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Appelez-moi Nathan, de Catherine Castro et Quentin Zuttion

J’avais beaucoup aimé Chromatopsie de Quentin Zuttion, et dans la foulée j’ai su qu’il sortirait un autre album, dont le sujet était la transidentité. Autant dire que j’avais pas mal d’attentes (Chromatopsie était franchement queer, et j’avais trouvé ça bien traité).

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Et… Je ne vous cache pas une certaine déception. J’aime toujours autant le trait de Quentin Zuttion, mais pour ce qui est de l’histoire, j’ai beaucoup moins accroché.

Je peux comprendre le côté pédagogique hein, il n’y a pas cinquante BD sur le sujet (je pense à Justin et à Barricades, et heu, voilà ?), mais là pour moi c’était un peu excessif. On suit le personnage de l’enfance jusqu’au bac, et du coup tout son parcours, sa transition. Mais je n’y ai vu qu’une succession de ce que « devait être » un parcours trans (dans l’imaginaire collectif ? je ne dis pas que ça ne passe jamais comme ça, mais pas que) : la petite fille qui joue à des jeux de garçon, qui se sent trahie par son corps, puis le changement de coupe de cheveux, de prénom, le psy, les hormones, la mammectomie…

nathan

Et tout va super vite, quoi ! Personnellement, je n’ai absolument pas eu le temps de m’attacher à Nathan. Sa vie est réduite à sa transition au final, à comment il se voit, et comment les autres le voient. Et j’ai trouvé ça maladroit de vouloir caser le maximum d’infos sur la transidentité et sur la transition d’une personne (par exemple les incursions des pensées de la mère ou du frère, mais pourquoi ?). Donc, oui, pour une personne qui n’y connait rien, ça reste un contenu pédagogique, soit, mais pour moi c’est un peu léger.

J’ajouterai que je trouve la couverture un chouia voyeuriste, et que je ne comprends pas vraiment ce choix.

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Chromatopsie, de Quentin Zuttion

chromatopsieChromatopsie c’est d’abord des couleurs. En le feuilletant on entre-aperçoit déjà des univers, avec ses corps, ses vies, ses histoires, ses drames. Et ça donne immédiatement envie d’y plonger à corps perdu.

La préface prévient néanmoins, de s’installer confortablement, et de s’attendre à se prendre des baffes. Et effectivement, cela commence fort avec une lesbienne aux tendances presque cannibales, la suite ne sera pas forcément beaucoup plus tendre. Même si la tendresse est agréablement présente dans certains chapitres, et pas forcément les plus attendus (j’ai aimé que ceux traitant du genre soient positifs et touchants).

 

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Chaque histoire commence par une couleur, un titre, un corps, et chacune nous emmène loin, nous emporte. Aux frontières de la poésie, de l’onirisme, Quentin Zuttion nous parle d’amour, de genre, de poids, de vieillesse, de rencontres, de sexe, du regard des autres et nous interroge sur nos vies, sur nos comportements. C’est un album très queer, qui répond un peu au Vrai sexe de la vraie vie de Cy (d’ailleurs chez le même éditeur), tout en empruntant à l’onirisme d’un Bernard Quiriny, mais aussi à la sensualité et à la noirceur d’Alain Guiraudie dans L’inconnu du lac.

En bref, un album qui donne envie d’être partagé, prêté, et qui ouvre à l’échange, tant il continue à laisser une trace après sa lecture. Et puis graphiquement c’est super joli, le travail sur les couleurs est vraiment très beau.