Archives du mot-clé Féminisme

Foyer, d’Ariane Sirota

image.htmlJ’en parlais il y a quelques temps dans mon bilan lectures et surtout mon bilan attente de lectures, et j’ai enfin pu me plonger dans Foyer, d’Ariane Sirota. Je suis très heureuse de venir vous en parler ici, et touchée de bien des façons par ce roman qui fait écho en moi, et qui m’a été personnellement adressé et dédicacé.

Tout commence à Modere, en Haute-Savoie, dans une communauté féministe où la vie semble très dure, et surtout très isolée du reste du monde. Jusqu’au jour où l’Internationale féministe leur lance un ultimatum, et où plusieurs membres se voient contraints d’aller visiter d’autres communautés. Tout d’abord réfractaires, certain.e.s finissent par découvrir à quel point Modere les a embrigadé.e.s dans une pensée unique et un labeur toujours plus dur.

Foyer, c’est avant tout une expérience de lecture. Chaque communauté a son langage et sa façon propre de lutter contre le sexisme, et c’est très intéressant de voir par quels biais ça peut passer. Et cela se reflète bien évidemment dans les façons de vivre des communautés, très différentes les unes des autres, et que j’ai adoré découvrir, notamment par le regard des membres de Modere, tour à tour méfiant, étonné ou agréablement surpris.

Foyer évoque des sujets et des problématiques vraiment passionnants, sur les communautés et ses dérives, sur le genre, le sexisme, le langage, le corps, genré ou non, le couple, la famille et j’en oublie certainement.

Ce livre fait écho à un autre, lu récemment, Les sentiers de l’utopie (d’Isabelle Fremeaux et John Jordan, aux éditions La découverte), où les auteurs parcouraient l’Europe pour visiter différentes communautés. Dans les deux ouvrages, la vie dans ces microcosmes permet de mettre à jour des problématiques et évoque des façons de vivre qui semblent à la fois lointaines et proches des nôtres.

C’est le genre de livre en tout cas qui fait réfléchir, qui peut permettre de remettre en cause les évidences, d’aider à s’affranchir des diktats qu’on nous impose, et de s’ouvrir à l’autre, à soi.

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Peau, de Dorothy Allison

peau-couvPeau, dont le sous-titre est A propos de sexe, de classe et de littérature, est un recueil de textes de Dorothy Allison. Je ne connaissais pas cette autrice féministe américaine avant cela, et c’est bien dommage. Il s’agit en fait d’une réédition augmentée d’un livre publié en 1994 en France dans la collection Rayon Gay (créée par Guillaume Dustan). Cette réédition a été possible grâce à la très belle collection féministe, Sorcières, chez Cambourakis.

Ça fait quelques temps que j’ai lu cet ouvrage, et je ne sais pas par quel bout le prendre pour vous le présenter. Très honnêtement, je l’ai adoré, et trouvé vraiment très intéressant, et le sous-titre résume très bien le contenu du livre. Mais que vous dire de plus ?

Dorothy Allison est née en 1949 en Caroline du Sud. Peau démarre avec ses textes sur la classe sociale, et toute la violence qu’elle en a ressentie en grandissant dans un milieu extrêmement pauvre, dans le regard et le mépris des gens. Elle y parle également de sa relation à sa famille et à son beau-père qui l’a violée.

A cela s’ajoutent d’autres textes sur l’homosexualité, le féminisme, la pornographie, le sexe, mais aussi, beaucoup, la lecture et l’écriture. Tout ceci se mélange et s’imbrique en un témoignage poignant et très intéressant sur le militantisme et sur ce qu’était être en marge dans les années 70 et 80.

En repensant à ma lecture, j’ai plein d’images qui me reviennent, et qui sont fortes, dures, émouvantes. Finalement, on sent bien dans ses textes que c’est la lecture et l’écriture qui ont sauvé Dorothy Allison, et sa force et son courage son impressionnants lorsqu’on la voit militer, parfois envers et contre tous.

Les chroniques mauves

Voici une BD qui date de 2012, et qui n’est malheureusement plus disponible.

Couv_164561Les chroniques mauves, qu’est ce que c’est? Déjà, une scénariste et plusieurs dessinatrices. Et en gros, l’histoire de plusieurs lesbiennes de 1950 à nos jours, à travers leurs vies, à travers leurs époques. Le fil conducteur, c’est le personnage de Chris, née en 1950, dont on va suivre d’abord la jeunesse, la montée à Paris pour devenir prof de sport, la découverte de son homosexualité, et en parallèle la libération sexuelle, les mouvements féministes et homosexuels qui se mettent en place, l’arrivée du sida en France… On suit par la suite d’autres personnages, d’autres générations, l’évolution de la société, des moeurs, l’arrivée de The L world, le mouvement queer… Chris croisant parfois les personnages ou revenant sur le devant de la scène selon les chapitres.

J’ai beaucoup apprécié le personnage de Chris, c’est celui auquel je me suis le plus identifié, de son enfance, où ses parents regrettent de ne pas avoir eu un garçon comme premier né, à la découverte de sa sexualité, jusqu’à la soixantaine, sa retraite avec sa compagne, ce personnage est assez touchant finalement. Pour le reste, d’autres personnages sont aussi un peu développés, Fanny par exemple, qui naît dans les années 70, mais d’autres sont juste ébauchés. J’ai trouvé ça un peu dommage, j’aurais peut-être préféré que ces chroniques soient un peu plus longues, en plusieurs tomes peut être, et prennent le temps d’installer ces personnages. Je pense à Cameron, un trans ftm, dont l’histoire est intéressante, mais trop vite racontée…
Le fait qu’il y ait plusieurs dessinatrices est plutôt intéressant (même si j’avoue qu’il y en a une avec qui je n’ai pas du tout accroché, du coup le chapitre entier ne m’a pas plus, aussi bien le dessin que le scénario), mais il fait ressortir aussi cette inégalité entre le traitement des personnages, Soizick Jaffre illustre une grande partie du livre, et donc l’histoire de Chris.

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J’ajoute une pensée, j’ai beaucoup aimé ce livre, mais je me demande s’il n’était pas trop ambitieux finalement. J’ai apprécié de trouver divers points de vue, exprimés par différents personnages. Par exemple la discussion sur le film Gazon maudit à sa sortie, l’une trouve le personnage de Josiane Balasko trop caricatural, l’autre lui répond qu’enfin, un personnage lesbien positif, qui ne meurt pas à la fin, et qui en plus se tape Victoria Abril! Mais à trop vouloir raconter l’histoire des lesbiennes (d’un point de vue totalement subjectif évidemment), je me demande si les personnages n’y perdent pas en profondeur, et n’en deviennent pas un peu des archétypes. Je dis ça aussi parce que j’ai apprécié l’histoire des années 50 à 70-80 disons, mais toute la partie la plus récente, qui me concernerait donc plus directement, ne m’a pas du tout touchée, je ne me suis pas sentie concernée…

Un point qui m’a beaucoup plus, le fait de retrouver des citations tout le long du livre, qui suivent les époques, quel bonheur de lire des extraits de Monique Wittig, Judith Butler, Virginie Despentes, Paul B. Preciado et tant d’autres!

Bon, j’ai donné quelques points négatifs, mais vraiment c’est une BD qui vaut le coup. Un petit extrait de la préface de l’auteur, j’aime bien ses mots :

« Alors pour moi, « qu’est-ce qu’une lesbienne? »
Je dirais une femme en rébellion, qui fait le choix d’inventer sa vie au plus près de ce qu’elle désire devenir, sans prendre pour acquis ce qu’on lui dit qu’elle est, dès son enfance.
Elle questionne, fouille, teste, invente, traverse souvent des déserts, connait les errances de la perte de l’identité, les angoisses du rejet, les affres des multiples dissimulations, mais elle avance. »