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Sous le lit, de Quentin Zuttion

Sous-le-litChromatopsie c’était beau, c’était fort, ça te foutait des claques et te prenait aux entrailles, c’était aussi très queer et tendre parfois, bref, j’avais adoré.

Du coup, j’étais bien tenté d’aller voir du côté de la première BD de Quentin Zuttion, publiée aux éditions Des ailes sur un tracteur (édition lgbt+ qui a mis la clé sous la porte, comme tant d’autres…), et donc plus disponible. Fort bonne nouvelle pour nous, les éditions lapin ont eu la bonne idée de rééditer Sous le lit.

La préface de l’auteur met direct dans le bain, les émotions seront au rendez-vous, et en deux pages, il évoque déjà la solitude à grandir en étant homosexuel, les secrets que cela engendre, le poids du SIDA quand on est au début de sa vie sexuelle et que l’on nous dit qu’aimer peut tuer.

Sous le lit est une évocation très juste de cette période, à la sortie de l’adolescence, de ce moment compliqué où le héros, Valentin, est out auprès de ses ami·e·s mais pas de sa mère (dont il est pourtant très proche), et où souffle un vent de liberté mais avec ce poids du risque du SIDA en fond permanent.

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Valentin a eu une aventure d’un soir, et l’alcool n’aidant pas, il ne se souvient plus si son amant a mis une capote. L’angoisse monte, puis le déni, mais l’angoisse ressurgit régulièrement, de plus en plus forte. Les dessins de Quentin Zuttion l’expriment très bien, je vous laisse juges, mais personnellement ça me tord de l’intérieur à chaque fois tellement c’est fort.

Sous le lit plonge dans pas mal d’émotions d’ailleurs, car on suit le personnage aussi à travers ses relations : amicales, familiales et amoureuses. Et toutes sonnent justes. Elles ne sont pas toujours faciles, mais la tendresse est toujours présente.

Et comme la représentation, c’est la vie, on a pas seulement des personnages gays, mais aussi de la bisexualité féminine, et ouais !

Dans un rayon de soleil, de Tillie Walden

J01437_rayon de soleil_COUV_V2_quadri.inddDans un rayon de soleil est la deuxième BD de Tillie Walden publiée en France, après le déjà remarqué Spinning où elle racontait son enfance et son adolescence à pratiquer le patinage artistique à haut niveau, avec la découverte de son attirance pour les filles. J’avais déjà beaucoup aimé, et je me faisais donc une joie de découvrir sa nouvelle BD.

Mais honnêtement, quelle claque ! Dans un rayon de soleil est très différent de Spinning. Nous voici plongés dans un récit de science-fiction, où sans que l’on sache jamais pourquoi, la gente masculine n’est absolument pas présente. Outre des personnages féminins à foison (et par conséquent, des relations lesbiennes à tout va), on a également un des personnages principaux qui est non-binaire, et ça c’est chouette !

Le récit est hyper prenant dès les premières pages, et très bien construit. Mia se joint à l’équipe d’un vaisseau chargée de rénover des bâtiments anciens. A l’aide de flash backs, on suit en parallèle son année en 3ème, et sa première histoire d’amour.

Tillie Walden nous entraine dans un univers fantastique, et poétique où les vaisseaux ressemblent à des baleines. Les dessins et les couleurs sont superbes et donnent envie de s’attarder sur chaque page. Les personnages sont très attachants, et on a plaisir à les découvrir petit à petit. Les liens entre les membres de l’équipage sont forts, qu’ils soient amoureux, familiaux, ou amicaux. Chacun·e a sa place, quels que soient son histoire et son caractère.

Je ne suis pas spécialement amatrice de ce genre d’univers intergalactique, mais je pense que l’histoire plaira à tous, qu’on soit féru de science-fiction ou pas du tout, car elle nous emporte dans un univers inconnu plein d’aventures, mais aussi de relations amoureuses et amicales.

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Et niveau représentations, c’est tellement cool que je ne sais pas par où commencer ! Déjà, vu qu’on est dans un univers majoritairement féminin, il y a plein de personnages féminins forts, bien développés et intéressants. On a également des personnes racisées dont plusieurs personnages principaux, qui sont donc très développés et pas juste là pour faire coucou.

Niveau lesbianisme, c’est Byzance !  Alors, forcément, ici ça apparait comme normal, vu qu’il n’y a pas d’homme dans cet univers, mais qu’importe pour nous, on a des relations entre femmes absolument partout, et notamment deux qui sont centrales à l’histoire.

Autre représentation trop géniale de la mort qui tue (rien que ça), on a un des personnages principaux non-binaire. Iel ne parle pas mais est très bien intégré·e à l’équipage, et a une place à part entière. Sa non-binarité et ses pronoms sont introduits tout de suite dans l’histoire, comme quelque chose d’entièrement naturel. Et j’ai notamment beaucoup aimé une scène où l’équipage doit s’adapter à une nouvelle supérieure, et défend Elliott car cette personne s’obstine à dire elle au lieu de iel, en plus de vouloir faire parler Elliott à tout prix, ce qui évidemment ne marche pas. Il y a plusieurs dialogues que j’ai trouvé à la fois très simples mais aussi très forts, et ça m’a beaucoup ému de pouvoir lire cela dans une BD dont ce n’est pas du tout le sujet.soleil vo.jpgPetit bémol de traduction cependant, voir iel entre guillemets pendant toute l’histoire m’a un peu gêné, et quelques points (de traduction ou du texte, pour certains je ne sais pas) m’ont fait un peu tiquer. Cela reste globalement très bien, mais j’ai trouvé ça dommage car ça m’a fait sortir du récit, et me rendre compte que la non-binarité était encore loin d’être évidente.

Dernier gros point positif : l’histoire finit bien !!! Et oui, c’est pas le tout d’avoir plein de personnages cools, et de la bonne représentation, c’est aussi agréable de pouvoir se plonger avec délice dans une histoire qui nous parle, où l’on se reconnait et où personne ne meurt à la fin.

Pourquoi pas nous ? de Becky Albertalli et Adam Silvera

pourquoi pas nousArthur travaille à New York durant l’été, dans le cabinet d’avocats où travaille sa mère. Il rencontre par hasard Ben, qui sort d’une rupture douloureuse, et veut envoyer par la poste un colis avec toutes les affaires de son ex. Les deux discutent, Arthur s’emballe, puis Ben disparait, de retour dans sa vie new yorkaise habituelle. Mais Arthur ne veut pas laisser tomber, et tient à retrouver ce mystérieux inconnu, dont il ne connaît même pas le prénom, mais il croit en leur destin.

Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire un roman d’Adam Silvera, même si ça me tente depuis un moment parce que j’en entends de bonnes choses, mais j’en ai lu plusieurs de Becky Albertalli, et j’aime plutôt bien ses romans. J’avais donc très envie de me plonger dans ce livre. Peut-être que cet a priori hyper positif a mis la barre un peu haut pour mes attentes, je ne sais pas… Mais même si j’ai trouvé Pourquoi pas nous ? mignon, et décrivant bien les premiers émois, une première histoire d’amour, la jalousie, la découverte de la sexualité, les difficultés en amitié et en amour, il m’a malgré tout manqué un petit quelque chose pour être pleinement conquis.

Peut-être aussi que c’est un roman qui se destine plus spécifiquement aux adolescents, il est plutôt juste, et encore une fois, cette histoire entre ces deux garçons est mignonne et touchante, mais en tant qu’adulte, il m’a manqué un peu plus de fond pour pleinement y adhérer.

The handsome girl & her beautiful boy, de B.T. Gottfred (livre en VO)

handsome girlDans la lignée de Symptoms of being human (et dans ma joie de voir enfin une représentation d’un personnage genderfluid), j’ai enchainé avec The handsome girl & her beautiful boy, avec l’impression que ce roman allait traiter des mêmes thématiques.

Et bien, pas vraiment en fait.

De quoi ça parle déjà ? Tout le monde pense que Zee est lesbienne (vêtements, préjugés, tout ça), alors qu’elle se meurt d’amour pour son meilleur ami, Cam, qui d’une part, ignore totalement ses sentiments à son égard, d’autre part, sort avec Abaigail.

Un jour, Abigail est contrainte d’amener son frère, Art lors d’une soirée avec Zee et Cam. Tout le monde pense qu’Art est gay. Sauf que non, et surtout, il tombe immédiatement sous le charme de Zee.

Bon, ça c’est le point de départ. Donc déjà, l’idée c’est de dénoncer les clichés, et ça franchement je dis oui, très bien ! Mais ensuite, j’ai trouvé le temps loooooong… Et j’ai en gros attendu un peu désespérément qu’il se passe quelque chose pendant bien une centaine de pages… Peut-être est-ce dû à l’alternance des chapitres (et donc des personnages), beaucoup trop courts à mon goût, ou au personnage de Art, trop « fabuleux » pour moi (enfin disons que pour moi c’est du déjà vu, et qu’en l’occurrence ici, j’ai eu du mal à m’attacher à lui).

Et la suite n’est pas forcément mieux. Pourtant ce livre aborde des thématiques vraiment intéressantes : le deuil, l’abandon, la parentalité mais aussi l’orientation sexuelle, et l’identité de genre. Plutôt pas mal ! Mais rien ne colle, le nombre de fois où je me suis dit « Mais qui sont ces gens ?! Qui réagit comme ça ? Où est la logique, la cohérence ? ». Et à chaque fois j’ai pensé « Ah oui, tiens sur l’idée ça pourrait être intéressant… ». Mais voilà, pour moi ce livre est fait de bonnes idées, mais qui ne collent pas, qui ne sont pas bien exploitées. L’idée d’avoir deux personnages qui ne rentrent pas dans les cases habituelles est plutôt chouette, l’idée de les mettre en couple, et de les sentir hésiter et sur leur genre et sur leur orientation sexuelle aussi (surtout qu’ils sont en pleine adolescence, âge de tous les possibles, d’explorations et de découvertes), mais c’est pas cohérent, et j’ai eu envie de foutre des baffes à tellement de personnages (et peut être à l’auteur aussi, surtout ?).

Niveau représentation, on retrouve des personnages gays et lesbiens. Et Zee et Art sont en pleine recherche d’eux même, mais au final, on ne voit pas trop où ça va et ce que ça apporte. Pour des adolescents eux mêmes en plein questionnements, est ce que ça peut aider ? Franchement, je n’en sais rien. A voir que les choses ne sont pas forcément figées ? Oui, peut être…

Libération, de Patrick Ness

CVT_Liberation_7729Adam est un jeune homme de presque 18 ans, fils d’un pasteur évangélique, et accessoirement gay (dans le placard auprès de sa famille, on imagine bien pourquoi). Entouré d’Angela, sa meilleure amie, de Linus, son amant, et d’Enzo, son ex qui va fêter son départ le soir même, Adam s’apprête à vivre une journée pleine de mauvaises surprises.

Parallèlement à cela, on apprend qu’une jeune fille, Katie, a été tuée par son petit copain. Et son esprit va partir en quête de son assassin. Bon, je vous le dis toute de suite, on alterne les chapitres entre Adam, et cette fameuse Katie, enfin son fantôme quoi, et, comment dire… Autant les chapitres sur Adam sont très bien, autant j’ai lu les autres en mode « What the fuck ?! » et avec un ennui non dissimulé. Comprenez-moi bien, je n’ai rien contre les histoires de fantômes mais là, franchement, je ne vois pas du tout, mais alors vraiment pas, ce que ça peut apporter à l’histoire.

Mais, le reste est franchement chouette, donc ben, j’ai pris mon mal en patience et j’ai lu en diagonale les chapitres qui ne m’intéressaient pas, au cas où ça aurait une importance pour le reste de l’histoire (spoiler alerte : non).

J’ai beaucoup aimé entrer dans la vie d’Adam, qui clairement en bave beaucoup en cette journée. J’ai aimé sa relation avec sa meilleure amie, ses difficultés avec l’amour et les sentiments amoureux, sa sexualité qui, même si elle est cachée, est présente et plutôt épanouie, et ses relations compliquées avec sa famille. Clairement, c’est la partie que j’ai trouvée la plus intéressante. Adam est le plus jeune. Son grand frère est promis à un avenir religieux, et il est beau comme un dieu. Mais, car il y a un mais, il n’a pas le pouvoir charismatique d’Adam. Et on sent les parents partagés, entre ce fils plein de potentiels, mais qui, ils le sentent bien, ne rentre pas dans les cases qu’ils attendent, et leur aîné, qui a tout du fils idéal (jusqu’au jour où) mais qui leur semble bien terne. J’ai trouvé l’échange entre Adam et son père extrêmement fort, juste et douloureux. Et rien que pour ça, je trouve que Libération en vaut la peine.