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Sorcières, la puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet

SorcièresJ’entendais parler de Mona Chollet depuis un certain temps, sans avoir jamais lu un de ces ouvrages. Je pense que j’étais un peu effrayé à l’idée de lire quelque chose d’un peu ardu…
Une idée en fait totalement fausse, car Sorcières se lit aisément et est passionnant. Il semble d’ailleurs avoir trouvé son public, on en parle partout et c’est plutôt chouette ! J’espère qu’il sera sous le sapin dans de nombreux foyers, ça ne fera pas de mal.

Pour ceux et celles qui n’en ont pas encore entendu parler, je tiens juste à préciser que le titre peut être légèrement trompeur. En effet, même si le premier chapitre parle des sorcières, de la vision qu’on en a, mais aussi des tristement célèbres chasses aux sorcières, la suite explore une vision plus moderne de la sorcière. Quelles sont les femmes aujourd’hui qui pourraient remplir ce rôle ? Mona Chollet en explore trois : la femme indépendante et célibataire, la femme sans enfants et la femme âgée. Dans un dernier chapitre, elle explore également le rapport à la nature, avec l’éco féminisme, mais aussi le rapport des sciences et de la médecine envers les femmes (spoiler, ce n’est pas beau à voir).

Le livre se dévore assez rapidement (sachant qu’un certain nombre d’informations font peur), mais il propose une certaine densité d’informations, qui donne envie de prendre des notes, et d’y replonger, notamment pour aller chercher des références et de nouvelles lectures.

En tout cas, il est pleinement d’actualité et rappelle que les combats féministes sont toujours à mener, et qu’il ne faut rien lâcher.

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Des livres à offrir ou à s’offrir

Salut la compagnie !

Comment vous dire que j’en ai ma claque de l’actualité, du monde qui ne tourne pas rond, et des lectures toxiques que je m’impose bêtement (mais promis, j’essaie d’arrêter).
J’ai envie d’aller bien, et de donner du bonheur autour du moi, plutôt que de la déprime et de la violence (on y reviendra bien assez tôt malheureusement). Du coup, j’ai envie de faire une petite sélection toute personnelle de livres que j’aime (pas forcément récents) et que j’ai envie de partager ici. Vue la période, ça peut vous donner des idées de cadeaux de Noël, à vous faire offrir, à s’offrir, ou à offrir.

 

Côté BD

 

J’ai récupéré ma liberté cette année, et n’ai donc plus le loisir de pouvoir lire toutes les BD qui sortent, mais en voici tout de même quelques-unes qui valent le détour.

 

L’essentiel des gouines à suivre, d’Alison Bechdel : le tome 2 est enfin sorti en français et ça c’est trop cool ! Vous pourrez ainsi suivre les personnages d’Alison Bechdel de 1987 à 2008 (et pleurer en arrivant à la fin, si tout comme moi vous avez envie de continuer à suivre Mo et ses ami·e·s). C’est une BD indispensable, et tellement riche. A noter que le travail de traduction est vraiment impressionnant, et apporte un vrai plus.

 

Chroniques d’une citoyenne ordinaire engagée, de Muriel Douru : parce qu’en ces temps troublés, l’engagement est important, et ce sur tous les plans. Et Muriel Douru saura vous le rappeler à travers différentes thématiques, allant de la PMA à l’écologie.

 

Chromatopsie, de Quentin Zuttion : une jolie BD, très queer, et graphiquement très chouette !

 

Lumberjanes, qu’on ne présente plus ! S’il est nécessaire de faire une piqure de rappel, de l’aventure, du fantastique, de l’amitié à la puissance max, des personnages féminins trop cool, du queer ? Ça vous rappelle quelque chose de plus récent ? Normal, c’est la même créatrice que She Ra. (Si vous n’avez pas encore regardé She Ra, qu’attendez-vous donc ?! )

Au passage, Urban, on attend toujours impatiemment la suite, c’est pour quand ???

 

Côté BD féministes

 

La bien nommée Féministes- Récits militants sur la cause des femmes : différentes autrices et auteur évoquent des sujets autour du féminisme : intersectionnalité, transidentité, écriture inclusive, prostitution etc… Des sujets intéressants, différents points de vue, différents graphismes. Et c’est chouette !

 

L’origine du monde, de Liv Strömquist : j’ai dévoré ses autres BD après avoir découvert celle-ci, et ça reste la meilleure je trouve. Vous saurez tout sur la répression de la sexualité des femmes au fil du temps. Passionnant et drôle !

 

Commando Culotte – Les dessous du genre et de la pop culture : Mirion Malle décortique de façon pédagogique et avec humour des films et des séries mais aussi des questions de société (l’importance de la représentation, la culture du viol, l’impunité des hommes célèbres etc…).

 

Libres – Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels : sous la plume d’Ovidie, et les dessins de Diglee, ce livre s’applique à décrypter les diktats qu’on impose aux femmes, que ce soit dans l’apparence (les poils, le poids…) ou la pratique (la bisexualité, le rapport aux règles…), et nous invite à nous émanciper de ce poids.

 

Héroïnes – La représentation féminine en bande dessinée : des autrices et auteurs de BD redessinent des icônes masculines de la BD et les transforment en icônes féminines, s’interrogent sur la place des femmes dans les bandes dessinées, et sur les rôles qui leurs sont le plus souvent assignés.

 

Côté essais

 

Sorcières – La puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet : tout le monde en parle, et on le voit partout, et bien ici aussi ! Mona Chollet évoque l’histoire des sorcières, avant de développer sur les femmes à l’heure actuelle, et ce qui peut les rapprocher de ces sorcières : l’indépendance des femmes, le non désir d’enfants, la vieillesse…

 

Peau – A propos de sexe, de classe et de littérature, de Dorothy Allison : un recueil de textes hyper fort, éprouvant et émouvant, qui parle féminisme, écriture, sexe, militantisme. Une petite merveille.

A noter que vous pouvez vous lancer avec plaisir et bonheur dans toute la collection Sorcières chez Cambourakis.

 

Homo inc.orporated – Le triangle et la licorne qui pète, de Sam Bourcier : une réflexion politique sur les lgbt aujourd’hui, sur comment les L et G se sont fondus dans la société, mais aussi des réflexions poussées sur le genre.

 

Ni vues ni connues – Panthéon, Histoire, Mémoire : Où sont les femmes ? du collectif Georgette Sand : tout est dit dans le titre. Cet ouvrage permet de découvrir et redécouvrir les femmes oubliées de l’Histoire, quel que soit l’époque, le pays, ou le domaine.

 

La révolution féministe – La lutte pour la libération des femmes 1966-1988, de Bonnie J. Morris et D-M Withers : un beau livre qui retrace l’histoire des mouvements féministes dans ces années-là, à grands renforts de documents d’époque.

 

Côté livres avec des personnages non-binaires 

 

Le prince et la couturière, de Jen Wang : mon chouchou absolu ! Et une BD dont je viendrai vous parler à l’occasion. Sachez en tout cas que l’histoire est chouette, le dessin est beau, et que oui, c’est de base une BD jeunesse, mais c’est tout public. Et on a très clairement un personnage genderfluid dedans. J’ajoute que c’est une BD qui fait du bien, beaucoup de bien.

 

Les trois livres qui suivent sont des romans jeunesse, en VO. La non-binarité n’étant pour l’instant en tout cas, pas un thème extrêmement en vogue…

 

Girl made of stars, d’Ashley Herring Blake : un superbe roman, même si difficile puisqu’il parle de viol et d’agression sexuelle. Mais je vous garantis que vous ne pourrez pas le lâcher, et que vous allez vous attacher à ces personnages, qui sont vraiment bien écrits.

 

Quiver – a novel, de Julia Watts : un roman sur une histoire d’amitié improbable, dans deux milieux très différents, qui entraîne dans les dérives de la religion.

 

Symptomes of being human, de Jeff Garvin : un roman du point de vue d’un adolescent genderfluid, encore dans le placard. On peut adhérer ou non au parti pris de l’auteur de ne jamais donner le sexe d’assignation du personnage mais ça reste un livre intéressant et je pense important en termes de représentation.

 

Côté romans jeunesse (avec un documentaire en bonus !)

Les règles… quelle aventure ! d’Élise Thiebaut et Mirion Malle : parce que c’est si bien, tellement nécessaire, important, et fait de façon inclusive ! A distribuer à tous les ados d’urgence.

 

Cœur battant, d’Axl Cendres : par l’autrice du génial Dysfonctionnelle ! Ici aussi on retrouve une galerie de personnages cabossés, drôles et bavards. Le point de départ : cinq suicidants dans une institution psychiatrique, c’est-à-dire que tous ont fait une tentative de suicide et ne comptent pas en rester à cet échec. Malgré un sujet lourd, l’autrice fait un roman plein de vie, de poésie, d’humour, de situations loufoques, et d’amour bien sûr, quoi de mieux pour faire battre un cœur ?

 

La sirène et la licorne, d’Erin Mosta : un livre jeunesse avec une romance lesbienne super mignonne et qui fait un bien fou !

 

La lune est à nous, de Cindy van Wilder : un superbe roman, avec de la représentation tout simplement géniale. Des gens gros et racisés, enfin ! On sort du cadre hétéro/blanc/mince et ça c’est trop cool ! En bonus, il y a du Despentes dedans.

 

Le soleil est pour toi, de Jandy Nelson : une relation frère-sœur, les arts sous toutes leurs formes, des fantômes, des histoires d’amour, une quête de soi et tant de choses encore, c’est ce que vous trouverez dans ce petit bijou.

 

Voilà voilà, j’espère que vous aurez trouvé de quoi égayer vos lectures et vous faire plaisir et/ou des idées cadeaux pour faire plaisir.

Lisez et partagez !

La révolution féministe, La lutte pour la libération des femmes 1966-1988, Bonnie J. Morris et D-M Withers

révolution féministeEn ces temps troublés, où les femmes essaient d’occuper le devant de la scène et de protester contre les violences sexistes et sexuelles et ce, malgré l’indifférence des médias, quoi de mieux que d’offrir autour de soi un beau livre autour du féminisme ? Ça tombe plutôt bien, Noël approche à grands pas.

La révolution féministe offre un panorama assez large des mouvements féministes entre 1966 et 1988, au travers notamment des États-Unis et de l’Europe. Le tout de façon très documentée, et accompagné de nombreuses citations et documents d’époque : photos, badges, flyers, affiches etc…

Le livre est foisonnant, et j’ai eu un peu peur de m’y perdre au début, notamment du fait du passage régulier d’un pays à un autre, de différents mouvements et initiatives, et du nombre de documents à disposition. Mais le sujet est riche, et j’ai appris plein de choses. Je l’ai lu d’une traite, mais je retournerai sans doute y piocher des références, ou en relire certains chapitres qui m’intéressent plus particulièrement.

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D’ailleurs, je souhaite souligner la façon dont a été découpé l’ouvrage, et qui m’a particulièrement plu. Je m’attendais soit à des chapitres chronologiques, soit par pays, mais ici le choix a été fait de manière thématique. C’est sans doute plus pertinent, et vraiment intéressant. Je vous cite, pour vous donner un aperçu, les chapitres qui m’ont le plus marqué : La sororité noire, Le corps comme champ de bataille, Sexualité et féminisme lesbien, Édition et médias, Musiques et Arts.

Je ne vais pas revenir sur certains passages qui m’ont particulièrement marqué (et fait froid dans le dos malheureusement), je vous laisse découvrir par vous-même, mais ce livre permettra à ceux et celles qui n’y connaissent rien de découvrir tout ce qui fait la richesse du féminisme, et à celles et ceux qui s’y intéressent d’un peu plus près, de parfaire leurs connaissances, et de découvrir de nombreux documents d’époque. En tout cas, il transcrit bien l’énergie qu’ont mis toutes ces femmes dans ces différentes luttes, et montre que le combat n’est pas terminé.

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Si je devais ajouter (un tout petit bémol), certains choix de traductions m’ont un peu interrogé, notamment celui d’utiliser le mot auteure plutôt qu’autrice, surtout dans un livre qui traite de féminisme.

Ni vues ni connues. Panthéon, Histoire, mémoire : où sont les femmes ?, du collectif Georgette Sand

ni vues ni connues je t'embrouille.pngBon là ça ne va pas du tout, je viens à peine d’écrire le titre que j’ai déjà Patrick Juvet en tête ! Alors qu’en plus je n’y ai pas pensé un seul instant en lisant ce livre, monde cruel… (Par contre, quand j’ai lu Les maux bleus, j’ai gardé en tête la chanson de Christophe pendant trèèèèèès longtemps). Mais non, je ne m’égare pas du tout, je ne vois pas ce qui vous fait penser ça.

Bref, où sont les femmes ? Comme on a pu le voir récemment avec le succès des Culottées, de Pénélope Bagieu (qui d’ailleurs, a écrit la postface de cet ouvrage), les femmes ont été totalement niées et oubliées dans l’histoire, mais leur sort intéresse finalement pas mal de monde (eh ouais !).

Ni vues ni connues (je t’embrouille, oh la la, mais c’est pas possible, ce titre ne m’aide pas !), tout comme Les culottées, est absolument parfait comme session de rattrapage. Alors, je vous le dis tout de suite, le livre n’est pas forcément fait pour être lu d’une traite. Mais, il est suffisamment bien fait pour donner envie d’y piocher selon ses envies (ou tout lire dans l’ordre, c’est ce que j’ai fait, pour ne rater personne). Le classement se fait selon de grandes catégories : les artistes, les aventurières, les méchantes inventées ou avérées, les femmes de pouvoir, les intellectuelles, les militantes, les scientifiques. On y trouve des femmes de tous les pays et de toutes les époques. En deux pages, les grandes étapes de leurs vies sont retracées, et ce que j’ai vraiment apprécié, c’est aussi les explications sur le pourquoi de leur disparition de l’Histoire, c’est franchement passionnant (et effrayant). A la fin de chaque portrait, on a aussi droit à un petit paragraphe « Elle vous inspire ? Découvrez aussi » qui cite des femmes présentes dans ce livre ou non. De toute façon, tout pousse ensuite à aller faire ses propres recherches pour en découvrir plus sur telle ou telle personne.

Certains noms sont connus, d’autres évoquent de vagues souvenirs, mais j’en ai totalement découvert la plupart. Et même dans les personnalités plus ou moins connues, on se rend compte que de grandes parties de l’histoire ont été occultées. Voire complètement déformées ! (Ce que l’on peut voir notamment avec le chapitre sur les méchantes inventées ou avérées)

Il y en a pour tous les goûts et tous les domaines, et cela montre bien l’étendue de la place des femmes dans l’Histoire.

Espérons qu’avec le temps, et la multiplication des initiatives de ce genre, toutes ces femmes du passé, et les femmes d’aujourd’hui, (re)trouveront leur place dans les mémoires, et les livres d’Histoire.

Chroniques d’une citoyenne (ordinaire) engagée, de Muriel Douru

COUV-CHRONIQUES-DUNE-CITOYENNE-ENGAGEE-600x800J’entends de plus en plus parler de Muriel Douru ces temps-ci, même si j’ai repéré son nom depuis longtemps, notamment du côté rayon jeunesse autour de l’homoparentalité (elle a été pionnière sur le sujet, et de belle façon, contrairement à d’autres véhiculant pas mal de clichés, Jean a deux mamans par exemple, pour ne pas le nommer). Les articles de son blog sont régulièrement relayés sur le Huffington post et sur Mr Mondialisation, et récemment, elle a reçu le Out d’or du dessin engagé. Ah et elle était également dans un épisode de La Poudre, en compagnie d’autres dessinatrices : Cy, Diglee, Maeril et Nicholle Kobi. Si vous ne connaissez pas ce podcast, je ne peux que vous encourager à aller y jeter une oreille, Lauren Bastide y invite des femmes à partager une longue conversation, et c’est toujours passionnant.

Bon alors, pour commencer, il est temps de faire un petit mea culpa. En effet, j’avais lu sa précédente BD, Beyond the lipstick, et en relisant ma chronique, je me suis rendu compte que c’était hyper jugeant et je n’aime pas ça du tout ! Et dès les premières pages de Chroniques d’une citoyenne ordinaire engagée, Muriel Douru dénonce les clichés autour des BD dites « girly », et elle a bien raison ! Je n’ai aucune excuse en plus, puisque j’ai écrit quelques temps plus tard Une chronique du sexisme ordinaire, où je reproche ces mêmes clichés… Alors que j’ai lu Les culottées de Pénéloppe Bagieu, et j’apprécie de retrouver Diglee qui illustre Libres Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels, d’Ovidie, ou encore le roman jeunesse La Sirène et la Licorne.

Bref, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, et je me suis plongée dans Chroniques d’une citoyenne ordinaire engagée avec grand plaisir, puisque qu’il traite de beaucoup de thématiques qui me sont chères : l’écologie, le végétarisme, l’avenir du monde, le féminisme, la maltraitance des animaux, les différentes formes de famille, la PMA, les attentats… Beaucoup de sujets forts, traités de façon documentée et engagée. J’ai aussi aimé la forme, assez variée au niveau du dessin, la variété des sujets et le fait que le point de vue des enfants, que ce soit celui de sa propre fille, ou d’autres (lors d’une intervention dans une classe de primaire notamment) soit intégré de temps en temps est intéressant et plutôt chouette.

En somme, une BD qui fait réfléchir sur notre avenir plus qu’incertain, donne des pistes d’actions, de lectures ou même de visionnage (qui aurait cru que Candy était plus féministe que les dessins animés d’aujourd’hui ?!).