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Mes hauts mes bas et mes coups de cœur en série, de Becky Albertalli

hautsJe n’avais pas été spécialement emballée par Moi Simon, 16 ans, Homo Sapiens (alors que je lis plein d’avis très positifs sur ce livre donc n’hésitez pas à aller vous faire votre propre avis) mais je me suis quand même laissée tenter par le dernier roman de Becky Albertalli, et bien m’en a pris.

Bon, au début je trouvais ça mal barré, ou casse-gueule en tout cas, je sentais que l’autrice avait envie d’aborder trop de sujets, et ça me faisait un peu peur, et puis finalement ça passe très très bien. Et non, ce n’est pas parce que dès qu’on évoque Steven Universe, ça me radoucit (Non ? Si ? Raaaaahhh peut-être, va savoir !!!)

Enfin bref, Molly est une ado avec des crushs très réguliers et qui n’a jamais eu d’histoire de cœur avec qui que ce soit. Dès les premières pages, elle rencontre une fille qu’elle estime parfaite pour sa sœur jumelle (lesbienne donc). Molly a beau avoir des coups de cœur réguliers pour des garçons, on sent qu’elle se protège et ne tente jamais rien. C’est quelqu’un d’angoissé (on apprend qu’elle prend des médicaments pour ça) et elle arrive à un moment de sa vie où il y a plein de changements. Sa sœur rencontre quelqu’un et elle se pose des questions sur leur relation et a peur de la perdre, leurs mères (et oui !) vont se marier, et surtout, elle va se retrouver prise entre deux garçons, sans savoir quoi faire.

Niveau représentation, on n’est pas mal du tout ! Molly est grosse, l’une de ses mères est racisée ainsi que son frère et la petite amie de sa sœur, on a une famille homoparentale, une lesbienne et une pansexuelle. Il est vaguement question de personnages transgenres aussi (l’un des crushs de Molly, si mes souvenirs sont bons).

Cela dit, et je sais que je ne suis pas une ado d’aujourd’hui, et qu’en une dizaine d’années ça a franchement évolué, mais j’ai quand même un peu été étonnée de la facilité avec laquelle tous ces ados abordent l’homosexualité, la transidentité, la pansexualité (ils connaissent le terme déjà, tous, sans poser de questions, ce qui m’a surprise). Alors que, par exemple, lors d’une discussion sur l’orgasme, personne n’évoque la masturbation… Et donc on se retrouve avec une vierge honteuse de ne pas connaître l’orgasme, et une autre ayant eu des rapports sexuels avec un garçon qui dit qu’elle n’a jamais connu l’orgasme… Donc au niveau orientation sexuelle et identité de genre, elles sont hyper au courant, mais pour le reste, non ? Disons que l’idée même de la masturbation n’est pas abordée, donc c’est le contraste entre les deux qui m’a un peu surprise.

Pour le reste, j’ai vraiment passé un très bon moment, et je ne vous le cache pas, c’est un roman feel-good. Il est à peine question de grossophobie, de racisme ou d’homophobie, mais ça fait du bien, justement, de lire un roman où ça se passe globalement bien, et je me dis que pour des ados lgbt (ou non), c’est top !

 

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A kiss in the dark, de Cat Clarke

J’avais très envie de lire A kiss in the dark, après avoir découvert Opération Pantalon, et je pense que je me pencherai à l’occasion sur les autres romans de Cat Clarke.

Ce roman est à destination des ados (contrairement au premier que j’ai lu, qui était pour les un peu plus jeunes).

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A kiss in the dark commence comme beaucoup d’histoires, deux ados discutent sur Internet, se rencontrent à un concert, et s’ensuit une histoire d’amour entre les deux. Sauf que… Kate rencontre Alex en étant persuadée que c’est un garçon. Cette dernière est persuadée qu’elle va se rendre compte de sa méprise en la voyant en vrai, mais non. Il se trouve que l’attirance est réciproque, et qu’Alex ne voulant pas perdre ça, va s’enfoncer dans le mensonge. Kate veut un petit ami, pas de souci, elle en aura un.

Passé un moment un peu étrange au niveau de la traduction alternant entre le féminin et le masculin pour Alex, au tout début (alors, oui le français est une langue ultra genrée, mais ça m’a laissée perplexe comme choix malgré tout), je suis tout de suite rentrée dans l’histoire, dans la naissance de l’amour entre Alex et Kate, mais aussi tous les mensonges dans lesquels s’embourbe Alex.

Franchement, leur histoire est si mignonne, que je ressentais le stress d’Alex de mentir à la personne qu’elle aime sur un sujet si… important. Mais est-ce vraiment important ? On sent bien qu’Alex se glisse dans la peau d’un garçon sans effort particulier, à part le fait de se bander la poitrine, et de changer ses vêtements. Alex est un personnage intéressant, parce que pas fondamentalement genré, et qui n’est d’ailleurs pas non plus dans une orientation sexuelle binaire. Elle est tombée amoureuse de Kate, bon il se trouve que c’est une fille, mais elle ne se définit pas comme lesbienne pour autant.

J’ai beaucoup aimé me plonger dans cette histoire, même si honnêtement, je me suis fait du mouron pour les deux personnages. Un seul bémol malgré tout, et ça m’attriste qu’il y en ait un, j’ai trouvé la fin vraiment trop rapide et trop facile, et c’est dommage, je trouve.

A comme aujourd’hui, de David Levithan

a-comme-aujourd-hui-612913-264-432Ça fait un moment que je suis intriguée par ce livre, et je ne sais pas pourquoi je ne m’y suis pas plongée avant, d’autant plus que j’ai découvert en le lisant qu’il était écrit par un des co-auteurs de Will et Will, que j’avais adoré. Bref, voilà qui est réparé, et je regrette de ne pas l’avoir lu avant, parce que j’ai vraiment beaucoup aimé.

A a 16 ans et pourrait être un adolescent lambda, sauf qu’il se réveille chaque matin, depuis toujours, dans la peau d’une personne différente (de son âge, et plus ou moins de la même région, ce qui laisse tout de même de nombreuses possibilités). A s’est adapté à cette vie, essayant de ne pas impacter les vies qu’il emprunte chaque jour.

Mais, car il y a un mais évidemment, le 5994ème jour, A se retrouve dans la peau de Justin, et tombe complètement sous le charme de sa petite amie, Rihannon. A partir de là, tout va changer, pour lui, comme pour les personnes dont il emprunte l’existence, il veut tout faire pour se rapprocher de la jeune fille.

A comme aujourd’hui est vraiment une histoire originale, et très agréable à lire, parce qu’on ne sait jamais dans quel corps A va vivre sa journée. Et les corps qu’il emprunte peuvent l’emmener dans des expériences agréables, heureuses, ennuyeuses, mais aussi tristes, voire terribles. David Levithan dresse des portraits d’ados, qui sont tellement succincts qu’ils pourraient parfois être caricaturaux, mais la sensibilité d’A fait que ce n’est jamais vraiment le cas.

A rêve d’une histoire d’amour avec Rihannon, qui s’annonce plutôt compliquée, d’une part parce qu’elle a déjà un petit ami, mais surtout parce qu’il change de corps et de lieu de vie chaque jour. De plus, pour lui l’enveloppe corporelle a finalement peu d’importance, mais il se rend compte qu’il en est autrement pour Rihannon, qui a plus de mal quand A est dans un corps de fille, par exemple.

A ne sait pas s’il est une fille ou un garçon, ou à quoi il ressemble. Et il peut avoir des coups de cœur pour des filles comme pour des garçons. C’est un personnage atypique en littérature jeunesse, mais aussi en littérature tout court ! On rencontre aussi plusieurs personnages lgbt dans le roman, et notamment un personnage trans, qui fait écho à A.

Être né dans le mauvais corps est l’une des pires choses qui puissent vous arriver. C’est un défi que j’ai souvent eu à relever lorsque j’étais plus jeune, mais uniquement le temps d’une journée. A l’époque, avant d’apprendre à m’adapter – et avant d’accepter les termes de ma vie-, j’avoue avoir souffert de certaines transitions. J’adorais porter les cheveux longs, et je supportais mal de me réveiller le lendemain avec le crâne rasé de près. Certains jours, je me sentais plutôt fille, et d’autres plutôt garçon, mais cette alternance n’était pas toujours synchronisée avec les corps que j’occupais. Et puis je croyais encore les gens affirmant qu’il fallait être soit l’un, soit l’autre. Personne ne me proposait une vision différente, et j’étais trop jeune alors pour me forger ma propre opinion. Ce n’est que plus tard que j’ai compris que je n’étais ni fille ni garçon, tout en étant les deux à la fois.

Ah, si c’est pas queer tout ça ! Bon encore une fois, la traduction en langue française est malheureusement très genrée, et du coup, on parle de A au masculin tout le long. Mais bon, des passages comme celui-ci rattrapent bien le coup, je trouve.

Bref, lisez ce livre, il est beau, touchant, émouvant, poignant, étonnant, romantique, lisez-le, partagez-le !

 

Celle dont j’ai toujours rêvé, De Meredith Russo

celle dontCelle dont j’ai toujours rêvé est un roman pour ados, qui reprend des éléments classiques : la jeune fille qui déménage et entre dans un nouveau lycée, les amitiés qui se forment, l’amour qui naît pour un garçon…

Sauf qu’Amanda, le personnage principal, est transgenre. Elle a déménagé chez son père après s’être faite agresser, et veut commencer une nouvelle vie où personne ne sait qui elle est. Par des flash-backs, on en apprend un peu plus sur son parcours, et sur tous les moments douloureux qu’elle a traversés.

Une vraie adolescence s’offre à elle, dans cette ville et ce lycée, où elle découvre les joies  de l’amitié, de l’amour, bref, de la vie, tout simplement, en se demandant tout de même régulièrement s’il faut ou non dire ce secret, et si tout ça n’est pas trop beau pour être vrai.

J’ai vraiment été emportée dans ce roman, j’ai aimé découvrir la vie d’Amanda, et la vie des personnages qui l’entourent. Ils sont dans l’ensemble plutôt bien travaillés, et j’ai trouvé beau tous ces adolescents qui se cherchent, n’ont pas toujours des vies faciles, et font comme ils peuvent pour avancer. A noter qu’on trouve également des personnages lesbiens, plutôt bien écrits aussi.

J’ai néanmoins quelques petits bémols, tout paraît presque trop «simple » : Amanda a un passing parfait, personne ne met en doute le fait que ce soit une fille un seul instant, et elle a pu se faire opérer sans problème et très jeune. En gros, elle a un parcours presque « facile » (j’en rajoute, évidemment, vues les épreuves qu’a traversées Amanda),  presque « idéal ».

Ceci mis à part, je ne trouve pas que les personnages soient trop clichés (Amanda est fan de science-fiction par exemple, et relève qu’il s’agit plutôt d’une passion habituellement réservée aux garçons), et le point très très positif, c’est la note de l’autrice en fin d’ouvrage, qui admet justement que ce n’est pas forcément (voire pas du tout!) un parcours type, et que c’est totalement romancé. Sa note est d’ailleurs partagée entre un message aux personnes cisgenres, et un autre aux personnes trans. Dans les deux, elle explique que les cases font du mal, et que toutes les identités ont le droit d’exister, et n’en sont pas moins valables que d’autres. Un beau message, et c’est ça qu’il faut retenir de ce joli roman.

Bien sûr, j’ai peur que vous n’ayez pas aimé ce roman, mais plus encore, j’ai peur que l’histoire d’Amanda devienne votre référence, d’autant qu’elle est écrite par une femme trans. Cette idée me terrifie ! Je suis une conteuse, pas une éducatrice. J’ai pris des libertés. J’ai romancé les situations afin de les intégrer à l’histoire. J’ai en quelque sorte suivi les stéréotypes et même contourné les règles afin que la transsexualité d’Amanda corresponde autant que possible aux idées normatives : elle est exclusivement attirée par les garçons, très féminine et a priori personne, en la croisant, ne se pose la question de son genre. Elle a aussi bénéficié d’une opération que les revenus de sa famille, en réalité, n’auraient pas pu couvrir. Mais je veux insister sur le fait que son identité et ce qu’elle traverse seraient les mêmes si elle s’en était rendue compte bien plus tard, si elle était garçon manqué, bisexuelle, homosexuelle ou asexuelle, si elle était moins féminine ou… si elle avait fait un choix différent concernant son opération.

 

Le vrai sexe de la vraie vie, de Cy, et Corps Sonores, de Julie Maroh

Ces derniers mois, deux BD importantes sont sorties. Et les thématiques et la façon de les traiter se recoupent, à mon sens, c’est pour ça que j’ai décidé d’en faire un seul et même article.

Commençons avec Cy, qui a publié aux éditions Lapin Le vrai sexe de la vraie vie. A la base, on peut trouver ses BD sur des thématiques sexuelles sur le site de Madmoizelle. Le tout a été repris, retravaillé, augmenté, pour en faire ce chouette ouvrage (donc oui, même si vous avez déjà tout lu sur Madmoizelle, ça vaut quand même le coup de l’acheter).

La préface donne le ton :

Parlons de sexe, montrons le sexe, et surtout découvrons des sexualités au pluriel, accordées à tous les genres ou à aucun, selon une palette infinie et sans se limiter à seulement cinquante nuances.

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Et c’est là que je trouve ça révolutionnaire, c’est une BD qui parle de cul, très clairement, qui appelle un chat un chat (et une chatte une chatte, bon, bref…), qui laisse à voir des vulves, des pénis en érection, des pénétrations, mais surtout qui montre un large panel de sexualités, de pratiques. Le livre est certes court, mais appelle à l’ouverture, à la discussion, au consentement évidemment, mais aussi au rire, ça dédramatise allégrement. Y sont donc montrées des sexualités hétéros, homos, des corps trans, des corps handicapés, et abordées des thématiques pas si fréquentes (le fait de ne plus avoir envie, un trio qui finalement tombe à l’eau parce que ça ne fonctionne pas, ou les ratés sexuels qu’on a tous connus). Bons points également, les rappels disséminés sur la protection, le consentement, le sexe et le handicap…

Bref, une BD à faire lire à tous, pour sortir un peu de tous les stéréotypes qu’on connait, et qui envahissent les écrans.

Autre BD à lire et à faire découvrir, Corps Sonores, de Julie Maroh, aux éditions Glénat. J’ai parlé du Bleu est une couleur chaude il y a quelques temps, et de l’avis que j’en avais après quelques années. Corps Sonores est plus abouti, plus ouvert, et vraiment une pépite.

Encore une fois, le livre sort du lot, je trouve, par son ouverture, et son discours à contre-courant de l’univers mainstream dans lequel nous évoluons…

L’intro me fait penser à du Virginie Despentes, c’est dire !

La danse quotidienne des normes et des stéréotypes nous rappelle à quel point le corps est politique. Tout comme nos états amoureux. Le couple hétérosexuel monogame, blanc, beau et à l’éternel sourire de dentifrice, reste dans l’inconscient collectif le schéma souverain de l’état amoureux. Où sont les autres réalités ? Où est la mienne ?

Courtes-pattes, grassouillets, colorés, androgynes, trans, scarifiés, malades, handicapés, vieux, poilus, hors-critère-esthétique… Pédés, gouines, travelos, freaks, inconstants, cœurs d’artichaut, multi-amoureux et aventuriers, nous écrivons nos propres poèmes, vibrons à travers nos propres romances.

Nous ne sommes pas une minorité, nous sommes les alternatives.

Car il y a autant de relations amoureuses qu’il y a d’imaginaires.

Corps Sonores est une succession de rencontres, de personnages, qui en peu de pages, nous emportent avec eux à chaque fois.  Julie Maroh a choisi de centrer ses histoires dans la ville de Montréal, qui d’une part, est plus ouverte que par chez nous (comme on peut le constater sur les discussions au sujet du polyamour par exemple), et d’autre part est intéressante, du point de vue culturel et linguistique. L’ouverture des possibilités, des sexualités, me semblait tout à fait dans le cadre avec ce mélange des langues.

L’autrice nous fait rencontrer des personnages, qui nous ressemblent ou qui nous sont opposés, mais qui tous, sont crédibles, touchants, sensibles. Son dessin m’a transportée au milieu de tous ces couples ou de ces solitudes, avec ces corps désirants, et désirables. Un corps pouvant parfois littéralement s’enflammer, un cœur sortir de sa poitrine, les émotions et les sentiments sont palpables.

Une telle variété de désirs, de couples, de corps, d’orientations et d’identités sexuelles est tellement rarement représentée que c’est réellement une bouffée d’air frais de pouvoir se plonger dans un tel livre.

Et c’est d’autant plus plaisant de se retrouver avec deux livres aux thématiques similaires (même si l’un plus axé sur la sexualité, et l’autre sur les sentiments amoureux) à peu de temps d’intervalle. Plus qu’à espérer que ce sera le début d’une longue série, que chacune et chacun puisse se reconnaître dans ses lectures, et ne pas se sentir en permanence en marge.