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Sans lendemain, de Jake Hinkson

sans lendemainJe ne vous le cache pas, Sans lendemain est un livre qui me dérange un peu…

Pour l’histoire, nous sommes dans les années 40, et Billie Dixon sillonne des coins reculés des États-Unis pour refourguer des films de seconde zone dans des cinémas qui n’ont pas forcément les moyens pour avoir mieux.

Dans un bled perdu de l’Arkansas, Billie va tenter de discuter avec un pasteur qui met des bâtons dans les roues au cinéma du coin, prétextant que c’est l’œuvre du diable. La discussion ne se passe pas très bien, et idée du siècle, Billie couche avec la femme du pasteur. Évidemment, ça ne va pas s’en arrêter là, et c’est le début de la descente aux enfers pour Billie.

Au niveau de l’histoire en elle-même, je n’ai pas grand-chose à redire. C’est du roman noir, c’est prenant, même si pas inoubliable, mais je l’ai lu d’une traite.

En termes de représentations par contre, c’est autre chose…

Billie est donc lesbienne, à une époque où ce n’est pas évident de le vivre au grand jour. C’est une femme indépendante et affirmée, et qui aime les plaisirs de la chair sans prise de tête. Le couple stable, ce n’est clairement pas pour elle. Et personnellement, c’est un personnage que j’aime plutôt bien.

On a également un personnage féminin plutôt chouette, Lucy Harington, qui joue le rôle du sheriff à Stock’s Settlement (vue l’époque, c’est son frère, un peu simplet qui est le sheriff officiel, mais c’est elle qui tient les rennes).

Voilà pour les points positifs, passons donc à ce qui pour moi est problématique, et attention, ça va spoiler !

Billie a couché avec la personne qui ne fallait pas, et la voici entrainée dans un puits sans fond de problèmes tous plus énormes les uns que les autres, jusqu’à atteindre le point de non-retour.

Ce qui me gêne, c’est que non seulement on a un personnage lesbien qui court à sa perte, et fonce malgré toutes ses tentatives vers une mort assurée, mais que l’autre personnage féminin qui couche avec elle est aussi condamné. Deux femmes qui veulent vivre en dehors des normes et qui meurent, super. Bury your gays, tout ça…

Et non seulement ça, mais l’autre personnage, la sheriff, qui franchement me plaisait bien ! Et bien elle, elle continue sa vie (bon elle perd son poste, mais ce n’est « qu’une femme » que voulez-vous), mais on suppose qu’elle aussi préfère les femmes. Par contre, elle ne succombe pas à son penchant, et étonnamment, elle, elle survit.

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Une maison parmi les arbres, de Julia Glass

maison arbresQuand on m’a parlé de ce livre, c’est d’abord pour me dire que c’était inspiré de Maurice Sendak (l’auteur de Max et les Maximonstres, entre autres), qui avait caché son homosexualité toute sa vie, et a dévoilé avoir vécu avec un homme pendant 50 ans alors que lui-même avait 80 ans, parce qu’il avait peur que ça puisse nuire à sa carrière. Bon, cette révélation date de 2008 hein, mais j’avoue n’en avoir jamais entendu parler avant, et avoir été sous le choc qu’il se soit ainsi caché toute sa vie.

Cela étant dit, sachez que cela n’a pas d’importance pour la lecture du livre. Je ne sais pas du tout quelle est la part d’inspiration, ne connaissant pas spécialement la vie de Maurice Sendak, je trouve juste que c’est triste et qu’il n’y a pas de raison d’ignorer plus longtemps que cet auteur était gay.

Revenons-en donc à Une maison parmi les arbres. Morty Lear, un auteur adulé de livres pour enfants vient de décéder. Il a tout légué à son assistante, Tommy Daulair. Qui a vrai dire était bien plus que cela, puisqu’elle s’était installée chez lui.

Tommy doit gérer tous les problèmes de succession, notamment quelques mauvaises surprises de donations pour un musée. Mais aussi gérer un acteur qui a le vent en poupe, choisi pour jouer le rôle de Morty Lear dans un biopic sur sa vie et qui vient prospecter dans la maison de l’auteur.

Le personnage de Tommy est très intéressant, car elle a consacré sa vie à Morty, l’accompagnant partout, et allant jusqu’à vivre sous son toit. Mais on peut se demander où est sa vie à elle, si elle a vécu pour elle-même et pas pour un autre. Étant là dans toutes les situations, partageant l’intimité de Morty, même lorsqu’il vit avec son amant qui mourra d’ailleurs du Sida.

A travers une galerie de personnages, et en alternant les flash backs (propres à chacun) et le présent, l’autrice dépeint très justement les fêlures humaines, les blessures de chacun, et des chemins de vie différents.