La nuit mange le jour, d’Hubert et Burckel

9782344012208-LLa nuit mange le jour n’est pas une BD à mettre entre toutes les mains. Déjà pour cause de contenu très explicite, la sexualité entre hommes y est montrée de façon extrêmement crue, mais aussi parce que le contenu est sombre, très sombre.

Tout commence de façon assez classique, un coup d’un soir entre deux hommes qui viennent de se rencontrer. Thomas est un jeune homme fluet plutôt timide et effacé, et Fred un artiste plus âgé, costaud et charismatique.

La scène de sexe qui s’ensuit est plutôt douce, et Fred fait preuve de prévenance envers Thomas, moins expérimenté.

Les deux vont se revoir très rapidement, et entamer une véritable relation. Thomas est fasciné par le photographe, et aussi par les photos de son ex, Alex, que l’on retrouve partout dans l’appartement. Thomas se sent totalement inférieur et insignifiant par rapport à Alex, d’une grande beauté, et qui semblait avoir un charisme fou. Il découvre petit à petit que Fred et lui entretenaient une relation assez particulière, où Alex était avili. Thomas se découvre alors des envies de plus en plus sombres et malsaines, et se demande si Fred n’a pas tué Alex…

PlancheA_306376

C’est sombre hein, je vous ai prévenu. Mais franchement, c’est très bien, et ça nous emmène dans les méandres de la noirceur humaine, le tout servi par un graphisme impeccable. C’est beau, les corps masculins sont magnifiés, et les photos que Thomas découvre au fil des pages nous emmènent dans un univers onirique et horrifique, on se croirait chez Barbe Bleue.

Thomas est un personnage intéressant, je trouve, qui se considère comme moche et insignifiant, et qui se découvre des penchants d’une telle noirceur qu’il risque de s’y perdre…

Le titre et la couverture sont très beaux, et sont à l’image du contenu. Vous êtes prévenus, à vous de voir si vous voulez vous y frotter !

 

 

Opération Pantalon, de Cat Clarke

CVT_Operation-pantalon_5077J’ai entendu parler d’Opération pantalon sur la chouette chaine Youtube de Mx Cordélia (qui parlait également d’un autre livre de la même autrice, A kiss in the dark, qu’il me tarde de découvrir), ça m’a donné envie de foncer l’acheter, et je ne l’ai pas regretté.

Liv fait sa première rentrée au collège et à son grand désespoir, le port de la jupe y est obligatoire pour les filles. Lui sait très bien qu’il n’en est pas une, mais aux yeux des autres, il est Olivia, ou Liv, mais en tout cas, une fille. Il va donc tout faire pour pouvoir s’habiller comme il le souhaite, et lancer l’Opération pantalon.

Ce n’était pas volontaire, mais les trois derniers romans jeunesse que j’ai lu ont des thématiques qui se croisent. Comme dans Le secret de Grayson, le personnage principal est transgenre et surtout assez jeune, puisqu’en 6ème. La différence entre les personnages m’a d’ailleurs un peu perturbée, j’ai trouvé Liv plus mature que Grayson, il m’a donc semblé un peu plus âgé, mais je me dis que c’est un âge charnière, plein de changements et de chamboulements, qu’il est donc normal que chacun avance à son rythme.

Autre thématique qui revient, celle de l’homoparentalité, comme dans Frangine, Liv a deux mamans (c’est drôle d’ailleurs, parce qu’il me semble que ce sont les premiers romans jeunesse que je lis sur le sujet, je ne compte pas les albums, et il se trouve que je les lis à la suite). Ce qui va d’ailleurs lui poser problème, puisqu’il en parlera tout naturellement dans un cours d’anglais, où chacun doit se présenter, et va se faire harceler par certains de ses camarades suite à cela.

Liv est un personnage très attachant, qui garde son Secret pour lui, n’osant pas en parler à ses mères (qui manifestement se doutent de quelque chose) ni à sa meilleure amie Maisie. Cette dernière rêvant de se rapprocher des gens « populaires » finira d’ailleurs par délaisser son ami un peu trop bizarre à son goût. Heureusement, Liv va se faire un nouvel ami, prêt à l’épauler dans sa volonté de faire disparaître ces règles vestimentaires archaïques.

Opération pantalon est un très beau roman, avec des personnages touchants avec leurs forces mais aussi leurs défauts, et qui parle de tolérance, au sens large (au collège chaque différence peut être vue comme une faiblesse). Et puis on voit peu de garçons transgenres dans les romans, donc ça fait du bien de les voir aussi ! De même que montrer que les familles homoparentales  existent.

Le secret de Grayson, D’Ami Polonsky

ACH003787659.1466222112.580x580-202x300Le secret de Grayson fait partie de la vague de romans jeunesses abordant la transidentité qui sont parus dernièrement.

Même si j’avais envie de le lire depuis un petit moment, je dois dire que les premières pages m’ont un peu inquiétée, avec ses histoires de princesse, de crayons doré et rose… Bref, j’ai eu peur des clichés. Mais au final, même si pour moi, le roman met un peu de temps à démarrer, j’ai vraiment été emportée et j’ai tout lu d’une traite.

Grayson est en 6ème, et est une élève très solitaire. Jusqu’au jour où elle sympathise avec une nouvelle élève, Amelia. Grayson vit avec son oncle et sa tante, ainsi que ses cousins, depuis la mort de ses parents.

Sa rencontre avec Amelia change sa petite routine bien rodée, et quand elle s’éloigne vers de nouvelles amies, tout s’effondre à nouveau. Alors, sur un coup de tête, elle s’inscrit pour participer à la pièce de théâtre Perséphone, mise en scène par son prof préféré, M. Finnegan.

Lors de l’audition, elle demande à jouer le rôle de Perséphone, un rôle féminin, donc. A partir de là, tout va changer pour Grayson. Envers et contre tout, ce rôle est une façon de s’affirmer, et de ne pas disparaitre.

Le livre nous emmène alors dans son combat, contre sa famille, contre les autres élèves, mais aussi dans des moments extrêmement touchants au contact d’autres élèves, alliés, ou de révélations sur son passé.

La force du roman, au-delà de nous montrer l’affirmation de Grayson dans sa véritable identité, est de montrer le passage de l’enfance à l’adolescence. Grayson imagine ses joggings se transformer en jupe, et se rend bien compte qu’avec l’âge ça ne prend plus, et que l’imaginaire n’est plus aussi fort qu’avant. Et cette rupture, ce retour à la réalité, est aussi ce qui va l’obliger à s’affirmer et à savoir qui elle est vraiment et surtout à le vivre au grand jour.

Frangine, de Marion Brunet

couv-frangineJe me rends compte que ça fait des lustres que je n’ai pas posté d’article sur ce blog, me revoici donc avec quelques lectures jeunesse.

Frangine m’a été conseillée (si je puis dire, en fait c’était plutôt du genre « Ah bon, tu n’as pas lu Frangine ?! »). Donc maintenant je peux dire que je l’ai lu, et même que je l’ai dévoré.

Frangine est un roman pour ados, dont l’histoire nous est racontée par Joachim. Cette année, il rentre en terminale, et sa petite sœur, Pauline, fait sa grande rentrée au lycée, puisqu’elle passe en seconde. Ils sont assez proches, et ont la particularité d’avoir deux mamans. Manifestement ils ont grandi dans un cocon, assez protégés, et tout a l’air de bien se passer. Joachim est quasiment adulte, et en dernière année au lycée, il ne se rend pas forcément compte que c’est un grand pas pour sa sœur.

Le point de vue de Joachim est intéressant, parce qu’il a une vie de lycéen assez ordinaire, avec ses potes, et un début de relation amoureuse avec une fille, mais il en dévoile plus petit à petit, que ce soit sur ses mères (l’une d’elle a une famille qui n’accepte pas du tout la situation et n’a jamais rencontré ses petits enfants) ou sur comment son entourage a accepté le fait qu’il ait deux mamans (tout n’a pas toujours été tout rose non plus). Le fait qu’il ait passé certaines étapes lui fait oublier qu’il n’en sera pas de même pour Pauline, et peu de temps après la rentrée, il se rend compte que quelque chose cloche, et découvre que sa sœur est harcelée à cause de sa situation familiale.

Que dire de plus ? Franchement, j’ai beaucoup aimé. J’ai trouvé le ton juste, et les relations entre les personnages sont très touchantes. Il y a des ratés, comme dans toutes les familles, où chacun est tellement préoccupé par sa vie ou ses petits problèmes qu’il en oublie les autres, mais on sent tout l’amour qu’il y a entre eux. J’ai aimé le fait que Joachim réalise la différence entre lui et sa sœur, parce qu’ils n’ont pas le même caractère, et que lui est un garçon plutôt costaud. On sent qu’il a envie de défendre sa sœur mais qu’il comprend qu’il doit aussi lui laisser gérer les choses à sa façon à elle.

C’est un beau roman sur l’adolescence, sur l’affirmation de soi, sur la découverte des autres aussi, au sens large. L’homoparentalité est très bien traitée, je trouve, ainsi que les difficultés que le regard des autres peut créer.

 

Normal(e), de Lisa Williamson

Normale-HDCes derniers mois sont parus dans la littérature  jeunesse nombre de romans avec des personnages transgenres. Après George, Celle dont j’ai toujours rêvé et la réédition de La face caché de Luna sous le titre Cette fille, c’était mon frère, voici donc Normal(e).

Je ne peux que saluer cette recrudescence de titres abordant le sujet pour les plus jeunes, mais je dois avouer que le titre me faisait déjà un peu peur avec ce « e » entre parenthèses (mais qui n’apparaît pas dans le titre original, The art of being normal). Force est de constater que le roman pèche sur un certain nombre de points.

Je vais dévoiler une partie de l’intrigue, donc si vous ne voulez pas être spoilés, je vous conseille d’arrêter votre lecture ici.

Normal(e) alterne entre deux personnages qui vont dans le même lycée. David, 14 ans, est le souffre-douleur de ses camarades depuis qu’il a écrit à 8 ans que quand il serait grand, il voudrait être une fille. David a deux amis, Essie et Felix, qui l’acceptent totalement.

D’un autre côté, Leo, 15 ans, arrive dans ce nouveau lycée après un passé trouble, et a immédiatement une réputation de fou furieux. Assez solitaire, il prend un jour la défense de David en frappant un de ses harceleurs.

On se doute assez rapidement que Leo n’a pas toujours été Leo, mais les indices sont révélés au compte-goutte.

Ce qui m’a le plus gênée, c’est le côté cliché des deux personnages. Ils sont certes attachants, chacun à leur façon, mais David est passionné de mode, timide et introverti, et Leo est solitaire, ténébreux, sait jouer des poings, et est bon en maths. Chacun rentre parfaitement dans des cases très hétéro-normées, renforcées par le fait que Leo est attiré par les filles, et David par les garçons.

Un certain nombre de choses m’a dérangée tout au long du roman : des maladresses (par exemple, quand David apprend que Leo n’est pas la personne qu’il croit, il lui dit que c’est une fille ! Alors qu’il est un minimum concerné par le sujet, et lit des d’informations sur le net) ; le coming-out trans de David auprès de ses amis n’est jamais évoqué, ils sont au courant, mais comment ça s’est passé et comment ils l’ont vécu, on ne le saura jamais ; Leo a un passing parfait, et comme par hasard, quand David sort enfin en Kate, personne ne doute de sa féminité non plus… Autre détail qui n’en est pas un, David est « il » quasiment tout le long du roman, alors que par exemple, ses amis pourraient lui parler au féminin et utiliser Kate comme prénom…

Globalement, je dirais que l’auteure a voulu trop en dire, trop en faire, avec ces deux personnages, qui au final, auraient peut-être mérité chacun une histoire à part entière (David raconte a un moment que chaque établissement comporterait forcément deux élèves trans, manière sans doute de justifier cette simplicité scénaristique). Cela n’excuse pas les maladresses, j’ai trouvé Cette fille, c’était mon frère et Celle dont j’ai toujours rêvé plus crédibles, plus fins et au final plus touchants.

Collaboration horizontale, de Navie et Carole Maurel

collaborationHorizontaleCarole Maurel, encore et toujours ! Et oui, je vous ai déjà dit que j’aimais son travail, et voilà que deux BD qu’elle illustre sont sorties coup sur coup, pour mon plus grand plaisir.

Collaboration horizontale relate la vie d’un immeuble en 1942, et plus particulièrement, la vie des femmes qui l’habitent. Tout part de Rose, puisque c’est de ses souvenirs qu’il s’agit (la BD commence sur elle, âgée, discutant avec sa petite fille qui a un chagrin d’amour). Son mari est prisonnier en Allemagne, et elle vit seule avec leur fils en attendant son retour. Au quotidien, elle croise la gardienne de l’immeuble, son mari aveugle, leur fille étudiante qui porte des pantalons et veut que le sort des femmes évolue, mais aussi une dame âgée acariâtre et sénile, une femme battue qui attend un enfant, une autre qui s’en sort comme elle peut. Rose aide aussi une femme juive et son fils, qui ne peuvent plus sortir de chez eux. C’est en les protégeant qu’elle rencontre Mark, un soldat allemand, et contre toute attente, pour l’un comme pour l’autre, c’est le coup de foudre et le début d’une passion interdite. Bien entendu, on est en temps de guerre, et tout ne finira pas bien…

On a ici un beau portrait des femmes de l’époque, chacune avec son courage, ses espoirs, ses attentes, ses mesquineries aussi.

Je vous parle de cette BD  pour un personnage en particulier, Simone, celle qui veut s’affranchir des lois des hommes,  résister, et qui tombe amoureuse d’une femme. C’est un beau personnage, et qui trouve sa place au milieu des autres.

17

On connait l’Histoire, mais malgré tout Collaboration horizontale touche et émeut, et encore une fois, le trait de crayon de Carole Maurel fait mouche.

Moi, Simon, 16 ans, homo sapiens, de Becky Albertalli

Moi-Simon-16-ans-Homo-SapiensMoi, Simon, 16 ans, homo sapiens est un roman pour ados. Je ne vais pas vous le cacher, le début de ma lecture a été assez difficile et décourageant, tant je trouvais de clichés dès les premiers chapitres… Le garçon qui écoute Tegan and Sara (bon, même si c’est plutôt un truc de lesbiennes…), et qui se déguisait en fille quand il était gamin. J’ai eu une impression de situations et de choses plaquées sur un personnage. Ça m’a un peu dérangée je dois dire.

Au final, j’ai laissé le roman de côté un certain temps, avant de m’y replonger plus sérieusement  Simon est un adolescent de 16 ans, fan d’Harry Potter et d’Oréo, et accessoirement gay dans le placard. L’histoire commence alors qu’un de ses camarades vient de tomber sur ses échanges de mails avec un certain Blue, et lui fait du chantage, lui demandant de lui arranger une rencontre avec Abby, l’une de ses meilleures amies, sous peine de dévoiler son homosexualité  à tout le monde.

Blue fréquente le même lycée que lui, et ils échangent régulièrement des mails, mais sans connaître leurs identités respectives. Ils sont tous les deux  gays, ce que personne ne sait encore, et une relation très forte s’est nouée entre eux.

Que dire ? J’ai passé un bon moment de lecture, mais dans le même genre, j’ai vraiment préféré Will et Will, que j’avais trouvé plus original et surtout plus touchant. Je ne sais pas si c’est moi qui suis sans cœur (mais je ne crois pas), mais même si j’ai été emportée dans l’histoire (qui reste sans surprises malgré tout), je n’ai pas ressenti toutes les émotions auxquelles sont pourtant confrontés les personnages puisqu’il est question de coming-out, d’homophobie, d’amitié, d’amour…

Le roman reste très classique dans le fond et la forme, et même si c’est toujours chouette de voir des personnages gays positifs (Simon ne fait pas une maladie d’être homo, et au final vit plutôt bien tout ce qui lui arrive, même un peu trop bien je dirais…), je ne garderai pas un souvenir impérissable de ce livre.