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Le prince et la couturière, de Jen Wang

princeLe prince et la couturière est une BD qui a eu beaucoup de bons échos, et j’espère que ça ne s’arrêtera pas là, puisqu’elle est en sélection jeunesse au festival d’Angoulême 2019.

J’avais envie de la lire depuis sa sortie, et en même temps, un chouia d’appréhension sur le traitement de la non binarité.

De quoi ça parle déjà ? Le prince Sébastien, tout juste seize ans, est à Paris pour l’été. Ses parents sont forts impatients de le voir se marier, tout en lui laissant le choix de sa future épouse. Le prince n’est pas pressé, et pas du tout dans ce genre de préoccupations et il a un secret : il aime porter des robes. Sa rencontre avec Francès, qui va devenir sa couturière personnelle, va lui permettre de porter ses magnifiques créations, et de devenir la coqueluche des nuits de Paris, Lady Crystallia. Mais bientôt, le prince va prendre peur que son secret soit dévoilé, et cacher sa couturière, brisant ainsi les espoirs de la jeune fille sur son avenir dans le monde de la mode…

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Les deux personnages sont des adolescents en pleines constructions, et découvertes d’eux-mêmes. Le prince Sébastien est tiraillé entre l’amour qu’il a pour ses parents, la volonté de bien faire, et la terrible peur de les décevoir s’ils découvrent son secret. Francès a un rêve depuis l’enfance, et est en passe d’y arriver, jusqu’au moment où le prince risque de briser son rêve. Leur relation est forte, et touchante, chacun prenant soin de l’autre, mais fragile à cause du secret du prince.

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Sebastien est clairement un personnage genderfluid, même si le terme n’est pas employé, et c’est très bien traité. Et c’est intéressant de voir que le prince n’a pas de problème avec son identité, mais uniquement avec la déception qu’il pourrait créer chez les autres, d’autant plus en étant un personnage public et important.

Et surtout, on pourrait craindre une fin compliquée ou en demi teintes, mais non, pas du tout ! Elle appelle complètement à la tolérance, à l’ouverture d’esprit. Elle est pleine d’amour et d’espoir et ça c’est franchement chouette !

 

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Symptoms of being human, De Jeff Garvin (livre en VO)

symptoms being humanRiley Cavanaugh fait sa rentrée dans un nouveau lycée, après avoir fréquenté un établissement privé.

Riley est genderfluid, et pour éviter de s’outer auprès des autres, iel s’habille toujours de manière « neutre », alors qu’iel aimerait pouvoir s’habiller de manière masculine ou féminine selon ses ressentis. A part sa thérapeute, personne ne sait qu’iel est genderfluid.

Alors, je vais commencer par les points négatifs, car il y en a, mais pour moi ça reste un roman important, sans doute parce que c’est le premier que je lis qui a pour personnage principal quelqu’un de genderfluid.

Donc le gros point qui peut poser question, c’est qu’on ne saura jamais quel est le sexe d’assignation de Riley. Et que, ça parait difficilement concevable que personne, jamais personne ne mégenre le personnage. Alors ok, on est sur un livre en anglais (bon courage pour la traduction en français, même si je doute qu’elle arrive un jour, et au pire, ils feront comme dans A comme aujourd’hui, le masculin étant considéré comme « neutre », bref…), mais que personne ne parle jamais d’iel comme d’un garçon/fils ou d’une fille, ou juste ne parle d’il ou d’elle, ça paraît peu probable. Deuxième question que ça me pose, le personnage est dysphorique, ça se comprend, mais on peut imaginer qu’iel a une dysphorie plus prononcée sur son sexe assigné, non ?

Et dans cette même lignée, je trouve dommage que ce roman montre deux personnages genderfluids de la même façon, c’est-à-dire androgyne au point de ne pas savoir comment les genrer, et avec un prénom mixte ! Ça reste assez réducteur, je trouve.

Mais, car il y a un mais ! Même si je peux rester sceptique sur certaines choses, en avançant dans ma lecture, j’ai fini par comprendre la vision de l’auteur, et même y adhérer, et j’ai pu voir au-delà de l’artifice.

Alors, certes, ça ne semble pas crédible à plein de niveaux mais honnêtement, je trouve que ça engendre des questionnements hyper intéressants. Notamment quand Riley se rend compte, alors qu’iel est genderfluid, qu’iel assume le genre des autres, comme tout le monde en fait. Et du coup, même si ça garde un côté artificiel, j’ai aimé ne pas connaitre le sexe d’assignation du personnage, parce que finalement, c’est un peu le seul espace de liberté qui reste…

Le personnage et son parcours sont vraiment touchants. On sent à quel point l’acceptation de soi est difficile, et finalement, c’est sa découverte des autres qui va l’aider à avancer (que ce soit à travers son blog, ou dans un groupe de discussion LGBTQ).

Donc oui, ça reste maladroit sur pas mal de points, mais pour moi c’est vraiment un roman positif, même (et surtout) s’il n’élude pas toutes les difficultés que peuvent rencontrer des personnes LGBTQ, et notamment des personnes transgenres.