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Dans un rayon de soleil, de Tillie Walden

J01437_rayon de soleil_COUV_V2_quadri.inddDans un rayon de soleil est la deuxième BD de Tillie Walden publiée en France, après le déjà remarqué Spinning où elle racontait son enfance et son adolescence à pratiquer le patinage artistique à haut niveau, avec la découverte de son attirance pour les filles. J’avais déjà beaucoup aimé, et je me faisais donc une joie de découvrir sa nouvelle BD.

Mais honnêtement, quelle claque ! Dans un rayon de soleil est très différent de Spinning. Nous voici plongés dans un récit de science-fiction, où sans que l’on sache jamais pourquoi, la gente masculine n’est absolument pas présente. Outre des personnages féminins à foison (et par conséquent, des relations lesbiennes à tout va), on a également un des personnages principaux qui est non-binaire, et ça c’est chouette !

Le récit est hyper prenant dès les premières pages, et très bien construit. Mia se joint à l’équipe d’un vaisseau chargée de rénover des bâtiments anciens. A l’aide de flash backs, on suit en parallèle son année en 3ème, et sa première histoire d’amour.

Tillie Walden nous entraine dans un univers fantastique, et poétique où les vaisseaux ressemblent à des baleines. Les dessins et les couleurs sont superbes et donnent envie de s’attarder sur chaque page. Les personnages sont très attachants, et on a plaisir à les découvrir petit à petit. Les liens entre les membres de l’équipage sont forts, qu’ils soient amoureux, familiaux, ou amicaux. Chacun·e a sa place, quels que soient son histoire et son caractère.

Je ne suis pas spécialement amatrice de ce genre d’univers intergalactique, mais je pense que l’histoire plaira à tous, qu’on soit féru de science-fiction ou pas du tout, car elle nous emporte dans un univers inconnu plein d’aventures, mais aussi de relations amoureuses et amicales.

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Et niveau représentations, c’est tellement cool que je ne sais pas par où commencer ! Déjà, vu qu’on est dans un univers majoritairement féminin, il y a plein de personnages féminins forts, bien développés et intéressants. On a également des personnes racisées dont plusieurs personnages principaux, qui sont donc très développés et pas juste là pour faire coucou.

Niveau lesbianisme, c’est Byzance !  Alors, forcément, ici ça apparait comme normal, vu qu’il n’y a pas d’homme dans cet univers, mais qu’importe pour nous, on a des relations entre femmes absolument partout, et notamment deux qui sont centrales à l’histoire.

Autre représentation trop géniale de la mort qui tue (rien que ça), on a un des personnages principaux non-binaire. Iel ne parle pas mais est très bien intégré·e à l’équipage, et a une place à part entière. Sa non-binarité et ses pronoms sont introduits tout de suite dans l’histoire, comme quelque chose d’entièrement naturel. Et j’ai notamment beaucoup aimé une scène où l’équipage doit s’adapter à une nouvelle supérieure, et défend Elliott car cette personne s’obstine à dire elle au lieu de iel, en plus de vouloir faire parler Elliott à tout prix, ce qui évidemment ne marche pas. Il y a plusieurs dialogues que j’ai trouvé à la fois très simples mais aussi très forts, et ça m’a beaucoup ému de pouvoir lire cela dans une BD dont ce n’est pas du tout le sujet.soleil vo.jpgPetit bémol de traduction cependant, voir iel entre guillemets pendant toute l’histoire m’a un peu gêné, et quelques points (de traduction ou du texte, pour certains je ne sais pas) m’ont fait un peu tiquer. Cela reste globalement très bien, mais j’ai trouvé ça dommage car ça m’a fait sortir du récit, et me rendre compte que la non-binarité était encore loin d’être évidente.

Dernier gros point positif : l’histoire finit bien !!! Et oui, c’est pas le tout d’avoir plein de personnages cools, et de la bonne représentation, c’est aussi agréable de pouvoir se plonger avec délice dans une histoire qui nous parle, où l’on se reconnait et où personne ne meurt à la fin.

Player One, d’Ernest Cline et autres réflexions

Quand j’ai ouvert ce blog, je me suis simplement dit que j’avais envie de parler de mes lectures lgbt, probablement parce qu’à certains moments de ma vie j’ai recherché des sites qui recensaient tout ce qui traitait du sujet. En avançant un peu dans mes lectures, je me suis dit que j’avais aussi envie de parler du féminisme et de la question du genre, même si ça ne rentrait pas directement dans le sujet.

Mais je suis régulièrement confrontée à d’autres interrogations, à partir de quel moment parler d’un livre sur ce site ?

Dans ma vie, je n’ai pas que des lectures à caractère lgbt, loin de là. Je me laisse porter selon mes envies, et même si nous vivons dans un monde hétérocentré et à dominance masculine, force est de constater que même sans chercher aller vers des lectures queer, j’ai plutôt tendance à me tourner vers des auteures ou vers des thématiques avec des personnages en marge.

Tout ça pour vous dire quoi (mais qu’est-ce donc que tout ce blabla ?!) ? En gros, que dans ma pile de lecture, on trouve des livres dans lesquels je sais qu’il y a un ou des personnages lgbt, et d’autres qui m’intéressent pour d’autres raisons. Ces derniers temps, je me désolais que dans ma pile ne se trouve aucun livre à caractère lgbt, avant de me rendre compte que dans presque tous, il y en avait. Signe sans doute positif d’une évolution de la société. Mais je reviens à ma question, à partir de quel moment parler d’un livre sur ce blog ? Quand j’étais enfant, je lisais tout ce qui se trouvait dans ma bibliothèque de quartier et je n’ai souvenir que d’un seul livre avec un personnage lesbien (je serais d’ailleurs bien incapable de me rappeler du titre). Super la représentation et l’identification…

(Je ne parle pas du Club des cinq et du personnage de Claude, auquel je me suis bien identifiée, mais sur lequel aucune étiquette n’est posée)

Après ça et dès que j’ai pu (bien plus tard à vrai dire), j’ai eu envie de lire tout ce que je pouvais avec des personnages lgbt, mais en général, je ne cherchais pas des personnages secondaires. Bon évidemment, maintenant je suis moins en quête de représentation, et j’aime beaucoup trouver des personnages lgbt naturellement inscrits dans une histoire, même si c’est très secondaire. Donc pour moi, c’est important d’en parler ici aussi, mais ça reste parfois délicat quand c’est vraiment accessoire d’une part, et quand d’autre part, ça en dévoile beaucoup trop sur l’histoire.

Du coup, une fois tout ça exposé, si je vous parlais de Player One ?

9782266242332Player One est ma dernière lecture en date, roman de plus de 600 pages qui m’a tenu en haleine pendant deux jours (j’en ai presque oublié de  nourrir mes chats).

Nous sommes en 2044, la planète ne va pas bien du tout. Pour pallier à ça, chacun s’absorbe dans l’OASIS un univers virtuel absolument énorme. Jusqu’au jour où le créateur de l’OASIS, Halliday, décède, et n’ayant pas d’héritier, décide de léguer sa fortune à qui découvrira les trois clés ainsi que l’œuf de Pâques qu’il a caché dans le système.

Petit détail, Halliday était un gros geek fan des années 80 dans lesquelles il a grandi, et sa chasse au trésor est directement inspirée de ses centres d’intérêt.

Pendant plusieurs années, des tas de gens partent en quête, mais sans succès, et on finit par se demander si l’œuf existe bien. Jusqu’au moment où Wade, un jeune homme de 17 ans, trouve la première clé. La chasse est alors lancée et tous les coups sont permis.

Très prenant, Player One nous plonge dans la culture pop des années 80, passant des jeux d’Arcade aux Monthy Python, de Ricky ou la belle vie à Donjons et Dragons. Pas besoin d’être un expert, ni en jeux vidéo, ni en années 80 pour apprécier ce roman, qui arrive à nous tenir en haleine dans un monde presque totalement virtuel (les moments dans le monde réel sont finalement assez rares).

Pourquoi j’en parle ici me direz-vous ? Et vous vous poserez sans doute cette question pendant presque tout le livre si vous le lisez, et n’aurez pas la réponse avant au moins 500 pages. Est-ce que le côté lgbt du roman est la raison pour lire ce livre ? Clairement non. Mais vous passerez un très bon moment, et je trouve que ça ajoute quelque chose qui n’est pas inintéressant.

Trees, de Warren Ellis et Jason Howard

trees-tome-1-33955J’avoue ne pas être une experte en comics, mais surtout ne pas aller spontanément vers ce genre-là.  Heureusement, j’ai de bons conseils dans mon entourage (spéciale cace-dédi pour Jojo au passage) et je me suis donc plongée dans Trees.

Scénarisé par Warren Ellis (l’auteur de Transmetropolitan), Trees est un comics de science-fiction d’où mon peu d’intérêt au départ (personne n’est parfait).

Tout commence dix ans auparavant, les extraterrestres débarquent sur terre et partout dans le monde déposent des sortes d’arbres gigantesques.

 Il y a dix ans. Ils ont atterri. Dans le monde entier. Comme s’il n’y avait personne. Et ils n’ont rien fait. Aucune communication. Comme s’il n’y avait jamais eu personne ici. Et rien en dessous d’eux. Dix ans depuis que nous avons appris qu’il y a une autre vie intelligente dans l’Univers mais qu’elle ne nous reconnaît pas comme des êtres intelligents ni même vivants. Ils sont plantés à la surface de la Terre comme des arbres exerçant leur pression silencieuse sur le monde comme s’ils y étaient seuls.

Ce point de départ posé, nous suivons ce qui se passe autour des « Arbres » dans plusieurs régions du monde : un candidat à la mairie de New York, un jeune chinois qui vient faire ses études d’art dans une cité construite autour d’un Arbre, une équipe de recherche du côté du Groenland qui découvre d’étranges fleures noires manifestement liées à l’Arbre, une jeune fille aux dents longues en Sicile…

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Ce qui nous intéresse ici (en plus de l’histoire qui vaut vraiment la peine, même si je n’en suis encore qu’au tome 1), c’est la cité de Shu et le jeune  Tian Chenglei. Venu tout droit de sa campagne, il vient dans le but de découvrir cet endroit et sans doute un peu plus. Timoré et timide, c’est grâce à Zhen qu’il va finir par sortir et s’épanouir un peu. Petit détail, Zhen est transgenre, et a des amis qui le sont. Shu est un endroit à part, où les gens en marge peuvent s’épanouir. Chenglei découvre tout ça, et son entourage lui explique avec beaucoup de bienveillance.

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Sur une planète saine, le genre est un continuum, il est fluide. Les besoins avec lesquelles nous naissons ne rentrent pas nécessairement dans les boîtes orthogonales de l’hétéronormalité.

Montre-toi. Sois ouvert. Sois celui que tu veux vraiment être. Cela ne fait jamais aussi mal que de priver d’oxygène ta propre humanité.

Beau message, et pas encore assez présent dans nos lectures mainstream. Plutôt agréable de trouver ça dans un comics, qui est une belle réussite à tous les niveaux.