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Les tribulations d’une chamane à Paris, de Corine Sombrun

tribulationsAvec ce livre, je n’ai pas spécialement fait les choses dans l’ordre. En effet, en parcourant la rainbowthèque, je suis tombée sur Les tribulations d’une chamane à Paris, où il était question à un moment d’un couple de femmes. Qu’on soit bien clair, ce n’est pas du tout du tout le sujet principal de cet ouvrage, donc s’il n’y a que ça qui vous intéresse, passez votre chemin ! Par contre, si comme moi, le chamanisme vous intrigue, allez-y, foncez. Pour revenir à l’ordre des choses, disons que Corine Sombrun a relaté ses expériences dans plusieurs livres, et qu’elle a commencé par Journal d’une apprentie chamane et Mon initiation chez les chamanes. Est-ce gênant pour la lecture de commencer par celui-là ? Pas du tout ! Est-ce que j’ai envie de lire ses autres livres pour approfondir tout ça ? Oui, clairement. Où vais-je donc avec toutes ces digressions ? Je n’en sais trop rien…

Bref, pour en revenir au sujet, Corine Sombrun est compositrice et fait des reportages pour la BBC. Au cours d’un de ces reportages, sur les chamanes en Mongolie, elle assiste à une cérémonie et au son du tambour, elle entre en transe. Le chamane lui révèle alors qu’elle est elle-même une chamane, que les esprits l’ont désignée, et qu’elle doit en suivre l’enseignement pendant trois ans, au fin fond de la Mongolie… Ce qu’elle fera, probablement aussi pour trouver des réponses suite au deuil de son compagnon.

Le livre s’ouvre sur son retour à Paris, après cette formation. Corine Sombrun réalise alors les attentes et les questionnements que peut avoir son entourage, ainsi que diverses facultés qui lui apparaissent petit à petit. Elle va également rencontrer Anne, une ethnopsychiatre, intéressée par ce qu’elle traverse, et dont elle va se rapprocher petit à petit.

Ce livre est assez fascinant et nous emporte dans les diverses expériences de l’autrice, entre ses souvenirs avec la chamane qui l’a formée, l’austérité de sa vie en Mongolie, et sa vie parisienne contrastant singulièrement avec ces rituels ancestraux…

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Girlhood, de Cat Clarke

35061143Souvenez-vous, j’avais adoré Opération pantalon et beaucoup aimé A kiss in the dark (malgré la fin beaucoup trop rapide et facile à mon goût), c’est donc avec enthousiasme que je me suis plongée dans le dernier roman de Cat Clarke, Girlhood. Bon, évidemment quand on a beaucoup d’attentes c’est quitte ou double, et là je dois avouer ma déception.

Alors d’accord, j’ai dévoré le roman en une soirée, parce que c’était prenant et que les personnages étaient attachants mais franchement, après mes deux précédentes lectures qui avaient des sujets pour le moins originaux (un jeune transgenre qui veut arrêter le port obligatoire de la jupe dans son lycée, et une fille qui un peu malgré elle se fait passer pour un garçon auprès de sa petite amie), j’avais des attentes un peu poussées quoi…

Harper et son groupe d’amies cohabitent dans un pensionnat au fin fond de l’Écosse. Elles sont très soudées, et connaissent le passé douloureux d’Harper, dont la sœur jumelle est décédée après avoir sombré dans l’anorexie.

Un jour, une nouvelle élève arrive, Kristy, et tout va changer.

Et voilà, nous avons donc la situation déjà vu mille fois du groupe de copines dans un pensionnat, sympathique certes, mais déjà vu, et on en rajoute encore dans le cliché avec la nouvelle un peu creepy qui arrive et sympathise avec l’héroïne, la manipule allégrement sous le regard effaré des autres. Kristy coupe Harper de son groupe d’amies petit à petit et lui ressemble de plus en plus (nan mais le cliché du changement de coupe de cheveux qui fait comprendre qu’on est face à une nana psychopathe ça suffit quoi ! c’est vu, revu et rerevu !).

Voilà voilà, donc ce n’est pas très original, vous l’aurez compris. Le roman n’est pas mauvais pour autant, mais j’attendais beaucoup plus de la part de cette autrice.

Niveau visibilité, on a un personnage lesbien et un personnage bi, et c’est accepté par tout le monde. Le message sur l’amitié est plutôt chouette aussi.

Mes hauts mes bas et mes coups de cœur en série, de Becky Albertalli

hautsJe n’avais pas été spécialement emballée par Moi Simon, 16 ans, Homo Sapiens (alors que je lis plein d’avis très positifs sur ce livre donc n’hésitez pas à aller vous faire votre propre avis) mais je me suis quand même laissée tenter par le dernier roman de Becky Albertalli, et bien m’en a pris.

Bon, au début je trouvais ça mal barré, ou casse-gueule en tout cas, je sentais que l’autrice avait envie d’aborder trop de sujets, et ça me faisait un peu peur, et puis finalement ça passe très très bien. Et non, ce n’est pas parce que dès qu’on évoque Steven Universe, ça me radoucit (Non ? Si ? Raaaaahhh peut-être, va savoir !!!)

Enfin bref, Molly est une ado avec des crushs très réguliers et qui n’a jamais eu d’histoire de cœur avec qui que ce soit. Dès les premières pages, elle rencontre une fille qu’elle estime parfaite pour sa sœur jumelle (lesbienne donc). Molly a beau avoir des coups de cœur réguliers pour des garçons, on sent qu’elle se protège et ne tente jamais rien. C’est quelqu’un d’angoissé (on apprend qu’elle prend des médicaments pour ça) et elle arrive à un moment de sa vie où il y a plein de changements. Sa sœur rencontre quelqu’un et elle se pose des questions sur leur relation et a peur de la perdre, leurs mères (et oui !) vont se marier, et surtout, elle va se retrouver prise entre deux garçons, sans savoir quoi faire.

Niveau représentation, on n’est pas mal du tout ! Molly est grosse, l’une de ses mères est racisée ainsi que son frère et la petite amie de sa sœur, on a une famille homoparentale, une lesbienne et une pansexuelle. Il est vaguement question de personnages transgenres aussi (l’un des crushs de Molly, si mes souvenirs sont bons).

Cela dit, et je sais que je ne suis pas une ado d’aujourd’hui, et qu’en une dizaine d’années ça a franchement évolué, mais j’ai quand même un peu été étonnée de la facilité avec laquelle tous ces ados abordent l’homosexualité, la transidentité, la pansexualité (ils connaissent le terme déjà, tous, sans poser de questions, ce qui m’a surprise). Alors que, par exemple, lors d’une discussion sur l’orgasme, personne n’évoque la masturbation… Et donc on se retrouve avec une vierge honteuse de ne pas connaître l’orgasme, et une autre ayant eu des rapports sexuels avec un garçon qui dit qu’elle n’a jamais connu l’orgasme… Donc au niveau orientation sexuelle et identité de genre, elles sont hyper au courant, mais pour le reste, non ? Disons que l’idée même de la masturbation n’est pas abordée, donc c’est le contraste entre les deux qui m’a un peu surprise.

Pour le reste, j’ai vraiment passé un très bon moment, et je ne vous le cache pas, c’est un roman feel-good. Il est à peine question de grossophobie, de racisme ou d’homophobie, mais ça fait du bien, justement, de lire un roman où ça se passe globalement bien, et je me dis que pour des ados lgbt (ou non), c’est top !

 

Collaboration horizontale, de Navie et Carole Maurel

collaborationHorizontaleCarole Maurel, encore et toujours ! Et oui, je vous ai déjà dit que j’aimais son travail, et voilà que deux BD qu’elle illustre sont sorties coup sur coup, pour mon plus grand plaisir.

Collaboration horizontale relate la vie d’un immeuble en 1942, et plus particulièrement, la vie des femmes qui l’habitent. Tout part de Rose, puisque c’est de ses souvenirs qu’il s’agit (la BD commence sur elle, âgée, discutant avec sa petite fille qui a un chagrin d’amour). Son mari est prisonnier en Allemagne, et elle vit seule avec leur fils en attendant son retour. Au quotidien, elle croise la gardienne de l’immeuble, son mari aveugle, leur fille étudiante qui porte des pantalons et veut que le sort des femmes évolue, mais aussi une dame âgée acariâtre et sénile, une femme battue qui attend un enfant, une autre qui s’en sort comme elle peut. Rose aide aussi une femme juive et son fils, qui ne peuvent plus sortir de chez eux. C’est en les protégeant qu’elle rencontre Mark, un soldat allemand, et contre toute attente, pour l’un comme pour l’autre, c’est le coup de foudre et le début d’une passion interdite. Bien entendu, on est en temps de guerre, et tout ne finira pas bien…

On a ici un beau portrait des femmes de l’époque, chacune avec son courage, ses espoirs, ses attentes, ses mesquineries aussi.

Je vous parle de cette BD  pour un personnage en particulier, Simone, celle qui veut s’affranchir des lois des hommes,  résister, et qui tombe amoureuse d’une femme. C’est un beau personnage, et qui trouve sa place au milieu des autres.

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On connait l’Histoire, mais malgré tout Collaboration horizontale touche et émeut, et encore une fois, le trait de crayon de Carole Maurel fait mouche.

Bouche cousue, de Marion Muller-Colar

bouche-cousue-marion-muller-colardAmandana a trente ans. Elle passe ses dimanches en famille, avec ses parents italiens et sa sœur ainée, mariée trop jeune en catastrophe pour cause de grossesse inopinée. Son neveu, Tom, né suite à cela, est la seule personne de la famille dont elle se sent proche.

Lors d’un repas dominical, elle arrive en retard, comme à l’accoutumée, mais dans un silence lourd et gênant. Sa petite peste de nièce dénonce alors son grand-frère en racontant qu’il a embrassé un garçon.

La scène replonge Amandana dans sa propre adolescence, et elle écrit une lettre à son neveu pour lui en faire part.

Adolescente solitaire, elle finit par se lier d’amitié avec un couple d’hommes, chez qui elle se sent comme dans une famille, contrairement à son propre foyer. La mise en place d’un projet d’opéra dans son collège, avec elle dans l’un des rôles principaux, la rapproche d’une de ses camarades. Se laissant aller à ses sentiments, elle lui offre un bracelet, sans imaginer les conséquences…

Quinze ans plus tard, la voilà donc racontant ses souvenirs à son neveu, replongeant dans cette montée du désir adolescent, qu’elle a ensuite tu pendant toutes ces années.

Très honnêtement, il me manque un petit truc pour adhérer vraiment à l’histoire. Déjà, le côté « quinze ans ont passé » est pour moi peu crédible. Je ne sens pas du tout d’évolution entre les quinze et les trente ans d’Amandana.

Et même si certains points sont joliment traités, notamment la relation avec Marc et Jérôme, tontons de substitutions, je ne peux m’empêcher de rester sur ma faim, notamment sur la naissance du désir et des sentiments amoureux pour une fille, que je n’ai pas du tout ressenti… Ça manque d’émotions à mon goût.