Pourquoi pas nous ? de Becky Albertalli et Adam Silvera

pourquoi pas nousArthur travaille à New York durant l’été, dans le cabinet d’avocats où travaille sa mère. Il rencontre par hasard Ben, qui sort d’une rupture douloureuse, et veut envoyer par la poste un colis avec toutes les affaires de son ex. Les deux discutent, Arthur s’emballe, puis Ben disparait, de retour dans sa vie new yorkaise habituelle. Mais Arthur ne veut pas laisser tomber, et tient à retrouver ce mystérieux inconnu, dont il ne connaît même pas le prénom, mais il croit en leur destin.

Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire un roman d’Adam Silvera, même si ça me tente depuis un moment parce que j’en entends de bonnes choses, mais j’en ai lu plusieurs de Becky Albertalli, et j’aime plutôt bien ses romans. J’avais donc très envie de me plonger dans ce livre. Peut-être que cet a priori hyper positif a mis la barre un peu haut pour mes attentes, je ne sais pas… Mais même si j’ai trouvé Pourquoi pas nous ? mignon, et décrivant bien les premiers émois, une première histoire d’amour, la jalousie, la découverte de la sexualité, les difficultés en amitié et en amour, il m’a malgré tout manqué un petit quelque chose pour être pleinement conquis.

Peut-être aussi que c’est un roman qui se destine plus spécifiquement aux adolescents, il est plutôt juste, et encore une fois, cette histoire entre ces deux garçons est mignonne et touchante, mais en tant qu’adulte, il m’a manqué un peu plus de fond pour pleinement y adhérer.

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La ligue des super féministes, de Mirion Malle

ligue SFSouvenez-vous, Les règles… Quelle aventure ! était absolument génial (Commando culotte est vachement bien aussi, même si je n’en ai pas parlé par ici, donc allez lire tout ça si ce n’est pas encore fait), j’attendais donc avec une grande impatience La ligue des super féministes.

Et comme je le pensais , c’est vraiment très très bien ! Même au-delà de mes espérances. Franchement, un livre aussi inclusif, et qui ne prend pas les enfants pour des idiots, ça fait plaisir ! Je l’ai trouvé super complet. Je n’ai certes rien appris (je rappelle que c’est un livre à destination des enfants et des ados), mais je pense qu’il peut être utile et pédagogique, même pour les adultes, tout le monde n’étant  malheureusement pas ouvert et au point sur ces questions.

Mirion Malle commence par expliquer ce qu’est la représentation, et les conséquences que cela peut avoir de ne pas être représenté, ou mal. Par exemple, passé 8 ans, les filles ont de moins en moins confiance en elles, et dès 10 ans elles ont tendance à trouver leur ventre gros… Merci l’hyper sexualisation des petites filles et la mise en valeur des garçons uniquement.

Mais ce livre parle aussi d’écriture inclusive (qui est utilisée dans toute la BD d’ailleurs, et ça c’est chouette), de consentement, de l’homosexualité qui n’existe pas dans les œuvres à destination de la jeunesse, de genre (y sont expliqués des termes comme transidentité, intersexuation, cisgenre), et on y parle même d’un concept hyper important, l’intersectionnalité ! (J’ai définitivement perdu mon correcteur orthographique en deux lignes, ne serait-il pas temps de se mettre à jour ?)

Bref, plein de sujets importants, expliqués de façon très claire et pédagogique, mais pas bêbête pour un sou. Le tout de façon inclusive, avec des corps différents, des personnes racisées, de tous âges, valides ou non, de différentes tailles et différents poids, sans compter donc les questions LGBTQI. Que demander de plus ? Franchement je ne vois pas, et j’encourage tous les CDI à le glisser dans leurs rayons.

Quiver, de Julia Watts (livre en VO)

quiverDans le fin fond du Tennessee, une amitié improbable va naître entre Libby et Zo.
Libby vit dans une famille évangéliste chrétienne qui adhère à l’idéologie « quiverfull ». Alors, pour vous résumer, c’est une idéologie basée sur un système totalement patriarcal, où l’homme est l’intermédiaire entre Dieu et sa femme et ses enfants, et où la femme est totalement soumise, et se doit de rester à la maison pour élever ses enfants (pas de travail, pas de contraception, bien évidemment).

Donc Libby (pour Liberty) grandit dans cette famille. Elle est l’ainée des six enfants, bientôt sept.

Un jour, une famille avec deux enfants s’installe dans la maison voisine. Autant vous dire que ce n’est pas du tout le même genre : c’est une famille ouverte, où les deux parents travaillent, sont végétariens, et ont au cœur de leurs préoccupations le bien-être de chacun. Et leur aîné·e, Zo, est genderfluid.

Comme il n’y a pas grand-chose à faire dans le coin, et que tous étudient à la maison, Zo et Libby vont rapidement se lier d’amitié, malgré leurs différences. Et pour Libby, de nombreuses questions vont se poser suite à la découverte de cette nouvelle famille. Elle ne porte pas ce prénom pour rien, et petit à petit, le vernis de cette famille va commencer à se craqueler.

J’ai trouvé ce roman assez prenant, et le choc des cultures bien décrit. J’ai aimé voir ces deux personnages s’accepter et apprendre à se connaître, sans jugements, malgré le gouffre qui les oppose. Je dois bien avouer que malgré tout, j’ai trouvé le dénouement un peu facile et rapide, mais ça ne m’a pas empêché d’apprécier ma lecture.

Bon, à la base, j’avais repéré ce livre pour son personnage genderfluid mais clairement, ce n’est pas central à l’histoire. La représentation est là, c’est très clair et assumé de la part de Zo, et accepté sans problème par sa famille. De même que Zo a eu une histoire avec une fille, et est attiré·e par les filles en général. Et à noter aussi, la meilleure amie de Zo est une fille transgenre.

Alors oui, je ne le cache pas, j’aurais aimé que toutes ces thématiques lgbt+ soient plus développées. C’est vrai, mais j’ai aussi apprécié les voir abordées dans un roman de façon totalement naturelle et non problématique. C’est succinct, d’accord, mais c’est présent. Et c’est plutôt chouette.

Trans Barcelona Express, d’Hélène Couturier

CVT_Trans-Barcelona-Express_6212Avant toute chose, j’ai une déclaration à faire : j’arrête (au moins pour un temps) de vouloir absolument lire un livre dès que j’entends qu’il est problématique. Je me fais du mal inutilement et je me dis qu’il est temps d’arrêter (le monde qui nous entoure est déjà bien suffisant je crois).

Cela étant dit, j’ai voulu lire ce roman en toute connaissance de cause, et j’ai pu le faire grâce à Mx Cordélia qui ne savait pas quoi faire de ce livre problématique qui encombrait inutilement sa bibliothèque. Merci à elle au passage.

Pour en revenir à nos moutons, et précisément au livre qui nous intéresse ici, je ne vous cache pas que j’ai regretté ma décision dès les premières pages. Si vite ? Et ben ouais… Parce que voir une ado préparer sa valise et se lamenter de ne pas pouvoir y mettre toutes ses tongs à paillettes, puis voir sa mère se lamenter sur son poids en se regardant dans le miroir, le tout en trois pages, ben déjà, merci la représentation des femmes quoi !

Bon ensuite, qu’est ce qui se passe ? Nina, sa mère et sa petite sœur partent toutes les trois en Espagne pour les vacances. Nina va au passage y retrouver un garçon qui est un ami, mais peut être plus si affinités, mais ça reste à définir…

Lors d’une soirée un peu (beaucoup) trop arrosée, Nina récupère un sac à dos en pensant que c’est le sien, sauf que non. Dans ce sac, elle trouve un carnet avec des dessins assez torturés, signés XYX. Après enquête, et parce qu’elle se sent coupable d’avoir embarqué le sac de quelqu’un d’autre, elle découvre que quelqu’un a taggué cette même signature dans un skate parc. L’enquête continue, et apparemment, le sac appartient à une personne qui s’est fait virer de chez elle par son père. Mais pourquoi donc ? Suspense insoutenable ! (non en fait, ça sent le sapin cette histoire, et ça se confirme avec la suite)

Alors, déjà, dès le début, Nina pense que le sac appartient à une fille (rapport au mascara vert qu’elle a trouvé dedans). Mais au fil de l’enquête, on découvre un prénom de garçon. Hum, c’est louche cette histoire… Vous le sentez venir le truc foireux là ?

Et que signifie donc ce XYX ? Hum, mystère, mystère…

Avant de passer à la suite, et vous laissant sans doute un suspense absolument insoutenable, je fais une petite parenthèse. Dès le début du roman, et cela s’est confirmé par la suite, j’ai constaté que l’autrice avait un certain souci de rendre son histoire pédagogique. Ainsi, on en saura plus sur l’histoire de Barcelone, sur les Catalans, on apprendra de nombreux mots espagnols, au passage on en découvrira aussi un peu plus sur le Honduras. Bref, vous voyez l’idée. Alors, honnêtement, c’est louable hein. Personnellement, ça m’a un peu agacé de voir des nombreux cours d’espagnol « habilement » cachés ici et là, mais soit, je n’ai pas l’âge du public visé, et en plein apprentissage de cette langue, j’aurais peut-être apprécié de pouvoir réviser mon vocabulaire au passage…

Mais ! Évidemment, cela ne s’arrête pas là, et l’autrice a voulu traiter la transidentité comme un sujet pédagogique. Alors, encore une fois, sur le principe, pourquoi pas. Après tout, Appelez-moi Nathan est pour moi une BD pédagogique sur le sujet. En ce qui me concerne, je trouve que ça l’est un peu trop, et aussi trop « parcours typique et obligatoire », mais la BD n’est pas mauvaise, et à mon sens, on peut la faire lire à des ados sans problème.

Mais ici, ça ne va pas du tout ! Et le pire du pire, c’est que l’autrice semble s’être un minimum renseignée ! Mais mal et clairement pas assez…

Donc pour revenir au sujet. Nina et ses amis finissent par retrouver Silvano pour lui rendre son sac. Et là, surprise ! On apprend que Silvano est une fille trans, et que son père ne l’accepte pas du tout.

– Quand j’ai enfin trouvé le courage de dire à mon père que je voulais suivre un traitement, il m’a fait hospitaliser. Quelques jours après, le psychiatre lui a certifié que je n’avais aucune maladie mentale. Il fallait m’aider à devenir celui que j’étais réellement, celui que je ressentais être.

Oh une personne transgenre qui se mégenre elle-même, c’est y pas beau ça ?!

Suite à cela, Nina et ses amis vont se renseigner sur la transidentité, et se mettre en tête d’aider Silvano (qui n’a rien demandé).

On a lu des témoignages de transgenres qui s’étaient, comme Silvano, retrouvés virés de chez leurs parents quand ils avaient annoncé vouloir passer à leur transformation physique. Certains racontaient comment, isolés, ils étaient tombés dans la drogue et la prostitution. Les cas d’automutilation étaient fréquents (faire souffrir ce corps qui n’est pas son vrai corps), comme les cas de suicide.

Paye ta représentation des personnes transgenres ! On parle forcément d’opérations et de transformations physiques, de mal-être, de mauvais corps… Merci le regard cisgenre, et le côté pathologisant.

Donc, là nos héros veulent aider Silvano, et décident de se rapprocher d’une association lgbt.

Bon, j’ai oublié de préciser. Mais comme il se doit, tout le monde genre Silvano au masculin hein. A un moment, Nina tente d’expliquer à sa petite sœur ce qu’est la transidentité. Et elle précise bien que Silvano n’est pas une bête de foire, alors que tout le roman va dans ce sens…

Donc Nina et ses amis se rendent dans une association qui vient en aide aux personnes transgenres en disant qu’ils souhaitent aider Silvano. La personne qui les reçoit (elle-même trans) mégenre aussi allègrement Silvano et leur raconte pas mal de bullshit (l’autrice tente un contenu pédagogique, mais c’est raté), par exemple :

Quand on n’a pas l’habitude, rencontrer une personne trans peut être déstabilisant. Je me souviens que lorsque j’étais encore une fille, les gens me regardaient avec un certain malaise. Ils ont besoin d’être rassurés, de savoir s’ils doivent dire « il » ou « elle », sinon ils ne savent pas comment se comporter. Une fois que j’ai été opéré et que je suis devenu officiellement un individu de sexe mâle, les gens m’ont regardé normalement. Ils se sentaient mieux avec moi et je pouvais donc être plus à l’aise avec eux.

Bon, là y a rien qui va. J’ai juste envie de vomir, et je pense avec une infinie tristesse aux personnes transgenres qui auraient le malheur de lire ce livre. Nan mais qui peut écrire un truc pareil, sérieusement ! C’est d’une violence innommable.

Ce livre est un tissu de conneries, et de violences à l’égard des personnes trans. Silvano est mégenrée tout du long, et n’est qu’un prétexte pour apprendre des choses à des personnes cisgenres, d’un point de vue cis, et complètement erroné. Silvano est montrée comme une bête de foire, et en plus, est reconnaissante de l’aide que lui ont apportée les autres !

Bref, n’achetez surtout pas ce livre et ne le lisez pas !

L’enfant de la guerre, d’Olivia Brun

enfant guerre.jpgL’enfant de la guerre est un récit de vie. On y suit la naissance, l’enfance et l’adolescence d’Olivia Brun.

A travers des chapitres courts, ce sont des moments clés qui apparaissent, des relations compliquées avec ses parents, des grands-parents assez présents pour compenser, une rencontre traumatisante et qui aurait pu tourner plus mal, une passion pour Julie Andrews, puis à l’adolescence, la découverte de l’homosexualité en tombant amoureuse de sa prof, et dans la foulée, la découverte de l’homophobie.

Olivia a un caractère bien affirmé, sans concessions, et passionné. Sa vie est à son image, et d’évènements marquants en événements marquants, on la découvre par petites touches.

Peut-être malgré cela, on surtout à cause de cela, j’aurais aimé pouvoir me plonger plus pleinement dans cette vie, plutôt que de la survoler en sentant le bouillonnement intérieur de cette enfant et cette adolescente.