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Le Renard et la Couronne, de Yann Fastier

renard couronne.gifA la fin du XIXème siècle, en Dalmatie, la jeune Ana, 10 ans, se retrouve à la rue après avoir perdu sa grand-mère, son unique famille. Quittant son village, elle part en quête de travail dans une ville voisine, et intègre une bande d’enfants des rues, menée par une fille un peu plus âgée qu’elle, Dunja. Et… Je ne vous en dis pas plus, tant ce pavé dévoile ses surprises petit à petit, dans la plus grande tradition romanesque. Le destin d’Ana, aux origines mystérieuses, est plein de rebondissements, pour elle, comme pour les gens qui l’entourent.

Yann Fastier nous plonge au milieu d’une galerie de personnages, sillonne les pays d’Europe, nous promène de langues en langues (y compris au sein d’une même langue, la petite Ana ayant appris un français du 17ème siècle, qu’elle parle parfaitement, mais qui crée un décalage avec ses contemporains), et nous fait tourner les pages avec bonheur.

Je vous avais déjà parlé de Yann Fastier, avec son roman La volte, auquel je n’avais pas accroché, pour diverses raisons. Il se rattrape largement ici, et je pense que petits et grands s’y retrouveront. Amateurs d’aventures, de mystères, de littérature, il y a de quoi se faire plaisir.

Pour ce qui nous intéresse ici, je ne vous spoile pas trop en vous disant qu’il va se passer des choses entre les deux jeunes filles. Mais pour ne rien vous cacher, ce n’est pas ce qui m’a le plus accrochée dans l’histoire. Ceci dit, c’est assez plaisant de se plonger dans une histoire totalement romanesque ou, pour une fois (enfin, ce n’est pas la première, Sarah Waters est très forte pour ça, mais pour le coup, on est clairement dans une littérature plus « adulte ») l’héroïne est attirée par une autre femme. Leur histoire est mignonne, mais j’ai trouvé ça un peu gnangnan… à mon âge. Peut-être et même probablement, qu’ado, j’aurais apprécié.

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La volte, de Yann Fastier

la volteQuand j’ai vu passer La volte sur un fil twitter, j’ai tout de suite eu envie de le lire. Je ne sais pas trop pourquoi, le côté fantasy, la romance entre deux filles, les éditions Talents Hauts, tout ça me parlait bien…

La volte est un roman pour ados, j’en lis un certain nombre comme vous avez pu vous en rendre compte ici, mais certains sont plus facilement tous publics que d’autres. Peut-être que c’est lié au fait que je sois en pleine relecture de L’assassin royal, et donc j’ai un univers et des personnages assez riches plein la tête, mais j’ai eu du mal à adhérer.

Tout commence en classe, Ana Luisa, dite Mink,  jeune fille un peu garçon manqué voit arriver une nouvelle dans sa classe. Mais Dotchin n’est pas n’importe qui, c’est une princesse héritière d’un royaume éloigné, et son arrivée avec son titre et son épée font forte impression. Les deux filles vont rapidement se lier d’amitié, avec une attirance assez évidente de la part de Mink pour la princesse.

La princesse a été envoyée dans cette école  à cause d’un jeu de pouvoir avec son oncle, qui souhaiterait diriger le royaume par le biais du frère jumeau de Dotchin, un peu simple d’esprit.  Elle est poursuivie et sans doute en danger de mort, et décide donc puisqu’elle a 18 ans, de retourner à Gurban et d’aller réclamer le trône. Mink lui offre son aide, et elles vont partir  toutes les deux, au péril de leur vie, constamment traquées.

Pour ce qui est des points positifs, les deux héroïnes sont assez cools, aventurières et pleines de ressources. Et les sentiments de Mink pour Dotchin ne sont jamais montrés comme quelque chose d’inhabituel ou qui pourrait poser question.

Pour le reste… La volte est un roman de fantasy et d’aventures, donc pourquoi pas, mais la fin, mon dieu la fin ! Déjà, ce qui est du dénouement, j’ai trouvé ça franchement rapide. On passe du temps à accompagner nos héroïnes dans le désert et tout d’un coup, on a un twist et tout est expliqué en un coup de cuillère à pot (oui, j’aime et j’assume cette expression). Ça va trop vite et les conséquences sont à peine développées.

Mais la toute fin… De quoi s’arracher les cheveux, je dis non ! Et je ne peux même pas vous dire pourquoi sans salement spoiler. Enfin, je veux bien admettre que l’amour rend aveugle, surtout à cet âge-là mais ça n’excuse clairement pas tout. Et rien que pour ça, ce n’est pas un livre que je pourrai conseiller.

 

Les 5/5 T.2, d’Anne Plichota et Cendrine Wolf

5 5 tome 2Je vous avais déjà parlé du tome 1 des 5/5, avec assez d’enthousiasme malgré pas mal de défauts. J’avais donc très envie de lire la suite, que j’ai dévorée avec tout autant de plaisir.

Dans ce tome, les choses se compliquent sacrément pour la jeune équipe. Après avoir joué les Robin des bois des temps modernes avec succès et sans encombre dans le tome 1, les « grands méchants » pleuvent de toute part, et mettent à mal l’équilibre qui s’était créé dans le groupe.

Comme dans le tome précédent, l’histoire et les personnages restent assez stéréotypés, mais nous emportent complètement. Les personnages continuent à être développés et j’ai particulièrement accroché avec Far, jeune fille qui veut vivre avec son temps, mais dont les parents restent ancrés dans leurs traditions. Et évidemment John reste mon chouchou. Le benjamin de la bande est toujours aussi touchant, à l’orée de l’adolescence, il amène un peu de fraîcheur dans le groupe. Son corps commence à le trahir et c’est très compliqué pour lui de prendre en compte tout le parcours qui l’attend.

L’attirance entre John et son camarade Tom prend ici plus d’ampleur, et est aussi très mignonne, sans doute dû à leur jeune âge à tous les deux, et à une certaine innocence qui l’accompagne. Tom est troublé par John, et se « rassure » sur son homosexualité possible en se disant que John à un corps de fille (alors qu’on voit très clairement qu’il le considère comme un garçon). J’ai d’ailleurs trouvé très juste la scène avec son grand frère, Lip, qui lui dit qu’il est heureux pour lui, et qu’il a pas mal d’amis homos, ne se rendant pas compte qu’au lieu d’être rassurant, cette étiquette a de quoi faire peur au jeune Tom, qui est seulement en proie à ses sentiments, et pas du tout dans ces préoccupations-là.

Et encore une fois, j’aime beaucoup voir des thématiques identitaires évoquées très naturellement dans un roman d’aventures, sans que ce soit le sujet principal, tout en restant très juste.

Les 5/5, d’Anne Plichota et Cendrine Wolf

Plichota_Wolf_5sur5_T1_couverture-681x1024A priori, Les 5/5 n’est pas du tout le genre d’ouvrage qui m’attire. Notamment parce qu’il parle d’ados qui font du sport de rue (type skate, BMX ou art du déplacement comme les Yamakasi). Mais comme j’ai entendu qu’il y était question d’un transgenre, je me suis laissée tenter, et j’ai franchement bien accroché, et maintenant je veux la suite, et ouais !

Les 5/5 sont des ados qui ont entre 12 et 17 ans, chacun passionné par un de ces sports, donc. Au début, rien ne les réunit, et on découvre les spécificités de chacun : une jeune Pakistanaise venue en France avec sa famille qui essaie de la garder sous sa coupe, des jumeaux déscolarisés vivant dans une cité, un jeune garçon qui rêve de devenir acrobate et dont le père trouve ce hobby ridicule et peu lucratif, et donc, le personnage qui nous intéresse particulièrement ici, John, 12 ans, choyé par sa famille et accessoirement transgenre.

Ils sont un jour réunis par le frère de l’un deux, Lip, pour faire justice à leur manière, auprès d’hommes puissants, tels de nouveaux Robin des Bois.

Je ne vais pas vous mentir, j’ai vraiment bien accroché, mais ce livre à des défauts. Les personnages sont un poil archétypaux et surtout, les méchants sont bien des méchants de cinéma, des hommes riches et puissants, des ordures de première sans demi-teinte. Ça ferait une excellente série télé cela dit, les personnages sont malgré tout attachants, et tous les ingrédients sont là pour que ça prenne.

Pour en revenir à John, le personnage est vraiment développé, et plutôt bien je trouve. C’est encore un enfant, c’est le plus jeune de la bande, et son innocence est assez touchante pour le lecteur comme pour les autres membres du groupe.

Sa famille le soutient totalement, et c’est beau à lire, mais ça n’empêche pas la transphobie de l’entourage, du bête et méchant d’une voisine qui a peur que cela déteigne sur son fils, aux maladresses de chacun, ne sachant pas toujours comment réagir.

Sa relation avec Tom, deuxième plus jeune de la bande, est aussi touchante, Tom étant clairement attiré par John. J’espère que la suite sera à la hauteur, entre le passage de John dans l’adolescence (il sent que son corps est sur le point de le trahir) et justement, l’attirance entre les deux garçons.

J’ai beaucoup aimé que cette thématique soit abordée dans un roman d’aventures, où ce n’est absolument pas central à l’histoire, et c’est assez rare pour être signalé.

Lumberjanes

J’aurais pu titrer cet article : la BD que j’aurais rêvé de lire quand j’étais gamine ! Mais même à l’âge adulte, je me suis fait bien plaisir.

Lumberjanes_CoverLumberjanes a été créé par un collectif d’auteures : Noelle Stevenson, Grace Ellis, Brooke Allen, Maarta Laiho et Shannon Watters.  Je vous conseille par la même occasion Nimona de Noelle Stevenson, autre BD d’aventure avec un chouette personnage féminin.

Lumberjanes décrit l’été de cinq adolescentes dans un camp de vacances. Les Lumberjanes sont des sortes de scouts, ou jeannettes en l’occurrence. Elles doivent savoir vivre et se débrouiller au plus près de la nature, et gagnent des badges au fil de leurs activités et des compétences acquises.

Le livre s’ouvre avec Un message du grand conseil des Lumberjanes :

C’est au camp des Lumberjanes que nous avons découvert notre désir d’aider les jeunes filles à grandir pour devenir des femmes fières et fortes.

Que vous soyez petite ou grande, féminine ou garçon manqué, populaire ou solitaire, vous avez une place au sein du camp, peu importe à quel point vous vous sentez différente.

Cette entrée en matière me plait déjà beaucoup et annonce un beau programme. Et on sent vraiment que les auteures se sont fait plaisir, et ont su le partager. Car les aventures de nos jeunes héroïnes sont loin des vacances lambdas, elles croiseront de nombreuses créatures maléfiques et fantastiques qu’il faudra vaincre, dans une ambiance parfois très Indiana Jones.

lumberjanes_ready_to_fight

Ces adolescentes ont chacune un sacré caractère, du courage et leurs propres qualités. J’ai apprécié aussi la diversité des représentations, des filles plus ou moins garçons manqués, ou totalement « fille » avec le personnage d’April. Qui est d’ailleurs loin d’être en reste pour vivre des aventures, c’est par exemple elle qui vaincra une statue lors d’une épreuve de force, un bras de fer, alors qu’elle est la plus petite des cinq amies.

On a également des personnages de couleur, et de multiples références à des femmes importantes dans l’Histoire (précisant à chaque fois en astérisque qui elles sont).

tumblr_n65sut5yVg1st1i11o1_500D’un point de vue féministe, je trouve déjà ça super intéressant, mais on a en plus deux des filles qui sont clairement attirées l’une par l’autre : Mal et Molly. J’avoue que Mal avait fait vibrer mon gaydar avec ses chemises à carreaux et ses cheveux rasés sur les côtés. Mais je ne m’attendais pas forcément à ce que ce soit explicite, et si ! Les deux adolescentes sont très proches physiquement, très attentionnées l’une pour l’autre, rougissent en se regardant (notamment après une scène de bouche à bouche pour réanimer Mal). Bref, c’est très clair. Et pour couronner le tout, on a droit à quelques bonus à la fin de l’histoire, avec des couvertures alternatives, des croquis préparatoires, et également des fiches sur chaque personnage. Sur celle de Mal, on lit :

Après s’être fait couper les cheveux (rasés sur les côtés, avec des mèches frisées sur le dessus), elle a annoncé qu’elle était lesbienne à ses parents. Ils l’ont envoyée au camp en attendant d’en reparler. Mal se sent à l’aise dans ses chemises écossaises et ses jeans troués. Elle aime aussi dessiner. Sa peur des araignées n’a d’égal que son gigantesque béguin (mutuel) pour Molly.

Yeah, on a même droit au mot en L ! Leur relation est toute mignonne et désignée comme telle dans une BD d’aventures pour enfants/ados avec des personnages féminins qui envoient du pâté, que demander de plus ? Un tome 2 peut être. Ça tombe bien, il est prévu pour courant 2016 et c’est une bonne nouvelle.