Archives du mot-clé Transgenre

Les 5/5 T.2, d’Anne Plichota et Cendrine Wolf

5 5 tome 2Je vous avais déjà parlé du tome 1 des 5/5, avec assez d’enthousiasme malgré pas mal de défauts. J’avais donc très envie de lire la suite, que j’ai dévorée avec tout autant de plaisir.

Dans ce tome, les choses se compliquent sacrément pour la jeune équipe. Après avoir joué les Robin des bois des temps modernes avec succès et sans encombre dans le tome 1, les « grands méchants » pleuvent de toute part, et mettent à mal l’équilibre qui s’était créé dans le groupe.

Comme dans le tome précédent, l’histoire et les personnages restent assez stéréotypés, mais nous emportent complètement. Les personnages continuent à être développés et j’ai particulièrement accroché avec Far, jeune fille qui veut vivre avec son temps, mais dont les parents restent ancrés dans leurs traditions. Et évidemment John reste mon chouchou. Le benjamin de la bande est toujours aussi touchant, à l’orée de l’adolescence, il amène un peu de fraîcheur dans le groupe. Son corps commence à le trahir et c’est très compliqué pour lui de prendre en compte tout le parcours qui l’attend.

L’attirance entre John et son camarade Tom prend ici plus d’ampleur, et est aussi très mignonne, sans doute dû à leur jeune âge à tous les deux, et à une certaine innocence qui l’accompagne. Tom est troublé par John, et se « rassure » sur son homosexualité possible en se disant que John à un corps de fille (alors qu’on voit très clairement qu’il le considère comme un garçon). J’ai d’ailleurs trouvé très juste la scène avec son grand frère, Lip, qui lui dit qu’il est heureux pour lui, et qu’il a pas mal d’amis homos, ne se rendant pas compte qu’au lieu d’être rassurant, cette étiquette a de quoi faire peur au jeune Tom, qui est seulement en proie à ses sentiments, et pas du tout dans ces préoccupations-là.

Et encore une fois, j’aime beaucoup voir des thématiques identitaires évoquées très naturellement dans un roman d’aventures, sans que ce soit le sujet principal, tout en restant très juste.

Publicités

Sauveur et fils, de Marie-Aude Murail, tome 1 à 4

Sauveur et fils a été un de mes grands plaisirs de ces derniers mois. J’ai commencé avec le tome 1, suite à un avis sur la Rainbowthèque, sans attentes en particulier, et avec même un petit a priori, puisque j’avais eu du mal avec Oh, boy !, de la même autrice. Je l’ai lu avec plaisir, et ai eu envie de poursuivre, et finalement c’est devenu addictif assez vite. Les personnages sont hyper attachants et le côté feuilleton donne vraiment envie de continuer.

L’histoire tourne autour de Sauveur, psychologue martiniquais à la carrure impressionnante, qui vit seul avec son fils. S’ensuit toute une galerie de personnages, composée de leur entourage et des patients de Sauveur.

Le premier tome est sympathique et met bien les choses en place, et développe l’histoire familiale de Sauveur (on sait que les cordonniers sont les plus mal chaussés, et ça se vérifie ici, puisque Sauveur a beaucoup de mal à parler à Lazare, son fils, de leur histoire, et particulièrement de sa mère). On fait aussi la connaissance de plusieurs patients, que l’on retrouvera tout au long des tomes (certains ne font que passer, d’autres arriveront plus tard et seront développés également) : Margaux adolescente qui se scarifie, Ella phobique scolaire, Gabin dont la mère est aux urgences psychiatriques…

Le tome 1 donne envie de lire la suite, et ça tombe bien puisque je trouve que c’est une série qui va en s’améliorant. La multiplicité des personnages, et le métier du personnage principal permettent de développer des thématiques fortes et intéressantes : le racisme, les familles recomposées, le mal être adolescent sous de nombreuses formes, la pédophilie, le cyber-harcèlement et bien d’autres.

Pour les sujets qui nous intéressent ici, le côté lgbt est présent de diverses façons, on a par exemple une famille recomposée dont la mère est partie pour une autre femme ou un personnage bisexuel. Ceci est évoqué de façon assez naturelle, sans pour autant enlever les problématiques que cela peut causer (les enfants de la famille recomposée ont beaucoup de mal à voir leur mère vivre avec une femme).

Le personnage qui m’intéresse le plus dans Sauveur et fils, et auquel je me suis le plus attachée (même s’il y a bien d’autres qui me touchent), c’est Ella, qui souffre de phobie scolaire. Ella ne supporte pas l’école, et vient d’avoir ses règles lors de son premier rendez-vous chez  Sauveur. Ella écrit ou se raconte des histoires, dans lesquelles son nom est Elliott. Ella/Elliott est un personnage extrêmement attachant, et qui se découvre petit à petit au fil des tomes, notamment en se travestissant et en faisant des recherches sur la transidentité. Sa relation avec son père évolue en fonction de cela (et également suite à des révélations sur un secret de famille) et c’est très touchant.

J’ai apprécié aussi de voir Sauveur un peu démuni face à ce personnage, auquel il est clairement très attaché. Il ne sait pas exactement comment réagir, s’il doit l’appeler Eliott, et il s’inquiète du regard des autres (Ella est victime de cyber-harcèlement). Je ne sais pas s’il y aura une suite (je l’espère en tout cas !) mais jusqu’à présent j’aime beaucoup le traitement de ce personnage, écrivain en devenir, qui peut vivre son genre comme il l’entend dans ses propres histoires, et en tant qu’auteur.

Bref, c’est une très chouette série de livres jeunesse, qui aborde plein de thématiques intéressantes, à travers des personnages attachants.

 

Les 5/5, d’Anne Plichota et Cendrine Wolf

Plichota_Wolf_5sur5_T1_couverture-681x1024A priori, Les 5/5 n’est pas du tout le genre d’ouvrage qui m’attire. Notamment parce qu’il parle d’ados qui font du sport de rue (type skate, BMX ou art du déplacement comme les Yamakasi). Mais comme j’ai entendu qu’il y était question d’un transgenre, je me suis laissée tenter, et j’ai franchement bien accroché, et maintenant je veux la suite, et ouais !

Les 5/5 sont des ados qui ont entre 12 et 17 ans, chacun passionné par un de ces sports, donc. Au début, rien ne les réunit, et on découvre les spécificités de chacun : une jeune Pakistanaise venue en France avec sa famille qui essaie de la garder sous sa coupe, des jumeaux déscolarisés vivant dans une cité, un jeune garçon qui rêve de devenir acrobate et dont le père trouve ce hobby ridicule et peu lucratif, et donc, le personnage qui nous intéresse particulièrement ici, John, 12 ans, choyé par sa famille et accessoirement transgenre.

Ils sont un jour réunis par le frère de l’un deux, Lip, pour faire justice à leur manière, auprès d’hommes puissants, tels de nouveaux Robin des Bois.

Je ne vais pas vous mentir, j’ai vraiment bien accroché, mais ce livre à des défauts. Les personnages sont un poil archétypaux et surtout, les méchants sont bien des méchants de cinéma, des hommes riches et puissants, des ordures de première sans demi-teinte. Ça ferait une excellente série télé cela dit, les personnages sont malgré tout attachants, et tous les ingrédients sont là pour que ça prenne.

Pour en revenir à John, le personnage est vraiment développé, et plutôt bien je trouve. C’est encore un enfant, c’est le plus jeune de la bande, et son innocence est assez touchante pour le lecteur comme pour les autres membres du groupe.

Sa famille le soutient totalement, et c’est beau à lire, mais ça n’empêche pas la transphobie de l’entourage, du bête et méchant d’une voisine qui a peur que cela déteigne sur son fils, aux maladresses de chacun, ne sachant pas toujours comment réagir.

Sa relation avec Tom, deuxième plus jeune de la bande, est aussi touchante, Tom étant clairement attiré par John. J’espère que la suite sera à la hauteur, entre le passage de John dans l’adolescence (il sent que son corps est sur le point de le trahir) et justement, l’attirance entre les deux garçons.

J’ai beaucoup aimé que cette thématique soit abordée dans un roman d’aventures, où ce n’est absolument pas central à l’histoire, et c’est assez rare pour être signalé.

Opération Pantalon, de Cat Clarke

CVT_Operation-pantalon_5077J’ai entendu parler d’Opération pantalon sur la chouette chaine Youtube de Mx Cordélia (qui parlait également d’un autre livre de la même autrice, A kiss in the dark, qu’il me tarde de découvrir), ça m’a donné envie de foncer l’acheter, et je ne l’ai pas regretté.

Liv fait sa première rentrée au collège et à son grand désespoir, le port de la jupe y est obligatoire pour les filles. Lui sait très bien qu’il n’en est pas une, mais aux yeux des autres, il est Olivia, ou Liv, mais en tout cas, une fille. Il va donc tout faire pour pouvoir s’habiller comme il le souhaite, et lancer l’Opération pantalon.

Ce n’était pas volontaire, mais les trois derniers romans jeunesse que j’ai lu ont des thématiques qui se croisent. Comme dans Le secret de Grayson, le personnage principal est transgenre et surtout assez jeune, puisqu’en 6ème. La différence entre les personnages m’a d’ailleurs un peu perturbée, j’ai trouvé Liv plus mature que Grayson, il m’a donc semblé un peu plus âgé, mais je me dis que c’est un âge charnière, plein de changements et de chamboulements, qu’il est donc normal que chacun avance à son rythme.

Autre thématique qui revient, celle de l’homoparentalité, comme dans Frangine, Liv a deux mamans (c’est drôle d’ailleurs, parce qu’il me semble que ce sont les premiers romans jeunesse que je lis sur le sujet, je ne compte pas les albums, et il se trouve que je les lis à la suite). Ce qui va d’ailleurs lui poser problème, puisqu’il en parlera tout naturellement dans un cours d’anglais, où chacun doit se présenter, et va se faire harceler par certains de ses camarades suite à cela.

Liv est un personnage très attachant, qui garde son Secret pour lui, n’osant pas en parler à ses mères (qui manifestement se doutent de quelque chose) ni à sa meilleure amie Maisie. Cette dernière rêvant de se rapprocher des gens « populaires » finira d’ailleurs par délaisser son ami un peu trop bizarre à son goût. Heureusement, Liv va se faire un nouvel ami, prêt à l’épauler dans sa volonté de faire disparaître ces règles vestimentaires archaïques.

Opération pantalon est un très beau roman, avec des personnages touchants avec leurs forces mais aussi leurs défauts, et qui parle de tolérance, au sens large (au collège chaque différence peut être vue comme une faiblesse). Et puis on voit peu de garçons transgenres dans les romans, donc ça fait du bien de les voir aussi ! De même que montrer que les familles homoparentales  existent.

Le secret de Grayson, D’Ami Polonsky

ACH003787659.1466222112.580x580-202x300Le secret de Grayson fait partie de la vague de romans jeunesses abordant la transidentité qui sont parus dernièrement.

Même si j’avais envie de le lire depuis un petit moment, je dois dire que les premières pages m’ont un peu inquiétée, avec ses histoires de princesse, de crayons doré et rose… Bref, j’ai eu peur des clichés. Mais au final, même si pour moi, le roman met un peu de temps à démarrer, j’ai vraiment été emportée et j’ai tout lu d’une traite.

Grayson est en 6ème, et est une élève très solitaire. Jusqu’au jour où elle sympathise avec une nouvelle élève, Amelia. Grayson vit avec son oncle et sa tante, ainsi que ses cousins, depuis la mort de ses parents.

Sa rencontre avec Amelia change sa petite routine bien rodée, et quand elle s’éloigne vers de nouvelles amies, tout s’effondre à nouveau. Alors, sur un coup de tête, elle s’inscrit pour participer à la pièce de théâtre Perséphone, mise en scène par son prof préféré, M. Finnegan.

Lors de l’audition, elle demande à jouer le rôle de Perséphone, un rôle féminin, donc. A partir de là, tout va changer pour Grayson. Envers et contre tout, ce rôle est une façon de s’affirmer, et de ne pas disparaitre.

Le livre nous emmène alors dans son combat, contre sa famille, contre les autres élèves, mais aussi dans des moments extrêmement touchants au contact d’autres élèves, alliés, ou de révélations sur son passé.

La force du roman, au-delà de nous montrer l’affirmation de Grayson dans sa véritable identité, est de montrer le passage de l’enfance à l’adolescence. Grayson imagine ses joggings se transformer en jupe, et se rend bien compte qu’avec l’âge ça ne prend plus, et que l’imaginaire n’est plus aussi fort qu’avant. Et cette rupture, ce retour à la réalité, est aussi ce qui va l’obliger à s’affirmer et à savoir qui elle est vraiment et surtout à le vivre au grand jour.