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Comment se comporter comme une personne normale, de T. J. Klune

comment normaleTout d’abord, merci à Criquet bibliophile pour sa vidéo qui m’a donné très envie de me plonger dans ce roman !

Et son conseil était excellent, parce que non seulement j’ai beaucoup aimé, mais ce livre m’a aussi fait ricaner bêtement toutes les deux minutes, ce qui est assez rare pour être signalé (et ce qui a eu pour effet d’intriguer ma compagne, qui voulait savoir ce qui pouvait autant me faire rire).

Gustavo Tiberio, dit Gus, a une personnalité plutôt atypique, et vit sa vie de journée passable en journée passable, dans sa petite ville dans l’Oregon. Il tient un vidéo club (nous sommes en 2014 !) où peu de clients viennent s’attarder, exceptées, chaque jour à la même heure, Nous les Trois Reines, un trio de vieilles motardes, dont Gus ne sait pas si elles sont lesbiennes polyamoureuses, ou sœurs.

Gus est quelqu’un de très très routinier et ne supporte pas le changement, il vit avec son furet, qu’il transporte partout avec lui, lit l’encyclopédie tous les soirs, n’a pas internet, a un téléphone à clapet, et répète chaque jour avant de sortir prendre son café chez Lottie’s Lattes « Aujourd’hui sera une journée passable ». Jusqu’au jour où, au lieu de Lottie, c’est un hipster défoncé, répondant au nom de Casey qui lui sert son café. Chamboulement énorme pour Gus, surtout qu’il n’est pas insensible au charme de ce dernier. Malheureusement, il surprend une conversation entre Lottie et Casey, où celui-ci dit que Gus est quelqu’un de bizarre.

Ni une ni deux, Gus va tenter de se comporter comme une personne normale. Et quoi de mieux pour ça que de questionner Internet ?!

Ce roman est totalement loufoque, et présente une galerie de personnages assez farfelus, et des situations franchement très drôles. Gus essaie de se fondre dans la normalité, en suivant les préceptes pas toujours très adéquats trouvés sur le net. Et malgré sa personnalité un peu revêche de prime abord, il est super attachant. Casey lui fait part rapidement du fait qu’il est asexuel et on va assister aux prémices de leurs relations. Et franchement, c’est super mignon ! L’asexualité de Casey est bien traitée, et assez développée, ce qui est plutôt rare et un très bon point.

Bref, un roman drôle, qui questionne la notion de normalité, avec des personnages attachants, de l’homosexualité et de l’asexualité, un cocktail assez parfait ! Et un bon remède aux coups de blues.

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Pourquoi pas nous ? de Becky Albertalli et Adam Silvera

pourquoi pas nousArthur travaille à New York durant l’été, dans le cabinet d’avocats où travaille sa mère. Il rencontre par hasard Ben, qui sort d’une rupture douloureuse, et veut envoyer par la poste un colis avec toutes les affaires de son ex. Les deux discutent, Arthur s’emballe, puis Ben disparait, de retour dans sa vie new yorkaise habituelle. Mais Arthur ne veut pas laisser tomber, et tient à retrouver ce mystérieux inconnu, dont il ne connaît même pas le prénom, mais il croit en leur destin.

Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire un roman d’Adam Silvera, même si ça me tente depuis un moment parce que j’en entends de bonnes choses, mais j’en ai lu plusieurs de Becky Albertalli, et j’aime plutôt bien ses romans. J’avais donc très envie de me plonger dans ce livre. Peut-être que cet a priori hyper positif a mis la barre un peu haut pour mes attentes, je ne sais pas… Mais même si j’ai trouvé Pourquoi pas nous ? mignon, et décrivant bien les premiers émois, une première histoire d’amour, la jalousie, la découverte de la sexualité, les difficultés en amitié et en amour, il m’a malgré tout manqué un petit quelque chose pour être pleinement conquis.

Peut-être aussi que c’est un roman qui se destine plus spécifiquement aux adolescents, il est plutôt juste, et encore une fois, cette histoire entre ces deux garçons est mignonne et touchante, mais en tant qu’adulte, il m’a manqué un peu plus de fond pour pleinement y adhérer.

La lune est à nous, de Cindy Van Wilder

lune nousJ’avais vu passer ce titre il y a un moment déjà, et je l’avais un peu mis de côté. Pour finalement retomber dessus récemment et plonger dedans la tête la première, avec bonheur.

On suit deux personnages, Olivia, élevée par ses tuteurs alors qu’elle a perdu ses parents très jeune. Olivia est noire, et grosse. Elle a décidé de faire de ses complexes une force, et tient un compte Instagram qui marche bien, Curvy Grace, « Zéro complexe, 100% mode & bien-être ! » Au début du roman, elle rejoint deux jeunes youtubeuses pour participer à leur chaîne « Les Trois Grâces ».

En parallèle, on suit Max, dit Bouboule, qui quitte le sud de la France et vient s’installer en Belgique avec sa mère et son petit frère, après que leurs parents se soient séparés. Max le vit très mal, d’autant plus qu’il est gay et dans le placard, ce qui n’est pas des plus confortable. Et Max est gros (comme son surnom peut l’indiquer).

Les deux personnages n’ont rien à voir, à part leur surpoids mais vont se rencontrer dans des circonstances détestables pour Olivia, qui se retrouve victime de racisme et de grossophobie dans un jardin public. Max va venir à son aide alors qu’ils ne se connaissent pas, et une reconnaissance va se faire entre les deux, et ils vont devenir amis.

Petite parenthèse, comme toujours dans une amitié fille-garçon, tout l’entourage les imagine en couple, donc c’est plutôt chouette d’en prendre le contre-pied, puisque comme dit précédemment Max est gay, et on comprend qu’Olivia est aromantique et/ou asexuelle. Yeah !

Passé ce yeah enthousiaste, sachez quand même que même si ce roman est totalement merveilleux, et donne à voir de chouettes représentations (de gros, de personnes racisées, de gays, et même si le mot n’est pas prononcé d’asexualité/aromantisme), il est dur. En effet, Olivia est victime de harcèlement et de cyber harcèlement. C’est réaliste mais aussi assez violent à lire. Mais les personnages vont grandir, se battre, et l’union fait la force ! (yeah bis !)

En bref, un roman qui fait du bien. Qui montre qu’on peut ne pas rentrer dans le cadre hétéro/blanc/mince et s’en sortir, et exister surtout ! Parce que ces personnages ne sont pas légion, soyons clair, et ça manque !

Et dernier petit youpi, voir une adolescente découvrir Virginie Despentes et King Kong Théorie, et se prendre une claque, et avoir envie d’avancer et de se battre, ça m’a filé des frissons !

« J’écris de chez les moches… Pour les moches… Je n’échangerais ma place contre aucune autre, parce qu’être moi-même me semble être une affaire plus intéressante à mener que n’importe quelle autre affaire. »

Les mots me sautent aux yeux.
Accusateurs.

Sans pitié.

Lapidaires.

Je ne lis plus « Être moi-même », je lis mon nom.

Être Olivia Verbecke, cette fille qui a renoncé.

Celle qui a perdu pied si facilement.

Celle qui s’est laissé dicter sa conduite, se noyant sous les mots qu’on a utilisés pour les retourner contre elle.
Grosse.

Noire.

Indésirable.

Ouais, je suis tout cela aux yeux de ceux et celles qui voudraient me voir renoncer.

Et après ? Si au lieu de me blesser, ces mots devenaient mon arme ? Un gigantesque poing levé en seule réponse à tous ceux, toutes celles que ça dérange ?

Je ferme les yeux.

Je me sens vaciller au bord du précipice.

Je serre le livre entre mes mains.

Une lumière au bout du tunnel. De la rage en barre et du courage aussi.

The handsome girl & her beautiful boy, de B.T. Gottfred (livre en VO)

handsome girlDans la lignée de Symptoms of being human (et dans ma joie de voir enfin une représentation d’un personnage genderfluid), j’ai enchainé avec The handsome girl & her beautiful boy, avec l’impression que ce roman allait traiter des mêmes thématiques.

Et bien, pas vraiment en fait.

De quoi ça parle déjà ? Tout le monde pense que Zee est lesbienne (vêtements, préjugés, tout ça), alors qu’elle se meurt d’amour pour son meilleur ami, Cam, qui d’une part, ignore totalement ses sentiments à son égard, d’autre part, sort avec Abaigail.

Un jour, Abigail est contrainte d’amener son frère, Art lors d’une soirée avec Zee et Cam. Tout le monde pense qu’Art est gay. Sauf que non, et surtout, il tombe immédiatement sous le charme de Zee.

Bon, ça c’est le point de départ. Donc déjà, l’idée c’est de dénoncer les clichés, et ça franchement je dis oui, très bien ! Mais ensuite, j’ai trouvé le temps loooooong… Et j’ai en gros attendu un peu désespérément qu’il se passe quelque chose pendant bien une centaine de pages… Peut-être est-ce dû à l’alternance des chapitres (et donc des personnages), beaucoup trop courts à mon goût, ou au personnage de Art, trop « fabuleux » pour moi (enfin disons que pour moi c’est du déjà vu, et qu’en l’occurrence ici, j’ai eu du mal à m’attacher à lui).

Et la suite n’est pas forcément mieux. Pourtant ce livre aborde des thématiques vraiment intéressantes : le deuil, l’abandon, la parentalité mais aussi l’orientation sexuelle, et l’identité de genre. Plutôt pas mal ! Mais rien ne colle, le nombre de fois où je me suis dit « Mais qui sont ces gens ?! Qui réagit comme ça ? Où est la logique, la cohérence ? ». Et à chaque fois j’ai pensé « Ah oui, tiens sur l’idée ça pourrait être intéressant… ». Mais voilà, pour moi ce livre est fait de bonnes idées, mais qui ne collent pas, qui ne sont pas bien exploitées. L’idée d’avoir deux personnages qui ne rentrent pas dans les cases habituelles est plutôt chouette, l’idée de les mettre en couple, et de les sentir hésiter et sur leur genre et sur leur orientation sexuelle aussi (surtout qu’ils sont en pleine adolescence, âge de tous les possibles, d’explorations et de découvertes), mais c’est pas cohérent, et j’ai eu envie de foutre des baffes à tellement de personnages (et peut être à l’auteur aussi, surtout ?).

Niveau représentation, on retrouve des personnages gays et lesbiens. Et Zee et Art sont en pleine recherche d’eux même, mais au final, on ne voit pas trop où ça va et ce que ça apporte. Pour des adolescents eux mêmes en plein questionnements, est ce que ça peut aider ? Franchement, je n’en sais rien. A voir que les choses ne sont pas forcément figées ? Oui, peut être…

Le soleil est pour toi, de Jandy Nelson

soleil pour toiCertains livres sont difficiles à résumer, de peur de trop en dire, ou parce que le fond de l’histoire n’est pas le plus important. Donc, comme point de départ, je vous dirai juste que dans ce roman, on va suivre deux adolescents, et plus précisément des jumeaux : Noah et Jude, que tout semble opposer.

Pour le reste, que vous dire… Que Le soleil est pour toi est un roman très beau, qui emporte… loin. Et qui touche, qui émeut, qui emmène dans des histoires de deuil, de fantômes, mêle spiritualité et art, montre des connexions entre les gens (spirituelles, familiales, artistiques, amoureuses…), nous emmène dans des univers artistiques. Car oui, pendant la lecture de ce roman, votre esprit sera rempli de couleurs, de lignes, de traits, de peintures, de matière, de sculpture, de sable, d’argile, de pierre… Mais aussi de douleur, d’amour, de haine (de soi-même, souvent), d’acceptation, d’ouverture, de compréhension…

Bref, ce roman est si beau, je ne peux que vous encourager à le lire.
Ouais, je sais, j’ai pas du tout parlé représentation. Et bien sachez qu’il est question d’homosexualité masculine, et que c’est bien traité, voilà voilà !

Merci à La bibliothèque volatile pour cette belle découverte !