A kiss in the dark, de Cat Clarke

J’avais très envie de lire A kiss in the dark, après avoir découvert Opération Pantalon, et je pense que je me pencherai à l’occasion sur les autres romans de Cat Clarke.

Ce roman est à destination des ados (contrairement au premier que j’ai lu, qui était pour les un peu plus jeunes).

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A kiss in the dark commence comme beaucoup d’histoires, deux ados discutent sur Internet, se rencontrent à un concert, et s’ensuit une histoire d’amour entre les deux. Sauf que… Kate rencontre Alex en étant persuadée que c’est un garçon. Cette dernière est persuadée qu’elle va se rendre compte de sa méprise en la voyant en vrai, mais non. Il se trouve que l’attirance est réciproque, et qu’Alex ne voulant pas perdre ça, va s’enfoncer dans le mensonge. Kate veut un petit ami, pas de souci, elle en aura un.

Passé un moment un peu étrange au niveau de la traduction alternant entre le féminin et le masculin pour Alex, au tout début (alors, oui le français est une langue ultra genrée, mais ça m’a laissée perplexe comme choix malgré tout), je suis tout de suite rentrée dans l’histoire, dans la naissance de l’amour entre Alex et Kate, mais aussi tous les mensonges dans lesquels s’embourbe Alex.

Franchement, leur histoire est si mignonne, que je ressentais le stress d’Alex de mentir à la personne qu’elle aime sur un sujet si… important. Mais est-ce vraiment important ? On sent bien qu’Alex se glisse dans la peau d’un garçon sans effort particulier, à part le fait de se bander la poitrine, et de changer ses vêtements. Alex est un personnage intéressant, parce que pas fondamentalement genré, et qui n’est d’ailleurs pas non plus dans une orientation sexuelle binaire. Elle est tombée amoureuse de Kate, bon il se trouve que c’est une fille, mais elle ne se définit pas comme lesbienne pour autant.

J’ai beaucoup aimé me plonger dans cette histoire, même si honnêtement, je me suis fait du mouron pour les deux personnages. Un seul bémol malgré tout, et ça m’attriste qu’il y en ait un, j’ai trouvé la fin vraiment trop rapide et trop facile, et c’est dommage, je trouve.

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Alice au pays du réel, d’Isabel Franc et Susanna Martin

alice_au_pays_du_reel_couvTout commence par un prologue où Isabel Franc explique le pourquoi de cette BD. Autrice de plusieurs romans (elle a notamment publié une trilogie de romans policiers sous le pseudonyme de Lola Van Guardia)), elle s’est associée à une dessinatrice pour parler du cancer du sein. Elle s’est inspirée de sa propre histoire mais pas seulement, et à la demande de ses amis et connaissances, a décidé d’en parler avec humour. Le choix de la BD s’est imposé, pour que le livre soit accessible plus facilement à des personnes en chimio, dont l’énergie est mise à mal. Le média de l’image est alors plus simple pour rentrer facilement dans l’histoire.

Honnêtement, j’avais pas mal d’attentes sur cette BD, ça m’avait l’air chouette, utilisant l’humour tout en parlant d’un sujet grave, mais j’ai été déçue…

Je crois que le côté lesbiennes, amies, amantes, m’a un peu évoqué Gouines à suivre d’Allison Bechdel (dont je viendrai parler un jour, promis, juré, craché !) et bon, évidemment, rien à voir, et j’avais probablement mis la barre assez (trop ?) haute.

alice_au_pays_du_reel_imageBref, du coup, tout va très vite, de saynète en saynète, de la vie très remplie d’Alice, de ses nombreuses amies, de ses deux amies/amantes, de la découverte de son cancer, à la chimio, à l’ablation du sein… Bref, tout va trop vite, sans qu’on ait le temps de s’attacher aux personnages. L’autrice a voulu trop en dire, et même si elle évoque des sujets intéressants (que faire après l’ablation d’un sein : reconstruction, soutien-gorge rembourré, laisser tel quel ou assumer avec un tatouage ? ; comment retrouver une vie sexuelle après toutes ces épreuves ? etc), au final, et c’est triste à dire, je ne retiens rien de cette BD.

 

A comme aujourd’hui, de David Levithan

a-comme-aujourd-hui-612913-264-432Ça fait un moment que je suis intriguée par ce livre, et je ne sais pas pourquoi je ne m’y suis pas plongée avant, d’autant plus que j’ai découvert en le lisant qu’il était écrit par un des co-auteurs de Will et Will, que j’avais adoré. Bref, voilà qui est réparé, et je regrette de ne pas l’avoir lu avant, parce que j’ai vraiment beaucoup aimé.

A a 16 ans et pourrait être un adolescent lambda, sauf qu’il se réveille chaque matin, depuis toujours, dans la peau d’une personne différente (de son âge, et plus ou moins de la même région, ce qui laisse tout de même de nombreuses possibilités). A s’est adapté à cette vie, essayant de ne pas impacter les vies qu’il emprunte chaque jour.

Mais, car il y a un mais évidemment, le 5994ème jour, A se retrouve dans la peau de Justin, et tombe complètement sous le charme de sa petite amie, Rihannon. A partir de là, tout va changer, pour lui, comme pour les personnes dont il emprunte l’existence, il veut tout faire pour se rapprocher de la jeune fille.

A comme aujourd’hui est vraiment une histoire originale, et très agréable à lire, parce qu’on ne sait jamais dans quel corps A va vivre sa journée. Et les corps qu’il emprunte peuvent l’emmener dans des expériences agréables, heureuses, ennuyeuses, mais aussi tristes, voire terribles. David Levithan dresse des portraits d’ados, qui sont tellement succincts qu’ils pourraient parfois être caricaturaux, mais la sensibilité d’A fait que ce n’est jamais vraiment le cas.

A rêve d’une histoire d’amour avec Rihannon, qui s’annonce plutôt compliquée, d’une part parce qu’elle a déjà un petit ami, mais surtout parce qu’il change de corps et de lieu de vie chaque jour. De plus, pour lui l’enveloppe corporelle a finalement peu d’importance, mais il se rend compte qu’il en est autrement pour Rihannon, qui a plus de mal quand A est dans un corps de fille, par exemple.

A ne sait pas s’il est une fille ou un garçon, ou à quoi il ressemble. Et il peut avoir des coups de cœur pour des filles comme pour des garçons. C’est un personnage atypique en littérature jeunesse, mais aussi en littérature tout court ! On rencontre aussi plusieurs personnages lgbt dans le roman, et notamment un personnage trans, qui fait écho à A.

Être né dans le mauvais corps est l’une des pires choses qui puissent vous arriver. C’est un défi que j’ai souvent eu à relever lorsque j’étais plus jeune, mais uniquement le temps d’une journée. A l’époque, avant d’apprendre à m’adapter – et avant d’accepter les termes de ma vie-, j’avoue avoir souffert de certaines transitions. J’adorais porter les cheveux longs, et je supportais mal de me réveiller le lendemain avec le crâne rasé de près. Certains jours, je me sentais plutôt fille, et d’autres plutôt garçon, mais cette alternance n’était pas toujours synchronisée avec les corps que j’occupais. Et puis je croyais encore les gens affirmant qu’il fallait être soit l’un, soit l’autre. Personne ne me proposait une vision différente, et j’étais trop jeune alors pour me forger ma propre opinion. Ce n’est que plus tard que j’ai compris que je n’étais ni fille ni garçon, tout en étant les deux à la fois.

Ah, si c’est pas queer tout ça ! Bon encore une fois, la traduction en langue française est malheureusement très genrée, et du coup, on parle de A au masculin tout le long. Mais bon, des passages comme celui-ci rattrapent bien le coup, je trouve.

Bref, lisez ce livre, il est beau, touchant, émouvant, poignant, étonnant, romantique, lisez-le, partagez-le !

 

La nuit mange le jour, d’Hubert et Burckel

9782344012208-LLa nuit mange le jour n’est pas une BD à mettre entre toutes les mains. Déjà pour cause de contenu très explicite, la sexualité entre hommes y est montrée de façon extrêmement crue, mais aussi parce que le contenu est sombre, très sombre.

Tout commence de façon assez classique, un coup d’un soir entre deux hommes qui viennent de se rencontrer. Thomas est un jeune homme fluet plutôt timide et effacé, et Fred un artiste plus âgé, costaud et charismatique.

La scène de sexe qui s’ensuit est plutôt douce, et Fred fait preuve de prévenance envers Thomas, moins expérimenté.

Les deux vont se revoir très rapidement, et entamer une véritable relation. Thomas est fasciné par le photographe, et aussi par les photos de son ex, Alex, que l’on retrouve partout dans l’appartement. Thomas se sent totalement inférieur et insignifiant par rapport à Alex, d’une grande beauté, et qui semblait avoir un charisme fou. Il découvre petit à petit que Fred et lui entretenaient une relation assez particulière, où Alex était avili. Thomas se découvre alors des envies de plus en plus sombres et malsaines, et se demande si Fred n’a pas tué Alex…

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C’est sombre hein, je vous ai prévenu. Mais franchement, c’est très bien, et ça nous emmène dans les méandres de la noirceur humaine, le tout servi par un graphisme impeccable. C’est beau, les corps masculins sont magnifiés, et les photos que Thomas découvre au fil des pages nous emmènent dans un univers onirique et horrifique, on se croirait chez Barbe Bleue.

Thomas est un personnage intéressant, je trouve, qui se considère comme moche et insignifiant, et qui se découvre des penchants d’une telle noirceur qu’il risque de s’y perdre…

Le titre et la couverture sont très beaux, et sont à l’image du contenu. Vous êtes prévenus, à vous de voir si vous voulez vous y frotter !

 

 

Opération Pantalon, de Cat Clarke

CVT_Operation-pantalon_5077J’ai entendu parler d’Opération pantalon sur la chouette chaine Youtube de Mx Cordélia (qui parlait également d’un autre livre de la même autrice, A kiss in the dark, qu’il me tarde de découvrir), ça m’a donné envie de foncer l’acheter, et je ne l’ai pas regretté.

Liv fait sa première rentrée au collège et à son grand désespoir, le port de la jupe y est obligatoire pour les filles. Lui sait très bien qu’il n’en est pas une, mais aux yeux des autres, il est Olivia, ou Liv, mais en tout cas, une fille. Il va donc tout faire pour pouvoir s’habiller comme il le souhaite, et lancer l’Opération pantalon.

Ce n’était pas volontaire, mais les trois derniers romans jeunesse que j’ai lu ont des thématiques qui se croisent. Comme dans Le secret de Grayson, le personnage principal est transgenre et surtout assez jeune, puisqu’en 6ème. La différence entre les personnages m’a d’ailleurs un peu perturbée, j’ai trouvé Liv plus mature que Grayson, il m’a donc semblé un peu plus âgé, mais je me dis que c’est un âge charnière, plein de changements et de chamboulements, qu’il est donc normal que chacun avance à son rythme.

Autre thématique qui revient, celle de l’homoparentalité, comme dans Frangine, Liv a deux mamans (c’est drôle d’ailleurs, parce qu’il me semble que ce sont les premiers romans jeunesse que je lis sur le sujet, je ne compte pas les albums, et il se trouve que je les lis à la suite). Ce qui va d’ailleurs lui poser problème, puisqu’il en parlera tout naturellement dans un cours d’anglais, où chacun doit se présenter, et va se faire harceler par certains de ses camarades suite à cela.

Liv est un personnage très attachant, qui garde son Secret pour lui, n’osant pas en parler à ses mères (qui manifestement se doutent de quelque chose) ni à sa meilleure amie Maisie. Cette dernière rêvant de se rapprocher des gens « populaires » finira d’ailleurs par délaisser son ami un peu trop bizarre à son goût. Heureusement, Liv va se faire un nouvel ami, prêt à l’épauler dans sa volonté de faire disparaître ces règles vestimentaires archaïques.

Opération pantalon est un très beau roman, avec des personnages touchants avec leurs forces mais aussi leurs défauts, et qui parle de tolérance, au sens large (au collège chaque différence peut être vue comme une faiblesse). Et puis on voit peu de garçons transgenres dans les romans, donc ça fait du bien de les voir aussi ! De même que montrer que les familles homoparentales  existent.