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Georges, le monde et moi, d’Illana Cantin

Georges-le-monde-et-moiJ’avais vaguement entendu des trucs négatifs sur ce livre, et du coup, côté maso, tout ça, je me suis dit que j’allais y jeter un œil, pour me faire mon propre avis.

L’histoire commence avec Priam, qui se présente comme un ado tout ce qu’il y a de plus « normal » (excepté son prénom), sans histoires particulières, avec une scolarité classique, un groupe d’amis, et une fille de ce même groupe dont il est amoureux mais qui ne le remarque pas.

Un soir, tard, on frappe à la fenêtre de sa chambre. Un peu effrayé, il ouvre quand même, et un garçon déboule chez lui pour aller se planquer sous son lit. Comme Priam est un trèèèèès gentil garçon, il le laisse faire alors qu’il ne le connait ni d’Eve ni d’Adam, et le couvre lorsque la fille qui le poursuit vient toquer à sa fenêtre à son tour.

Voici donc comment Priam rencontre Georges. Georges est gay, ça on l’apprend tout de suite. C’est un garçon populaire, et qui accepte et assume pleinement son homosexualité. Les deux jeunes hommes vont faire plus ample connaissance, et une relation forte va se construire entre les deux.

Bon évidemment, on s’en doute, des sentiments vont naître entre eux.

Pour ce qui est du roman, je dois dire que dès le début, des petites choses m’ont fait tiquer, j’ai trouvé ça pas mal cliché sur « les filles sont comme ci, les garçons comme ça », mais j’ai essayé de me mettre en tête que c’était un ado qui parlait, donc soit, j’ai passé outre.

Mais, arrivé à un certain point, c’est homophobie et biphobie à tous les étages, et j’ai eu beau espérer que ça s’améliore à un moment, ben clairement non !

(Bon d’habitude je fais des efforts pour pas spoiler, mais là ça me saoule, le livre est mauvais donc je fais pas d’efforts, libre à vous d’arrêter votre lecture ici pour ne pas en savoir plus)

Donc, à un moment, les deux jeunes gens sont en vacances chez les parents de Georges. Ils ont tous les deux un peu bu, et Georges embrasse Priam. Qui réagit clairement comme un gros abruti homophobe (allant même jusqu’à sortir le canapé de la chambre de Georges pour dormir dans le couloir). Et même s’il est choqué, et qu’il ne veut pas s’avouer ses sentiments pour un garçon, sa réaction est vraiment hyper violente, et je trouve qu’on ne revient pas trop dessus, genre c’est normal…

En cours de route, Priam avance, même si c’est compliqué et sort donc avec Georges, mais a du mal à l’accepter, et n’assume pas devant les autres. Et ça c’est complètement naturel, et je trouvais même ça plutôt cool de montrer la difficulté que cela peut être de vivre son homosexualité au grand jour. Mais, et c’est là que le bât blesse, Priam n’assumera jamais ! Pas dans le sens où il ne le dira pas à son entourage, ou qu’il n’embrassera pas Georges en public, non non non, ça il le fait, par contre, il passera son temps à dire, devant des personnes qui savent qu’il est en couple avec Georges, qu’il n’est pas gay. Et le mot bisexualité n’est pas employé une seule foutue fois dans tout ce fichu livre (j’ai envie d’écrire en majuscule pour le hurler, mais je me retiens) ! Ah ben bravo hein, homophobie et biphobie intériorisées, banco sur toute la ligne là ! Est-ce qu’un ado qui se pose des questions sur son orientation sexuelle et qui lit ce livre va se sentir mieux après ? Ben non, clairement pas.

Et en termes de représentation d’un personnage avec des troubles anxieux, c’est totalement naze aussi. Quand Priam dit à ses parents qu’il sort avec Georges, il a mal au ventre depuis plusieurs jours et met ça sur le compte du stress. Ses parents réagissent bien, mais mal, en mode « oui bon ben on sait que tu sors avec Georges, on s’en fout quoi », sans avoir l’air de s’imaginer une seule seconde qu’annoncer à ses parents qu’on sort avec quelqu’un du même sexe peut être, éventuellement, un chouia compliqué. Bref, après ça, Priam fait une crise d’angoisse, perd connaissance et est emmené à l’hôpital, où il est opéré de l’appendicite. Mais ce n’est pas ça qui inquiètent les médecins et tout le monde autour de lui, non non, c’est sa crise d’angoisse. Donc hop, on lui file des médocs et on l’envoie chez le psy. Bon les gens, je ne minimise pas, hein, mais posez-vous des questions : un ado qui sort avec quelqu’un du même sexe et qui en fait part à ses parents, ça ne vous semble pas un peu normal que ce soit angoissant ?! Non parce que là, le personnage pense clairement qu’il est malade mental (avec tout le côté péjoratif que ça implique). Ça donne une image des troubles anxieux et des maladies mentales complètement à côté de la plaque, je trouve.

Et, pour couronner le tout, Georges se dit que tout ça c’est sa faute, et donc que la meilleure solution pour aider Priam, c’est de disparaitre. Genre, littéralement disparaitre. Au point que Priam se demande si son petit ami s’est fait enlever ou s’il est toujours vivant. Meilleure idée du monde, non ? Priam, mon pote, si t’es anxieux, arrête de te poser des questions, ton entourage fait n’importe quoi, c’est tout.

Soupir, je ne sais même plus quoi vous dire sur ce roman, à part de ne pas le lire, parce qu’il est extrêmement agaçant et malaisant.

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Leah à contretemps, de Becky Albertalli

CVT_Leah-a-Contretemps_9023Alors que Love, Simon (adaptation de Moi, Simon, 16 ans, homo sapiens) est actuellement dans les salles, une sorte de suite ou plutôt de spin-off, est sorti dans les librairies. On se concentre donc ici sur le personnage de Leah, qui fait partie de l’entourage de Simon.

Je n’avais pas spécialement accroché à Moi, Simon, 16 ans, homo sapiens, j’ai donc été un chouïa surprise de l’engouement autour du livre (qui certes reste sympathique) et du fait qu’il y ait une adaptation ciné. Et puis, j’ai lu Mes hauts, mes bas et mes coups de cœur en série, et j’ai été plus facilement séduite, peut-être que c’est une question de timing de lecture, je ne sais pas. En tout cas, je me suis laissée emporter avec plaisir dans ce roman feel-good qui abordait pas mal de sujets l’air de rien.

 

J’étais donc à la fois curieuse et sceptique avec ce nouveau roman, allais-je accrocher ou non ? Et bien… Pas plus que ça, il faut bien l’avouer. Même si on rentre dedans trèèèès facilement, et pour cause, on retrouve plein de personnages qu’on connait déjà. Mais pour la suite… J’ai eu l’impression d’assister à du fan service. On retrouve non seulement Simon (qui file le parfait amour avec son petit copain), et toute sa clique, mais il est aussi fait référence aux personnages de Mes hauts, mes bas et mes coups de cœur en série. Côté histoire par contre, j’ai trouvé ça plus que léger, d’autant que la fin est totalement prévisible. Donc passer plus de 200 pages sur les atermoiements d’une adolescente face à ses sentiments pour une autre, ça va bien 5 minutes, mais ça finit par devenir longuet quoi ! D’autant que le personnage de Leah n’est pas spécialement attachant, et même si au début ça ne me choquait pas, à force j’ai trouvé ça assez lourd. Elle est certes mal dans sa peau, mais du coup on a l’impression qu’elle en veut à la terre entière (y compris et surtout à sa mère, qui fait pourtant tout pour l’aider).

Je ne dirai pas que c’est un mauvais roman, et les amateurs des autres livres de Becky Albertalli seront sans doute contents de renouer avec certains personnages, mais ça reste très superficiel et peu original.

Côté représentation par contre, il y a pas mal de positif. On a donc un personnage bisexuel (Leah n’a fait son coming-out qu’à sa mère, mais elle se définit clairement), un personnage qui se cherche, des personnages gays qui s’assument, un personnage gros, des personnages racisés, et il est question de racisme, de biphobie. On évoque aussi très rapidement l’homoparentalité puisqu’il est question des deux mamans des personnages de Mes hauts, mes bas et mes coups de cœur en série. Et très très rapidement, on a également un personnage non binaire. Là pour le coup, c’est tellement rare que je trouve ça bien que ce soit représenté. Mais… Cela  me laisse un petit goût de pas assez. Le personnage ne fait que passer, et on ne s’attarde pas dessus (au moment d’une soirée qui a l’air mémorable, donc ça aurait pu être développé un peu plus je pense). C’est tellement anecdotique, que ça me fait me poser des questions pour un éventuel autre roman où cette fois ce serait Leah le personnage secondaire, et cette personne non binaire au centre du récit, mais bon, je dois me faire des films.

Mes hauts mes bas et mes coups de cœur en série, de Becky Albertalli

hautsJe n’avais pas été spécialement emballée par Moi Simon, 16 ans, Homo Sapiens (alors que je lis plein d’avis très positifs sur ce livre donc n’hésitez pas à aller vous faire votre propre avis) mais je me suis quand même laissée tenter par le dernier roman de Becky Albertalli, et bien m’en a pris.

Bon, au début je trouvais ça mal barré, ou casse-gueule en tout cas, je sentais que l’autrice avait envie d’aborder trop de sujets, et ça me faisait un peu peur, et puis finalement ça passe très très bien. Et non, ce n’est pas parce que dès qu’on évoque Steven Universe, ça me radoucit (Non ? Si ? Raaaaahhh peut-être, va savoir !!!)

Enfin bref, Molly est une ado avec des crushs très réguliers et qui n’a jamais eu d’histoire de cœur avec qui que ce soit. Dès les premières pages, elle rencontre une fille qu’elle estime parfaite pour sa sœur jumelle (lesbienne donc). Molly a beau avoir des coups de cœur réguliers pour des garçons, on sent qu’elle se protège et ne tente jamais rien. C’est quelqu’un d’angoissé (on apprend qu’elle prend des médicaments pour ça) et elle arrive à un moment de sa vie où il y a plein de changements. Sa sœur rencontre quelqu’un et elle se pose des questions sur leur relation et a peur de la perdre, leurs mères (et oui !) vont se marier, et surtout, elle va se retrouver prise entre deux garçons, sans savoir quoi faire.

Niveau représentation, on n’est pas mal du tout ! Molly est grosse, l’une de ses mères est racisée ainsi que son frère et la petite amie de sa sœur, on a une famille homoparentale, une lesbienne et une pansexuelle. Il est vaguement question de personnages transgenres aussi (l’un des crushs de Molly, si mes souvenirs sont bons).

Cela dit, et je sais que je ne suis pas une ado d’aujourd’hui, et qu’en une dizaine d’années ça a franchement évolué, mais j’ai quand même un peu été étonnée de la facilité avec laquelle tous ces ados abordent l’homosexualité, la transidentité, la pansexualité (ils connaissent le terme déjà, tous, sans poser de questions, ce qui m’a surprise). Alors que, par exemple, lors d’une discussion sur l’orgasme, personne n’évoque la masturbation… Et donc on se retrouve avec une vierge honteuse de ne pas connaître l’orgasme, et une autre ayant eu des rapports sexuels avec un garçon qui dit qu’elle n’a jamais connu l’orgasme… Donc au niveau orientation sexuelle et identité de genre, elles sont hyper au courant, mais pour le reste, non ? Disons que l’idée même de la masturbation n’est pas abordée, donc c’est le contraste entre les deux qui m’a un peu surprise.

Pour le reste, j’ai vraiment passé un très bon moment, et je ne vous le cache pas, c’est un roman feel-good. Il est à peine question de grossophobie, de racisme ou d’homophobie, mais ça fait du bien, justement, de lire un roman où ça se passe globalement bien, et je me dis que pour des ados lgbt (ou non), c’est top !

 

Normal(e), de Lisa Williamson

Normale-HDCes derniers mois sont parus dans la littérature  jeunesse nombre de romans avec des personnages transgenres. Après George, Celle dont j’ai toujours rêvé et la réédition de La face caché de Luna sous le titre Cette fille, c’était mon frère, voici donc Normal(e).

Je ne peux que saluer cette recrudescence de titres abordant le sujet pour les plus jeunes, mais je dois avouer que le titre me faisait déjà un peu peur avec ce « e » entre parenthèses (mais qui n’apparaît pas dans le titre original, The art of being normal). Force est de constater que le roman pèche sur un certain nombre de points.

Je vais dévoiler une partie de l’intrigue, donc si vous ne voulez pas être spoilés, je vous conseille d’arrêter votre lecture ici.

Normal(e) alterne entre deux personnages qui vont dans le même lycée. David, 14 ans, est le souffre-douleur de ses camarades depuis qu’il a écrit à 8 ans que quand il serait grand, il voudrait être une fille. David a deux amis, Essie et Felix, qui l’acceptent totalement.

D’un autre côté, Leo, 15 ans, arrive dans ce nouveau lycée après un passé trouble, et a immédiatement une réputation de fou furieux. Assez solitaire, il prend un jour la défense de David en frappant un de ses harceleurs.

On se doute assez rapidement que Leo n’a pas toujours été Leo, mais les indices sont révélés au compte-goutte.

Ce qui m’a le plus gênée, c’est le côté cliché des deux personnages. Ils sont certes attachants, chacun à leur façon, mais David est passionnée de mode, timide et introvertie, et Leo est solitaire, ténébreux, sait jouer des poings, et est bon en maths. Chacun rentre parfaitement dans des cases très hétéro-normées, renforcées par le fait que Leo est attiré par les filles, et David par les garçons.

Un certain nombre de choses m’a dérangée tout au long du roman : des maladresses (par exemple, quand David apprend que Leo n’est pas la personne qu’il croit, il lui dit que c’est une fille ! Alors qu’il est un minimum concerné par le sujet, et lit des d’informations sur le net) ; le coming-out trans de David auprès de ses amis n’est jamais évoqué, ils sont au courant, mais comment ça s’est passé et comment ils l’ont vécu, on ne le saura jamais ; Leo a un passing parfait, et comme par hasard, quand David sort enfin en Kate, personne ne doute de sa féminité non plus… Autre détail qui n’en est pas un, David est « il » quasiment tout le long du roman, alors que par exemple, ses amis pourraient lui parler au féminin et utiliser Kate comme prénom…

Globalement, je dirais que l’autrice a voulu trop en dire, trop en faire, avec ces deux personnages, qui au final, auraient peut-être mérité chacun une histoire à part entière (David raconte a un moment que chaque établissement comporterait forcément deux élèves trans, manière sans doute de justifier cette simplicité scénaristique). Cela n’excuse pas les maladresses, j’ai trouvé Cette fille, c’était mon frère et Celle dont j’ai toujours rêvé plus crédibles, plus fins et au final plus touchants.

Dans la peau d’un jeune homo, d’Hugues Barthe


51bbhvxljrlDans la peau d’un jeune homo est une BD de 2007 qui parle de la découverte de son homosexualité à l’adolescence. Je la relis de temps en temps et franchement je la trouve toujours aussi bien faite, juste et drôle.

Hugo a 14 ans, se sent différent des autres garçons, a plein d’amies filles (ce qui, paradoxalement, fait rêver les autres garçons, et rassure sa naïve de mère) et se pose pas mal de questions. Il cherche à définir ce qu’est un homosexuel, sans forcément se reconnaître dans les clichés qu’il voit dans les journaux ou à la télé, ou prenant parfois peur à l’idée de se transformer subitement.

Il est confronté à la difficulté d’en parler à quelqu’un et fait quelques tentatives plus ou moins fructueuses. Il a une amie, Chloé, qui a tout du garçon manqué et de la lesbienne, mais qui n’avance pas au même rythme que lui, ce qui va créer une sorte de rupture dans leur amitié (après avoir couché avec elle, mais en fermant les yeux et en pensant à un garçon !). Il tente aussi de discuter avec un prêtre, ami de la famille, avant de se rendre compte qu’il veut tout faire pour le remettre dans le « droit chemin ».

Bref, pas évident pour Hugo de gérer tout ça, comme pour beaucoup d’adolescents qui découvrent leur homosexualité.

albdanslapeaudunjeunehomo_20102007_034008Cette BD  reprend donc avec humour tous les points par lesquels on passe : le fait de se sentir différent des autres sans comprendre pourquoi, entendre des insultes homophobes à l’école à longueur de temps, ne pas se reconnaître dans les clichés sur les homosexuels, croire que ses parents ont enfin compris alors que comme d’habitude ils sont totalement à côté de la plaque , faire des tentatives ratées de coming-out… Tout ça fait avec humour et c’est très parlant qu’on soit une fille ou un garçon. Et c’est agréable de voir ce sujet traité avec légèreté, surtout que comme le rappelle l’avertissement au lecteur en première page, les tentatives de suicide chez les adolescents gays sont plus élevées que chez les hétéros.