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Girls & Sex, de Peggy Orenstein

girls sexPeggy Orenstein est une journaliste américaine, elle a entrepris une étude sur la sexualité des jeunes américaines, au lycée et à la fac. Pour cela, elle a interrogé 70 jeunes filles, mais fait aussi appel à des psychologues et des universitaires. Girls & Sex mêle ainsi témoignages, études et statistiques, et aborde des thématiques telles que les pratiques sexuelles des jeunes, la pornographie, l’éducation sexuelle (ou plutôt son absence, on y reviendra), le consentement, les violences sexuelles, la virginité, le coming-out etc…

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans le livre au début, sans vraiment savoir pourquoi, puis je me suis rendu compte que j’éprouvais un certain malaise. Et il y a de quoi parfois ! Mais même (et surtout) s’il aborde des sujets pas toujours évidents, Girls & Sex est très intéressant, et m’a laissée effarée à de nombreuses reprises. Certes, on parle ici de jeunes filles américaines, dans une culture qui leur est propre, mais certaines choses concernent probablement aussi les jeunes européennes et c’est effrayant.

Je ne peux pas reprendre tous les points que j’ai relevé mais en voici certains qui m’ont semblé intéressants :

Les garçons semblent incapables de se retenir de dessiner fièrement leurs organes génitaux sur toutes les surfaces blanches qui passent à leur portée.

Mais où sont les vulves broussailleuses, les somptueuses forêts pubiennes, les cons bien triangulaires ?

J’entends quelqu’un dire « Berk » ? C’est précisément là que je voulais en venir.

Même dans les cours d’éducation sexuelle les plus complets, on ne parle que des organes internes des femmes : l’utérus, les trompes, les ovaires. Les schémas classiques du système reproducteur féminin, ceux qui ressemblent un peu à des crânes de bœuf, se prolongent en Y gris entre les jambes, comme si la vulve et les lèvres n’existaient pas, sans parler du clitoris. Vous imaginez ne pas prévenir un garçon de 12 ans qu’il a un pénis ? De même, la puberté masculine est définie par l’éjaculation, la masturbation et l’apparition d’un désir sexuel irrépressible ou presque, alors que celle des filles est définie par… les règles. Et la possibilité de tomber enceinte sans l’avoir voulu. Où est la discussion sur le développement sexuel des filles ? Quand leur parlons-nous de désir et de plaisir ? Quand leur expliquons-nous les nuances merveilleuses de leur anatomie ? Quand abordons-nous la découverte, la connaissance de soi ? Dans ces conditions-là, il ne faut pas s’étonner si les ados pensent que les besoins physiques des garçons sont inévitables mais que ceux des filles sont, dans le meilleur des cas, optionnels.

Je craignais que l’autrice s’en tienne à des personnes hétéros (et cisgenres), et bonne nouvelle, elle aborde d’autres thématiques, développe les spécificités des personnes LGBT, le rejet qu’elles peuvent ressentir, l’homophobie, les risques de suicide, le coming-out, l’aide que peut apporter Internet…

Elle commence d’ailleurs ce chapitre en évoquant une jeune fille asexuelle, ce qui est assez rare pour être souligné :

J’ai reçu beaucoup plus de réponses de filles queer, de toutes ethnicités et de toutes orientations sexuelles, que je ne m’y attendais. Une jeune Coréano-Américaine de 18 ans se définissait comme asexuelle : elle n’éprouvait aucune attirance physique pour les hommes ou les femmes. J’admets qu’elle m’a déstabilisée : quand je l’ai rencontrée, j’ai eu l’impression d’interviewer quelqu’un qui aurait toujours été vegan à propos d’un livre sur les joies d’être carnivore. Mais elle voulait dire publiquement que son asexualité était une orientation sexuelle légitime, non quelque chose qu’elle aurait choisi suite à des rejets ou des agressions.

Peggy Orenstein développe aussi ce chapitre en s’interrogeant sur le genre. Elle parle de transidentité, mais aussi de personnes genderqueer ou agenres. J’ai trouvé son développement intéressant, même si je n’étais pas forcément entièrement d’accord avec elle, mais elle a au moins le mérite de se poser des questions, et de ne pas être fermée. En lisant le témoignage d’une personne qu’elle interroge, je me suis tout de suite demandé si cette personne était trans. Question que s’est également posée cette personne. L’autrice s’interroge sur ce qui fait un homme ou une femme, et les clichés que cela peut engendrer, et se demande pourquoi on ne pourrait pas adopter des codes attribués au genre opposé, sans être forcément transgenre (elle parle par exemple des butchs), et je suis tout à fait d’accord. La seule chose qui m’a un peu gênée, c’est de voir de jeunes personnes se poser des questions en allant sur des forums, et en quelque sorte, chercher des questions-réponses toutes faites. Toutes les personnes trans n’ont pas le même ressenti, loin de là (c’est valable pour tous les LGBT d’ailleurs), la transphobie intériorisée est présente il ne faut pas l’oublier. Il est sans doute plus facile de se dire gay ou lesbienne quand on est ado, que de se dire trans. Attention, je ne dis pas qu’il y a des trans partout, juste que rien n’est tranché, et encore moins si jeune. Il n’y a qu’à voir le coming out récent d’Océan, qui s’était fait connaître à la base pour son spectacle La lesbienne invisible (chouette spectacle d’ailleurs, et je continuerai à suivre Océan, dont j’aime l’engagement qui ne se limite pas aux questions LGBT).

J’ai eu des sueurs froides en lisant les témoignages d’expériences sexuelles, loin d’être toujours consenties, sur des campus, lors de fêtes de fraternités, toujours arrosées d’énormément d’alcool. Et d’autres sueurs froides en voyant les millions dépensés par le gouvernement américain, pour aller prôner l’abstinence dans les établissements scolaires. Alors que rien n’est fait pour l’éducation sexuelle, et même pire que ça, quand éducation sexuelle il y a, elle peut être tout simplement fausse !

Un livre franchement intéressant à découvrir donc. Pour aller plus loin, côté anatomie féminine, je vous conseille très fortement le livre Les monologues du vagin, d’Eve Ensler, ainsi que la BD L’origine du monde, de Liv Stromquist.

 

Et pour continuer à explorer les soirées étudiantes, mais d’un point de vue badass, avec des nanas qui prennent leur revanche sur des violeurs impunis, je vous conseille la série Sweet Vicious. Parce que oui, c’est punchy, drôle et ça fait du bien, mais c’est loin de n’être que ça. C’est une série qui dénonce les viols impunis sur les campus, et la culture du viol qui l’entoure. Et qui montre tous les ravages qu’un viol peut provoquer chez une personne. Et bizarrement, la série n’a pas été renouvelée après la première saison. Des thématiques trop pertinentes peut-être ? (D’autant qu’après avoir lu Girls & Sex, j’ai découvert que la réalité était encore plus effrayante que la fiction)

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Le vrai sexe de la vraie vie 2, de Cy

vrai 2Souvenez-vous, j’avais adoré Le vrai sexe de la vraie vie. C’est donc avec une impatience non dissimulée que j’attendais ce deuxième volume, que je me suis empressée d’acheter.

J’ai été prise d’une soudaine appréhension au moment de débuter la lecture, calée bien confortablement dans mon canapé, « Et si j’étais déçue ?! ». Et bien que nenni, mes doutes ont été dissipés bien vite, et je l’ai trouvé tout aussi bon que le premier, avec en plus le bonheur de la découverte (puisque dans le premier tome, il y avait moins d’effets de surprises, ses histoires ayant déjà été, en partie du moins, publiées sur MadmoiZelle.com).

Petit rappel, pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore (sachez que c’est le moment de foncer, et que les tomes peuvent se lire dans le désordre), Le vrai sexe de la vraie vie nous montre une sexualité ordinaire, de façon crue mais hors des clichés pornographiques, le tout de façon crédible, réaliste, drôle et décomplexant.

Le tome 2 continue sur la lancée du tome 1, avec des corps racisés, des personnes trans, lesbiennes, gays, bi, hétéro aussi (il en faut, personne n’est parfait), asexuels, et plein de sujets traités avec toujours beaucoup de bienveillance (je ne vous dévoile pas tout, histoire de ne pas gâcher le plaisir de la découverte). On retrouve également quelques Points cul, sur par exemple la protection, le vaginisme, l’asexualité…

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Et franchement, j’adore comme ce livre se partage, se passe de mains en mains, entre sourires, et échanges de discussions, d’expériences, que ce soit en couple ou entre potes. Je pense que ce sont de bonnes BD à destination des ados aussi, bien loin des clichés qu’ils peuvent voir un peu partout sur le Net… Bref à lire et à partager !

Le vrai sexe de la vraie vie, de Cy, et Corps Sonores, de Julie Maroh

Ces derniers mois, deux BD importantes sont sorties. Et les thématiques et la façon de les traiter se recoupent, à mon sens, c’est pour ça que j’ai décidé d’en faire un seul et même article.

Commençons avec Cy, qui a publié aux éditions Lapin Le vrai sexe de la vraie vie. A la base, on peut trouver ses BD sur des thématiques sexuelles sur le site de Madmoizelle. Le tout a été repris, retravaillé, augmenté, pour en faire ce chouette ouvrage (donc oui, même si vous avez déjà tout lu sur Madmoizelle, ça vaut quand même le coup de l’acheter).

La préface donne le ton :

Parlons de sexe, montrons le sexe, et surtout découvrons des sexualités au pluriel, accordées à tous les genres ou à aucun, selon une palette infinie et sans se limiter à seulement cinquante nuances.

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Et c’est là que je trouve ça révolutionnaire, c’est une BD qui parle de cul, très clairement, qui appelle un chat un chat (et une chatte une chatte, bon, bref…), qui laisse à voir des vulves, des pénis en érection, des pénétrations, mais surtout qui montre un large panel de sexualités, de pratiques. Le livre est certes court, mais appelle à l’ouverture, à la discussion, au consentement évidemment, mais aussi au rire, ça dédramatise allégrement. Y sont donc montrées des sexualités hétéros, homos, des corps trans, des corps handicapés, et abordées des thématiques pas si fréquentes (le fait de ne plus avoir envie, un trio qui finalement tombe à l’eau parce que ça ne fonctionne pas, ou les ratés sexuels qu’on a tous connus). Bons points également, les rappels disséminés sur la protection, le consentement, le sexe et le handicap…

Bref, une BD à faire lire à tous, pour sortir un peu de tous les stéréotypes qu’on connait, et qui envahissent les écrans.

Autre BD à lire et à faire découvrir, Corps Sonores, de Julie Maroh, aux éditions Glénat. J’ai parlé du Bleu est une couleur chaude il y a quelques temps, et de l’avis que j’en avais après quelques années. Corps Sonores est plus abouti, plus ouvert, et vraiment une pépite.

Encore une fois, le livre sort du lot, je trouve, par son ouverture, et son discours à contre-courant de l’univers mainstream dans lequel nous évoluons…

L’intro me fait penser à du Virginie Despentes, c’est dire !

La danse quotidienne des normes et des stéréotypes nous rappelle à quel point le corps est politique. Tout comme nos états amoureux. Le couple hétérosexuel monogame, blanc, beau et à l’éternel sourire de dentifrice, reste dans l’inconscient collectif le schéma souverain de l’état amoureux. Où sont les autres réalités ? Où est la mienne ?

Courtes-pattes, grassouillets, colorés, androgynes, trans, scarifiés, malades, handicapés, vieux, poilus, hors-critère-esthétique… Pédés, gouines, travelos, freaks, inconstants, cœurs d’artichaut, multi-amoureux et aventuriers, nous écrivons nos propres poèmes, vibrons à travers nos propres romances.

Nous ne sommes pas une minorité, nous sommes les alternatives.

Car il y a autant de relations amoureuses qu’il y a d’imaginaires.

Corps Sonores est une succession de rencontres, de personnages, qui en peu de pages, nous emportent avec eux à chaque fois.  Julie Maroh a choisi de centrer ses histoires dans la ville de Montréal, qui d’une part, est plus ouverte que par chez nous (comme on peut le constater sur les discussions au sujet du polyamour par exemple), et d’autre part est intéressante, du point de vue culturel et linguistique. L’ouverture des possibilités, des sexualités, me semblait tout à fait dans le cadre avec ce mélange des langues.

L’autrice nous fait rencontrer des personnages, qui nous ressemblent ou qui nous sont opposés, mais qui tous, sont crédibles, touchants, sensibles. Son dessin m’a transportée au milieu de tous ces couples ou de ces solitudes, avec ces corps désirants, et désirables. Un corps pouvant parfois littéralement s’enflammer, un cœur sortir de sa poitrine, les émotions et les sentiments sont palpables.

Une telle variété de désirs, de couples, de corps, d’orientations et d’identités sexuelles est tellement rarement représentée que c’est réellement une bouffée d’air frais de pouvoir se plonger dans un tel livre.

Et c’est d’autant plus plaisant de se retrouver avec deux livres aux thématiques similaires (même si l’un plus axé sur la sexualité, et l’autre sur les sentiments amoureux) à peu de temps d’intervalle. Plus qu’à espérer que ce sera le début d’une longue série, que chacune et chacun puisse se reconnaître dans ses lectures, et ne pas se sentir en permanence en marge.

Si tout n’a pas péri avec mon innocence, d’Emmanuelle Bayamack-Tam

product_9782070459209_195x320Il y a des livres qu’on ne peut pas lâcher une fois commencés, tout en voulant prendre son temps,  rester dans son univers, et ne plus en sortir. Si tout n’a pas péri avec mon innocence est de ceux-là.

Je ne connaissais pas du tout Emmanuelle Bayamack-Tam avant, et je me plonge à corps perdu dans ses romans depuis cette découverte. Découverte faite grâce à un coup de cœur de libraire (d’ailleurs si vous passez devant l’Astragale à Lyon, je vous conseille vivement d’y faire un saut).

Mais je m’égare, qu’est ce qui se cache derrière un titre aussi long ? Si tout n’a pas péri commence avec une histoire de naissance, et de prénoms, puis se poursuivra avec l’enfance et l’adolescence de Kimberly, notre héroïne, sa naissance à neuf ans, et sa tentative d’évoluer dans une famille disons plus que défaillante.

Des claques je m’en suis pris un certain nombre au cours de ma lecture, passant du rire aux larmes, de surprises en étonnements, l’auteure n’hésitant pas à aller loin, très loin, mais avec quelle force ! On ne ressort pas indemne de ce livre, et la fin m’a laissée frustrée, attendant une suite, ne voulant pas lâcher Kimberly, sa force, son entêtement, sa passion pour les poètes, son amour pour ses frères, son désir ou son absence de désir, pour les filles comme pour les garçons…  Difficile de ne pas en dire trop tant ce livre appelle juste à être découvert, et vécu en même temps que notre personnage principal.