Bilan bordélique

Et si je repartais avec un petit bilan sans queue ni tête de derrière les fagots (ou faggots ? houlà mon dieu, ça commence mal, quelle blague totalement douteuse !).

Bref, en ce moment, c’est un peu compliqué dans ma tête, et je manque clairement de concentration, ce qui fait que je commence 50 bouquins à la fois, mais que je n’en finis aucun, c’est un peu la loose quoi… Mais bon, j’ai deux ou trois lectures derrière moi dont je peux quand même vous dire quelques mots.

dites loupsJ’avais repéré il y a un moment déjà Dites aux loups que je suis chez moi, de Carol Rifka Brunt (éditions 10/18) sur un blog, mais je suis confuse je ne me souviens plus lequel… Il se déroule aux États-Unis à la fin des années 80, et raconte l’histoire de June, une adolescente de 14 ans dont l’oncle Finn avec qui elle a une relation particulière et un peu exclusive, est sur le point de mourir. June savait que son oncle était gay, et avait le Sida, mais lors de son enterrement, elle se rend compte que ses parents ne veulent pas de la présence d’un homme qu’elle ne connaît pas. Sa sœur, Greta, lui révèle que c’est lui le responsable de la mort de leur oncle. Ce fameux inconnu va faire en sorte de se rapprocher de June, qui va en découvrir plus sur son oncle, mais aussi sur sa famille.

Dites aux loups que je suis chez moi ne traite pas vraiment du Sida et de l’homosexualité, même si évidemment ils ont un rôle important dans l’histoire, d’autant plus qu’on est à la fin des années 80 et que le Sida est encore auréolé de beaucoup de méconnaissances et de préjugés, mais plutôt des liens familiaux. Notamment les relations frère sœur, entre Finn et la mère de June, et entre sœurs, avec Greta et June. Le livre est assez réussi de ce point de vu là, June et Greta grandissent chacune de leur côté, peinant à retrouver une relation qu’elles avaient plus jeunes, et cela fait écho aux difficultés qu’il y a pu avoir dans la relation entre leur mère et leur oncle.

Honnêtement, le livre est chouette, je l’ai lu très vite, mais pourtant, même si je l’ai aimé, il m’a manqué un petit quelque chose pour que ça me laisse un grand souvenir.

argonautesAutre lecture récente, Les Argonautes, de Maggie Nelson (aux éditions du Sous Sol). Bon, j’avoue avoir été un peu déçue en le lisant, mais aussi sans doute parce que j’en avais beaucoup d’attentes. Je l’ai repéré dans un coup de cœur de libraire en qui j’ai une confiance absolue, mais il faut croire que sur ce coup-là, nos goûts ne sont pas les mêmes. Entre essai et autofiction, Maggie Nelson nous fait part de sa vision du couple, de la famille, de la maternité tout en y intégrant la question du genre, puisque son compagnon est transgenre. Pour tout vous dire, en commençant ma lecture, j’ai pensé à Testo junkie, de Paul B. Preciado (pour le côté mélange de questionnements philosophiques sur le genre et récits intimes et sexuels) donc j’avais vraiment l’impression que ça allait me plaire ! Mais j’avoue que le côté entremêlé des questions philosophiques avec citations et évocations de grands noms comme Judith Butler, Gilles Deleuze ou Roland Barthes m’a au final totalement perdue… Je le relirai peut-être un peu plus tard, et verrai si ma vision change ou non.

Autre lecture, BD cette fois ci, Féministes Récits militants sur la cause des femmes, aux éditions Vide cocagne. Seize autrices et un auteur trans viennent y parler de féminisme, chacun.e à sa façon, et avec des thématiques et des graphismes différents. C’était franchement chouette, donc je reviendrai vous en reparler plus longuement, heu, un jour.

homo-inc-couv

Et là, je viens de commencer Homo inc.orporated Le triangle et la licorne qui pète, de Sam Bourcier aux éditions Cambourakis (mais si vous savez, la collection Sorcières avec le merveilleux Peau par exemple), qui vaut déjà le coup rien que pour le titre et la couverture ! Plus sérieusement, ça a vraiment l’air intéressant, donc j’espère réussir à m’y plonger pleinement et à revenir vous en parler à l’occasion.

Ça me fait penser que j’ai eu envie de me plonger dans ce livre en particulière (qui m’attend comme tant d’autres depuis quelques temps) suite à une table ronde au festival des Intergalactiques. Qui m’a aussi rappelé qu’il était également grand temps de lire Ursula Le Guin. J’ai pu assister à plusieurs tables rondes fort intéressantes, et apercevoir Lizzie Crowdagger (à qui je n’ai évidemment pas osé parler).

Suite à cela, ma vie s’est presque déroulée comme un épisode de The L word, puisqu’en rentrant chez moi, j’ai découvert que mon cumulus avait fui et provoqué un dégât des eaux chez mes voisines du dessous, inconnues jusque-là, et que je vivais donc juste au-dessus d’un couple de gouines à chats féministes.

Ce point sur ma vie étant fini, je suis juste contente de pouvoir conclure, et ce même si je le savais déjà, que nous sommes partout, n’en déplaise à certains.

Pour finir (cette fois ci pour de vrai), avec un sujet un peu inhabituel ici, je suis tout récemment allée au cinéma voir My wonder women, sur le créateur de Wonder Woman donc et j’avoue avoir énormément aimé ce film. Mais aussi avoir été très surprise ! Je ne suis absolument pas une fan de Wonder Woman, je n’ai lu aucun des comics, et n’ai pas vu le film sorti il y a quelques temps, mais j’imaginais qu’un film autour de son créateur aurait un petit succès. Certes, pas autant qu’un film avec des super héros dedans (perso j’y suis totalement hermétique, pardonnez-moi, j’en suis juste restée aux Batman de Tim Burton, et à Michelle Pfeiffer en Catwoman (ahhhh soupir amoureux)) mais tout de même, un minimum quoi ! Avant de me rendre compte que le film ne passait quasiment pas, et de le découvrir dans une salle minuscule. Du coup je m’interroge, c’est parce qu’il s’agit d’un trouple ? Qu’il y est question de bondage ? Non parce qu’honnêtement le film reste hyper hollywoodien dans son traitement. On a un film romantique, avec de beaux personnages qui s’aiment, bon juste ils sont trois, et pour l’époque, ça ne se fait vraiment vraiment pas (surtout qu’ils ont construit une famille et ça ça passe encore moins). Mais ici il est question de féminisme, de regard des autres, de censure, d’amour et d’acceptation. Et puis Will et Elizabeth Marston ont inventé le détecteur de mensonges, ce n’est pas rien ! (et ça permet une très belle scène au film à l’occasion)

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Apparemment le film s’éloigne pas mal de la réalité, je n’en sais rien, et je ne juge ici que l’œuvre de fiction, et pas la vie des personnes dont elle est inspirée.

Le nom de la réalisatrice, Angela Robinson, m’évoquait quelque chose, et pour cause, c’est la réalisatrice de D.E.B.S., dans un tout autre genre, mais qui est un film très sympathique et lesbien. Du coup, une réalisatrice, et de surcroit lesbienne, ce n’est peut-être pas assez bancable ?! Enfin bon, allez-y si vous avez l’occasion, c’est un très chouette film.

 

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Y le dernier homme et blabla

Yo les gens, I’m back ! Oui je sais, j’ai déjà disparu de ce blog beaucoup plus longtemps que ça mais bon, j’ai toujours espoir de me tenir un peu plus à jour, d’autant que potentiellement, j’ai toujours largement de quoi alimenter ce blog.

Bref, ces derniers mois ont eu lieu quelques changements dans ma vie, notamment d’un point de vue professionnel, me laissant plus de temps libre, ce qui n’est pas flagrant par ici.

Globalement, j’ai plein de lectures à rattraper, et je sais déjà que certaines pourront donner lieu à des articles, mais aussi des choses à relire, pour enfin venir en parler (parce que clairement, et pour n’en citer qu’une, ça manque de Virginie Despentes !).

Mais qui dit relecture, peut aussi dire changement de point de vue… Je l’avais déjà évoqué dans mon article sur Le bleu est une couleur chaude, c’est un peu LA bande dessinée qui m’a ouverte au neuvième art, mais honnêtement, même si j’y reste très attachée, je ne peux pas nier qu’elle a des défauts.

Par ailleurs, il y a des livres et des auteurs qui m’ont marquée à un moment de ma vie, et que je me sens incapable de lire ou relire aujourd’hui, Nina Bouraoui par exemple, est le premier nom qui me vient en tête. Et pourtant, j’ai été très profondément touchée par ses ouvrages, je les ai aimés passionnément. Est-ce qu’aujourd’hui j’ai envie de m’y replonger ? Ben clairement non, mais du coup, ça veut dire ne pas en parler ici, alors que c’est une autrice qui y a tout à fait sa place.

J’en profite pour rebondir là-dessus, et pour garder en tête que ce blog donne un avis à un instant t, et qu’il n’aurait pas été le même dix ans avant, et ne serait pas le même dix ans après. Parce qu’évidemment, je change, je suis en constante évolution et construction, et mes grilles de lecture évoluent.

Et tout ça pour en arriver où ?! Et bien à une récente relecture évidemment (que de blabla pour en arriver là, je sais, je sais).

Donc, comme dit plus haut, courant 2010, je m’ouvrais aux joies de la bande dessinée avec la lecture émouvante du Bleu est une couleur chaude. Suite à cela, quelqu’un de bien intentionné (à qui je dois aussi les lectures de L’assassin royal et la découverte de Laura Kasischke) m’a conseillé le comics Y le dernier homme. Que j’ai dévoré avec bonheur pendant l’été (les mois d’août peuvent être longs en librairie, mais je m’égare, encore). Et que j’ai ensuite partagé avec d’autres, aussi enthousiastes que moi à cette lecture. Quelques années plus tard, Urban comics s’étant décidé à les publier sous forme d’intégrales, j’ai craqué, et ai ajouté ces cinq gros volumes à ma bibliothèque déjà bien garnie. Me jurant bien évidemment de les relire rapidement (quelle naïveté !).

Ce qui nous amène quelques années plus tard, et à ma relecture. Déjà, Y le dernier homme, de quoi ça cause ? Au même moment, et ce dans tous les pays du monde, tous les mâles (enfin tous ceux qui possèdent un chromosome Y, mais j’y reviendrai), humains ou animaux meurent pour une raison que l’on ignore. Sauf, un certain Yorick Brown, ainsi que son singe, un capucin nommé Esperluette. Les femmes vont devoir s’organiser pour que le monde continue à tourner (la moitié de la population ayant disparu d’un coup, cela a créé quelques dégâts). Yorick, un jeune homme qui n’a rien d’un héros, souhaite retrouver sa petite amie, Beth, qui était en Australie au moment des faits. Mais il va vite (enfin plus ou moins, c’est un jeune homme assez égocentrique tout de même) comprendre que sa vie personnelle n’est plus la priorité. Accompagné de l’agent 355, membre du Culper Ring, et du Dr Mann, spécialiste du clonage, ils vont tenter de découvrir d’où vient le fléau qui a tué tous les hommes.

Au scénario de ce comics, on a un certain Brian K. Vaughan, qui a le vent en poupe depuis un petit moment maintenant, dont la série la plus connue est Saga. Donc oui, on a une bonne histoire, prenante, dont l’intrigue est plutôt bien ficelée, avec un côté aussi humoristique et de multiples références à la culture pop. Très franchement, on passe un bon moment. Mais, car évidemment il y a un mais, ma vision des choses a changé depuis ma première lecture, et je suis assez gênée par certains aspects.

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Bon déjà un premier point, et là je pense qu’il s’agit d’une erreur de traduction mais ça fait mal quand même, parler de transexuelles pour évoquer des trans ftm, ça n’a choqué personne ?! Et pour enchainer là-dessus, il n’est quasiment jamais question dans le comics de personnes trans, ou alors c’est vaguement évoqué, mais on n’en croise pas. L’évocation nous fait d’ailleurs comprendre que ces personnes ont été tués par des amazones, ne supportant plus la moindre représentation masculine. Enfin bref, en termes de représentation d’identités de genres, on peut le dire, Y le dernier homme est assez nulle (et transphobe), et c’est franchement dommage. On reste sur une représentation totalement binaire, en occultant donc les personnes trans, mais aussi les personnes intersexuées. C’est bien beau de dire que tous les animaux (humains ou non) avec un chromosome Y sont morts mais ça reste un peu simpliste. Bon, admettons, je veux bien que pour les besoins du scénario, ce soit plus pratique, mais c’est vraiment dommage. Je suis malgré tout consciente aussi qu’en quelques années, les questions d’identités de genre sont un peu plus traitées, et qu’à l’époque, c’était peut-être moins le cas.

Mais malgré tout, vu le sujet de base du comics, on pouvait s’attendre à quelque chose de fort niveau féminisme et représentation lesbienne ! Non ? Ben pas vraiment, c’est vrai, on a beau avoir une lesbienne dans les personnages principaux, ça n’amène pas grand-chose à l’histoire. De même que l’espèce de triangle amoureux entre nos trois héros n’est pas franchement crédible, voire limite ridicule parfois. Donc je me questionne, est ce que c’est lié au fait que le scénariste est un homme blanc cisgenre (hétéro ?), ça me parait assez probable. Après tout, dans ce comics, même si tous les personnages sont des femmes, le personnage principal reste malgré tout un homme (blanc cisgenre et hétéro, donc vous l’aurez compris) et tout tourne autour de sa petite personne.

Oh, j’oubliais aussi le côté homophobe du livre (en plus de faire coucher ensemble 355 et le Dr Mann pour une raison assez mystérieuse, à part titiller la curiosité du mâle hétéro) lorsqu’une des femmes refuse que son fils s’habille en « fille » pour ne pas devenir gay (ce qui est assez ironique, dans un monde entièrement féminin, mais reste cependant homophobe).

Bref, je ne sais plus que dire sur ce comics, c’est un bon divertissement, je ne peux pas le nier, mais le sujet de base pouvait amener plein de questions féministes, et ouvertes à des thématiques queer et ce n’est pas du tout le cas voire ça sent carrément mauvais par moments et c’est bien dommage.

 

Les 5/5 T.2, d’Anne Plichota et Cendrine Wolf

5 5 tome 2Je vous avais déjà parlé du tome 1 des 5/5, avec assez d’enthousiasme malgré pas mal de défauts. J’avais donc très envie de lire la suite, que j’ai dévorée avec tout autant de plaisir.

Dans ce tome, les choses se compliquent sacrément pour la jeune équipe. Après avoir joué les Robin des bois des temps modernes avec succès et sans encombre dans le tome 1, les « grands méchants » pleuvent de toute part, et mettent à mal l’équilibre qui s’était créé dans le groupe.

Comme dans le tome précédent, l’histoire et les personnages restent assez stéréotypés, mais nous emportent complètement. Les personnages continuent à être développés et j’ai particulièrement accroché avec Far, jeune fille qui veut vivre avec son temps, mais dont les parents restent ancrés dans leurs traditions. Et évidemment John reste mon chouchou. Le benjamin de la bande est toujours aussi touchant, à l’orée de l’adolescence, il amène un peu de fraîcheur dans le groupe. Son corps commence à le trahir et c’est très compliqué pour lui de prendre en compte tout le parcours qui l’attend.

L’attirance entre John et son camarade Tom prend ici plus d’ampleur, et est aussi très mignonne, sans doute dû à leur jeune âge à tous les deux, et à une certaine innocence qui l’accompagne. Tom est troublé par John, et se « rassure » sur son homosexualité possible en se disant que John à un corps de fille (alors qu’on voit très clairement qu’il le considère comme un garçon). J’ai d’ailleurs trouvé très juste la scène avec son grand frère, Lip, qui lui dit qu’il est heureux pour lui, et qu’il a pas mal d’amis homos, ne se rendant pas compte qu’au lieu d’être rassurant, cette étiquette a de quoi faire peur au jeune Tom, qui est seulement en proie à ses sentiments, et pas du tout dans ces préoccupations-là.

Et encore une fois, j’aime beaucoup voir des thématiques identitaires évoquées très naturellement dans un roman d’aventures, sans que ce soit le sujet principal, tout en restant très juste.

Sauveur et fils, de Marie-Aude Murail, tome 1 à 4

Sauveur et fils a été un de mes grands plaisirs de ces derniers mois. J’ai commencé avec le tome 1, suite à un avis sur la Rainbowthèque, sans attentes en particulier, et avec même un petit a priori, puisque j’avais eu du mal avec Oh, boy !, de la même autrice. Je l’ai lu avec plaisir, et ai eu envie de poursuivre, et finalement c’est devenu addictif assez vite. Les personnages sont hyper attachants et le côté feuilleton donne vraiment envie de continuer.

L’histoire tourne autour de Sauveur, psychologue martiniquais à la carrure impressionnante, qui vit seul avec son fils. S’ensuit toute une galerie de personnages, composée de leur entourage et des patients de Sauveur.

Le premier tome est sympathique et met bien les choses en place, et développe l’histoire familiale de Sauveur (on sait que les cordonniers sont les plus mal chaussés, et ça se vérifie ici, puisque Sauveur a beaucoup de mal à parler à Lazare, son fils, de leur histoire, et particulièrement de sa mère). On fait aussi la connaissance de plusieurs patients, que l’on retrouvera tout au long des tomes (certains ne font que passer, d’autres arriveront plus tard et seront développés également) : Margaux adolescente qui se scarifie, Ella phobique scolaire, Gabin dont la mère est aux urgences psychiatriques…

Le tome 1 donne envie de lire la suite, et ça tombe bien puisque je trouve que c’est une série qui va en s’améliorant. La multiplicité des personnages, et le métier du personnage principal permettent de développer des thématiques fortes et intéressantes : le racisme, les familles recomposées, le mal être adolescent sous de nombreuses formes, la pédophilie, le cyber-harcèlement et bien d’autres.

Pour les sujets qui nous intéressent ici, le côté lgbt est présent de diverses façons, on a par exemple une famille recomposée dont la mère est partie pour une autre femme ou un personnage bisexuel. Ceci est évoqué de façon assez naturelle, sans pour autant enlever les problématiques que cela peut causer (les enfants de la famille recomposée ont beaucoup de mal à voir leur mère vivre avec une femme).

Le personnage qui m’intéresse le plus dans Sauveur et fils, et auquel je me suis le plus attachée (même s’il y a bien d’autres qui me touchent), c’est Ella, qui souffre de phobie scolaire. Ella ne supporte pas l’école, et vient d’avoir ses règles lors de son premier rendez-vous chez  Sauveur. Ella écrit ou se raconte des histoires, dans lesquelles son nom est Elliott. Ella/Elliott est un personnage extrêmement attachant, et qui se découvre petit à petit au fil des tomes, notamment en se travestissant et en faisant des recherches sur la transidentité. Sa relation avec son père évolue en fonction de cela (et également suite à des révélations sur un secret de famille) et c’est très touchant.

J’ai apprécié aussi de voir Sauveur un peu démuni face à ce personnage, auquel il est clairement très attaché. Il ne sait pas exactement comment réagir, s’il doit l’appeler Eliott, et il s’inquiète du regard des autres (Ella est victime de cyber-harcèlement). Je ne sais pas s’il y aura une suite (je l’espère en tout cas !) mais jusqu’à présent j’aime beaucoup le traitement de ce personnage, écrivain en devenir, qui peut vivre son genre comme il l’entend dans ses propres histoires, et en tant qu’auteur.

Bref, c’est une très chouette série de livres jeunesse, qui aborde plein de thématiques intéressantes, à travers des personnages attachants.

 

Love is love, collectif, chez Bliss Comics

love-is-love-vfJe suis bien embêtée… A l’annonce de la sortie de ce titre, j’étais assez enthousiaste (si tant est qu’on peut l’être sur un sujet pareil), puisqu’il s’agissait d’un comics rendant hommage aux victimes de l’attentat du Pulse, à Orlando. Avec ou sans super héros, des auteurs connus et moins connus rendent hommage et dénoncent la haine et l’homophobie le temps d’une planche de BD. Les bénéfices des ventes sont reversés à des associations LGBT+ et à SOS homophobie, ce qui est plus que louable comme initiative.

Oui mais voilà, déjà, dès la sortie, j’ai vu des critiques ici et là plus ou moins mitigées sur le livre en question. Moi-même en le feuilletant je sentais bien le côté inégal de la chose. Et après l’avoir lu, je ne peux que constater qu’en effet c’est décevant. Peut-être qu’une page c’est trop peu pour s’exprimer sur un tel sujet, c’est fort possible. Un format plus libre aurait permis plus de choses, je ne sais pas, mais en tout cas, ça ne colle pas. Certaines planches sont touchantes et émouvantes, clairement, mais en même temps vu le sujet, comment pourrait-il en être autrement ? D’autres sont soit incompréhensibles, soit hors sujet, soit franchement peu travaillées, et le résultat manque clairement de cohérence.

Pourtant, je trouve bien que ce genre d’initiative existe. Je repense au projet vidéo à It get’s better, suite au suicide d’un jeune homosexuel, je n’ai pas tout regardé mais c’était franchement touchant.

Petit rappel, au sujet d’Orlando, attentat qui a fait 49 morts dans une boîte gay en 2016. Au-delà de la tristesse ressentie à cause de cet acte barbare, j’ai été marquée par la négation et la difficulté pour les médias à relever le caractère homophobe de cette fusillade. Et je n’ai évidemment pas pu m’empêcher de me sentir directement concernée. Et je dirai que dans Love is love, il m’a manqué du ressenti dans beaucoup de planches. Celles qui m’ont marquée sont très probablement majoritairement écrites par des auteurs lgbt, qui connaissent déjà profondément le fait d’être différent, rejeté, insulté, agressé… Je ne dis pas que les autres ne peuvent pas en parler, mais peut-être seront-ils plus « à côté ».

Donc même si les intentions de l’initiateur du projet sont franchement louables, le résultat n’est malheureusement pas très convaincant.