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Qui suis-je ? de Thomas Gornet

41u7k5Nkp8L._SX195_.jpgVincent est en 3ème, et en pleine adolescence, ce qui n’est pas tous les jours facile. La routine du collège se partage entre ses cours de sport avec un prof qui l’a pris en grippe depuis trois ans parce qu’il ne sait pas grimper à la corde, les moqueries de certains camarades, les amitiés pas toujours évidentes et son abruti de grand frère. Une vie d’adolescent assez classique finalement. Jusqu’au jour où un nouvel élève arrive dans leur classe, Cédric, et s’assied à côté de lui.

Tout en douceur et en nuances, Thomas Gornet nous fait plonger dans la peau d’un adolescent qui ne sait plus où il en est, et qui ne sait pas toujours mettre des mots sur ce qu’il ressent.

Au-delà d’un roman sur la découverte de son homosexualité, Qui suis-je ? est un beau roman sur l’adolescence et la découverte de soi. Vincent est touchant, parce qu’il est juste, et crédible. Ses sentiments pour Cédric sont visibles pour les autres avant de l’être pour lui-même, et d’être réellement compris.

L’homophobie ordinaire et pas toujours consciente est aussi très bien représentée, à un âge « merveilleux » où les « pédés » et « enculés » sont de mises à chaque phrase, et où les garçons doivent rester virils coûte que coûte (comme le montre cette scène, fugace, où un autre garçon, encore plus insulté et maltraité que Vincent, préfère s’en prendre à lui plutôt que de faire alliance).

Le parcours de Vincent est beau, bien que douloureux, et va l’amener à savoir qui il est, à se comprendre et à aller de l’avant.

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Love is love, collectif, chez Bliss Comics

love-is-love-vfJe suis bien embêtée… A l’annonce de la sortie de ce titre, j’étais assez enthousiaste (si tant est qu’on peut l’être sur un sujet pareil), puisqu’il s’agissait d’un comics rendant hommage aux victimes de l’attentat du Pulse, à Orlando. Avec ou sans super héros, des auteurs connus et moins connus rendent hommage et dénoncent la haine et l’homophobie le temps d’une planche de BD. Les bénéfices des ventes sont reversés à des associations LGBT+ et à SOS homophobie, ce qui est plus que louable comme initiative.

Oui mais voilà, déjà, dès la sortie, j’ai vu des critiques ici et là plus ou moins mitigées sur le livre en question. Moi-même en le feuilletant je sentais bien le côté inégal de la chose. Et après l’avoir lu, je ne peux que constater qu’en effet c’est décevant. Peut-être qu’une page c’est trop peu pour s’exprimer sur un tel sujet, c’est fort possible. Un format plus libre aurait permis plus de choses, je ne sais pas, mais en tout cas, ça ne colle pas. Certaines planches sont touchantes et émouvantes, clairement, mais en même temps vu le sujet, comment pourrait-il en être autrement ? D’autres sont soit incompréhensibles, soit hors sujet, soit franchement peu travaillées, et le résultat manque clairement de cohérence.

Pourtant, je trouve bien que ce genre d’initiative existe. Je repense au projet vidéo à It get’s better, suite au suicide d’un jeune homosexuel, je n’ai pas tout regardé mais c’était franchement touchant.

Petit rappel, au sujet d’Orlando, attentat qui a fait 49 morts dans une boîte gay en 2016. Au-delà de la tristesse ressentie à cause de cet acte barbare, j’ai été marquée par la négation et la difficulté pour les médias à relever le caractère homophobe de cette fusillade. Et je n’ai évidemment pas pu m’empêcher de me sentir directement concernée. Et je dirai que dans Love is love, il m’a manqué du ressenti dans beaucoup de planches. Celles qui m’ont marquée sont très probablement majoritairement écrites par des auteurs lgbt, qui connaissent déjà profondément le fait d’être différent, rejeté, insulté, agressé… Je ne dis pas que les autres ne peuvent pas en parler, mais peut-être seront-ils plus « à côté ».

Donc même si les intentions de l’initiateur du projet sont franchement louables, le résultat n’est malheureusement pas très convaincant.

Les porteurs T.1, de C. Kueva

Attention, gros gros coup de gueule ! Et même alerte rouge !

MattLes porteurs, de quoi ça cause déjà ? Dans un monde pas si éloigné du nôtre (puisque les ados écoutent encore Nirvana), il y a eu une irradiation et les enfants naissent neutres. La procréation n’est plus possible naturellement et à 16 ans pour chaque personne a lieu la Seza, où chacun choisit son sexe définitif, qui sera attribué grâce à des hormones.

On suit trois personnages, Matt, qui n’a pas encore eu sa Seza, mais qui sait qu’il veut être un garçon. Gaëlle, sa petite amie, qui a choisi d’être une fille. Et Flo qui passe sa Seza sans trop savoir quoi choisir et qui devient Floriane, un peu par défaut…

Matt apprend peu de temps avant sa Seza qu’il est ce qu’on appelle un Porteur, avec une maladie qui l’obligera à rester neutre pendant des années, et à suivre un lourd traitement médical. Sauf que, il apprendra grâce à des personnes naturalistes, que tout n’est pas si simple, et que l’état veut imposer ses choix sans remise en question possible.

Bon, alors je ne sais même pas par où commencer tellement rien ne va dans ce livre… En fait, j’en ai entendu parler pour la première fois sur ce site, et ça avait l’air vraiment très mauvais. Mon côté maso a fait le reste, j’ai eu envie de m’en faire ma propre opinion.

Pourtant, le concept de base pourrait être intéressant et prometteur hein ! Mais dès le début, ça sent mauvais. Donc on est dans un monde où les personnes sont neutres jusqu’à 16 ans, mais le masculin est de mise. Heu… Pourquoi ne pas utiliser le neutre, à base de « iel » ou d’inventions propres à l’auteur ? Les personnages ont des « demi » prénoms jusqu’à leur Seza, moment où ils choisissent leur sexe, et leur prénom. Ainsi Flo deviendra Floriane. Qu’est-ce à dire ? Jusqu’à cet âge-là ce sont des « demi personnes » ? Pourquoi ne pas créer des prénoms non genrés de base ?

On est également dans un monde totalement sexiste et genré, ainsi Flo ne sait pas vraiment quel sexe prendre parce que ses parents seraient trop « neutres » dans leurs comportements. Comprenez, la mère travaille dur, et le père est père au foyer… Waouh !!!

Pourtant…

Chaque fois qu’on abordait ce sujet, en cours, à la maison, ou entre amis, ça nous faisait halluciner d’imaginer comment c’était avant. Penser qu’on ne pouvait pas choisir son sexe mais qu’il était déterminé dès la naissance, par le hasard, nous semblait digne de la préhistoire. Ça devait être étrange de n’avoir qu’un pénis ou un vagin et pas les deux comme nous. Encore pire, les enfants qui naissaient hermaphrodites étaient considérés comme des anomalies de la nature ! Si nous avions eu le malheur de vivre à cette époque, les médecins nous auraient amputé d’un de nos sexes dès notre plus jeune âge pour nous déterminer d’office comme fille ou garçon. Sans nous demander notre avis ! Bande de barbares. Nous au moins, on ne charcutait pas nos corps au bistouri, on était libres de choisir et on avait le temps de se déterminer.

Et là, je dis bullshit total ! Déjà, dans ce livre, on ne fait jamais la distinction entre sexe et genre, ce qui peut laisser croire aux jeunes qui le lisent, que c’est exactement la même chose. Alors que non, hein ! Ensuite, je trouve le parallèle avec l’ancienne époque complètement foireux, puisqu’eux même sont obligés de choisir entre homme et femme, dans une binarité totale, le neutre n’est plus toléré. En quoi c’est moins violent qu’une opération à la naissance ?

Je ne reviens pas sur le fait qu’au niveau scientifique, le livre reste assez léger puisque jusqu’à 16 ans, iels ont des organes génitaux féminins et masculins, et que l’un des deux disparait de façon « magique » grâce à la prise d’hormones. (Ces changements dus aux hormones ne sont d’ailleurs pas du tout décrits ou expliqués, alors qu’après 16 ans de neutralité, je me dis que ça doit être un chouia compliqué à gérer mais bon…)

Le cas de Flo est plutôt intéressant, puisque son choix est compliqué, mais quand iel s’en explique à son référent, c’est comme si personne, absolument personne n’avait jamais eu de difficulté à choisir, ou l’envie de ne pas choisir ! Et la suite est tout aussi hallucinante. Flo devient donc Floriane, par défaut, mais on sent bien que cela ne lui convient pas, notamment par des détails comme le fait que Flo ne s’épile pas… Ben oui, les poils c’est masculin hein ! Et puis Flo va finir par être attiré.e par Gaëlle, donc ça veut sans doute dire qu’iel s’est trompé.e dans son choix.

Ah oui, parce que j’ai oublié de vous dire, en plus d’être sexiste, le livre est aussi très, très hétéronormé et donc à tendance homophobe. On ne voit aucun couple gay ou lesbien, et le « choix » de Matt semble très orienté par ses attirances au final.

Je ne veux pas totalement spoiler, mais voir un personnage qui se considère comme masculin changer en deux secondes de genre, et parler de lui au féminin tout naturellement parce qu’on l’incite à être une femme, et qu’il sera la femme du couple, ça me choque vraiment beaucoup.

Donc en plus du reste, le livre est transphobe, et on peut y lire des choses merveilleuses du type :

La même infirmière m’accueillit, dans la même chambre que la première fois. Je la reconnus immédiatement à ses mains, mains d’homme, carrées, très larges, pas délicates comme celles de maman, et ses ongles n’avaient certainement jamais vu la couleur d’un vernis. Même sa gestuelle était celle d’un homme, raide, sèche et saccadée. Gaëlle ondulait. L’infirmière angulait. Elle avait mal choisi sa sexualisation lors de sa Seza.

Donc en gros on a un livre qui cumule tous les pires clichés du sexisme sur la différence homme-femme, qui est transphobe et homophobe, et ce livre s’adresse à un public de jeunes, qui n’aura pas forcément le recul nécessaire pour prendre tout cela avec des pincettes. Donc en plus d’être mauvais, je le trouve assez dangereux. Quelle est l’image qu’un ado transgenre ou homo va garder du monde décrit dans ce livre, où il n’a de toute façon pas sa place ?

Je vous avoue que je n’irai pas lire le tome 2 de cette trilogie, cette fois ci centré sur Gaëlle, maso peut-être, mais pas à ce point. La manif pour tous a trouvé un porte-parole dont je me passerai bien volontiers.

 

Opération Pantalon, de Cat Clarke

CVT_Operation-pantalon_5077J’ai entendu parler d’Opération pantalon sur la chouette chaine Youtube de Mx Cordélia (qui parlait également d’un autre livre de la même autrice, A kiss in the dark, qu’il me tarde de découvrir), ça m’a donné envie de foncer l’acheter, et je ne l’ai pas regretté.

Liv fait sa première rentrée au collège et à son grand désespoir, le port de la jupe y est obligatoire pour les filles. Lui sait très bien qu’il n’en est pas une, mais aux yeux des autres, il est Olivia, ou Liv, mais en tout cas, une fille. Il va donc tout faire pour pouvoir s’habiller comme il le souhaite, et lancer l’Opération pantalon.

Ce n’était pas volontaire, mais les trois derniers romans jeunesse que j’ai lu ont des thématiques qui se croisent. Comme dans Le secret de Grayson, le personnage principal est transgenre et surtout assez jeune, puisqu’en 6ème. La différence entre les personnages m’a d’ailleurs un peu perturbée, j’ai trouvé Liv plus mature que Grayson, il m’a donc semblé un peu plus âgé, mais je me dis que c’est un âge charnière, plein de changements et de chamboulements, qu’il est donc normal que chacun avance à son rythme.

Autre thématique qui revient, celle de l’homoparentalité, comme dans Frangine, Liv a deux mamans (c’est drôle d’ailleurs, parce qu’il me semble que ce sont les premiers romans jeunesse que je lis sur le sujet, je ne compte pas les albums, et il se trouve que je les lis à la suite). Ce qui va d’ailleurs lui poser problème, puisqu’il en parlera tout naturellement dans un cours d’anglais, où chacun doit se présenter, et va se faire harceler par certains de ses camarades suite à cela.

Liv est un personnage très attachant, qui garde son Secret pour lui, n’osant pas en parler à ses mères (qui manifestement se doutent de quelque chose) ni à sa meilleure amie Maisie. Cette dernière rêvant de se rapprocher des gens « populaires » finira d’ailleurs par délaisser son ami un peu trop bizarre à son goût. Heureusement, Liv va se faire un nouvel ami, prêt à l’épauler dans sa volonté de faire disparaître ces règles vestimentaires archaïques.

Opération pantalon est un très beau roman, avec des personnages touchants avec leurs forces mais aussi leurs défauts, et qui parle de tolérance, au sens large (au collège chaque différence peut être vue comme une faiblesse). Et puis on voit peu de garçons transgenres dans les romans, donc ça fait du bien de les voir aussi ! De même que montrer que les familles homoparentales  existent.

Frangine, de Marion Brunet

couv-frangineJe me rends compte que ça fait des lustres que je n’ai pas posté d’article sur ce blog, me revoici donc avec quelques lectures jeunesse.

Frangine m’a été conseillée (si je puis dire, en fait c’était plutôt du genre « Ah bon, tu n’as pas lu Frangine ?! »). Donc maintenant je peux dire que je l’ai lu, et même que je l’ai dévoré.

Frangine est un roman pour ados, dont l’histoire nous est racontée par Joachim. Cette année, il rentre en terminale, et sa petite sœur, Pauline, fait sa grande rentrée au lycée, puisqu’elle passe en seconde. Ils sont assez proches, et ont la particularité d’avoir deux mamans. Manifestement ils ont grandi dans un cocon, assez protégés, et tout a l’air de bien se passer. Joachim est quasiment adulte, et en dernière année au lycée, il ne se rend pas forcément compte que c’est un grand pas pour sa sœur.

Le point de vue de Joachim est intéressant, parce qu’il a une vie de lycéen assez ordinaire, avec ses potes, et un début de relation amoureuse avec une fille, mais il en dévoile plus petit à petit, que ce soit sur ses mères (l’une d’elle a une famille qui n’accepte pas du tout la situation et n’a jamais rencontré ses petits enfants) ou sur comment son entourage a accepté le fait qu’il ait deux mamans (tout n’a pas toujours été tout rose non plus). Le fait qu’il ait passé certaines étapes lui fait oublier qu’il n’en sera pas de même pour Pauline, et peu de temps après la rentrée, il se rend compte que quelque chose cloche, et découvre que sa sœur est harcelée à cause de sa situation familiale.

Que dire de plus ? Franchement, j’ai beaucoup aimé. J’ai trouvé le ton juste, et les relations entre les personnages sont très touchantes. Il y a des ratés, comme dans toutes les familles, où chacun est tellement préoccupé par sa vie ou ses petits problèmes qu’il en oublie les autres, mais on sent tout l’amour qu’il y a entre eux. J’ai aimé le fait que Joachim réalise la différence entre lui et sa sœur, parce qu’ils n’ont pas le même caractère, et que lui est un garçon plutôt costaud. On sent qu’il a envie de défendre sa sœur mais qu’il comprend qu’il doit aussi lui laisser gérer les choses à sa façon à elle.

C’est un beau roman sur l’adolescence, sur l’affirmation de soi, sur la découverte des autres aussi, au sens large. L’homoparentalité est très bien traitée, je trouve, ainsi que les difficultés que le regard des autres peut créer.