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Le fleuve, de Claude Ponti

Sur le fleuve l’Ongoh vivent les Oolong. Avant sa mort, grand-mère Nour-Danne dit à sa famille qu’elle a eu une belle vie de fille et qu’elle désire renaître dans le corps d’un garçon.
Après sa mort, une petite fille naît, qu’à cela ne tienne, on en fera un garçon qui s’appelle Louz-Nour.
De l’autre côté du fleuve vivent les Dong-Ding. Grand-père Dang-Houde dit à sa famille qu’il a eu une belle vie, et qu’il veut renaître en fille. Après sa mort, un petit garçon naît. Qu’importe, on en fera une fille qui s’appellera Rouh-Dang.

le fleuve

 

Les deux enfants grandissent. Un jour, un monstre surgit, si monstrifique qu’il n’a pas de nom, ni de prénom. Il menace de geler tous les parents Oolong et Dong-Ding si on ne lui fournit pas un élixir lui garantissant la vie éternelle…

Le fleuve est un très joli album jeunesse (un peu compliqué à comprendre avant 7 ans je pense), où Claude Ponti nous plonge dans une nature exotique, aux mots inventés et plein de poésie. Cet album parle de transmission, de partage, d’entraide, mais surtout d’identité de genre ! Et c’est si rare à destination des plus jeunes que ça mérite vraiment d’être souligné.

fleuve

Ces enfants grandissent donc dans le genre que voulaient avoir leurs grands-parents, sans que cela ne pose problème à personne. Mais au-delà de ça, les enfants des Oolang et des Dong-Ding ont un nombre de nattes en fonction de leur genre, une natte pour les garçons, trois nattes pour les filles, et attention, tenez-vous bien, cinq nattes pour les enfants qui ne savent pas encore si iels seront fille ou garçon. De même qu’à la fin du livre, Louz-Nour et Rouh-Dang se sont construit une maison, et ont décidé d’être fille ou garçon selon leurs envies.

Voilà de quoi aborder la thématique du genre avec les enfants assez jeunes et lancer le dialogue avec eux. Je suis hyper impressionné qu’un auteur renommé comme Claude Ponti puisse parler aussi librement de transidentité et de non-binarité, de façon très simple et sans jamais employer ces termes.  J’espère que d’autres prendront exemple sur lui, et que ce n’est que le début !

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Trans Barcelona Express, d’Hélène Couturier

CVT_Trans-Barcelona-Express_6212Avant toute chose, j’ai une déclaration à faire : j’arrête (au moins pour un temps) de vouloir absolument lire un livre dès que j’entends qu’il est problématique. Je me fais du mal inutilement et je me dis qu’il est temps d’arrêter (le monde qui nous entoure est déjà bien suffisant je crois).

Cela étant dit, j’ai voulu lire ce roman en toute connaissance de cause, et j’ai pu le faire grâce à Mx Cordélia qui ne savait pas quoi faire de ce livre problématique qui encombrait inutilement sa bibliothèque. Merci à elle au passage.

Pour en revenir à nos moutons, et précisément au livre qui nous intéresse ici, je ne vous cache pas que j’ai regretté ma décision dès les premières pages. Si vite ? Et ben ouais… Parce que voir une ado préparer sa valise et se lamenter de ne pas pouvoir y mettre toutes ses tongs à paillettes, puis voir sa mère se lamenter sur son poids en se regardant dans le miroir, le tout en trois pages, ben déjà, merci la représentation des femmes quoi !

Bon ensuite, qu’est ce qui se passe ? Nina, sa mère et sa petite sœur partent toutes les trois en Espagne pour les vacances. Nina va au passage y retrouver un garçon qui est un ami, mais peut être plus si affinités, mais ça reste à définir…

Lors d’une soirée un peu (beaucoup) trop arrosée, Nina récupère un sac à dos en pensant que c’est le sien, sauf que non. Dans ce sac, elle trouve un carnet avec des dessins assez torturés, signés XYX. Après enquête, et parce qu’elle se sent coupable d’avoir embarqué le sac de quelqu’un d’autre, elle découvre que quelqu’un a taggué cette même signature dans un skate parc. L’enquête continue, et apparemment, le sac appartient à une personne qui s’est fait virer de chez elle par son père. Mais pourquoi donc ? Suspense insoutenable ! (non en fait, ça sent le sapin cette histoire, et ça se confirme avec la suite)

Alors, déjà, dès le début, Nina pense que le sac appartient à une fille (rapport au mascara vert qu’elle a trouvé dedans). Mais au fil de l’enquête, on découvre un prénom de garçon. Hum, c’est louche cette histoire… Vous le sentez venir le truc foireux là ?

Et que signifie donc ce XYX ? Hum, mystère, mystère…

Avant de passer à la suite, et vous laissant sans doute un suspense absolument insoutenable, je fais une petite parenthèse. Dès le début du roman, et cela s’est confirmé par la suite, j’ai constaté que l’autrice avait un certain souci de rendre son histoire pédagogique. Ainsi, on en saura plus sur l’histoire de Barcelone, sur les Catalans, on apprendra de nombreux mots espagnols, au passage on en découvrira aussi un peu plus sur le Honduras. Bref, vous voyez l’idée. Alors, honnêtement, c’est louable hein. Personnellement, ça m’a un peu agacé de voir des nombreux cours d’espagnol « habilement » cachés ici et là, mais soit, je n’ai pas l’âge du public visé, et en plein apprentissage de cette langue, j’aurais peut-être apprécié de pouvoir réviser mon vocabulaire au passage…

Mais ! Évidemment, cela ne s’arrête pas là, et l’autrice a voulu traiter la transidentité comme un sujet pédagogique. Alors, encore une fois, sur le principe, pourquoi pas. Après tout, Appelez-moi Nathan est pour moi une BD pédagogique sur le sujet. En ce qui me concerne, je trouve que ça l’est un peu trop, et aussi trop « parcours typique et obligatoire », mais la BD n’est pas mauvaise, et à mon sens, on peut la faire lire à des ados sans problème.

Mais ici, ça ne va pas du tout ! Et le pire du pire, c’est que l’autrice semble s’être un minimum renseignée ! Mais mal et clairement pas assez…

Donc pour revenir au sujet. Nina et ses amis finissent par retrouver Silvano pour lui rendre son sac. Et là, surprise ! On apprend que Silvano est une fille trans, et que son père ne l’accepte pas du tout.

– Quand j’ai enfin trouvé le courage de dire à mon père que je voulais suivre un traitement, il m’a fait hospitaliser. Quelques jours après, le psychiatre lui a certifié que je n’avais aucune maladie mentale. Il fallait m’aider à devenir celui que j’étais réellement, celui que je ressentais être.

Oh une personne transgenre qui se mégenre elle-même, c’est y pas beau ça ?!

Suite à cela, Nina et ses amis vont se renseigner sur la transidentité, et se mettre en tête d’aider Silvano (qui n’a rien demandé).

On a lu des témoignages de transgenres qui s’étaient, comme Silvano, retrouvés virés de chez leurs parents quand ils avaient annoncé vouloir passer à leur transformation physique. Certains racontaient comment, isolés, ils étaient tombés dans la drogue et la prostitution. Les cas d’automutilation étaient fréquents (faire souffrir ce corps qui n’est pas son vrai corps), comme les cas de suicide.

Paye ta représentation des personnes transgenres ! On parle forcément d’opérations et de transformations physiques, de mal-être, de mauvais corps… Merci le regard cisgenre, et le côté pathologisant.

Donc, là nos héros veulent aider Silvano, et décident de se rapprocher d’une association lgbt.

Bon, j’ai oublié de préciser. Mais comme il se doit, tout le monde genre Silvano au masculin hein. A un moment, Nina tente d’expliquer à sa petite sœur ce qu’est la transidentité. Et elle précise bien que Silvano n’est pas une bête de foire, alors que tout le roman va dans ce sens…

Donc Nina et ses amis se rendent dans une association qui vient en aide aux personnes transgenres en disant qu’ils souhaitent aider Silvano. La personne qui les reçoit (elle-même trans) mégenre aussi allègrement Silvano et leur raconte pas mal de bullshit (l’autrice tente un contenu pédagogique, mais c’est raté), par exemple :

Quand on n’a pas l’habitude, rencontrer une personne trans peut être déstabilisant. Je me souviens que lorsque j’étais encore une fille, les gens me regardaient avec un certain malaise. Ils ont besoin d’être rassurés, de savoir s’ils doivent dire « il » ou « elle », sinon ils ne savent pas comment se comporter. Une fois que j’ai été opéré et que je suis devenu officiellement un individu de sexe mâle, les gens m’ont regardé normalement. Ils se sentaient mieux avec moi et je pouvais donc être plus à l’aise avec eux.

Bon, là y a rien qui va. J’ai juste envie de vomir, et je pense avec une infinie tristesse aux personnes transgenres qui auraient le malheur de lire ce livre. Nan mais qui peut écrire un truc pareil, sérieusement ! C’est d’une violence innommable.

Ce livre est un tissu de conneries, et de violences à l’égard des personnes trans. Silvano est mégenrée tout du long, et n’est qu’un prétexte pour apprendre des choses à des personnes cisgenres, d’un point de vue cis, et complètement erroné. Silvano est montrée comme une bête de foire, et en plus, est reconnaissante de l’aide que lui ont apportée les autres !

Bref, n’achetez surtout pas ce livre et ne le lisez pas !

Hello, monde cruel. 101 alternatives au suicide pour les ados, les freaks et autres rebelles, de Kate Bornstein

hello cruel worldJe suis peu en dehors des clous, mais c’est mon premier article de 2019, donc j’en profite quand même pour vous souhaiter une belle et heureuse année, pleine de chouettes lectures, de représentations positives et de découvertes littéraires.

Pour ne rien vous cacher, j’avais prévu de faire un petit break pendant les vacances de Noël et de revenir ensuite tranquillement. Finalement j’ai eu besoin de faire une pause un peu plus longue que prévue pour différentes raisons. Déjà, j’ai envie que ce blog reste un plaisir, et ces derniers temps, je me suis un peu trop mis la pression et me suis rendu compte que certaines lectures n’étaient plus agréables. D’où mon point suivant, 2019 sera pour moi une année de lecture plaisir, tant pis si je lis moins de choses pour le blog d’une part, et surtout, surtout, j’arrête les lectures qui me sont douloureuses. Si je vois un livre qui m’a l’air problématique, sauf raison X ou Y, je passerai mon chemin. J’ai d’ailleurs des articles sous le coude, qui datent de la fin de l’année, mais je n’avais pas envie de commencer 2019 avec de la mauvaise représentation, donc vous les aurez un jour, mais j’essaierai d’alterner avec des lectures plus saines.

C’est facile de parler d’un livre problématique, et parfois ça fait du bien, mais je me suis rendu compte que c’était néfaste à mon bien être, et que je n’avais plus envie de m’infliger ça.

J’ai eu des lectures sacrément chouettes depuis le début de l’année, et pourtant j’ai eu du mal à me remettre en selle pour le blog. Jusqu’à Hello, monde cruel.

Alors, je tiens d’abord à dire que ce livre n’est pas parfait, j’ai des réserves, et sans doute certains désaccords avec l’autrice, mais franchement, peu importe. Parce qu’au final, ce livre m’a fait énormément de bien.

Déjà, il commence fort, avec non pas une, mais deux préfaces, l’une de Sara Quin (du groupe Tegan et Sara), et l’autre de Paul B. Preciado. Rien que ça !

Je tiens aussi à saluer le travail de traduction de Jayrôme C. Robinet, que je ne connaissais pas mais qui a fait un sacré bon boulot ici. Il précise dans une note comment il a procédé (le livre parle de non binarité et de genre, donc il y a de l’écriture inclusive, le pronom iel est utilisé etc…), et aussi comment il a essayé d’inclure des conseils d’œuvres francophones pour le lectorat français (car Kate Bornstein partage beaucoup de conseils de livres, séries, films).

Le livre, selon le sous-titre, s’adresse aux ados, aux freaks et autres rebelles. Déjà, sachez que vous pouvez le lire à tout âge, si vous avez appartenu à ces catégories à un moment, cela vous parlera tout autant. Pour ma part, je pense que si j’avais eu accès à ce livre pendant mon adolescence, mon cerveau aurait probablement explosé, et j’aurais surement pleuré toutes les larmes de mon corps (peut-être pas dans cet ordre-là), de me sentir enfin le droit d’exister.

Alors, je dis que le livre s’adresse à tous, dans les faits oui, dans la pratique, il est quand même très axé sur les questions queers. Il y aura des choses à prendre pour toutes les personnes hors normes et/ou qui ont déjà vécu un mal-être profond, mais ça reste plus ciblé sur le genre malgré tout. Et il parlera tout particulièrement aux personnes non binaires, c’est tellement rare que je trouve important de le préciser.

Hello, monde cruel se divise en deux parties. Dans la première Kate Bornstein se présente, en tant que personne non binaire, et donne (entre autres) à réfléchir sur toutes les limites que l’on peut ressentir dans sa vie, et comment ne pas les laisser influencer notre identité. Tout en sachant en plus que notre identité peut être fluctuante, que rien ne nous oblige à rester enfermé dans une case à vie.

Dans la deuxième partie, on passe au côté « pratique » et l’autrice propose donc ses 101 alternatives au suicide, avec à chaque fois le degré de facilité, le degré de risque, et le degré d’efficacité. La première alternative étant « Reste en mouvement », et la dernière « Essaie de garder quelqu’un·e d’autre en vie ». Entre les deux, on pourra avoir des conseils variés allant de « Prends la fuite et planque toi » à « Sois éblouissant·e » en passant par « Sois ton·ta propre jumeau·elle diabolique ».

Certains conseils ont pu me paraître presque choquants, en pensant qu’ils s’adressaient à des ados. Mais justement, un livre qui s’adresse à eux en leur proposant de réfléchir, de sortir des sentiers battus, et qui s’adresse à des gens dans un mal-être tel qu’ils pensent au suicide, ne peut pas uniquement passer par des solutions 100% positives, et c’est réaliste de le dire.

D’autant plus que l’autrice prône la bienveillance pendant tout son livre, c’est la base. Et de fait, Hello, monde cruel est sacrément empouvoirant, et m’a fait un bien fou. Je ne suis plus à une période de ma vie difficile, comme ça a pu l’être par le passé, mais je m’y reconnais, forcément, et tous ces conseils peuvent aussi s’appliquer aux coups de blues. Et nous concernent donc toutes et tous à un moment donné.

J’ajoute, si vous aviez encore vraiment besoin d’être convaincus, que j’ai adoré le lire et j’adore encore le feuilleter, parce que la mise en page est belle, et pleine d’illustrations diverses, d’encarts, et c’est un plaisir de découvertes. Un livre atypique, à l’image de son autrice, pour des personnes qui sortent du cadre, quel qu’il soit. Allez-y, foncez !

Le corps est une chimère, de Wendy Delorme

corps chimèreWendy Delorme est quelqu’un que je suis de loin en loin, mais son nom m’interpelle toujours lorsque je tombe dessus, car je sais qu’elle aborde des thématiques qui m’intéressent. Perfomeuse et autrice queer, j’ai pu la voir dans un film d’Emilie Jouvet, et lire son précédent roman, La Mère, la Sainte et la Putain.

Le corps est une chimère (au titre prometteur) m’a forcément tapé dans l’œil.

Tout commence par des funérailles. S’ensuit une galerie de personnages, et leurs histoires, qui se croisent. On découvrira donc un homme éploré, son ex-femme et son nouveau compagnon, leur fille (ainsi que sa compagne et leurs trois enfants), une travailleuse du sexe amoureuse d’un policier dont le genre n’est jamais nommé, et un couple de lesbiennes.

Le roman aborde des thématiques importantes, et difficiles : les violences faites aux femmes, les négligences policières (et les difficultés de vouloir lutter contre, même de l’intérieur), le statut des travailleuses du sexe. Mais aussi d’autres sujets tout aussi importants : l’identité de genre, les migrants, l’homoparentalité, la PMA, l’homophobie, les classes sociales etc… Et les liens entre les personnages mettent aussi en évidence les liens familiaux, l’amour, le couple, la filiation.

J’ai eu la chance d’assister à une rencontre/lectures avec Wendy Delorme à la librairie Terre des livres, et c’était vraiment un moment très intéressant, qui m’a donné envie de me (re)plonger aussi dans ses autres livres. J’ai aimé découvrir qu’elle avait écrit ce livre en riposte à la Manif pour tous, en espérant que les gens qui manifestaient contre nos droits pourraient le lire. Elle a d’ailleurs imaginé prendre un autre nom pour sortir ce livre, pour gommer son parcours, et s’adresser au plus grand nombre.

Le rapport au vêtement (et au corps) est très important dans ce roman, et c’était intéressant d’entendre l’autrice parler du côté politique du vêtement (et d’apprendre qu’elle donnait des cours sur le sujet également, ça donne envie de retourner à la fac !).

J’aimais déjà bien Wendy Delorme avant cette rencontre, qui m’a confirmé que c’était une autrice à suivre (en plus d’être quelqu’un de très accessible).

Pourquoi la représentation est toujours importante (deuxième volet)

J’ai parlé en début d’année de l’importance de la représentation, et suite au #NationalComingOutDay, j’ai eu envie de compléter ce premier article par un billet un peu plus personnel.

Je l’ai dit précédemment, la représentation est primordiale pour les personnes concernées, et quand je dis primordiale, je pèse mes mots, puisque se voir représenté.e, savoir que l’on n’est pas seul.e, et pas condamné.e à être malheureux.euse peut parfois être une question de vie ou de mort.

Je reprends donc mon expérience, qui rappelons le, n’appartient qu’à moi, je ne parle pas au nom des autres. J’ai grandi avec un accès important à la culture, je ne suis vraiment pas à plaindre de ce côté-là, et je peux dire qu’enfant, j’étais vraiment ce qu’on appelle un rat de bibliothèque. J’ai donc dû lire à peu près tout ce qui se trouvait dans ma bibliothèque de quartier, et pourtant, je n’ai quasiment jamais été en contact avec du contenu clairement lgbtqi.

Soyons clairs, je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, et je trouve cette évolution admirable. Mais à l’époque (pas si lointaine), le rayon jeunesse était loin d’être aussi développé qu’aujourd’hui, et à treize ans, pouf, on passait du « côté des adultes », sans guère de propositions intermédiaires.

J’ai donc grandi dans un monde totalement hétéronormé et cisnormatif. Puis j’ai passé mon adolescence en quête de représentations de gens « comme moi ». Avec un succès un peu mitigé, puisque comme dit précédemment, la plupart des films que j’ai vus à cette époque avec des lesbiennes étaient franchement glauques et/ou déprimants. Mais bon, malgré tout, je savais au moins que l’homosexualité existait, ne serait-ce qu’à travers tous les « sales gouines » et « sales PD » entendus à tour de bras au collège et au lycée.

Pour ce qui est de l’orientation sexuelle, je savais des choses, c’était un sujet un peu tabou, mais malgré tout, plus ou moins connu de tous. Ça ne m’empêchait pas de me sentir unique au monde, mais au fond de moi, je savais qu’il en existait d’« autres ». (Où étant la vraie question, à l’époque, j’avais l’impression que ça restait très marginal, alors que tellement pas en vrai, mais je m’égare)

Bon, par contre, l’identité de genre c’était un tabou ultime, là ça n’existait clairement pas du tout. Je n’arrive pas à me rappeler de représentations que j’ai pu avoir enfant, ni même de la première fois que j’ai entendu parler de transidentité. C’est totalement flou.

J’ai le souvenir très précis d’avoir vu mon premier Almodovar au cinéma avec Tout sur ma mère, mais j’ai pu tomber sur d’autres avant, à la télévision, qui m’ont moins marquée à l’époque (peut-être parce que j’étais un peu trop jeune pour entrer dans son univers). J’ai un souvenir encore plus précis, avec Boys don’t cry, toujours au cinéma. J’avais à peine 16 ans, je découvrais ma préférence pour les filles, et ce film a été une grosse claque émotionnelle. Je me souviens avoir été marqué par le fait que ce soit tiré d’une histoire vraie, et m’être intéressé au vrai Brendon Teena. En tout cas, pour le coup, ça donnait une image de la transidentité franchement dramatique et effrayante.

En termes de représentations d’identités de genre, ça n’allait donc pas très loin…

En 2003, alors jeune étudiante, je découvre un livre de Jeffrey Eugenides, Middlesex, saga familiale avec un personnage intersexe. Je me rappelle d’une certaine fascination pour ce livre, et surtout pour ce personnage. Je ne crois pas me questionner consciemment sur mon genre à l’époque, mais mon intérêt pour ces questions est présent depuis longtemps. Le travestissement m’a toujours fasciné, de même que l’ambiguïté de genre. Par la suite, j’ai pioché à droite à gauche des représentations qui pouvaient me toucher de plus ou moins près. Que ce soit du côté des livres avec L’âge d’ange, Le chœur des femmes, ou encore Testo junkie. Ou côté cinéma avec des films comme Tomboy et XXY…

C’est laborieux de parler de soi. Je me suis construit comme j’ai pu, sans réellement me retrouver dans des personnages. J’ai beaucoup grandi au contact d’autres personnes LGBT, notamment à travers Internet. J’ai appris beaucoup de choses sur le genre en passant par ce biais. Ça n’a pas empêché mes questionnements sur un forum, autour de la vingtaine, d’être plus ou moins balayés d’un revers de la main en mode « Tu te prends la tête pour rien ». Bon, soit… Sauf que, évidemment, ce « rien » n’est jamais parti, et ne m’a jamais laissée en paix, même si le déni m’a suivie longtemps, très longtemps.

Je ne peux pas m’empêcher de ressentir un sentiment d’envie, de jalousie, quand je vois tout ce à quoi les jeunes ont accès aujourd’hui. Parce que je sais bien, qu’aujourd’hui, en amenant ce type de questionnements, je n’aurai pas du tout les mêmes réponses. Mais j’ai 34 ans de rejet de qui je suis derrière moi, et tout ce que j’ai nié, refusé, c’est autour de ça que je me suis construite.

Bref, maintenant je sais (enfin !) que d’une part, je ne suis pas seule, et d’autre part, que mon identité de genre est tout à fait légitime. Et franchement, ça fait du bien. Il n’empêche que la représentation des personnes non binaires (et oui, le mot est lâché) est toujours quasi inexistante, et que c’est compliqué de ne jamais se voir nulle part. Il y a de timides avancées, et je vois bien que ça évolue, mais ça reste frustrant de voir que ça prend autant de temps et que même en cherchant bien, le nombre de livres, films ou séries avec des personnages non binaires reste franchement limité.

Petite mise à jour du 8/11/2018

Je me rends compte après la rédaction de cet article, et surtout sa réception, que la non binarité n’est pas du tout une évidence, ce que je comprends, et que je n’avais pas vraiment anticipé. Je me permets donc de vous conseiller une vidéo d’Alistair, très bien faite et très pédagogique, qui vous permettra d’en savoir un peu plus sur le sujet.