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D’un trait de fusain, de Cathy Ytak

d-un-trait-de-fusainAttention, coup de cœur !

Un superbe roman pour ados et pour tous, dont j’avais entendu le plus grand bien avant même sa sortie, et c’est vrai, c’est une pépite.

Dans les années 90, on suit un groupe de lycéens dans une école d’arts. L’arrivée d’un nouveau modèle, Joos, venu pour poser nu, et beau comme un dieu, va changer pas mal de choses dans la vie de ces ados.

D’un trait de fusain, c’est d’abord un très beau roman sur l’amitié, que l’on sent grandir petit à petit, notamment entre Marie-Ange, mal dans sa peau, qui n’attend qu’une chose, quitter le domicile familial en comptant les jours, et Sami, qui va tomber amoureux de Joos.

Évidemment, on est au début des années 90, et tout ne va pas bien se passer. L’homosexualité déjà, est encore un tabou. Ici il est question de coming-out, à une époque où on parlait de cancer gay… Pas facile pour un jeune homme de 16 ans de le vivre au grand jour. Et évidemment, le Sida ne va pas tarder à faire son apparition, et à déclencher des réactions plus ou moins violentes autour d’eux et au sein même du groupe.

D’un trait de fusain, c’est aussi une histoire d’émancipation, et le personnage de Marie-Ange, qui deviendra Mary est très beau pour ça. Les personnages vont devoir grandir et murir, beaucoup plus vite que prévu, et c’est poignant. Le livre fait écho au magnifique 120 battements par minutes, sorti dans les salles il y a quelques mois. Ici aussi il est question d’Act up, et des gens qui se battent parce qu’eux et leur entourage ont été touchés de plein fouet par la maladie.

Un livre très beau, émouvant, touchant, et profond.

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La nuit mange le jour, d’Hubert et Burckel

9782344012208-LLa nuit mange le jour n’est pas une BD à mettre entre toutes les mains. Déjà pour cause de contenu très explicite, la sexualité entre hommes y est montrée de façon extrêmement crue, mais aussi parce que le contenu est sombre, très sombre.

Tout commence de façon assez classique, un coup d’un soir entre deux hommes qui viennent de se rencontrer. Thomas est un jeune homme fluet plutôt timide et effacé, et Fred un artiste plus âgé, costaud et charismatique.

La scène de sexe qui s’ensuit est plutôt douce, et Fred fait preuve de prévenance envers Thomas, moins expérimenté.

Les deux vont se revoir très rapidement, et entamer une véritable relation. Thomas est fasciné par le photographe, et aussi par les photos de son ex, Alex, que l’on retrouve partout dans l’appartement. Thomas se sent totalement inférieur et insignifiant par rapport à Alex, d’une grande beauté, et qui semblait avoir un charisme fou. Il découvre petit à petit que Fred et lui entretenaient une relation assez particulière, où Alex était avili. Thomas se découvre alors des envies de plus en plus sombres et malsaines, et se demande si Fred n’a pas tué Alex…

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C’est sombre hein, je vous ai prévenu. Mais franchement, c’est très bien, et ça nous emmène dans les méandres de la noirceur humaine, le tout servi par un graphisme impeccable. C’est beau, les corps masculins sont magnifiés, et les photos que Thomas découvre au fil des pages nous emmènent dans un univers onirique et horrifique, on se croirait chez Barbe Bleue.

Thomas est un personnage intéressant, je trouve, qui se considère comme moche et insignifiant, et qui se découvre des penchants d’une telle noirceur qu’il risque de s’y perdre…

Le titre et la couverture sont très beaux, et sont à l’image du contenu. Vous êtes prévenus, à vous de voir si vous voulez vous y frotter !

 

 

Moi, Simon, 16 ans, homo sapiens, de Becky Albertalli

Moi-Simon-16-ans-Homo-SapiensMoi, Simon, 16 ans, homo sapiens est un roman pour ados. Je ne vais pas vous le cacher, le début de ma lecture a été assez difficile et décourageant, tant je trouvais de clichés dès les premiers chapitres… Le garçon qui écoute Tegan and Sara (bon, même si c’est plutôt un truc de lesbiennes…), et qui se déguisait en fille quand il était gamin. J’ai eu une impression de situations et de choses plaquées sur un personnage. Ça m’a un peu dérangée je dois dire.

Au final, j’ai laissé le roman de côté un certain temps, avant de m’y replonger plus sérieusement  Simon est un adolescent de 16 ans, fan d’Harry Potter et d’Oréo, et accessoirement gay dans le placard. L’histoire commence alors qu’un de ses camarades vient de tomber sur ses échanges de mails avec un certain Blue, et lui fait du chantage, lui demandant de lui arranger une rencontre avec Abby, l’une de ses meilleures amies, sous peine de dévoiler son homosexualité  à tout le monde.

Blue fréquente le même lycée que lui, et ils échangent régulièrement des mails, mais sans connaître leurs identités respectives. Ils sont tous les deux  gays, ce que personne ne sait encore, et une relation très forte s’est nouée entre eux.

Que dire ? J’ai passé un bon moment de lecture, mais dans le même genre, j’ai vraiment préféré Will et Will, que j’avais trouvé plus original et surtout plus touchant. Je ne sais pas si c’est moi qui suis sans cœur (mais je ne crois pas), mais même si j’ai été emportée dans l’histoire (qui reste sans surprises malgré tout), je n’ai pas ressenti toutes les émotions auxquelles sont pourtant confrontés les personnages puisqu’il est question de coming-out, d’homophobie, d’amitié, d’amour…

Le roman reste très classique dans le fond et la forme, et même si c’est toujours chouette de voir des personnages gays positifs (Simon ne fait pas une maladie d’être homo, et au final vit plutôt bien tout ce qui lui arrive, même un peu trop bien je dirais…), je ne garderai pas un souvenir impérissable de ce livre.

Bouche cousue, de Marion Muller-Colar

bouche-cousue-marion-muller-colardAmandana a trente ans. Elle passe ses dimanches en famille, avec ses parents italiens et sa sœur ainée, mariée trop jeune en catastrophe pour cause de grossesse inopinée. Son neveu, Tom, né suite à cela, est la seule personne de la famille dont elle se sent proche.

Lors d’un repas dominical, elle arrive en retard, comme à l’accoutumée, mais dans un silence lourd et gênant. Sa petite peste de nièce dénonce alors son grand-frère en racontant qu’il a embrassé un garçon.

La scène replonge Amandana dans sa propre adolescence, et elle écrit une lettre à son neveu pour lui en faire part.

Adolescente solitaire, elle finit par se lier d’amitié avec un couple d’hommes, chez qui elle se sent comme dans une famille, contrairement à son propre foyer. La mise en place d’un projet d’opéra dans son collège, avec elle dans l’un des rôles principaux, la rapproche d’une de ses camarades. Se laissant aller à ses sentiments, elle lui offre un bracelet, sans imaginer les conséquences…

Quinze ans plus tard, la voilà donc racontant ses souvenirs à son neveu, replongeant dans cette montée du désir adolescent, qu’elle a ensuite tu pendant toutes ces années.

Très honnêtement, il me manque un petit truc pour adhérer vraiment à l’histoire. Déjà, le côté « quinze ans ont passé » est pour moi peu crédible. Je ne sens pas du tout d’évolution entre les quinze et les trente ans d’Amandana.

Et même si certains points sont joliment traités, notamment la relation avec Marc et Jérôme, tontons de substitutions, je ne peux m’empêcher de rester sur ma faim, notamment sur la naissance du désir et des sentiments amoureux pour une fille, que je n’ai pas du tout ressenti… Ça manque d’émotions à mon goût.

 

Aristote et Dante découvrent les secrets de le l’univers, de Benjamin Alire Saenz

45613_aj_m_9197Aristote a 15 ans en cet été de 1987. Adolescent solitaire, il rencontre Dante à la piscine qui propose de lui apprendre à nager. Les deux garçons sont très différents, mais tout  de suite, un lien fort se crée entre eux.

Ari est un taiseux, tout comme son père qui a vécu la guerre du Vietnam et qui n’en parle jamais. Son grand frère est en prison, mais personne n’en parle. Une colère accompagne donc le jeune homme quotidiennement. Intelligent, il essaie de gérer comme il peut les secrets de famille qui l’entourent.

Sa rencontre avec Dante et cette nouvelle amitié va évidemment changer Ari. Les deux garçons se complètent, l’un affichant une sensibilité très forte, et laissant aller régulièrement ses larmes, et l’autre n’hésitant pas à utiliser ses poings. Mais pas de clichés ici, les personnages ne se limitent absolument pas à ces caractéristiques, et sont vraiment travaillés.

J’ai vraiment apprécié ce roman, et une fois commencé j’ai eu du mal à arrêter ma lecture mais je reste un peu partagée. Le personnage d’Ari est très touchant, son côté taiseux, avec cette violence intérieure est assez poignant. On sent bien à quel point il est en manque de réponses sur son histoire familiale, et combien il en a besoin pour arriver à savoir enfin qui il est.
Par contre, je dois bien avouer que certains côtés m’ont paru un peu simplistes, et notamment la fin ! Et encore une fois, je suis partagée, je pense que j’aurais adoré (et peut être sans réserve) ce livre quand j’étais ado (et ça tombe bien, c’est le public visé). Après tout, on y a tous les ingrédients : un ado mal dans sa peau qui se cherche, un entourage familial plutôt bienveillant même si maladroit, et un entourage plus éloigné qui peut s’avérer dangereux. Et surtout, ça finit bien. Les secrets de famille finissent par être dévoilés et la communication s’instaure enfin. Et c’est peut-être un peu trop beau et un peu trop simple de mon point de vu d’adulte, mais sans doute un beau message d’espoir pour un ado qui se cherche.