Archives du mot-clé Homoparentalité

Chroniques d’une citoyenne (ordinaire) engagée, de Muriel Douru

COUV-CHRONIQUES-DUNE-CITOYENNE-ENGAGEE-600x800J’entends de plus en plus parler de Muriel Douru ces temps-ci, même si j’ai repéré son nom depuis longtemps, notamment du côté rayon jeunesse autour de l’homoparentalité (elle a été pionnière sur le sujet, et de belle façon, contrairement à d’autres véhiculant pas mal de clichés, Jean a deux mamans par exemple, pour ne pas le nommer). Les articles de son blog sont régulièrement relayés sur le Huffington post et sur Mr Mondialisation, et récemment, elle a reçu le Out d’or du dessin engagé. Ah et elle était également dans un épisode de La Poudre, en compagnie d’autres dessinatrices : Cy, Diglee, Maeril et Nicholle Kobi. Si vous ne connaissez pas ce podcast, je ne peux que vous encourager à aller y jeter une oreille, Lauren Bastide y invite des femmes à partager une longue conversation, et c’est toujours passionnant.

Bon alors, pour commencer, il est temps de faire un petit mea culpa. En effet, j’avais lu sa précédente BD, Beyond the lipstick, et en relisant ma chronique, je me suis rendu compte que c’était hyper jugeant et je n’aime pas ça du tout ! Et dès les premières pages de Chroniques d’une citoyenne ordinaire engagée, Muriel Douru dénonce les clichés autour des BD dites « girly », et elle a bien raison ! Je n’ai aucune excuse en plus, puisque j’ai écrit quelques temps plus tard Une chronique du sexisme ordinaire, où je reproche ces mêmes clichés… Alors que j’ai lu Les culottées de Pénéloppe Bagieu, et j’apprécie de retrouver Diglee qui illustre Libres Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels, d’Ovidie, ou encore le roman jeunesse La Sirène et la Licorne.

Bref, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, et je me suis plongée dans Chroniques d’une citoyenne ordinaire engagée avec grand plaisir, puisque qu’il traite de beaucoup de thématiques qui me sont chères : l’écologie, le végétarisme, l’avenir du monde, le féminisme, la maltraitance des animaux, les différentes formes de famille, la PMA, les attentats… Beaucoup de sujets forts, traités de façon documentée et engagée. J’ai aussi aimé la forme, assez variée au niveau du dessin, la variété des sujets et le fait que le point de vue des enfants, que ce soit celui de sa propre fille, ou d’autres (lors d’une intervention dans une classe de primaire notamment) soit intégré de temps en temps est intéressant et plutôt chouette.

En somme, une BD qui fait réfléchir sur notre avenir plus qu’incertain, donne des pistes d’actions, de lectures ou même de visionnage (qui aurait cru que Candy était plus féministe que les dessins animés d’aujourd’hui ?!).

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Les maux bleus, de Christine Féret-Fleury

maux bleusArmelle a 16 ans. Elle s’est rendu compte de son attirance pour les filles à l’âge de 13 ans, âge où elle a tenté de démêler ses questionnements, toute seule, dans son journal. Armelle aime la littérature, les mots, et est plutôt une âme solitaire.

Le roman commence par des mots violents : « Sale gouine », que l’héroïne se prend en pleine figure. C’est le début d’un harcèlement que ses camarades vont lui infliger heure après heure, jour après jour. En essayant de faire son coming-out à ses parents, Armelle se prend une claque supplémentaire, lorsqu’ils lui annoncent qu’ils vont aller manifester, avec la Manif pour tous, et qu’elle va les accompagner. La jeune fille, qui se sent rejetée dans son identité par absolument tout le monde, va craquer lors de cette manifestation, et faire comprendre à ses parents qu’elle est du côté des personnes contre lesquelles ils manifestent. Et malheureusement, ils vont très mal réagir, et la mettre à la porte.

Vous l’aurez compris, le sujet est assez dur. Le roman traite d’homophobie, que ce soit sous forme de rejet, de harcèlement, d’homophobie intériorisée, ou même plus subtile et sournoise du type « c’est seulement une phase ». Quand j’ai vu ça, je me suis dit enfin, on parle de ces enfants et ados, qui sont allés manifester avec leurs parents avec la Manif pour tous, alors qu’ils sont eux-mêmes LGBT ! Et aussi des enfants virés de chez eux, je ne suis pas sûre d’avoir vu souvent cette thématique dans des romans pour ados.

Pour moi, c’est donc un roman important, qui parle de la construction et de l’émancipation (dans tous les sens du terme) d’une jeune fille à partir de cet évènement traumatique. Armelle va trouver refuge chez des personnes qui vont l’aider à s’accepter, et le roman va alors prendre des petits airs de Faking it (série mignonne et sympa, pour celles et ceux qui ne connaissent pas).

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, et je mets juste un petit bémol au niveau de la cohérence. Bémol qui m’embête un peu parce que ça a pu me faire sortir d’un récit, dans lequel j’étais entièrement plongée, dans un livre qui parle de sujets importants. Par exemple, parler d’un film de 2017 alors qu’on est en pleine Manif pour tous, ou la rapidité avec laquelle Armelle trouve une solution et sans que les services sociaux n’interviennent. C’est du détail, et je pense que pour un œil adolescent, ça passera à la trappe. Ça ne m’a en tout cas pas empêchée de dévorer ce roman, et d’être touchée et émue par le chemin d’Armelle.

HAN_ComedyCOMAU-TourSQUARE-500x500-730x730Je fais une petite parenthèse puisqu’on parle d’homophobie. J’ai récemment vu le spectacle Nanette, d’Hannah Gadsby, et ça a été une claque énorme (rien que d’y penser, j’en suis à nouveau tourneboulée). Il est disponible sur Netflix, et je ne peux que vous le recommander. Petite précision avant toute chose, il s’agit certes de stand-up, mais même s’il y a des passages drôles, ne vous attendez pas à du « Youpi tralala, on va bien se marrer ». Non non non… Par contre, on va réfléchir et se prendre du lourd en pleine face, là où ça fait mal.

Hannah Gadsby parle du fait de grandir en Tasmanie, pays où l’homosexualité n’a été décriminalisé qu’en 1997, et parle donc d’homosexualité, d’homophobie, du genre, de misogynie, des violences faites aux femmes, mais aussi d’arts, de sensibilité, d’antidépresseurs… Et c’est juste, fort, émouvant, et d’utilité publique.

Le fils des géants, de Gaël Aymon et Lucie Rioland

Le fils des géants est un album jeunesse pour les enfants à partir de 4 ans.

61BK43ouwTL._SL1000_Sous la forme d’un conte, il nous décrit l’histoire d’un roi et d’une reine qui ayant eu un enfant si minuscule et doutant de sa survie et de sa force, décident de l’abandonner. Ainsi, ils mettent le nouveau-né dans un dé à coudre en or et le déposent sur une rivière.

L’enfant est récupéré par deux géants, qui s’inquiétant de sa petite taille, de sa peur et de sa tristesse, lui donnent de la force, des mots, et de l’amour. Le garçon devient alors un jeune homme robuste et vit tranquillement à leur côté. Jusqu’au jour où le roi et la reine sont pris dans un orage lors d’un trajet, et trouvent refuge dans la grotte des deux géants. Reconnaissant le dé en or, ils découvrent que leur fils a bien grandi et ferait maintenant un prince absolument parfait. Omettant le fait qu’ils l’aient abandonné volontairement, ils souhaitent récupérer leur enfant.

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Le fils des géants est un album tout simple et assez court, mais en peu de mots, il réussit à toucher et émouvoir. L’amour est au cœur de ce joli conte, et le fait que les parents adoptifs du prince sortent un peu de la norme ( le fait que ce soit deux hommes n’est jamais évoqué, mais bon, ce sont des géants) les met malgré tout au-dessus d’un roi et d’une reine purement intéressés.

Un album qui permet donc d’évoquer tout en douceur les questions de l’adoption et de l’homoparentalité.

Mes hauts mes bas et mes coups de cœur en série, de Becky Albertalli

hautsJe n’avais pas été spécialement emballée par Moi Simon, 16 ans, Homo Sapiens (alors que je lis plein d’avis très positifs sur ce livre donc n’hésitez pas à aller vous faire votre propre avis) mais je me suis quand même laissée tenter par le dernier roman de Becky Albertalli, et bien m’en a pris.

Bon, au début je trouvais ça mal barré, ou casse-gueule en tout cas, je sentais que l’autrice avait envie d’aborder trop de sujets, et ça me faisait un peu peur, et puis finalement ça passe très très bien. Et non, ce n’est pas parce que dès qu’on évoque Steven Universe, ça me radoucit (Non ? Si ? Raaaaahhh peut-être, va savoir !!!)

Enfin bref, Molly est une ado avec des crushs très réguliers et qui n’a jamais eu d’histoire de cœur avec qui que ce soit. Dès les premières pages, elle rencontre une fille qu’elle estime parfaite pour sa sœur jumelle (lesbienne donc). Molly a beau avoir des coups de cœur réguliers pour des garçons, on sent qu’elle se protège et ne tente jamais rien. C’est quelqu’un d’angoissé (on apprend qu’elle prend des médicaments pour ça) et elle arrive à un moment de sa vie où il y a plein de changements. Sa sœur rencontre quelqu’un et elle se pose des questions sur leur relation et a peur de la perdre, leurs mères (et oui !) vont se marier, et surtout, elle va se retrouver prise entre deux garçons, sans savoir quoi faire.

Niveau représentation, on n’est pas mal du tout ! Molly est grosse, l’une de ses mères est racisée ainsi que son frère et la petite amie de sa sœur, on a une famille homoparentale, une lesbienne et une pansexuelle. Il est vaguement question de personnages transgenres aussi (l’un des crushs de Molly, si mes souvenirs sont bons).

Cela dit, et je sais que je ne suis pas une ado d’aujourd’hui, et qu’en une dizaine d’années ça a franchement évolué, mais j’ai quand même un peu été étonnée de la facilité avec laquelle tous ces ados abordent l’homosexualité, la transidentité, la pansexualité (ils connaissent le terme déjà, tous, sans poser de questions, ce qui m’a surprise). Alors que, par exemple, lors d’une discussion sur l’orgasme, personne n’évoque la masturbation… Et donc on se retrouve avec une vierge honteuse de ne pas connaître l’orgasme, et une autre ayant eu des rapports sexuels avec un garçon qui dit qu’elle n’a jamais connu l’orgasme… Donc au niveau orientation sexuelle et identité de genre, elles sont hyper au courant, mais pour le reste, non ? Disons que l’idée même de la masturbation n’est pas abordée, donc c’est le contraste entre les deux qui m’a un peu surprise.

Pour le reste, j’ai vraiment passé un très bon moment, et je ne vous le cache pas, c’est un roman feel-good. Il est à peine question de grossophobie, de racisme ou d’homophobie, mais ça fait du bien, justement, de lire un roman où ça se passe globalement bien, et je me dis que pour des ados lgbt (ou non), c’est top !

 

Opération Pantalon, de Cat Clarke

CVT_Operation-pantalon_5077J’ai entendu parler d’Opération pantalon sur la chouette chaine Youtube de Mx Cordélia (qui parlait également d’un autre livre de la même autrice, A kiss in the dark, qu’il me tarde de découvrir), ça m’a donné envie de foncer l’acheter, et je ne l’ai pas regretté.

Liv fait sa première rentrée au collège et à son grand désespoir, le port de la jupe y est obligatoire pour les filles. Lui sait très bien qu’il n’en est pas une, mais aux yeux des autres, il est Olivia, ou Liv, mais en tout cas, une fille. Il va donc tout faire pour pouvoir s’habiller comme il le souhaite, et lancer l’Opération pantalon.

Ce n’était pas volontaire, mais les trois derniers romans jeunesse que j’ai lu ont des thématiques qui se croisent. Comme dans Le secret de Grayson, le personnage principal est transgenre et surtout assez jeune, puisqu’en 6ème. La différence entre les personnages m’a d’ailleurs un peu perturbée, j’ai trouvé Liv plus mature que Grayson, il m’a donc semblé un peu plus âgé, mais je me dis que c’est un âge charnière, plein de changements et de chamboulements, qu’il est donc normal que chacun avance à son rythme.

Autre thématique qui revient, celle de l’homoparentalité, comme dans Frangine, Liv a deux mamans (c’est drôle d’ailleurs, parce qu’il me semble que ce sont les premiers romans jeunesse que je lis sur le sujet, je ne compte pas les albums, et il se trouve que je les lis à la suite). Ce qui va d’ailleurs lui poser problème, puisqu’il en parlera tout naturellement dans un cours d’anglais, où chacun doit se présenter, et va se faire harceler par certains de ses camarades suite à cela.

Liv est un personnage très attachant, qui garde son Secret pour lui, n’osant pas en parler à ses mères (qui manifestement se doutent de quelque chose) ni à sa meilleure amie Maisie. Cette dernière rêvant de se rapprocher des gens « populaires » finira d’ailleurs par délaisser son ami un peu trop bizarre à son goût. Heureusement, Liv va se faire un nouvel ami, prêt à l’épauler dans sa volonté de faire disparaître ces règles vestimentaires archaïques.

Opération pantalon est un très beau roman, avec des personnages touchants avec leurs forces mais aussi leurs défauts, et qui parle de tolérance, au sens large (au collège chaque différence peut être vue comme une faiblesse). Et puis on voit peu de garçons transgenres dans les romans, donc ça fait du bien de les voir aussi ! De même que montrer que les familles homoparentales  existent.