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Le vrai sexe de la vraie vie, de Cy, et Corps Sonores, de Julie Maroh

Ces derniers mois, deux BD importantes sont sorties. Et les thématiques et la façon de les traiter se recoupent, à mon sens, c’est pour ça que j’ai décidé d’en faire un seul et même article.

Commençons avec Cy, qui a publié aux éditions Lapin Le vrai sexe de la vraie vie. A la base, on peut trouver ses BD sur des thématiques sexuelles sur le site de Madmoizelle. Le tout a été repris, retravaillé, augmenté, pour en faire ce chouette ouvrage (donc oui, même si vous avez déjà tout lu sur Madmoizelle, ça vaut quand même le coup de l’acheter).

La préface donne le ton :

Parlons de sexe, montrons le sexe, et surtout découvrons des sexualités au pluriel, accordées à tous les genres ou à aucun, selon une palette infinie et sans se limiter à seulement cinquante nuances.

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Et c’est là que je trouve ça révolutionnaire, c’est une BD qui parle de cul, très clairement, qui appelle un chat un chat (et une chatte une chatte, bon, bref…), qui laisse à voir des vulves, des pénis en érection, des pénétrations, mais surtout qui montre un large panel de sexualités, de pratiques. Le livre est certes court, mais appelle à l’ouverture, à la discussion, au consentement évidemment, mais aussi au rire, ça dédramatise allégrement. Y sont donc montrées des sexualités hétéros, homos, des corps trans, des corps handicapés, et abordées des thématiques pas si fréquentes (le fait de ne plus avoir envie, un trio qui finalement tombe à l’eau parce que ça ne fonctionne pas, ou les ratés sexuels qu’on a tous connus). Bons points également, les rappels disséminés sur la protection, le consentement, le sexe et le handicap…

Bref, une BD à faire lire à tous, pour sortir un peu de tous les stéréotypes qu’on connait, et qui envahissent les écrans.

Autre BD à lire et à faire découvrir, Corps Sonores, de Julie Maroh, aux éditions Glénat. J’ai parlé du Bleu est une couleur chaude il y a quelques temps, et de l’avis que j’en avais après quelques années. Corps Sonores est plus abouti, plus ouvert, et vraiment une pépite.

Encore une fois, le livre sort du lot, je trouve, par son ouverture, et son discours à contre-courant de l’univers mainstream dans lequel nous évoluons…

L’intro me fait penser à du Virginie Despentes, c’est dire !

La danse quotidienne des normes et des stéréotypes nous rappelle à quel point le corps est politique. Tout comme nos états amoureux. Le couple hétérosexuel monogame, blanc, beau et à l’éternel sourire de dentifrice, reste dans l’inconscient collectif le schéma souverain de l’état amoureux. Où sont les autres réalités ? Où est la mienne ?

Courtes-pattes, grassouillets, colorés, androgynes, trans, scarifiés, malades, handicapés, vieux, poilus, hors-critère-esthétique… Pédés, gouines, travelos, freaks, inconstants, cœurs d’artichaut, multi-amoureux et aventuriers, nous écrivons nos propres poèmes, vibrons à travers nos propres romances.

Nous ne sommes pas une minorité, nous sommes les alternatives.

Car il y a autant de relations amoureuses qu’il y a d’imaginaires.

Corps Sonores est une succession de rencontres, de personnages, qui en peu de pages, nous emportent avec eux à chaque fois.  Julie Maroh a choisi de centrer ses histoires dans la ville de Montréal, qui d’une part, est plus ouverte que par chez nous (comme on peut le constater sur les discussions au sujet du polyamour par exemple), et d’autre part est intéressante, du point de vue culturel et linguistique. L’ouverture des possibilités, des sexualités, me semblait tout à fait dans le cadre avec ce mélange des langues.

L’autrice nous fait rencontrer des personnages, qui nous ressemblent ou qui nous sont opposés, mais qui tous, sont crédibles, touchants, sensibles. Son dessin m’a transportée au milieu de tous ces couples ou de ces solitudes, avec ces corps désirants, et désirables. Un corps pouvant parfois littéralement s’enflammer, un cœur sortir de sa poitrine, les émotions et les sentiments sont palpables.

Une telle variété de désirs, de couples, de corps, d’orientations et d’identités sexuelles est tellement rarement représentée que c’est réellement une bouffée d’air frais de pouvoir se plonger dans un tel livre.

Et c’est d’autant plus plaisant de se retrouver avec deux livres aux thématiques similaires (même si l’un plus axé sur la sexualité, et l’autre sur les sentiments amoureux) à peu de temps d’intervalle. Plus qu’à espérer que ce sera le début d’une longue série, que chacune et chacun puisse se reconnaître dans ses lectures, et ne pas se sentir en permanence en marge.

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Le bleu est une couleur chaude, de Julie Maroh

105635_cAujourd’hui est sorti Corps sonores, de Julie Maroh, qui me tente bien, et dont j’espère pouvoir vous parler bientôt.

Avant cela, j’avais envie de faire un petit retour sur Le bleu est une couleur chaude. Ça fait un moment que je pense venir en parler et à chaque fois je repousse, me disant qu’à peu près toutes les lesbiennes l’ont lu, et qu’il n’est plus à présenter. Je ne parlerai pas ici du film La vie d’Adèle, qui pour moi n’a plus rien à voir avec l’œuvre originale (mais qui a eu le mérite de me donner des fous rires pour les scènes de sexe lesbien les plus ridicules et faussement pornographiques de l’histoire du cinéma).

Bref, revenons en 2010, époque où sort Le bleu est une couleur chaude. Je suis alors une toute jeune libraire, et je dois bien l’avouer, pas une grande fan de bande dessinée. Alors, certes, j’en ai lu plein quand j’étais gamine, mais dans ma vie d’adulte, pas vraiment… Ce matin-là, j’ouvre un carton et découvre les nouveautés du jour, et flashe immédiatement sur cette couverture. Intriguée, je feuillète rapidement l’ouvrage, et me rend compte qu’en plus d’en apprécier les dessins, le sujet a tout pour m’intéresser. Ni une ni deux, je ramène la BD chez moi le soir même, la lit d’une traite, et pleure toutes les larmes de mon corps (sous les yeux ébahis de ma chérie de l’époque, qui s’est empressée de la lire à son tour, pour un résultat similaire).

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Et là, révélation : une BD peut donc elle aussi créer tout plein d’émotions, et naissance d’une passion pour le 9ème art.

Quelques années plus tard, qu’en penser après relecture ? Forcément, mon regard a changé. J’apprécie toujours, mais dois bien avouer qu’on sent que c’est une première BD, et ça reste assez adolescent. En même temps, le personnage principal, Clémentine, est une adolescente, donc pourquoi pas.

Je me rends compte que du coup, je suis partie du fait que tout le monde connaissait l’histoire, mais petit rappel au cas où : Clémentine est une adolescente dont la vie va changer lorsqu’elle croise une jeune femme aux cheveux bleus. S’ensuivront beaucoup de questionnements et de doutes sur elle-même, pas toujours évidents à vivre, d’autant plus quand le regard des autres n’est pas des plus amicaux.

Donc, pour en revenir au côté adolescent, si l’histoire s’en tenait à cette période de vie de Clémentine, ça ne me choquerait pas plus que ça. Mais j’ai trouvé la fin un peu rapide, et je n’arrive pas à voir d’évolution des personnages alors qu’il s’est tout de même écoulé une dizaine d’années. Pour moi, ça pêche franchement de ce côté-là, et aussi du côté un peu mélodramatique de l’histoire (mais qui je trouve rejoint le côté premier ouvrage et œuvre de jeunesse).

Le bleu est une couleur chaude restera de toute façon une bd culte pour les lesbiennes, qui a eu en plus le mérite de toucher un public assez large.