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Une chronique du sexisme ordinaire

Vaste sujet, me direz-vous, et vous avez bien raison ! Mais bon, je bosse en librairie, et comme vous devez vous en douter, je suis souvent confrontée au sexisme ordinaire. Déjà, je regarde le rayon BD jeunesse ou le rayon manga, et ma vue se brouille avec tout ce rose…

Bon résumons, quand j’étais gamine, je lisais tout ce qui me tombait sous la main, et oui, il n’y avait pas tant de personnages féminins que ça en littérature jeunesse. Là comme ça, je pense à Fantômette, Mafalda, Claude dans Le club des cinq… J’ai fait avec, et quand je vois tout ce qui parait actuellement en littérature jeunesse et young adult, je me dis qu’il y a de quoi se faire plaisir (ce que je fais, même si j’ai passé l’âge, non mais !). Bref, tout ça pour dire que je suis bien contente de voir l’offre s’élargir mais que je trouve dommage que les clichés soient aussi présents.

J’ai eu envie d’écrire cet article et mes réflexions suite à deux évènements.

Le premier : coup sur coup, deux personnes (de sexe masculin) m’ont dit qu’elles assimilaient les BD de Marion Montaigne aux BD girly. Stupéfaction totale de ma part (j’ai quand même été rassurée ensuite par plusieurs personnes de mon entourage qui sont restées aussi surprises que moi). Quoi, Marion Montaigne « girly » ?! Bon déjà, on est d’accord que ce mot serait à proscrire à tout jamais, est ce qu’on parle du genre « boyi » ? Non, parce que par défaut, c’est tout ce qui n’est pas « girly », merci les « mecs ». Tiens d’ailleurs, ça me rappelle une vidéo d’une conférence à Angoulême je crois, où Lisa Mandel faisait un petit test auprès du public pour savoir comment il différenciait les BD faites par des femmes et celles faites par des hommes. Et bien les résultats, même si ça restait assez sommaire, montraient bien les clichés qui ressortent habituellement, et montraient aussi qu’il n’était pas possible de faire la différence (quelle surprise, n’est ce pas ?!).

Donc en quoi Marion Montaigne ferait des BD « girly » ? Pour moi ces BD sont drôles (très), instructives (aussi !) mais pour le reste… Mais c’est une femme, c’est vrai, j’avais oublié ce petit détail. Est-ce à dire pour autant qu’elle fait des ouvrages majoritairement destinés aux femmes ? Je ne pense pas, non.

Autre événement donc, une dame arrive et me demande un conseil pour un petit garçon de 8 ans, avec de préférence, une BD non genrée. Bon déjà, là j’avais très envie de la prendre dans mes bras, mais je suis restée digne et me suis retenue. Je lui ai donc conseillé Momo, parce que c’est trop chouette comme BD ! Non seulement elle a bien accroché, mais en plus, en partant, elle m’a dit qu’elle était contente d’offrir une BD avec une héroïne à destination d’un petit garçon. Ce qui devrait être logique en fait ! Parce qu’en tant que fille, on vit dans un monde où les mecs cis-hétéros blancs sont surreprésentés, et donc on prend l’habitude de s’identifier à différents personnages. Les garçons non. Donc dès qu’on propose un livre quel qu’il soit (parce que ça ne se résume pas au public jeunesse, que ce soit clair) avec un personnage féminin, si c’est à destination d’un homme, il y a toujours le risque que ce soit refusé. Étrangement, pour les femmes, je n’ai jamais eu le cas de figure…

Je me rends compte que ça rejoint mes réflexions sur la représentation. Je suis assez déprimée par la surabondance de rose dans les rayons jeunesse, par la binarité shojo/shonen en mangas (alors qu’en plus, encore une fois, plein de filles lisent les deux, contre peu de garçons), et ce qui est gênant encore une fois, ce n’est pas qu’il y ait du rose, de la romance, des paillettes (quoi que… ) et du « girly », non ce qui est gênant c’est qu’on se limite à ça. La diversité, il n’y a rien de tel ! Et ça commence à apparaître, avec des BD comme Les carnets de Cerise, Astrid Bromure, Hilda, Zita fille de l’espace, Momo et bien d’autres que j’oublie, mais combien de personnages féminins par rapport aux personnages masculins ? Combien de filles aventurières, qui vivent autre chose que leur quotidien à l’école ? Quand est ce qu’on arrêtera de nous cantonner à des rôles domestiques ? Nous aussi on a le droit de vivre des aventures chouettes, qui envoient du pâté et qui nous sortent du quotidien, boudiou !

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Beyond the lipstick. Chroniques d’un coming out, de Muriel Douru

imagesMuriel Douru est un nom que je vois régulièrement passer depuis quelques années, elle a écrit des livres pour enfants sur l’homosexualité et l’homoparentalité, et j’ai lu son livre Deux mamans et un bébé il y a fort longtemps (pour ne pas dire dans une autre vie) où elle raconte son parcours avec sa compagne pour avoir un enfant.

J’ai donc été curieuse en découvrant qu’elle avait sorti un BD (qui est un média qui me plait beaucoup, vous l’aurez noté).

Je ne vais pas vous mentir, je doute d’être le public visé, ce n’est clairement pas le genre de BD que je lis habituellement, mais je trouve bien qu’elle existe.

CRq9jkPWoAABnvoJe suis déjà bien embêtée pour vous la décrire, parce que, je n’aime pas du tout le terme « girly », et j’ai tendance à l’employer plutôt de façon ironique, mais on va dire que ce livre rentre quand même bien dans cette catégorie… Mais ce que je trouve positif, c’est qu’on ne s’attend pas forcément à trouver une BD sur l’homosexualité et l’homoparentalité dans ce type de rayon, et qu’au final, ça peut permettre à un public très large de se rendre compte que la lesbienne est une femme comme les autres (ce qui peut sembler une évidence, mais pas forcément pour tout le monde).

Beyond the  lipstick évoque donc l’homosexualité, l’homoparentalité, le mariage pour tous et ses chers détracteurs. Encore une fois, j’aime que l’homosexualité soit abordée dans des livres tout public, pour toucher le plus grand nombre, et je pense que c’est le cas ici.

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Est-ce que je la conseillerai pour autant ? Pas forcément… Sauf si vous êtes adeptes de Pénélope Bagieu et Margaux Motin. A vous de voir !