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Le vrai sexe de la vraie vie 2, de Cy

vrai 2Souvenez-vous, j’avais adoré Le vrai sexe de la vraie vie. C’est donc avec une impatience non dissimulée que j’attendais ce deuxième volume, que je me suis empressée d’acheter.

J’ai été prise d’une soudaine appréhension au moment de débuter la lecture, calée bien confortablement dans mon canapé, « Et si j’étais déçue ?! ». Et bien que nenni, mes doutes ont été dissipés bien vite, et je l’ai trouvé tout aussi bon que le premier, avec en plus le bonheur de la découverte (puisque dans le premier tome, il y avait moins d’effets de surprises, ses histoires ayant déjà été, en partie du moins, publiées sur MadmoiZelle.com).

Petit rappel, pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore (sachez que c’est le moment de foncer, et que les tomes peuvent se lire dans le désordre), Le vrai sexe de la vraie vie nous montre une sexualité ordinaire, de façon crue mais hors des clichés pornographiques, le tout de façon crédible, réaliste, drôle et décomplexant.

Le tome 2 continue sur la lancée du tome 1, avec des corps racisés, des personnes trans, lesbiennes, gays, bi, hétéro aussi (il en faut, personne n’est parfait), asexuels, et plein de sujets traités avec toujours beaucoup de bienveillance (je ne vous dévoile pas tout, histoire de ne pas gâcher le plaisir de la découverte). On retrouve également quelques Points cul, sur par exemple la protection, le vaginisme, l’asexualité…

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Et franchement, j’adore comme ce livre se partage, se passe de mains en mains, entre sourires, et échanges de discussions, d’expériences, que ce soit en couple ou entre potes. Je pense que ce sont de bonnes BD à destination des ados aussi, bien loin des clichés qu’ils peuvent voir un peu partout sur le Net… Bref à lire et à partager !

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Le vrai sexe de la vraie vie, de Cy, et Corps Sonores, de Julie Maroh

Ces derniers mois, deux BD importantes sont sorties. Et les thématiques et la façon de les traiter se recoupent, à mon sens, c’est pour ça que j’ai décidé d’en faire un seul et même article.

Commençons avec Cy, qui a publié aux éditions Lapin Le vrai sexe de la vraie vie. A la base, on peut trouver ses BD sur des thématiques sexuelles sur le site de Madmoizelle. Le tout a été repris, retravaillé, augmenté, pour en faire ce chouette ouvrage (donc oui, même si vous avez déjà tout lu sur Madmoizelle, ça vaut quand même le coup de l’acheter).

La préface donne le ton :

Parlons de sexe, montrons le sexe, et surtout découvrons des sexualités au pluriel, accordées à tous les genres ou à aucun, selon une palette infinie et sans se limiter à seulement cinquante nuances.

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Et c’est là que je trouve ça révolutionnaire, c’est une BD qui parle de cul, très clairement, qui appelle un chat un chat (et une chatte une chatte, bon, bref…), qui laisse à voir des vulves, des pénis en érection, des pénétrations, mais surtout qui montre un large panel de sexualités, de pratiques. Le livre est certes court, mais appelle à l’ouverture, à la discussion, au consentement évidemment, mais aussi au rire, ça dédramatise allégrement. Y sont donc montrées des sexualités hétéros, homos, des corps trans, des corps handicapés, et abordées des thématiques pas si fréquentes (le fait de ne plus avoir envie, un trio qui finalement tombe à l’eau parce que ça ne fonctionne pas, ou les ratés sexuels qu’on a tous connus). Bons points également, les rappels disséminés sur la protection, le consentement, le sexe et le handicap…

Bref, une BD à faire lire à tous, pour sortir un peu de tous les stéréotypes qu’on connait, et qui envahissent les écrans.

Autre BD à lire et à faire découvrir, Corps Sonores, de Julie Maroh, aux éditions Glénat. J’ai parlé du Bleu est une couleur chaude il y a quelques temps, et de l’avis que j’en avais après quelques années. Corps Sonores est plus abouti, plus ouvert, et vraiment une pépite.

Encore une fois, le livre sort du lot, je trouve, par son ouverture, et son discours à contre-courant de l’univers mainstream dans lequel nous évoluons…

L’intro me fait penser à du Virginie Despentes, c’est dire !

La danse quotidienne des normes et des stéréotypes nous rappelle à quel point le corps est politique. Tout comme nos états amoureux. Le couple hétérosexuel monogame, blanc, beau et à l’éternel sourire de dentifrice, reste dans l’inconscient collectif le schéma souverain de l’état amoureux. Où sont les autres réalités ? Où est la mienne ?

Courtes-pattes, grassouillets, colorés, androgynes, trans, scarifiés, malades, handicapés, vieux, poilus, hors-critère-esthétique… Pédés, gouines, travelos, freaks, inconstants, cœurs d’artichaut, multi-amoureux et aventuriers, nous écrivons nos propres poèmes, vibrons à travers nos propres romances.

Nous ne sommes pas une minorité, nous sommes les alternatives.

Car il y a autant de relations amoureuses qu’il y a d’imaginaires.

Corps Sonores est une succession de rencontres, de personnages, qui en peu de pages, nous emportent avec eux à chaque fois.  Julie Maroh a choisi de centrer ses histoires dans la ville de Montréal, qui d’une part, est plus ouverte que par chez nous (comme on peut le constater sur les discussions au sujet du polyamour par exemple), et d’autre part est intéressante, du point de vue culturel et linguistique. L’ouverture des possibilités, des sexualités, me semblait tout à fait dans le cadre avec ce mélange des langues.

L’autrice nous fait rencontrer des personnages, qui nous ressemblent ou qui nous sont opposés, mais qui tous, sont crédibles, touchants, sensibles. Son dessin m’a transportée au milieu de tous ces couples ou de ces solitudes, avec ces corps désirants, et désirables. Un corps pouvant parfois littéralement s’enflammer, un cœur sortir de sa poitrine, les émotions et les sentiments sont palpables.

Une telle variété de désirs, de couples, de corps, d’orientations et d’identités sexuelles est tellement rarement représentée que c’est réellement une bouffée d’air frais de pouvoir se plonger dans un tel livre.

Et c’est d’autant plus plaisant de se retrouver avec deux livres aux thématiques similaires (même si l’un plus axé sur la sexualité, et l’autre sur les sentiments amoureux) à peu de temps d’intervalle. Plus qu’à espérer que ce sera le début d’une longue série, que chacune et chacun puisse se reconnaître dans ses lectures, et ne pas se sentir en permanence en marge.

Si tout n’a pas péri avec mon innocence, d’Emmanuelle Bayamack-Tam

product_9782070459209_195x320Il y a des livres qu’on ne peut pas lâcher une fois commencés, tout en voulant prendre son temps,  rester dans son univers, et ne plus en sortir. Si tout n’a pas péri avec mon innocence est de ceux-là.

Je ne connaissais pas du tout Emmanuelle Bayamack-Tam avant, et je me plonge à corps perdu dans ses romans depuis cette découverte. Découverte faite grâce à un coup de cœur de libraire (d’ailleurs si vous passez devant l’Astragale à Lyon, je vous conseille vivement d’y faire un saut).

Mais je m’égare, qu’est ce qui se cache derrière un titre aussi long ? Si tout n’a pas péri commence avec une histoire de naissance, et de prénoms, puis se poursuivra avec l’enfance et l’adolescence de Kimberly, notre héroïne, sa naissance à neuf ans, et sa tentative d’évoluer dans une famille disons plus que défaillante.

Des claques je m’en suis pris un certain nombre au cours de ma lecture, passant du rire aux larmes, de surprises en étonnements, l’auteure n’hésitant pas à aller loin, très loin, mais avec quelle force ! On ne ressort pas indemne de ce livre, et la fin m’a laissée frustrée, attendant une suite, ne voulant pas lâcher Kimberly, sa force, son entêtement, sa passion pour les poètes, son amour pour ses frères, son désir ou son absence de désir, pour les filles comme pour les garçons…  Difficile de ne pas en dire trop tant ce livre appelle juste à être découvert, et vécu en même temps que notre personnage principal.