitée, de la découverte des sentiments au rejet des parents. Et j’aime beaucoup aussi que l’homosexualité soit abordée dans une BD très grand public, dont ce n’est pas du tout le sujet de base (je découvre à l’instant que les auteurs sont québécois, et bizarrement, je suis moins surprise de voir ce sujet abordé que s’ils avaient été français).

Will et Will

Encore une chouette lecture avec Will et Will, de John Green et David Levithan, un roman pour ados que je conseille vivement.

Green-Levithan-Will-et-WillOn alterne les chapitres entre deux personnages homonymes. Deux Will Grayson donc. Les deux sont lycéens. Le premier a deux règles d’or : ne jamais s’investir, et toujours la fermer. Il pense ainsi se protéger du monde extérieur. Et ce n’est pas toujours évident pour lui, sachant que son meilleur ami, Tiny Cooper est d’une part très très grand et très très gros, et d’autre part, très très gay. Ce dernier tombe amoureux à peu près toutes les 5 minutes et change de petit copain à peu près aussi souvent. Les choses se corsent quand il tente de caser Will avec Jane. Will n’étant pas vraiment intéressé mais quand même un petit peu finalement (l’adolescence quoi!).
D’autre part, le deuxième Will Grayson est dépressif, très peu entouré, et toujours en conflit avec sa mère avec qui il vit seul. Son seul intérêt dans la vie s’appelle Isaac, un garçon avec qui il discute sur Internet, et dont il est totalement sous le charme. Vient le moment de la rencontre entre les deux adolescents, qui bien évidemment ne se passera pas du tout comme prévue…

Les personnages et les histoires vont se croiser, le tout dans un ton humoristique très plaisant. Et en même temps, ce roman est assez touchant, l’état de l’adolescence est très bien décrit. Aucun des personnages n’est parfait, ils sont plein de contradictions, de peurs, pas toujours aimables et pourtant attachants. Les relations d’amitié ou parents-adolescents sonnent assez juste aussi.

Ah oui, j’oubliais l’homosexualité! Oups! J’ai aimé la simplicité avec laquelle elle était abordée tout au long du roman. Quelques traces d’homophobie mais très peu et rien de « dramatique ». Des personnages gays très différents : Tiny Cooper est un personnage haut en couleurs. Sa comédie musicale sur sa propre vie, sur l’amour et la tolérance est tout simplement excellente! Will Grayson (le deuxième) est mal dans sa peau, mais commence petit à petit à s’épanouir en s’assumant, et en se plongeant dans la vie, tout simplement. Le rapprochement avec sa mère après lui avoir fait son coming out est assez touchant je trouve.
Bref un bien bon roman, pour ados ou plus grands, dans la collection Scripto, chez Gallimard.