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Qui suis-je ? de Thomas Gornet

41u7k5Nkp8L._SX195_.jpgVincent est en 3ème, et en pleine adolescence, ce qui n’est pas tous les jours facile. La routine du collège se partage entre ses cours de sport avec un prof qui l’a pris en grippe depuis trois ans parce qu’il ne sait pas grimper à la corde, les moqueries de certains camarades, les amitiés pas toujours évidentes et son abruti de grand frère. Une vie d’adolescent assez classique finalement. Jusqu’au jour où un nouvel élève arrive dans leur classe, Cédric, et s’assied à côté de lui.

Tout en douceur et en nuances, Thomas Gornet nous fait plonger dans la peau d’un adolescent qui ne sait plus où il en est, et qui ne sait pas toujours mettre des mots sur ce qu’il ressent.

Au-delà d’un roman sur la découverte de son homosexualité, Qui suis-je ? est un beau roman sur l’adolescence et la découverte de soi. Vincent est touchant, parce qu’il est juste, et crédible. Ses sentiments pour Cédric sont visibles pour les autres avant de l’être pour lui-même, et d’être réellement compris.

L’homophobie ordinaire et pas toujours consciente est aussi très bien représentée, à un âge « merveilleux » où les « pédés » et « enculés » sont de mises à chaque phrase, et où les garçons doivent rester virils coûte que coûte (comme le montre cette scène, fugace, où un autre garçon, encore plus insulté et maltraité que Vincent, préfère s’en prendre à lui plutôt que de faire alliance).

Le parcours de Vincent est beau, bien que douloureux, et va l’amener à savoir qui il est, à se comprendre et à aller de l’avant.

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Le mari de mon frère, de Gengoroh Tagame

Je pense que ça se voit ici, mais je ne suis pas une lectrice acharnée de mangas (doux euphémisme), mais la thématique de celui-ci m’a intriguée. J’ai donc lu les deux premiers tomes, et je dois dire que ce fut une excellente surprise.

Mike, un Canadien, débarque un jour au Japon à la rencontre du frère jumeau de son défunt mari. D’abord surpris et gêné, Yaichi l’accueille chez lui, avec sa petite fille, Kana, qu’il élève seul. Le Japonais ne sait du tout comment réagir face à cet homme, dont la culture et le mode de vie lui sont totalement étrangers. C’est grâce à la petite fille que la tension va se briser, elle qui va poser des questions tout naturellement, essayer de comprendre, et accepter sans autre forme de procès. Le côté pédagogique me faisait un peu peur, mais honnêtement cela passe très bien avec le personnage de Kana.

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Le mari de mon frère en profite pour aborder plein de thématiques intéressantes et plus ou moins tabous au Japon, au-delà de l’homosexualité : cela va de l’affection et des câlins (Mike est d’un naturel démonstratif), aux tatouages (des occidentaux se font refouler dans des bains publics, le tatouage étant assimilé aux yakuzas) ou encore les familles monoparentales.

L’homosexualité est franchement bien traitée (on trouve même des Petites leçons de culture gay intercalées entre les chapitres). Yaichi se rend compte qu’il ne connaissait pas vraiment son frère jumeau, dont le coming-out à l’adolescence les a probablement éloignés. Y sont évoqués aussi l’homophobie (certains parents ne veulent plus que leurs enfants aillent chez Kana, à cause de son oncle gay), la difficulté du coming-out (notamment avec un passage très touchant, où un jeune adolescent veut absolument parler à Mike, pour enfin rencontrer quelqu’un comme lui, et arrêter de faire semblant).

Bref, une très bonne surprise, à lire et à faire lire !

Oh, boy ! , de Marie-Aude Murail

82099298_oJe m’intéresse à la représentation de l’homosexualité dans  la littérature jeunesse depuis un moment, et j’ai croisé ce titre à plusieurs reprises, sans jamais franchir le pas.  La vision de quelques images d’une adaptation télé il y a quelques années ne m’avait pas spécialement encouragée à le lire. Bref, tout ça pour dire que je me suis retrouvée avec Oh, boy dans les mains, donc plus aucune raison de ne pas s’y plonger.

Les Morlevent sont frère et sœurs, et se retrouvent subitement orphelins. Sans aucune famille, ils jurent de ne rien laisser les séparer. En quête d’une solution, ils retrouvent des personnes liées au mariage précédent de leur père.  Josiane, reconnue par ce dernier, mais sans lieu de sang avec eux, et Barthélémy, demi-frère de 26 ans qu’ils découvrent à l’occasion de ce drame.

Bien entendu, au début, personne ne voudra prendre en charge ces trois enfants sortis de nulle part, mais le temps passant, Josiane se prend d’adoration pour la petite dernière, Venise, 5 ans, mais pas forcément pour les deux plus grands, Simon,  14 ans, et Morgane, 8 ans.

Barthélémy étant du même sang, la fratrie compte sur lui pour les accueillir, mais se heurte à un irresponsable de 26 ans, qui ne comprend pas bien ce qui lui arrive, mais qui y voit là l’occasion de gagner du terrain sur Josiane.

Si je vous en parle ici, c’est parce que Barthélémy est homosexuel. Ce n’est jamais caché, et tout est très clair là-dessus. Il en est plusieurs fois fait état comme quelque chose qui pourrait bloquer le droit de tutelle des enfants. On est début 2000 à l’époque où le livre sort, donc on y parle de Pacs.

Mais au final, ce n’est pas l’homosexualité de Barthélémy qui  pourrait être gênante, mais sa totale irresponsabilité et son égoïsme profond. Bon, très honnêtement, on est dans un livre pour enfants, et les problèmes se règlent en deux coups de cuillère à pot (deuil, leucémie, femme battue, droit de garde, tout est résolu en 200 pages) et c’est un peu le pays des Bisounours où les juges se prennent d’affection pour les surdoués et carburent au chocolat.

En ce qui concerne la représentation de l’homosexualité, je n’ai pas été emballée et ai trouvé ça assez caricatural. Bart a 26 ans mais aucun sens des responsabilités (on se demande comment il paye son appartement par exemple), il enchaine les conquêtes, est maniéré, totalement égocentrique et n’a pas inventé l’eau tiède. Bon évidemment, c’est pour mieux faire ressortir son changement et sa prise d’affection pour ses nouveaux frère et sœurs, mais tout de même, ça fait beaucoup.

Une autre chose qui m’a gênée, le terme pédé est employé, mais n’est pas relevé comme étant une insulte. Ça parait sans doute « évident » à un adulte, mais certainement pas à un enfant, qui entend ça à tout bout de chant dans les cours d’école, et qui n’en perçoit pas forcément la portée homophobe.
J’ai bien conscience d’être un peu dure avec ce roman, qui était assez précurseur quand il est paru, mais qui pour moi est déjà daté.

Bichon, de David Gilson

Bon, une BD qui s’appelle Bichon, mais kezako?

Et bien, un nouveau coup de coeur pour ma part, et pas des moindres, une BD jeunesse qui parle d’un petit garçon de 8 ans sensible, drôle et terriblement attachant, et qui est clairement attiré par Jean-Marc du CM2, et ben ça fait vraiment du bien!

Bichon, c’est le surnom dont se retrouve affublé le héros après que sa mère l’ait appelé comme ça devant tous ses petits camarades de classe. Mais ce qui est chouette, c’est qu’il le vit bien. Bichon est un garçon sensible, qui aime se déguiser en princesse avec ses copines, qui rêve de la dernière poupée à la mode, qui passe tout son temps avec les filles. Il est un peu maltraité par les autres garçons, mais lui-même est très courageux, il ne se laisse pas faire, et est même prêt à prendre la défense d’autres personnes à l’aide de sa baguette magique!

Il est secrètement amoureux de Jean-Marc, et même si il ne le dit pas, ses sentiments à son égard sont tout à fait clairs.5b401a907e352f494ebca8a69345c400

Et j’adore la mère de Bichon, qui d’une part prend sa défense devant d’autres parents interloqués, mais surtout, n’hésite pas à le laisser jouer selon ses envies, qu’il veuille se déguiser en princesse, ou regarder les jouets dans le rayon « filles ».

Et voilà, c’est super mignon, drôle, tendre, sans occulter les difficultés d’être un peu « différent ».93813312_o