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Collaboration horizontale, de Navie et Carole Maurel

collaborationHorizontaleCarole Maurel, encore et toujours ! Et oui, je vous ai déjà dit que j’aimais son travail, et voilà que deux BD qu’elle illustre sont sorties coup sur coup, pour mon plus grand plaisir.

Collaboration horizontale relate la vie d’un immeuble en 1942, et plus particulièrement, la vie des femmes qui l’habitent. Tout part de Rose, puisque c’est de ses souvenirs qu’il s’agit (la BD commence sur elle, âgée, discutant avec sa petite fille qui a un chagrin d’amour). Son mari est prisonnier en Allemagne, et elle vit seule avec leur fils en attendant son retour. Au quotidien, elle croise la gardienne de l’immeuble, son mari aveugle, leur fille étudiante qui porte des pantalons et veut que le sort des femmes évolue, mais aussi une dame âgée acariâtre et sénile, une femme battue qui attend un enfant, une autre qui s’en sort comme elle peut. Rose aide aussi une femme juive et son fils, qui ne peuvent plus sortir de chez eux. C’est en les protégeant qu’elle rencontre Mark, un soldat allemand, et contre toute attente, pour l’un comme pour l’autre, c’est le coup de foudre et le début d’une passion interdite. Bien entendu, on est en temps de guerre, et tout ne finira pas bien…

On a ici un beau portrait des femmes de l’époque, chacune avec son courage, ses espoirs, ses attentes, ses mesquineries aussi.

Je vous parle de cette BD  pour un personnage en particulier, Simone, celle qui veut s’affranchir des lois des hommes,  résister, et qui tombe amoureuse d’une femme. C’est un beau personnage, et qui trouve sa place au milieu des autres.

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On connait l’Histoire, mais malgré tout Collaboration horizontale touche et émeut, et encore une fois, le trait de crayon de Carole Maurel fait mouche.

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We are the 90’s

prd_54169We are the 90’s est une BD qui nous replonge dans les années 90 à travers un choix de chansons, et 20 auteurs différents.

L’introduction nous présente le projet en expliquant qu’il y a une certaine nostalgie des années 80, beaucoup de soirées autour de ça, mais rien autour des années 90. C’était l’occasion de se plonger dans des souvenirs, et le livre intercale pages de  BD et anecdotes diverses sur cette époque (mode, actualité, ciné, publicité etc…)

Personnellement, j’ai grandi dans les années 90, donc j’ai trouvé ça plutôt rigolo de retrouver plein de petites choses que j’avais totalement oubliées (ah le T-shirt Waïkiki, le béret Kangol, les tamagotchis et de magnifiques chansons comme Vas-y Francky ou Lady Marmelade…)

ob_556e05_ob-9717be-90-blog-2Mais honnêtement, l’ensemble est plutôt inégal donc si vous n’êtes pas concernés par cette époque, passez votre chemin.

Je ne m’attendais par contre pas du tout à trouver un contenu lgbt ici, ce qui a été une bonne surprise. Le premier à l’évoquer est Pochep (qui m’a fait beaucoup rire à calculer le temps perdu dans une vie à monter et descendre une braguette de jean taille haute) et sa passion pour les clips de boys band, très clairement homo-érotique.

Vaïnui de Castelbajac (amuse toi à écrire son nom…) explore aussi cette thématique en nous replongeant dans son adolescence où elle découvre les joies d’embrasser une fille grâce au jeu de la bouteille (et en plus ça finit bien,  puisqu’elles tombent toutes les deux amoureuses).

Dieu n’aime pas papa

DIEU N'AIME PAS PAPA C1C4.inddEn feuilletant Dieu n’aime pas papa, j’étais un peu dubitative, mais aussi attirée par le côté histoire dans l’histoire. En effet, la BD raconte l’histoire de Tao, un petit garçon qui vit seul avec sa mère, fervente religieuse, et les dessins de l’enfant sur sa vision de la bible.

Le côté naïf et drôle de Tao dans ses dessins pouvait m’attirer et c’est effectivement le seul intérêt que j’ai pu trouver dans l’histoire. C’est rigolo, c’est sympa, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard non plus…

Pour l’histoire de fond, la mère de Tao refuse qu’il voie son père, et même de l’évoquer, ce qui laisse le petit garçon totalement démuni. Il cherche donc des réponses comme il peut. On découvrira finalement que son père est parti pour un autre homme, ce qui certes, ne doit pas être facile à vivre pour sa mère, mais ici, tout est vu d’un point de vue religieux. La mère de Tao se réfugie dans la religion en accusant les pêchés de son bientôt ex-mari, mais j’ai trouvé ça franchement caricatural, et assez en décalage avec les dessins d’enfants.

Un objet un peu bancal pour moi donc, ne sachant pas trop où se placer : satire de la bible ? Dénonciation d’un manque d’ouverture de la religion sur l’homosexualité ? Même pas, puisque le prêtre auprès de qui Tao se livre semble beaucoup plus ouvert que sa mère. La fin simpliste ne m’aide pas à savoir que penser de cette BD, aussi vite lue, aussi vite oubliée…

Comme un garçon, de Jenny

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Comme un garçon est une BD jeunesse. Le dessin ne m’a pas franchement tapé dans l’œil, mais vu le sujet (une jeune fille qui se fait passer pour un garçon), j’ai voulu me faire ma propre idée.

Bon, dès le début (la quatrième case, ça aura été vraiment rapide), je me suis méfiée, on retrouve une petite fille, Charlotte, déguisée en princesse dans une chambre toute rose, et qui refuse de jouer aux billes avec le fils du nouveau compagnon de sa mère, Xavier.

Les deux vont devoir apprendre à cohabiter, et pour se faire, ils vont régulièrement faire des paris, souvent à l’initiative de Charlotte, qui perd pourtant systématiquement. Ça ne l’empêche pas de continuer. Le temps passe et Xavier se lasse de ces petits jeux. Espérant faire capituler Charlotte, il la défie de se faire passer pour un garçon pendant toute sa première année de fac. Après quelques tergiversations, elle finit par accepter (et vas-y la psychologie de comptoir « Mon père est parti parce que j’étais faible, blablabla, du coup je fais des paris stupides pour montrer que je suis forte »).

e9d8552fa9a8283b07429084f2bb1de6-_sx1280_ql80_ttd_Tout ça commence déjà assez mal, mais on peut enfin rentrer dans le vif du sujet. Charlotte commence donc la fac, où elle doit vivre dans une chambre étudiante avec un autre garçon (merci l’administration qui ne vérifie probablement pas ce genre de choses). Le travestissement se fait en deux temps trois mouvements, c’est-à-dire une perruque aux cheveux courts, la poitrine bandée, et des vêtements de garçon. Rien de plus, trop fastoche, et tout le monde s’y laisse prendre c’est beau ! Aucun questionnement sur l’identité homme/femme, ce serait trop en demander. Et allons-y dans les gros clichées, elle part pour cinq jours mais emmène des tonnes de valise, qui étonnement sont remplies de soutien gorges et de produits de beauté, très utiles quand on se fait passer pour un garçon.

Le scénario est totalement téléphoné et plein d’inepties : les douches sont collectives ce qui met bien évidemment Charlotte dans l’embarras, mais ça ne l’empêche pas d’accepter une partie de strip-poker avec d’autres étudiants. Elle doit se faire passer pour un garçon pendant toute une année, mais elle met une perruque au lieu de se couper les cheveux, alors que je le rappelle, elle dort dans la même chambre qu’un garçon (qui du coup découvre très vite son secret).

Aucun questionnement non plus sur l’orientation sexuelle, ça aurait pu pourtant, vu qu’une fille tombe follement amoureuse de Charlie/alias Charlotte.

Bref, je ne m’attendais pas à un chef d’œuvre, et je n’ai eu aucune bonne surprise en lisant cette BD pleine de clichés, dépourvue de psychologie et pas spécialement bien dessinée…

Justin, de Gauthier

tumblr_o3l1fs3MoP1sqfii4o1_1280J’ai découvert Gauthier sur Yagg où elle tenait un blog, puis avec L’enterrement de mes ex, dont je viendrai parler à l’occasion.

J’aime bien la simplicité de ses dessins, et sa façon d’aborder des sujets importants de façon très juste et sensible, la découverte de son homosexualité dans L’enterrement de mes ex, et le parcours de Justin, jeune trans ftm dans la BD du même nom.

Les premières pages nous montrent Justine, petite fille qui aime grimper aux arbres et qui n’a aucune envie de porter une robe. S’ensuivront en grandissant toutes les étapes d’incompréhension de son entourage, le décalage permanent entre la vision que Justin a de lui-même et celle des autres, les camarades d’école, la famille, et même certains psys, puis le parcours pour devenir enfin l’homme qu’il est, à ses yeux et pour la société.

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Tout en subtilité, par petites touches, cette BD montre toutes les difficultés qu’a Justin à s’épanouir et à trouver sa place, et réussit à retranscrire les émotions qu’il peut ressentir, du rejet à l’acceptation, et c’est très beau de le voir enfin trouver sa place.

Un petit extrait :

Mais en fait, je sais très bien à quel moment j’en ai pris conscience.

Je jouais avec des copains dans le parc. J’avais 4 ans.

Ce fut très fugace…

Une seconde, peut-être deux.

Tout le monde sait que je suis un garçon…

Tout le monde… SAUF papa et maman.

Bref, un thème assez peu exploré (et souvent mal), que ce soit en BD, ou même ailleurs, je vous recommande donc vivement cette bande dessinée !